#PasEnMonNom Quelque chose ne va pas

Article précédent: violence intramilitante
Premier article du sujet: introduction

C’est long ce que j’écris. 4300 mots et ça continue de monter apparemment. Mon point reste le suivant : la radicoolitude prend de plus en plus d’espace dans le milieu militant. Par radicool, j’entends le fait de pousser un concept pertinent à l’extrême, ou de valoriser les concepts radicaux sans prendre en compte les dégâts collatéraux que ceux-ci peuvent engendrer. Le terme est violent. Je sais. Je n'ai pas encore pris le temps de le détailler. Les radicaux et les radicools n'ont rien à voir. Faudra que je prenne le temps de l'expliquer en détail. Quelque chose ne va pas. C'est simplement ça ce que je veux dire. Quelque chose ne va pas.
La libération de la colère est une chose vitale. La rationaliser, considérer que la colère est militante, et valoriser la colère comme la violence dans les milieux militants, ça c’est malsain.
Le fait de chercher à lier des oppressions afin de pouvoir prendre en compte les personnes qui en vivent plusieurs est quelque chose de fondamental. L’afroféminisme le montre très bien. En arriver à créer un amalgame gigantesque de toutes les oppressions qui finit par exclure des luttes toute personne n’étant pas en accord sur un sujet ou un autre… c’est malsain.
Le fait de pouvoir nommer les violences ordinaires est vital. Mais taxer de transphobe aussi bien une personne refusant de dire « iel » et une personne appelant à la mort des trans’, c’est malsain .
Le fait de refuser d’oublier les personnes qui se sont battues violemment pour acquérir des droits est majeur. Elles ne doivent pas tomber dans l’oubli. Rejeter les méthodes pacifiques, c’est malsain.
Donner la parole aux concerné.e.s, c’est nécessaire. Trop de fois voit-on encore des experts en rien qui viennent parler du vécu de personnes, alors que ces mêmes personnes concernées sont silenciées continuellement. En finir par exiger l’outing d’une personne ou juger le fait que la personne soit ou pas concernée en fonction de ses propos, voire invalider le fait qu’elle soit concernée du fait de ses propos, c’est malsain.
Se refuser à l’injonction d’être toujours dans le dialogue, de devoir expliquer mille fois les choses, c’est nécessaire. Trop de temps est perdu à ça, et on peut vouloir s’occuper de s’aider entre nous. Considérer que l’on peut insulter ou espérer qu’une personne subisse des violences parce qu’elle n’a pas nos idées, c’est malsain.

Comment est-ce qu’on fait pour sortir de cette ambiance de radicool ? J’en sais rien. Ce serait sans aucun doute très intéressant de pouvoir faire revenir dans le militantisme celles et ceux qui n’ont pas les codes de la colère, qui ne supportent pas la violence, ou qui ne sont, simplement, pas en état psychique de pouvoir la gérer. En d’autres termes, les plus fragiles et les plus faibles. Parce qu’être faible, c’est pas un reproche qu’on devrait faire à quelqu’un, mais un constat qui devrait inciter à les protéger, à leur donner à eux, plus encore qu’aux autres, un endroit pour exister, et certainement pas à décider à leur place d’à quoi cet endroit devrait ressembler, quels devraient en être les codes etc. Ne supporter la colère ou la violence ne devrait pas être synonyme de rejet des milieux militants. Et on a beau dire que ce n’est pas le cas aujourd’hui… Dans les faits, c’est le cas. Et #PasEnMonNom le montre particulièrement bien.

Je me sens obligé de préciser un paquet de choses, et c’est assez révélateur du malaise que j'ai à écrire cet article, de l'inquiétude de me tromper, de cette sensation qu'il faut gérer tous les angles pour être parfait dans ma réflexion. Peut-être ne l'est-elle pas. Sans doute même. C'est en construction. Elle dit la même chose. Elle crache le même concept, la même sensation : quelque chose ne va pas.
Beaucoup des personnes ayant posté dans le #PasEnMonNon ont dit des trucs avec lesquels je suis en désaccord. En fait, y a même des trucs qui m’énervent comme pas permis.
Quand je vois des messages parlant d’hystérisation du mouvement, ça m’insupporte. Quand je vois un mec qui se définit comme libéral, ça m’énerve. Littéralement, ça m’énerve. C’est quelqu’un à qui je m’oppose. Quand il écrit « le progressisme, un concept que je chérissais tant, a-t-il perdu l’esprit », je commence à sentir de la fumée s’échapper de mes oreilles.
Le fait de parler des militants comme des gens qui sont en train « pervertir la lutte » m’énerve. Parce que le mot « pervertir », ça a une sale connotation dans ma tête. Tout le passé. Toute l’extrême-droite aussi. Ça parle de lynchage. Ça parle des mecs qui ont légalisé l’avortement, des hétéros qui ont légalisé le mariage homosexuel, des cis qui ont retiré la dysphorie de genre des maladies mentales, ça m’emmerde.
Mais…
Mais…
Mais…
Y a quand même un truc qui me chiffonne intérieurement. Cette sensation de malaise. Pourquoi des gens pour lesquels on dit se battre se séparent de nous ? C’est trop facile de dire « c’est pour se protéger en jouant au "bon LGBT" face au "méchant militant" » ou « ils comprennent pas. » ou encore « ils sont privilégiés, ils abandonnent la lutte » ou « ils profitent de nous »
Pourquoi des gens ont-ils peur ? Pourquoi, comme je l’écrivais dans les milieux safe une anomalie du milieu militant, une femme grosse, pauvre, bi, victime d’abus et avec des problèmes psys longs comme le bras, trouve-t-elle le milieu militant « trop violent » ?
Pourquoi y a-t-il des personnes parmi les plus fragiles, des personnes qui en ont pris plus dans la gueule que ce que la majorité d’entre nous ne peut que serait-ce concevoir, qui ne se sentent pas à l’aise ?
Quelque chose ne va pas.
Je n’étais pas ironique en parlant plus tôt dans cette conclusion. C’est probablement ça qui m’énerve et me bouffe à ce point. Ces concepts, je ne peux que les valider. Je ne peux que les considérer comme légitimes. Et pourtant, j’ai ce sentiment étrange. Ce sentiment simple :

Quelque chose ne va pas.

Ajouter un commentaire

Le code HTML est affiché comme du texte et les adresses web sont automatiquement transformées.

La discussion continue ailleurs

URL de rétrolien : http://casdenor.fr/index.php?trackback/121

Fil des commentaires de ce billet