Pas envie de faire d’introduction fun ou quoi ou qu’est-ce. On va parler de cet article

Parce que mon dieu que ce genre de texte m’insupporte. Allons-y donc pour une petite analyse de texte.

Le titre tout d’abord créé une opposition directe entre d’un côté le caractère majeur de la situation, et de l’autre côté, le caractère mineur, voir ridicule, de la raison de ne pas venir.
Cette distinction est encore présente ensuite, avec trois paragraphes (« ça fait des années véritable casse du travail »), opposé à des « excuses ». Le champ lexical de l’excuse est d’ailleurs utilisé à foison. On « invoque » quelque chose « POUR » ne pas venir. On « se justifie de ne pas se mobiliser », on doit dépasser la « peur » (de la grève, des manifestations, de faire des blocages).
Au milieu de tout cela, une idée profondément méprisante émerge : « l’immobilisme » des individus est la raison de leur absence. Ils sont juste lâche. Ou peureux. Il n’y a, sur ce point, aucune volonté d’en rechercher les causes, non, ce sont juste des caractéristiques intrinsèques à celleux ne se mobilisant pas, lesquelles doivent juste être dépassées, comme ça, pouf.


Quand on en arrive à un petit en-car pour parler des personnes ne pouvant pas se mobiliser, le tout tient en une seule et unique phrase : « Et si tu n’as vraiment pas les moyens financiers de te mettre en grève, des milliers de camarades seront prêts à t’aider afin de t’avoir à leur côté dans la lutte. ».
On notera le mépris immonde envoyé dans le « vraiment », qui renvoie également à la même notion d’excuse déjà présente plus haut. Le tout étant, par ailleurs, complètement balayé d’une simple phrase. « des milliers de camarades seront prêts à t’aider ». Qui ? Où ? Quand ? Non, c’est juste une formule, hein, on va pas non plus donner des solutions concrètes aux personnes dans cette situation, situation qu’on n’a même pas véritablement présenté, on va juste se contenter de leur dire qu’elles existent, et basta, le tout en une seule petite phrase, perdue au milieu des 1500mots de l’article.


Après ce petit interlude, on retourne vers le ton de l’article. Il convient de « dépasser notre petit confort et notre paisibilité immédiate ». Parce que soyons sérieux, la véritable raison, c’est quand même que les gens sont des faignants, et l’on termine en miroir sur le début, avec à nouveau une emphase sur l’importance de la mobilisation.



Parlons plus en profondeur de cet en-car. D’une part, comme d’habitude, la seule raison considérée valable de ne pas manifester est celle d’un manque d’argent. Les femmes inquiètes d’un service d’ordre qui pourrait les agresser ? Pas même l’indication que « des milliers de camarades sont prêts à t’aider ». Les parents avec de nombreux enfants, et en particulier les mères célibataires & précaires ? Non rien. Les personnes en situation de handicaps ? Les diverses personnes en situation de précarité, en plus grand danger de violence policière, ou psychologiquement fragile ? Non, non. La seule raison valable dont on parle c’est celle de l’argent, et encore faut-il que ce soit « vraiment » le cas, et même dans ce cas ultime, on dit qu’il y a une solution, indiquant que quand même, y a toujours moyen, laissant en sous-entendu la même réflexion sur la fainéantise.


Le problème de cet article, c’est que là où le « on » se mobilise, agit, entre dans une dynamique sociale, le « tu » est celui qui invoque des excuses, se justifie, reste dans l’immobilisme et son « petit confort ». Il n’y a, dans cet article, aucune volonté de réfléchir à ce qui se trouve derrière ces « excuses », aucune analyse. La raison est simple : la fainéantise, le confort. La « paisibilité ». C’est curieux, quand je creuse les raisons pour lesquelles des gens ne viennent pas en manif, derrière les « excuses » apparaissent souvent d’autres raisons. Manque de foi dans les mouvements sociaux après des années où les manifs et les grèves ont lamentablement échoué, agoraphobie, terreur face aux violences, manque d’argent, manque de TEMPS, manque d’énergie, et j’en passe et des meilleurs. Mais tout cela, l’article le réduit à une simple et unique phrase, le tout noyé dans une abondance de mépris. Ce qui n’a rien d’étonnant, car cet article n’a pas, en vérité, pour but de convaincre des personnes de venir en manifestation, mais de faire de la congratulation mutuelle entre manifestants.


Soyons honnête, la culpabilisation massive d’un groupe d’individus ne permet pas le ralliement de ceux-ci. On ne va pas se mobiliser parce qu’on se fait traiter de faignants, même enrobé dans de jolies phrases, de même que je n’ai jamais vu de personnes abandonner la manifestation parce que Macron les a traité de fainéants. La culpabilisation ne fait que renforcer le statut quo.
Non, cet article recréé de l’unité. D’ailleurs, il y a tout un passage où le « on » parle du/de la militant.e, et des remparts qu’il reçoit, non pas du « tu » mais bien des « autres ». Ce paragraphe est symptomatique de tout l’article : il est avant tout tourné vers celles & ceux qui se bougent. C’est à elleux que cet article s’adresse. Pour se congratuler de ne pas « rester dans leur petit confort », pour s’applaudir de ne pas « invoquer » des excuses, et on ajoute même une petite phrase caution pour bien montrer qu’on pense à celles et ceux qui ne peuvent pas venir pour cause d’argent. Comme ça, on s’applaudit entre militant de bien penser à tout le monde.
N’oublions pas qui lira l’article, par ailleurs : des militants, des proches de militants, quasiment personne d’autre. La cible soit-disant de l’article ne le verra probablement jamais, et si tant est qu’elle le voit, n’en retirera qu’un rejet pur et simple. On ne cherche pas à la comprendre. On ne cherche pas à l’aider. On est à des années-lumières de proposer des solutions concrètes. On lui crache à la gueule et on la méprise.


Des mots, des mots et toujours des mots, sans solution concrète, sans volonté de réfléchir à ce qui se passe en face. Juste une recherche d’unification supplémentaire, laquelle fonctionne parfaitement par le dénigrement d’un autre groupe.

La culpabilisation n’a jamais pour but de faire bouger le groupe victime, mais de renforcer l’union du groupe agresseur, ici, les personnes qui vont en manif’.



Même pas envie de faire une conclusion, juste que sérieusement, ce genre d’article : c’est non.