les intranquilles #8 conclusion

le film "Les intranquilles" peut se découper en deux. La première partie est impeccable. Sur la description de la montée de la crise, sur l’absence de psychophobie, sur les symptômes de la crise maniaque. La vie de Damien est classique. Il n’a rien d’un génie-fou rejeté par la société. Il est intégré, a un travail, une famille, un enfant, des amis. Il a une vie agréable sans être utopique. Une vie réaliste d’un artiste-peintre. Sa crise ne le transforme pas en quelqu’un d’autre, elle pousse simplement ses traits de caractères dans l’extrême, ce qui est une représentation particulièrement réaliste de la maladie.
La deuxième partie souffre de sa focalisation sur Leïla et de l’impasse sur la représentation de la maladie en rémission. Les émotions et les pensées de Damien disparaissent. Les abus et les violences de Leïla, tant sur Damien que sur Amine, sont excusées voire invisibles, sa détresse et sa souffrance de proche-aidant étant la seule chose que l’on voit et non les conséquences de ses actes. Pour autant, la deuxième partie n’est pas entièrement à jeter. La relation entre Damien et Amine ou entre Damien et son père demeure la même. La fin abrupte met bien en avant le fait que la crise ne soit qu’un événement qui n’a rien terminé, rien détruit fondamentalement, qu’elle n’a pas un caractère irrémédiable. Oui, la relation entre Leïla et Damien s’est dégradée, mais elle n’est pas non plus terminée et c’est la seule relation de Damien qui en ait pâti.

Ce film fait clairement mieux que ce qu’on voyait jusque là sur la maladie psychique. Il souffre encore de nombreux défauts, et l’absence de thérapeute et du milieu médical n’est clairement pas une bonne méthode pour éviter les clichés (comme semblent le penser certaines personnes interviewées à ce sujet), et la présentation de la rémission comme étant centrée uniquement sur les médicaments, et ressemblant à une convalescence physique pose de nombreux problèmes.
Pour autant, quel plaisir de voir une bonne description de la crise, et de ne pas avoir à faire à un énième film sur l’effondrement tragique de la vie d’un malade. Il n’y a pas de happy end. Il n’y a pas de fin tragique. Selon le vécu des personnes, on pourra être gêné par la focalisation sur Leïla ou attendri par l’évolution de Damien. Le résultat est mitigé, à mi-chemin entre « Mouais, ça m’a crispé le regard sur Leïla. Prends une pause, bordel, toi tu peux, lui non ! » et « Je me suis sentie respirer ; c’est une folie normale avec laquelle on peut vivre ».

Ajouter un commentaire

Le code HTML est affiché comme du texte et les adresses web sont automatiquement transformées.

La discussion continue ailleurs

URL de rétrolien : http://casdenor.fr/index.php?trackback/131

Fil des commentaires de ce billet