Je ne sais pas [écriture automatique]

Le milieu militant et moi. Curieux, j’ai failli écrire « est ». Je ne sais même pas si ça a un sens à l’heure où j’écris ces lignes.
Combien de fois je m’en suis éloigné, combien de fois je me suis dit qu’une pause était nécessaire, que ça avait un mauvais impact sur moi.


Le milieu militant et son culte de la colère. Le milieu militant qui valide la rage, la fait passer pour une libération. Est-ce que c’est le problème ? Hm.Non, je ne sais pas. Peut-être plus la puissance. Une rivière qui m’emporte. Je m’y noie. Où est-ce que je suis ? Ça n’est pas moi ? Est-ce que moi existe ? Moi est-il ou moi est-il ce que j’ai envie qu’il soit ?
Je ne sais pas si j’ai envie d’être ce que le milieu militant fait de moi.

J’ai tendance à me perdre dans les autres quand ils sont trop puissants. Les milieux aussi. Le milieu militant m’engloutit dans une rage phénoménale.

Je vois des personnes dire qu’ensuite on devient blasé puis on se relève et on met un peu de distance sans s’enfuir.

Pas sur que ce soit mon cas. Le milieu militant m’a sauvé quelque part. Ça lui confère trop de puissance. Dans ce monde absurde, insupportable de violence, une logique se mettait en place, quelque chose qui avait du sens, tout s’organisait.
La rage pouvait être libérée. Alors allons-y. Libérons-la. En plus, c’est du bon côté. Bullshit. La rage n’est jamais du bon côté. La libération de la rage, c’est la glorification de l’ego et des beau-parleurs. Et je suis un beau-parleur. Je joue avec les mots. Je sais blesser avec. Je sais écraser avec. Je me baigne dedans depuis toujours. Bordel, c’est moche ma gueule.

Ça juge, ça individualise parce que l’individualisme, c’est une méthode pour se hisser au-dessus et écraser les autres. Tout est politique. C’est beau ça. Ça permet bien de démolir tout ce qui passe, et donc, de se hisser au-dessus. Qui détruit quelque chose devient un héros. Tellement plus simple de faire ça. De s’enfoncer dans ce tourbillon qui détruit, vide, crache, méprise, rejette.
Dis moi qui tu rejettes, je te dirais qui tu es.
Alors rejetons tout ce qui a une imperfection, on en sera parfait.


Dis moi ce que tu veux faire, je te dirais pourquoi ce n’est pas une bonne chose. Les mots, jonglons avec, modifions les. Les mots sont importants. Comme ça, on peut donner encore plus de force aux grandes théories de la rage. Comme ça, on peut tricher, trancher, déchirer, on peut oublier les individus, et se pencher sur son nombril.


Est-ce que c’est le milieu militant ça ? C’est ce qu’il est quand il me rentre dedans. C’est mon côté caméléon qui ressort. Ou adaptateur.
Ça pue.


La libération de la rage sur internet, c’est aussi trois femmes qui vivent dans la peur parce que Naomi Musenga est morte et que leurs identités ont été envoyées sur le net.
Est-ce qu’on peut vraiment se dire qu’on n’a rien à voir avec ça, juste parce qu’on n’a pas partagé leurs adresses, ou parce qu’on refuse le dox ? Est-ce qu’on peut dire qu’on n’a rien à voir avec ça alors qu’on s’enrage les uns les autres, qu’on érige la violence et la colère comme des qualités, qu’on fait des murs de mots et de concepts ?
Et y a trois femmes qui vivent dans la peur, et ont possiblement dû arrêter leur métier.
Et y a un mec qui s’est buté je ne sais plus quand.


Des individus. C’est pas grave. Regardez la grande image. Et puis, on n’a rien à voir avec ça de toute manière. Nous on ne s’énerve pas de cette façon là. On ne doxe pas. On n’appelle pas au meurtre.

Mais le cynisme, le sarcasme, le commentaire blessant, c’est courant. Faut bien rappeler aux blancs, hommes, hétéros, mince, riches, valides, NT qu’ils sont ceux qui nous font mal, qui nous tuent, donc bon, qu’on se moque d’eux, au final, c’est rien. C’est libérateur. On renverse le jeu.

Mais est-ce qu’on continue pas le monopole du virilisme, de la rage, de la violence verbale.

Est-ce que chez moi, c’est pas précisément mon côté le plus puant, le plus immonde, cette capacité à déverser du fiel sur des personnes parce que je sais le faire, que je suis doué avec les mots, et que ça me fait me sentir bien.


J’ai la rage de ce monde.
Mais je sais pas si je peux continuer à la laisser comme ça.
Je me reconnais pas par moments.
Régulièrement.

C’est pas supportable en fait.



Il est un temps où les démons
ont fait un château de pensées
Des règles d’or et de goudron
d’innombrables chemins d’été.

Les roses sans épines
ont le venin rugissant
des regards et des sourires
aux dents de vampires.

Des chemins mordus de pensées et d’idéaux
de regard fier et insupportable
de monstruosité qui se délite.

Caméléon dans l’incendie, ne te brûle pas
Comme un goéland tombé dans une mer goudronnée
Comme une glissade qui n’en finit pas

Des rêves de logique, de sens, de schémas et de pertinence
Tout ça pour retomber au pied du donjon.
Don’t keep me down
I’m not an angel
Not a king
Just a basic waste of earth.

Où suis-je ?
Qui suis-je ?

Une bulle d’irréalité qui se démembre dans ses propres incapacités à penser.

Un bout de soi qui dit « voilà ce que je veux »

Je regarde ce monde
Et je ne dis rien.

Je ne sais pas ce que je veux.

Je sais
que ce n’est pas ça.



Est-ce que je peux faire une pause ?
Est-ce que je peux partir ?

La rage est comme une drogue.
Elle m’emporte, me dépossède de ce que je suis
Plutôt de ce que je veux être. Je ne suis pas. Je suis. D'autres.
est-ce que j’existe encore quand je m’y perds ? Est-ce que je peux réellement m’en aller ?
Etait-ce un choix ou une illusion ? Je ne sais pas. Drogué à la rage, au dégoût, à l’horreur et à l’indignation.
Faut regarder le monde en face.
Faut-il ? Hein ?
C’est mieux. Regarde ton ego. Tu auras plus de valeur. N’oublie pas que tu n’en as pas. Donne-t-en. Tu iras loin. Tu feras beaucoup.
Et même trop.

Non, c’est une drogue.
Est-ce qu’on peut juste baisser la drogue ?
J’en doute.

L’arrêter ?
Est-ce que je suis trop loin déjà ?

Je sais même pas.
J’espère que non.

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