Je voudrais étoffer un peu mon article sur sain-e/malsain-e gentil-le/méchant-e, en parlant précisément des couples, et des relations bancales.

Le problème dont je veux parler n’a pas pour but de défendre les abus, mais bien de relever les cas où une relation peut devenir malsaine, sans qu’aucune des deux personnes n’ait été, à l’origine, malsaine. Je parlerai donc ici de contrôle-freak et des éponges-apathiques.
Le terme éponge-apathique est un pur néologisme, mais il résume deux cas que j’ai vu. Éponge ici, fait référence aux personnes ayant une intégrité psychique limitée, donc ayant tendance à copier les personnes avec qui elles relationnent, apathique fait référence à celles ayant des difficultés à agir sans le soutien d’une autre personnes. Ce ne sont pas des jugements de valeur. Si vous avez de meilleurs termes, proposez, moi je n’ai pas trouvé mieux. J’utiliserai donc ces termes dans cet article.
Contrôle-freak, quant à lui, fait référence aux personnes ayant besoin de contrôler leur environnement, et je parle en particulier ici des personnes qui ont eu ce besoin de contrôle comme manière de gérer leur passé, et dont le but n’est pas d’être abusives.
Enfin, je précise que cet article n’a pas pour but d’offrir des clefs pour analyser des relations autre que les votre ou pour analyser quelqu’un d’autres que vous. Ce n’est pas un article pour distinguer relations abusive de relations bancales, c’est un article pour donner des clefs aux personnes qui se sont retrouvées dans ces situations, que ce soit en relations amicales, familiales ou amoureuses, pour limiter les risques dans le futur ou comprendre où et comment un truc a foiré dans une relation.


Passons rapidement sur le danger lorsque ces deux profils se rencontrent. A première vue, ça peut paraître un bon match, mais en réalité, les contrôle-freak comme les éponges-apathiques créent un cercle vicieux extrêmement violent où l’une des personnes finit par avoir un contrôle total sur l’autre. Du côté controle-freak, ça se traduit par une trop lourde responsabilité, l’impossibilité d’aller mal ou de se reposer ne serait-ce qu’un tant soit peu sur l’autre. Côté éponge-apathique, ça se traduit par une incapacité à exister, un enfermement complet et une dépendance absolue.
Le cas le plus extrême étant la destruction de la personnalité, cas pouvant intervenir chez les deux, éponge-apathique perdant sa capacité à exister parce qu’étant tout le temps en attente de l’autre, la personne contrôle-freak perdant la capacité à exister parce qu’obligée de tout faire pour l’autre, mais en rapport à l’autre, forcée non pas seulement à prendre toutes les décisions,mais à prendre les décisions que l’autre voudrait voir prises.
Ajoutons également que des personnes vont passer de l’un à l’autre, parfois précisément à cause de ces relations destructrices. Les murs entre ces deux types de fonctionnement sont assez poreux.

Certains penseront également que la personne malsaine sera fatalement celle qui prendra le rôle controle-freak. Ce n’est pas le cas. Le contrôle-freak peut prendre le contrôle et détruire la personnalité de l’autre, l’enfermant dans son idée de ce qu’elle doit être et l’empêchant, au final, d’exister autrement qu’en tant que « ce que l’autre décide ». La personne apathique peut, quant à elle, « forcer » la personne contrôle-freak à prendre non pas les décisions, mais les décisions qu’ELLE (la personne éponge-apathique) voudrait prendre (en rejetant continuellement la responsabilité des erreurs sur elle par exemple). La personne contrôle-freak se retrouve du coup bloquée, à la fois obligée d’assumer la responsabilité de tout, sans pouvoir prendre réellement les décisions (puisqu’elle doit trouver la décision que l’autre veut). Cela peut amener à une brisure complète.

Ces deux cas évoqués de brisure de la personnalité sont des extrêmes, bien souvent, les deux personnes prennent assez cher, la relation agonise quelques mois, et finit par se terminer assez douloureusement, sans aller jusqu’à une telle souffrance. Ça n’empêche pas que savoir jusqu’où ça peut mener, qu’on soit contrôle-freak ou éponge-apathique est important.



Mais s’il semble assez évident que ces deux profils extrêmes se rencontrant mènent à des relations malsaines, ce qui l’est moins c’est le risque de relations malsaines qui émanent des relations avec l’un ou l’autre de ces types de personnalités.
Les relations avec l’une ou l’autre de ces personnes amènent souvent la deuxième à prendre, précisément, le rôle, plus ou moins volontaire, de l’autre pendant. Et peu importe à quel point la personne a de bonnes intentions, si le couple n’a pas conscience du danger, les rôles finissent très souvent par se reproduire. Ce n’est pas une fatalité, mais malheureusement, c’est une situation qui peut facilement arriver.

Que faire ? D’une part, il faut avoir conscience du danger pour soi et l’autre et prévenir l’autre. Parce que personne ne s’imagine jamais devenir malsain. On ne s’imagine pas pouvoir faire quelque chose contre une relation malsaine. On imagine la relation malsaine comme venant
a) d’une personne malsaine (ce que l’on ne s’imagine pas être, donc ce serait l’autre)
b) de deux caractères incompatibles (ce qui fait que c’est une fatalité, une sorte de pas de bol)
On imagine rarement que l’on puisse du fait de la relation, petit à petit, devenir malsain-e.

C’est aussi un travail à faire sur soi. Prendre conscience que l’on peut devenir malsain-e. Ça rejoint mon article sur la diabolisation, mais globalement, il y a un énorme danger à ne pas prendre en compte le fait qu’une relation, amicale, familiale ou amoureuse encore une fois, ne puisse pas vous rendre malsain-e. Savoir poser des limites au préalable, et surtout, en parler. Si vous vous savez contrôle-freak, il faut parler du risque que l’autre aurait à trop se reposer sur vous. Si vous vous savez éponge-apathique, il faut parler du risque que l’autre aurait à trop prendre le contrôle. Il faut AUSSI parler du risque à trop prendre le contrôle SOI-MÊME, et du risque à trop donner à l’autre les responsabilités.

Communiquer est la clef, c’est tout ce que cet article dit ? Oui et non. Communiquer est effectivement central, mais ici, c’est la nécessité de conscience mutuelle du danger malsain d’une relation entre deux personnes saines qui est nécessaire. Par conscience mutuelle, j’entends donc que chacun en ait conscience, mais que le duo en lui-même en ait conscience également, c’est à dire que ce soit une notion qui soit explicite au sein de la relation. Sans cette conscience mutuelle, qui se confirme par la communication, la communication sur le reste est inutile. C’est par le fait que la relation se construit sur la conscience du danger que ce danger peut être combattu.


Cet article n’est pas suffisant en soi. Il resterait à évoquer les problèmes liés aux oppressions qui déséquilibrent encore plus les relations, mais également, à parler des relations sans aucune personnalité contrôle-freak/apathique-éponge, mais avec des oppressions incitant à cette bancalité. J’espère pouvoir le traiter dans un second article, pour les personnes ayant des troubles psys, ça ne devrait pas poser de soucis particuliers, pour les autres cas, si vous en faites un sur votre blogs je ferai tourner ou le poster ici, ce sera avec plaisir. C’est un sujet que je n’ai pas encore vu beaucoup développé, mais qui me semble plus qu’important.
Il resterait également à évoquer les moyens pour sortir d’une relation qui a commencé à devenir malsaine, et non pas simplement de poser, comme dans cet article, des méthodes pour les relations futures. Sur ce point, je n’ai pas encore d’idées des méthodes. J’y réfléchis pourtant depuis maintenant plusieurs mois.