#PasEnMonNom Introduction

Sur twitter est né un hashtag assez intéressant hier, et j’avais envie d’en parler parce qu’il m’a permis de mettre le doigt sur un paquet de trucs qui me tournaient dans la tête depuis sans doute un bail. Le hashtag en question c’est celui-ci : #pasenmonnom. Petit retour sur ce qui en est à l’origine. 

Samedi dernier a eu lieu une pride militante à Paris. On pouvait y trouver un espace non-mixte entre personnes racisées, et des slogans tels que « ACAB », « Gouines contre l’hétérosexualité », « solidarité avec les meufs trans en taule » « être LGBT+ ne fait pas disparaître le privilège blanc ». Un tweet indiquait « La pride c’est pas seulement la fête. C’est aussi montrer notre soutien aux sœurs + frères LGBT+ racisé-e-s, sans papier, handicapé-e-s, TDS. Cette pride radicale et politique avec tête en non-mixité, loin des chars AirFrance, En Marche ou FLAG est primordiale. Pigalle 16h » avec un drapeau LGBT où se retrouve, sur le côté, cinq bandes en triangle, noire, brune, bleue, rose et blanche.
(Photo ci-dessous)
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Suite à cela, un hashtag a été lancé par des personnes LGBT. Au début se désolidarisant de la pride en elle-même, le hashtag a depuis été repris pour pointer plus généralement la toxicité du milieu militant et ses dégâts. Comme on s’en doutait, le hashtag a été largement repris également par l’extrême droite, ce qui fait que beaucoup de témoignages ont été dilués. Pour autant, il y a matière à se poser des questions sur le milieu militant (Au minimum d’internet) quand on voit la diversité des personnes intervenant dessus. Lesbienne, bi, trans, racisé.e.s, handicapé.e.s, anciens militants, voire même militants sur le terrain, et j’en passe et en oublie sûrement. Les réactions à ce hashtag sont aussi, à mon sens, assez révélatrices du problème qu’il dénonce. Voici quelques points.

Beaucoup ont parlé de leur peur dans ce hashtag. Je précise : des LGBT ont parlé de leur peur vis-à-vis du milieu militant. Peur de parler : « Je suis trans et j’ai peur d’exprimer la façon dont je vis ma transidentité à cause des extrémistes LGBT+, ARRÊTEZ DE PARLER EN MON NOM ALORS QUE JSUIS PAS D’ACCORD AVEC VOUS #PasEnMonNom ») (Image 1). Certains ont peur de perdre des amis : « Je suis quelqu’un de très ouvert mais je peux plus donner mon avis sur des sujets polémiques car j’ai des amis d’accord et des amis qui le sont pas » et plus loin « la moindre opinion ne fait qu’apporter le malheur sur ton entourage ». (image 2) D’autres indiquent qu’ils vont « muter » les sujets par peur des réactions. Certains commencent par « je vais peut-être me faire éclater par certains » ( image 2 bis). On trouve aussi « tous ces gens, silencieux parce qu’effrayés par leurs semblables (on reste une même espèce!), et je m’y inclus parfaitement dedans, ont retrouvé leur voix » (image 3).

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image 2bis NB: je l'avais oubliée faites pas iech
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Image 3


Cette peur se double d’un soulagement à trouver un lieu où s’exprimer, de sentir, dans le partage d’un même vécu la légitimité de celui-ci. « Aujourd’hui, après avoir découvert le #PasEnMonNom, je me suis découvert une légitimité nouvelle. J’ai ENFIN compris qu’il était normal, acceptable, défendable qu’en tant qu’homme gay, je puisse refuser d’être assimilé à ces gens » (image 4).
On trouve aussi « De plus en plus de jeunes LGBT se sentent anormaux car trop LGBT pour notre société… et trop modérés pour les assocs extrêmistes qui prétendent nous représenter.

  1. Pasenmonnom est l’occasion de se rendre compte que nous ne sommes pas anormaux et que nous ne sommes pas seuls » (image 5) ou encore « enfin un hashtag pour moi... » (image 6)

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Beaucoup pointent du doigt l’extrémisme des milieux militants. « exactement pour ça que je me tiens de plus en plus loin de la commu… j’ai beau être trans et non-hétéro, j’ai aucune envie d’être associée à toute cette merde » (image 7) ou la sensation d’être « enfermé » par le militantisme « Je ne veux pas être mis dans une case, je ne veux pas être réduits à ma transidentité, je ne me bats pas pour mon droit à la différence, je me bats pour mon droit à l’INDIFFERENCE » (image 8) ou encore « je suis transgenre, je suis fatigué d’être perçu comme une victime en raison de mon genre. » (image 9)
Certains mettent également en avant les dégâts que cela leur a causés. « la seule chose dans ma vie qui m’a empêché de me sentir bien dans ma sexualité, c’est la communauté LGBT+. Votre mentalité de victime pousse les gens qui ne sont pas comme vous à se cacher sous peur d’être vus comme des hystériques » (image 10) ou encore « j’ai cessé de militer il y a des années quand j’ai senti monter cette hystérisation et cette radicalisation des débats & opinions » (image 11)
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Il serait trop simple de faire du cherry-picking sur certaines phrases ou certains mots de ces messages pour les discréditer. De supposer que les termes hystéries sont des manifestations de privilèges ou autre. Quand des personnes aux profils aussi divers se retrouvent dans un hashtag, à partager de la peur, du rejet et du soulagement à pouvoir s’exprimer, c’est qu’il y a un malaise profond derrière. On ne peut pas juste évacuer le problème sous une notion de privilège : quelque chose ne va pas.

Les réactions à ces messages ont été extrêmement diverses. J’évacue rapidement le point auquel tout le monde s’attend : évidemment que l’extrême-droite a bondi dessus. Mais tout comme ce hashtag n’avait pas vocation à parler à l’extrême-droite, mais bien au milieu militant, je me concentrerai sur les réactions au sein du milieu militant. Et il est assez clair que les réactions justifient à elles seules le hashtag : Quelque chose ne va pas.

On trouve beaucoup de personnes jugeant que celles & ceux postant dedans étaient privilégiés, ce qui expliquerait qu’ils & elles pourraient « abandonner la lutte ». « Rarement autant dégoûté par un # que le #/pasenmonnom. C’est que des lgbtq+ privilégiés qui ont obtenus suffisamment de droit pour se permettre d’arrêter la lutte et cracher sur nous plutôt que d’obtenir l’égalité pour nous tou.te.s
Vous nous faites hontes » (image 12).
On les suppose blanc « que des blancs centristes et des LGBT de droite sur #pasenmonnom vous grave tiep » (image 13) (alors même que plusieurs ont signalés être arabes ou noir) ou ne cherchant qu’à défendre les LGB cis et blanc « j’ai lu les tweets du # Pasenmonnom et tt ce que j’ai entendu c’est « ouin ouin on veut défendre que les LGB blanc et cis nous :’(  » (image 14) alors même que dedans se trouvent plusieurs trans dont un tenant la seule permanence trans’ de son département (image 15).
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Ce qui est plus inquiétant encore, est le fait que certaines personnes ayant parlé dans le hashtag reçoivent des messages beaucoup plus violents. « Ta pas le droit de faire partie de cette commu. T’aurais traité les femmes qui on commencer la pride d’extremiste. Ferme la et dégage » (image 16) envoyé à un jeune adulte trans. On trouve aussi deux messages extrêmement inquiétants. « Le problème que la communauté LGBTQI+ a en ce moment c’est que nous avons été trop laxiste avec nos propres membres. » (image 17) ou encore « MAIS VOUS ÊTES MALADE ? Je ne souhaite jamais de mal aux gens, mais vous mériteriez de vous faire frapper à cause de votre orientation sexuelle et de l’homophobie systémique pour que vos neurones se remettent en place. Vous me dégoûtez. #PasEnMonNom ». (image 18) Il est inquiétant de voir de véritables appels à la violence ou des concepts de « laxisme » au sein des « membres de la communauté LGBTQI+ » comme si ladite communauté avait une ligne directrice et qu’elle n’avait pas été correctement gouvernée.
Certains ne comprennent pas le concept même de la critique « Comment tu peux être en désaccord avec des gens qui se battent pour tes droits et contre l’oppression systémique MDR » (image 19). De nombreuses insultes fusent « dumby », « grosses merdes » « serpillères » etc.
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Quelque chose, clairement, ne va pas. Maintenant que j’ai posé (un peu) le sujet de la discussion, on va passer à une petite analyse de quelques points qui, ce me semble, se retrouvent au sein des « discussions » du #PasEnMonNom.

Article suivant: dilution et essentialisation dans le milieu militant

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