Manipulation (mentale) : pratique visant à agir sur la volonté ou le libre-arbitre d’autrui.
Manipulation : « action d’agir sur quelqu’un de façon suspecte pour l’amener à faire ou penser ce que l’on souhaite »

Voici certaines définitions que l’on peut trouver sur Internet. Le problème avec ces définitions est qu’elles sont assez floues. Est-ce que le fait de tousser pour signaler sa présence est une méthode de manipulation ? Est-ce que le fait de soupirer pour indiquer qu’un sujet nous gonfle et qu’on voudrait le voir changer est de la manipulation ? Le fait d’être aux petits oignons avec quelqu’un pour lui dire ensuite la connerie qu’on a faite est-il de la manipulation ? Où se situe véritablement la limite entre la communication non-explicite et la manipulation ?
Pour ma part, j’aurais tendance à dire que l’on doit considérer manipulation quand celle-ci créé du dégât. En effet, soupirer pour indiquer ne pas vouloir parler de quelque chose peut être un moyen d’éviter un sujet douloureux, mais peut être aussi un moyen de manipulation, particulièrement si c’est adjoint à des colères et des violences si la personne ne fait pas ce que le soupir impliquait (changer de conversation). Dans les deux cas, le soupir a donc une valeur différente. Mais dans un cas, il ne créé aucun dégât, il est une méthode qui protège, qui cherche à éviter le conflit, là où dans le deuxième, il s’inscrit dans un système qui blesse, non pas dans la fuite de conflit, mais dans la menace de conflit.
De plus, ces deux définitions impliquent que la personne qui manipule SAIT qu’elle manipule. « visant » dans la première « pour l’amener à faire ce que l’on souhaite », sont clairement des marqueurs indiquant que les personnes qui manipulent en ont conscience. Or, cette notion créé une diabolisation de la personne qui manipule (on a même le terme « suspecte » dans la deuxième définition), diabolisation qui conduit irrémédiablement à empêcher les victimes de reconnaître la manipulation. Lorsque l’on voit les bons côtés d’une personne, on a d’autant plus de mal à accepter l’idée qu’elle manipule, et, du fait que l’on imagine que cette manipulation ne peut être que volontaire, on bloque un grand nombre de victimes dans la compréhension de ce qu’elles subissent. « Non c’est pas de la manipulation, iel fait ça parce qu’iel a vécu ça, c’est pas pareil, iel fait pas exprès ». Combien de fois avons-nous entendu/pensé ça ? (à tort ou à raison, car la limite entre les deux est parfois savamment entretenu). Parallèlement, lorsque des victimes utilisent des stratégies de manipulation pour se protéger, elles se retrouvent à se ranger, inconsciemment, dans la catégorie des manipulat-eur-rice-s ; alors même que la distinction entre la manipulation qui inflige des dégâts à l’autre, et celle qui permet de subir moins de dégâts soi-même, est fondamentale.

__/!\ précision importante /!__ Je ne nie absolument pas qu’il existe des personnes manipulant volontairement d’autres personnes. J’entends inclure également, par ce biais, les personnes qui n’en ont pas conscience. Le but ici n’est nullement de dédouaner l’un ou l’autre de ces cas, mais bien d’aider les victimes plus efficacement. En effet c’est cette distinction entre « conscient » et « inconscient », « traumatisme/souffrance » et « violence/agression » sur laquelle joue nombre de manipulat-eur-rice-s pour se défendre. En centrant la réflexion sur les dégâts subis par la victime et non sur la conscience de ses actes de l’agresseur-e, on se focalise sur ce qui importe : la victime.
Cela peut également permettre à des personnes sombrant petit à petit dans la manipulation d’apprendre à s’arrêter. La frontière entre la protection face à des traumatismes et la violence envers autrui pouvant devenir flou petit à petit, mais ce sera l’objet d’un autre article. (si j’y arrive)

Je rapprocherai cette analyse des réflexions sur la pédophilie où l’on sait que de nombreuses prédat-eur-rice-s ont été victimes dans leur enfance. Il y a un point où ces victimes sont devenus des prédat-eur-rice-s. L’admettre ne pardonne pas l’acte criminel, mais peut permettre de protéger des victimes.


Je dirais donc qu’une meilleure définition de la manipulation devrait être « pratique qui casse la volonté ou le libre-arbitre d’autrui sur un ou plusieurs sujet ». Le verbe casser induisant bien une violence/des dégâts. Et en supprimant le visant, on admet également la possibilité que la manipulation puisse être inconsciente.


Pour aller plus loin, parlons Gaslighting. Comme l’indique très bien cet article que je vous conseille sur le sujet : le gaslighting est une technique visant à faire douter la victime de la réalité, c’est une méthode extrêmement violente ; l’un des axes principaux étant la négation d’une chose qui est arrivé. Comme dans le film Gas light, où Gregory va faire douter Paula de ses sens mêmes, en lui assurant qu’elle se trompe. On notera ici que l’on est dans une méthode qui ne peut pas se faire inconsciemment, par ailleurs, l’action étant particulièrement complexe, elle nécessite une véritable volonté de nuire à l’autre.
Le fait est, pour autant, que mentir en niant la réalité, n’est pas forcément une technique de Gaslighting. Combien d’enfants vont mentir alors même que ce qu’ils ont fait, ils l’ont fait devant plusieurs témoins et que ce sont ces témoins qui leur en parlent ? Pour autant, on n’accuserait pas l’enfant de Gaslighting pour la simple et bonne raison que dans la quasi-totalité des cas, il y a un rapport de force entre les adultes et les enfants. De même qu’il y a un rapport de force entre Gregory et Paula. C’est ce rapport de force qui la fait douter de la réalité. C’est le fait de l’avoir isolée, de l’avoir séduite, d’avoir pris le contrôle, puis de jouer avec les lumières, alors même que la confiance a été intimement lié à lui, qui fait que le doute naît et grandit.
On pourrait être tenté de considérer qu’un rapport de pouvoir est simplement lié à une oppression systémique, ce qui simplifierait le problème. C’est un facteur bien évidemment, qui peut l’indiquer, mais dans une relation entre deux personnes, il y a plus que des oppressions, et même ces oppressions peuvent ne pas être en sens unique, mais s’entrelacer sur plusieurs axes.
La question est donc : comment reconnaître un rapport de pouvoir entre deux individus au sein d’une relation ?


Ici, on peut parler de la charge mentale et de la charge émotionnelle. Ces deux données à elles seules peuvent très largement permettre d’indiquer un rapport de pouvoir. Mais encore une fois, cela peut fonctionner dans les deux sens. La personne qui contrôle peut soit assumer la majorité/totalité de la charge mentale et/ou émotionnelle, allant jusqu’à empêcher l’autre d’en assumer la moindre portion sous peine de violence, ou, à l’inverse, n’en assumer que très peu, mais exiger qu’elle soit faite d’une certaine manière, sous peine de violence également. Dans les deux cas, la personne n’a pas la possibilité d’assumer cette charge à sa manière, soit parce qu’elle ne peut pas le faire, soit parce qu’elle doit le faire à la manière de l’autre, et subis des violences si elle s’écarte de la case dans laquelle l’autre l’a installé.


On peut, bien évidemment, regarder les différentes oppressions qui distinguent les deux personnes et chercher lesquelles sont les moins prises en comptes ou lesquelles ont le plus de poids dans la relation.


On peut également regarder les modifications qui sont advenues au fur et à mesure du temps. Qui a changé quoi ? (tenue, manière de parler, goûts, activités, hobbies etc.)


Dans chacun de ces cas, l’analyse peut se faire soi-même, en particulier par écrit, afin de garder des données sur le vif, et,précisément, empêcher le gaslighting,mais également, et surtout je dirais, avec une autre personnes, « hors champ » de l’autre, qui peut donc avoir une meilleure vision des changements. Un des points majeurs est également de concevoir précisément la notion de manipulation telle que je l’ai développée plus haut, à savoir le fait qu’il y a dégâts sur l’autre. Dans le cas des changements qui ont eu lieu dans une vie ou dans ses activités, cela peut permettre de distinguer les inévitables compromis qui accompagnent une relation ou le simple fait d’évoluer au contact d’une autre personne, d’une relation de pouvoir. C’est dans la compréhension de cette perte de quelque chose, dans cette « cassure » que l’on peut repérer la relation de pouvoir, et, de fait, la manipulation.


Que la manipulation soit volontaire ou involontaire de la part de l’autre personne fera l’objet d’un autre article, parce que sur ce point, c’est comme concernant les relations toxiques, il y aurait trop de choses à dire. Cependant, il convient de garder une chose à l’esprit : que ce soit volontaire ou involontaire ne change rien au fait que vous avez le droit de vous protéger. Le droit de refuser que cela continue. La définition s’axe sur les dégâts que VOUS subissez, et vous avez toujours le droit de chercher à éviter ces dégâts.


Prenez soin de vous-même avant toute chose.