Les intranquilles #3; Une rémission physique ??

Peut-être aurait-il été plus pertinent de mettre le focus du film sur l’enfant plutôt que sur la mère, car nous arrivons maintenant à l’un des points les plus négatif du film, la sur-représentation du regard de la mère, de ses souffrances, de ses difficultés, et l’absence tant intradiégétique qu’extradiégétique de contre-discours face à ses propos, ses violences, ses abus.

Il y a un déséquilibre entre les actions de Damien, qui sont marquées dans le film comme étant malsaines, et celles de Leïla qui ne sont jamais marquées comme étant malsaines tant dans la manière dont le film est tourné que dans les réactions des autres personnages. On pourrait croire que l’effritement de leur relation explique le fait qu’il n’y ait pas de jugement, mais c’est plus le déséquilibre entre le traitement des actions de Damien et celles de Leïla qui pose problème. Dans certains cas, le film semble même faire porter sur Damien les problèmes de Leïla. Lorsqu’elle lui indique que « ça fait deux ans que je ne prends plus soin de moi » alors qu’il est en train de parler de la difficulté de sa maladie, nulle part dans la conversation ou dans la réalisation peut-on voir que Leïla s’enferme dans son rôle et rejette ses propres torts sur Damien. Car fondamentalement, ce n’est pas Damien qui empêche Leïla de prendre soin d’elle, mais bien Leïla qui est responsable de ne plus le faire, sans même que Damien lui demande quoique ce soit – que ce soit de prendre soin d’elle ou de ne plus prendre soin d’elle.

La partie crise est aussi bien représentée que la partie rémission l’est mal. D’une part l’hospitalisation se réduit à une courte scène dans une clinique quatre étoiles au guide Michelin, très loin de la réalité des hôpitaux psychiatriques, mais en plus, aucun psychiatre, aucun soignant, aucun autre malade n’est présent. On ne sait pas combien de temps cette hospitalisation a duré, on n’a aucune information sur le ressenti de Damien, ce qui tranche avec ce que l’on voyait de ses émotions durant sa crise. En fait, après la crise, les effets secondaires des médicaments semblent exclusivement physiques, tant le film fait l’impasse sur les émotions et le ressenti de Damien. Jamais on ne saura s’il s’est senti coupable, honteux, s’il a peur que ça recommence. On ne voit pas le ralentissement intellectuel qu’ont pour conséquences ses médicaments, mais plutôt une rémission comme celle qu’on aurait après une très mauvaise grippe. Physiquement, il ne parvient pas à sortir de son lit, à se faire manger, à prendre son bain. Même la scène où il ne parvient pas à peindre… un non-concerné peut-il comprendre que c’est son esprit qui n’est pas capable de se concentrer pour créer et non son corps qui est trop fatigué ? Un non-concerné peut-il concevoir qu’en disant à son fils qui vient pour essayer de le faire sortir de sa chambre, qu’en lui disant « ferme la porte en sortant. » c’est le malaise d’être dans un état pareil qui le fait s’isoler, et non un rejet de son enfant ?

Sans émotion de sa part, sans tristesse, sans culpabilité, sans honte, il est impossible de comprendre l’impact réel des médicaments et de la sortie de la crise. Les personnes dans ce cas-là peuvent parfaitement être capable physiquement de se lever, de s’habiller ou de se doucher, sans pour autant avoir la capacité psychique pour le faire, et ces deux situations sont fondamentalement différentes. On aurait aimé que le film montre cet aspect de la maladie psychique, ce tourbillon d’émotion, douleur, honte, culpabilité, désespoir, regret, inquiétude, que ressentent les malades psys après une crise. Les effets secondaires des médicaments ne se réduisent pas à ceux d’un anti-inflammatoire trop puissant, mais agressent littéralement la capacité d’une personne à penser et à exprimer cette pensée. Mais le film ne parvient pas à donner une autre vision que celle d’un Damien abruti physiquement par les effets secondaires des médicaments.

On ne verra jamais la manière dont il vit le fait d’avoir mis en danger son fils ou d’être incapable de prendre un bain seul. On imagine bien la culpabilité ou la honte qu’une personne dans cette situation ressent, mais jamais le film n’en montre ne serait-ce que l’ébauche. Le ressenti de Damien sur sa crise n’existe tout simplement pas. Cette vision de la sortie de crise ressemble beaucoup trop à une maladie physique. Une montée de température, c’est la crise. Puis la convalescence. Mais dans le cadre d’une crise psychique, la personne a fait des conneries. Et c’est une différence fondamentale avec une maladie physique qui n’est absolument pas visible dans ce film.

Si on commençait le film au moment où Damien rentre chez lui et qu’on disait qu’il a eu le covid et a été en réanimation, personne ne pourrait remarquer la différence.

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