Cet article est la traduction de celui de Jay the Nerd Kid (@jaythenerdkid sur twitter, itsjaythenerdkid sur facebook) dont la version originale (en anglais) est disponible ici: https://www.facebook.com/itsjaythenerdkid/posts/946273982141145 Gardez en tête que si j'ai un bon anglais, la traduction n'est pas forcément parfaite.



Ok, il se trouve qu'en effet, j'ai une chose à vous demander à tous en 2017, et c'est que vous arrêtiez d'amalgamer les comportements malsains d'hommes toxiques avec la maladie mentale.

Je suis bipolaire. Je suis également de temps à autre, selon à qui vous posez la question, une ordure complète. Je pense que tout ceux qui m'ont connu entre 2002 et 2010 peuvent attester que je suis souvent une vraie connasse sans aucune autre raison que parce que je le veux. (Hé, si je pensais que je n'avais *aucun* défaut, ce serait inquiétant, n'est-ce pas ?) J'ai fait des choses au cours de ma vie dont je ne suis pas extrêmement fière. Certaines de ces choses, je les ai faites alors que j'étais maniaque.

Mais voilà: je n'ai pas fait ces choses parce que j'étais maniaque. J'étais maniaque, et j'ai fait ces choses. La corrélation ne signifie pas nécessairement la causalité. Vous auriez dû suivre un peu plus vos cours de statistiques.

Ce que j'ai découvert au cours de ma vie avec une maladie mentale qui baisse mes inhibitions est que la personne que je suis quand je suis maniaque (ou psychotique, ou dépressive, ou que mon TPL/borderline me fait passer une très mauvaise journée) n'est pas une personne différente. C'est toujours moi. J'ai toujours plus ou moins la même personnalité, et (et c'est là le point important) je veux toujours plus ou moins les mêmes choses. Bien sur, les phases maniaques me rendent plus encline à faire des choses que je me serais empêchée de faire autrement, mais cela ne m'a jamais fait faire quelque chose que je ne voulais pas faire, au moins un peu. Cela ne créé pas de nouvelles pulsions, cela rend juste plus facile de réaliser celle qui existent déjà.

Si vous n'avez pas de désir, par exemple, d'abuser d'une femme inconnue sur le net, aucune phase maniaque ne vous fera le faire, parce que vous n'avez jamais voulu le faire à l'origine. Si vous n'avez pas, par exemple, abrité un désir secret d'harceler une serveuse de Starbuck car vous pensez qu'elle vous doit du sexe, alors la phase maniaque ne vous transformera pas subitement en la pire parodie de Casanova. La phase maniaque ne vous transforme pas en une différente personne - elle fait juste émerger des portions de vous qui existaient déjà. Du coup, si vous n'avez jamais été un agresseur ou si vous n'avez jamais été violent, ou si vous n'avez jamais voulu vous jeter du haut d'un pont juste pour savoir ce que ça fait, vous ne ferez probablement aucune de ces choses durant une phase maniaque puisque vous n'avez jamais voulu faire ces choses tout court.

Et c'est là le problème de blâmer le fait d'être bipolaire pour les mauvaises pulsions: cela rend la vie vraiment, vraiment difficile pour ceux d'entre nous qui vivent avec cette condition, et ne sont pas violent ou nocif, de vivre nos vies quotidienne sans faire face à un stigma extrêmement fort. Je n'oublierais jamais ce jour où un de mes collègues - quelqu'un que j'aime beaucoup, aujourd'hui encore, quelqu'un dont je pense qu'elle est vraiment chouette et une bonne personne - m'a dit "tu es bipolaire ? Mais tu sembles si... normale."Quand vous blâmez la bipolarité pour les mauvais comportements, vous aidez à perpétuer l'idée que les personnes bipolaire sont intrinsèquement dangereuses pour elles et les autres, que nous sommes violent-e-s, ingérables, toxiques, que nous sommes des personnes que vous ne voudriez pas autour de vous. Et étant une personne qui a passé des années et des années à me battre contre mes pires pulsions afin d'être une meilleure humaine pour les personnes autour de moi, je ne peux que vous dire ceci: c'est injuste.

La plupart des personnes vivant une phase dépressive bipolaire ne courent pas dans tous les sens pour harceler des femmes ou commettre des crimes violents. La plupart d'entre nous sont juste des personnes qui ont le même genre de désirs ou de pulsions que vous avez parfois. (achète des choses brillantes. Baise un max. Bois tous les verres. Va dans un nouvel endroit. Tente le destin) qui ont juste un petit peu plus (ou beaucoup plus) de mal à ne pas s'y abandonner. Nous ne sommes pas intrinsèquement mauvais, juste intrinsèquement impulsif. Et oui, parfois, nos pulsions sont les mauvaises, parce que les pulsions humaines sont parfois de mauvaises, et malheureusement, nous avons du mal à ne pas nous laisser aller à celles-là également, parce que la phase maniaque ne fait pas de différence entre les trucs funs et les trucs flippants: cela rend juste plus dur d'ignorer la voix qui nous dit "non" et beaucoup plus simple de s'abandonner à la voix qui dit "oui".

Je vais donc vous demander une faveur, mes chéris, juste une résolution pour la nouvelle année, une chose que vous pouvez faire pour moi en 2017. Quand quelqu'un fait quelque chose de mal et qu'il se trouve qu'elle a également une maladie mentale, ne sautez pas automatique sur l'occasion de blâmer le mauvais sur leur maladie. Les gens font de mauvaises choses parce qu'ils veulent faire de mauvaises choses. Ils n'ont pas besoin d'être malade pour le faire, et ils n'ont pas besoin d'être en bonne santé mentale pour ne pas le faire.

Abuseurs, harceleurs, tireur dans les écoles, ils ne font pas ça parce qu'ils sont malades. Ils font ça parce qu'ils ont été élevés dans une société qui les a mené à croire que tout le monde leur doit ce qu'ils veulent, et lorsqu'ils ne le reçoivent pas, ils font un caprice ultra violent. Ce n'est pas de la maladie mentale, c'est du conditionnement, arrêtez d'amalgamer les deux, car lorsque vous le faites, vous sous-entendez que toutes les personnes malades mentales que vous connaissez - et je vous promets que vous en connaissez certaines, même si elles ne vous l'ont jamais dit, puisque beaucoup d'entre nous sont excellents à le cacher - sont, on ne sait comment, pire, on ne sait comment, capable du mal, on ne sait comment inférieur, juste parce qu'ils sont malades, et ce n'est pas juste.

Répondez aux personnes disant de la merde. Ne laissez pas les mauvaises personnes faire de mauvaises choses et se cacher derrière de mauvaises excuses. En l'année 2017, commencez à croire à la responsabilité personnelle. Être bipolaire n'a jamais rendu quelqu'un mauvais, mais le croire fait de vous une ordure.

Bonne année, restez en sécurité. Soyez meilleur-e-s pour vous et meilleur-e-s pour les autres. Soyez meilleur-e-s que ça.