J'ai lu ceci aujourd'hui. Outre le fait que je suis on ne peut plus d'accord avec cet article pour la simple et bonne raison que ce genre de pression, si elles avaient plus d'influence sur moi (typiquement si j'étais une femme), aurait un impact catastrophique sur ma santé mentale, le fait de me plier à quelque chose qui ne passe pas étant... bah une cause de brisure psychotique. Mais bref.

Il y a un point sur lequel je voulais revenir en fait: le paragraphe sur "Une personne qui ne couche pas avec des personnes X est-elle X-ophobe". Plus précisément sur l'idée même de "personne x-phobe". Cette idée me gêne en fait. Pour son caractère profondément définitif. Une personne est. Elle n'est pas "en train d'être". Elle est. ça sent fort la vérité générale, et l'absolu. ça sépare le monde en deux, entre les personnes qui le sont et celles qui ne le sont pas et ça met en place un schéma d'instabilité précaire face au brevet de "non-Xphobe".

Or, à partir du moment où l'on est né-e dans cette société, on subit un conditionnement sur chaque axe d'oppression. J'avais déjà parlé de ce qui se déconstruit dans cet article, et si on peut exiger d'une personne de remettre en question un préjugé lorsqu'elle est face à une preuve de son aberration, un conditionnement, c'est bien plus profond. ça s'insinue dans notre construction personnelle, et jusque dans nos traumatismes parfois. Il y a, bien évidemment, une différence fondamentale entre le conditionnement, et le fait de rationaliser ce conditionnement, comme en parle Lau dans son article d'ailleurs. Je parle bien ici du conditionnement en lui-même.

Dans certains milieux militants, il est assez fréquent de voir une sorte d'omerta envers une personne parce que "elle est psychophobe" ou autre. (j'ai même déjà vu ça envoyé dans la gueule d'une personne qui avait des troubles psys et personnellement ça m'enrage) Et j'avoue que ça me gonfle. D'une part, ça fige l'individu dans son passé, sans aucune possibilité d'évoluer. D'autre part ça créé ce système de brevet "pas psychophobe" alors que nous sommes TOU-TE-S conditionné-e-s par la psychophobie. Personne ne peut délivrer un tel brevet, et celui-ci peut être retiré à tout moment. Il est donc attribué "par défaut" aux personnes, et pouvant être retiré à la moindre erreur. C'est un système ultra-violent, et j'avais déjà parlé du fait que je connaissais divers personnes qui avaient indiqué que les milieux militants et surtout les milieux dit "safe" étaient plus violents pour elles que leur vie personnelle, et clairement pas des personnes du bon côté de la barrière en terme de violence de la société.

Bon, je dresse un tableau ultra sale, il faut être honnête. Beaucoup de militant-e-s se contentent de pointer que tel action/propos/pensées etc. est oppressive, et c'est, à mon sens, beaucoup plus sain. Certes, on me reprochera que ça câline l'oppresseur dans le sens du poil, sauf que je ne parle pas uniquement d'oppresseur ici, d'autant moins que je ne compte plus les fois où j'ai vu des ALLIE-E-S venir balancer ça à des concerné-e-s. Une femme noire musulmane anti-voile qui se prend "t'es islamophobe" par un blanc ? Déjà vu. Une femme qui se fait engueuler par un mec sur son slut-shaming ? Déjà vu. Un type avec un trouble bipolaire & de l'anorexie qui se fait balancer qu'il est psychophobe ? Pareil. Vous me direz "iels le sont peut-être". Non, iels le sont. Comme vous d'ailleurs. En revanche en balançant ça à des concerné-e-s, ce que vous faites, c'est littéralement faire peser sur elleux le poids de la violence qu'elleux subissent. Niveau immondice, ça se pose là je trouve.

On est tous psychophobes. Point. La société l'est, on vit dedans. On est conditionné, point à la ligne. Occupons-nous de ce qui peut l'être, pas de qui l'est.