les intranquilles #7 De quoi parle le film ?

D’ailleurs, de quoi parle ce film ? Est-ce une histoire d’amour qui s’effondre, la maladie n’étant que le facteur déclencheur ? En ce cas, toute la responsabilité de cet effondrement semble en revenir à Damien, du fait de la focalisation sur Leïla. Pourtant, si Damien met en danger son fils en l’emmenant à l’école alors qu’il n’est pas du tout en état de conduire, c’est bien Leïla qui maltraite Amine. Lorsqu’Amine l’insulte de « connasse » à la suite d’une altercation entre Damien et elle, elle le saisit et le traîne dans la salle de bain où elle lui met le jet d’eau de la douche en plein visage. On est ici dans un cas de maltraitance grave d’un enfant, et pour autant, le film n’en montre aucune conséquence. Pire encore, la caméra est encore une fois centrée sur elle, comme si ses émotions étaient le point majeur de cette scène et non la violence que subit Amine. Comme si, parce que Leïla est à bout, ce serait excusable ou compréhensible d’en arriver à une violence volontaire. S’il y avait eu une scène où elle faisait appel à un psy, ou simplement parlait à son collègue d’avoir fait une connerie, le film aurait été plus clair dans la condamnation de son geste. Mais on n’en verra rien. La scène est traitée non seulement comme un épiphénomène, mais surtout comme un épiphénomène lié à ELLE, et non à Amine qui, ici, n’est qu’un accessoire. On ne voit pas sa réaction ni pendant, ni après. On ne voit aucune conséquence réelle de cet acte d’une violence extrême. Quand on regarde la différence entre ce traitement et celui de la mise en danger d’Amine par Damien, on ne peut que remarquer l’écart flagrant dans le traitement de ses deux parents. On voit d’ailleurs, la peur d’Amine dans la voiture, mais on ne voit quasiment rien du visage d’Amine ou de ses émotions lorsqu’il se fait agresser par sa mère. Le film semble presque vouloir nous faire excuser l’action de Leïla, là où il nous fait bien comprendre la gravité du geste de Damien. Objectivement, celui de Damien est bien moins grave que celui de Leïla. Une histoire d’amour qui s’effondre, avec la maladie en arrière-plan, ne fonctionnerait que si le traitement cinématographique des deux protagonistes était équitable. Or, si cette histoire est une histoire d’amour qui s’effrite, il n’y a pas de logique à ce traitement différencié.
Peut-être est-ce une histoire sur la maladie ? Mais en ce cas, l’absence totale du milieu médical, hormis en situation d’urgence et d’une unique et courte scène à l’hôpital, ne montre pas du tout le quotidien d’un malade et de ses proches. Si c’est une histoire sur la maladie, il est aberrant que la rémission soit aussi lissée et exclusivement centrée sur des médicaments. Si c’est une histoire sur la maladie, alors la focalisation sur Leïla n’a pas de sens. Ce ne serait pas ses émotions qui seraient les plus importantes dans la maladie, ce serait celles de Damien, ou au minimum les deux à part égale. Ce ne sont pas ses difficultés à aider Damien durant sa rémission qui devraient être les plus visibles, mais les difficultés de Damien à se remettre. Bien sûr, ses difficultés à elle pourraient être présentes, mais ici, elles prennent toute la place. Ce film ne raconte donc pas l’histoire d’une crise et de ses impacts, ce n’est pas un film sur la maladie. Il aurait fallu parler psychothérapie. Il aurait fallu montrer REELLEMENT la rémission de Damien. Il aurait fallu laisser de la place à ses émotions et dénoncer les abus de Leïla, que ce soit à l’encontre d’Amine comme de Damien. Si le film était sur la maladie, alors personne n’aurait pu rire de la scène du salon mais au contraire, tout le monde aurait saisi son caractère dramatique.

Une focalisation sur le fils aurait pu donner une histoire sur la maladie et son impact sur une famille. Le titre donne d’ailleurs un indice. « L’intranquille ; autoportrait d’un fils, d’un peintre, d’un fou » est un livre de Gérard Garouste, un artiste qui a évoqué sa bipolarité et ses conséquences. « Les intranquilles » au pluriel, laisse à penser que l’on va voir l’histoire de deux folies qui s’entrechoquent, ou tout du moins de deux individus étant à l’origine du sujet du film. Amine, lui, n’est à l’origine d’aucun problème au sein de la famille, et une focalisation sur lui aurait pu donner un ton plus juste à la représentation des conséquences de la maladie sur l’enfant, tant à cause de Leïla qu’à cause de Damien.
Étant donné que la focalisation est sur Leïla qui est elle aussi responsable des problèmes de la famille, le film ne donne pas une vision claire de la responsabilité partagée des deux parents dans leurs problèmes de couple. Nulle part dans le film on ne peut sentir que Leïla est elle aussi responsable. Pourtant, c’est elle qui s’enferme dans le rôle de la soignante, c’est elle qui enferme Damien dans sa maladie. C’est elle qui juge de ce qui est bon ou pas pour Damien.
C’est elle qui dérive le plus au point d’en agresser son fils, une violence bien supérieure à la peur et au danger que Damien a infligé à son fils. C’est elle qui est en conflit avec tous les autres protagonistes du film. Avec le père de Damien, en jugeant inapproprié qu’il fasse confiance à Damien. Avec le galeriste, en supposant que c’est lui qui met la pression à Damien pour travailler et en lui lançant qu’à la prochaine crise ce serait à lui de s’occuper de Damien. Avec son collègue en s’énervant contre lui lorsqu’il lui dit que Damien va mieux. Avec Amine en devenant de plus en plus négligente, puis maltraitante. C’est elle qui petit à petit entre en conflit avec tout son entourage, là où Damien restaure sa vie et travaille à la poursuivre. Mais la focalisation étant sur elle, on ne peut pas se rendre compte de prime abord à quel point elle est responsable de leur problème de couple. Elle est continuellement excusable voire légitimée par la réalisation du film et sa focalisation sur elle. De ce fait, « les intranquilles »… n’est valable véritablement que dans le titre. Pour que ce film soit sur un couple qui se brise d’une responsabilité partagée il aurait fallu que la focalisation soit soit équivalente entre Damien et elle, soit sur Amine.

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