La mort de Naomi Musenga et les critiques blanches sur le sujet

À mes camarades et ami-e-s blanc-he-s qui parlent du traitement médiatique de la mort de Naomi Musenga.


Ça fait quelques fois que je vois des camarades blanc-he-s et même des amies blanches qui parlent du cas de Naomi Musenga, d’une façon qui me met extrêmement mal à l’aise. L’argument le plus récurrent est le suivant : « ça semble plus du sexisme que du racisme ».

Plusieurs choses me gênent dans cet argument.

Le cas est celui d’une femme noire. Le cas a été portée à l’attention du public par des femmes noires. Sa mort aurait été silencieuse sans les femmes noires.
On peut débattre autant qu’on le souhaite sur le sujet, faire des analyses, des réflexions, chercher à décortiquer l’appel téléphonique, juger de la différence de mépris ou pas etc. Mais est-ce pertinent ?

Plusieurs points en vrac
1- est-ce véritablement le bon moment ?
Il ne me semble pas pertinent de savoir si cela provient du sexisme ou du racisme. Une femme est morte. Il incombe de lutter ensemble. Au vu du nombre de fois où des femmes noires ont dû lutter seules, j’ai l’impression que c’était le bon moment pour lutter ensemble, pour rappeler que nous, blancs, pouvons faire preuve d’empathie sans absolument, au moment de la lutte, dilapider l’énergie dans des débats internes qui n’auront pas de conséquences sur le monde extérieur, mais au contraire, contribueront à rappeler aux racisé-e-s qu’iels seront toujours miné-e-s par nous.

2- Est-ce important ?
Si la lutte amène des sanctions, une avancée afin que ce genre de mépris ne se reproduisent pas, cela sera autant le fait pour les blanc-he-s que pour les noir-e-s. Est-ce véritablement nécessaire de connaître les détails précis des mécanismes psychiques qui ont amené la mort de Naomi Musenga ? Je ne pense pas.

3- « si on n’en parles pas maintenant on ne pourra pas plus tard »
J’ai vu cet argument ça et là. Il me perturbe. En effet, dans des schémas où des personnes subissant plusieurs oppressions ont été mises de côté par des personnes en subissant moins, c’est une réalité. Mais est-ce le cas dans l’autre sens ? Une femme noire luttant contre le racisme pourra-t-elle véritablement faire l’impasse sur la lutte contre le sexisme ensuite ? Ça ne me semble pas pertinent.

4- « il y a une autre explication donc pourquoi chercher le racisme ? »
Considérer que le racisme n’est une explication qu’en cas de dernier recours est… une posture raciste, fondamentalement. L’immense majorité des situations peuvent être expliquées de cette façon. On peut toujours trouver des individualités différentes, des cas spécifiques. A mon sens, on devrait, sauf preuve explicite, considérer de base qu’une violence envers une personne non-blanche implique le racisme, et non considérer de base que le racisme n’est pas impliqué, sauf si on n’a trouvé aucune autre explication.

5- « j’ai connu quelqu’un qui a aussi vécu insérer ici situation alors qu’iel est blanc-he. »
Oui et ? Si on joue à l’individualité, je suis sur que je peux trouver un mec cishet blanc riche valide qui a été mal pris en charge par le SAMU. Cela permet-il de dire que ce n’est pas un problème d’oppression ? Rappelons que le cas individuel n’est pas pertinent. Systémiquement parlant, les douleurs des femmes sont moins prises aux sérieuses. Systémiquement parlant, les douleurs des racisé-e-s sont moins prises aux sérieuses. Que l’on puisse trouver des cas individuels qui se rapprochent ne permet pas d’invalider un propos militant.

Ça fait un bail qu’on voit que les militant-e-s racisé-e-s sont ou se sont éloigné-e-s des militant-e-s blanc-he-s. Que ce soit dans le milieu LGBTQI, dans les milieux sur la psychophobie où cela se développe également, ou au niveau du féminisme. Peut-être est-ce précisément pour ce point : elleux ont fait bloc avec nous. Mais nous chipotons et arguons continuellement pour faire bloc avec elleux.

J’avoue que mon principal problème reste le premier. Est-ce le bon moment ? Une femme est morte. Quel importance que ce soit du racisme, du sexisme ou autre chose encore? Il y a nécessité de lutter ensemble. Celles qui ont porté ce combat sont des femmes noires. Ne pas leur faire faux-bond – une fois de plus – me semble bien plus important que de produire une analyse complète des tenants et aboutissants de la situation.

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