On va poser rapidement les bases de ce que j'appelle méthode du choc. c'est un procédé rhétorique visant à provoquer un choc chez la personne en face pour lui faire prendre conscience du mal-fondé de sa position ou de ses propos. La méthode est simple, on fait un amalgame entre cette personne et une ou plusieurs autres que les deux désapprouvent. Un exemple typique de méthode du choc est très courant dans les films/séries et c'est le "tu ressembles à papa/maman" venant d'un membre d'une famille à un autre, ce qui fait réagir la personne et l'aide à se remettre en question. La définition étant posée, voici le problème.

La méthode du choc est celle qui intervient lorsqu'il y a manque d'arguments, et surtout trop de mauvaise foi (considérée ou réelle) de la part de l'autre. C'est une méthode "ultime" afin de briser la réticence d'une personne à tout nouvel argument. En bref, c'est la fin de l'argumentation et du débat. C'est un complet all-in. Soit ça marche, soit c'est terminé, il n'y a plus de véritable retour en arrière, le débat sera stérile.

Le problème de ce procédé rhétorique est que pour fonctionner il faut une base commune forte en terme émotionnelle ou de valeurs, et qu'il nécessite un très faible nombre d'individus impliqués. La méthode du choc n'a aucune place dans un débat avec des dizaines ou des centaines de personnes. Lorsque ceci advient, le choc en question est complètement dilué et il se trouvera forcément au moins une personne qui ne se remettra pas en question, ce qui va faire poursuivre les dissensions... avec une brisure quasi-définitive vu qu'il n'y a plus d'arguments après.
D'autre part, si la méthode en question est trop utilisée, elle perd son caractère choquant et au lieu de permettre à des individus de réfléchir, elle fait au contraire baisser le caractère choquant d'une situation. C'est ce qui s'est produit avec le nazisme et le point godwin. Petit à petit, on en est venu à ne même plus faire attention aux nazis, et à oublier qu'il y en a toujours ça et là. Le fait que le nazisme ait été continuellement utilisé comme méthode de choc, l'a transformé petit à petit en ce point godwin, lequel contribue très largement à la perte de lutte contre le nazisme.


A l'heure actuelle, dans le milieu militant, la méthode du choc est de plus en plus utilisée. Une personne met en parallèle les Non-binaires et les mascus qui grimpent au grue. Qu'est-ce sinon cela ? L'analogie n'a pas été faite par hasard. Le but était bel et bien de faire réagir, de faire "buger" car dans le milieu le second est vu comme négatif de façon commune. De l'autre côté, on insulte de terf, qui, vu que l'on a affaire à une discussion interne au milieu trans, est du même ordre d'idée. Mais ça ne marche pas. Ces actions sont des abandons purs et simples du débat. Alors on peut venir gueuler au tone-policing tant qu'on veut, y a un moment faut distinguer le fait de dire qu'une chose ne tient pas du débat et vous dire de ne pas le faire. Vous faites ce que vous voulez. Mais ne venez pas dire que vous débattez dans ce cas-là. Si vous considérez que c'est votre manière de vous défendre, pas de soucis (encore que j'aimerais bien comprendre comment un long texte rationnel et posé puisse se justifier d'avoir un accès de rage arhum) mais ça n'est pas du débat et à moins que votre adversaire ait des alliances avérées avec des mascus la comparaison est totalement déplacée dans le milieu militant.

La méthode du choc, encore une fois, possède plusieurs avantages. D'une part elle peut permettre, justement, de couper les ponts émotionnellement avec une personne lorsque celle-ci dépasse une ligne en lui posant une sorte d'ultimatum basé sur un vécu commun ou des pensées qu'on suppose commune. De plus, elle peut permettre de faire réagir la personne en face sur cette même base, du fait du rejet et du choc qu'elle implique. Mais c'est avant tout une stratégie d'échec du débat, complètement all-in et focalisée sur l'émotionnelle, ce qui n'a aucun sens sur Internet face à des dizaines ou des centaines de lecteurs, et en a encore moins lorsqu'ensuite on rationnalise (ce qui est extrêmement courant) cette pensée en développant l'analogie pour la justifier. Evidemment, cet article vient du débat en cours sur les non-binaires et les exemples en sont tirés parce que... j'ai une mémoire de merde et que j'en ai pas d'autres qui me viennent. Mais à chaque gros débat interne la méthode du choc est réutilisée. Des personnes avec des troubles psys avaient déjà été insulté d'être de "vrai psys d'HP" dans un large débat qui avait eu lieu je ne sais plus où concernant le droit de forcer une personne à prendre des médocs. Peu importe où vous vous situez dans ce débat, c'est contre-productif de réagir ainsi. On peut admettre et assumer la non-productivité, mais c'est rarement le cas. Le fait de rationnaliser ensuite son argument est une des nombreuses preuves que bien souvent, on suppose qu'on est productif et on se refuse à ne pas l'avoir été.
On peut dire de la merde sous la colère. On peut aussi considérer qu'on a le droit. Je ne suis pas ici en train de faire la morale sur x ou y et je ne vise clairement pas les personnes qui ont tenu ces propos. Je dis juste: faut assumer et rester cohérent. Si le but était d'être constructif, faut s'excuser et pas continuer. Si c'était des propos de colère, on peut s'excuser ou, si l'on l'est toujours, les assumer et assumer le refus de débat. Simplement: restons cohérent.