Jean mich du PMU vs les tapotes sur l'épaule entre concerné-e-s

Oui, les personnes qui ont eu ces propos se reconnaîtront. Non, je vais pas les nommer, mais oui, je vous cible très joyeusement. Bon, soyons honnête, vous n'êtes pas les seules visées. Vos propos sont assez récurrents dans les milieux militants et cette opposition entre ces deux types de militantisme m'énerve depuis un bail. Vos propos auront simplement été la goutte d'eau, le mépris (que ce soit un mépris dédaigneux ou un mépris compassionné) qui me fait réagir.

Parce que pour moi, cette opposition n'a aucun sens. Ce ne sont pas deux militantismes, ce sont deux facettes de la réalité du militantisme, et l'on ne peut faire l'un sans l'autre.
Si l'on considère que le militantisme se trouve uniquement dans le travail de conviction, alors on reproduit le système oppressif en centrant la lutte sur les dominant-e-s, en oubliant les personnes opprimées. En considérant que les "tapotes sur l'épaule entre concerné-e-s" et l'entraide ne sont pas du militantisme, on oublie le but premier de celui-ci: une vie meilleure pour les opprimé-e-s. Lorsque Mrs Roots publie Care et femme noire: gérer sa colère pour vivre mieux il est évident que ce qu'elle dit est profondément militant, et pour autant, cela n'est pas le moins du monde tourné vers les blancs. L'article ne cherche pas à convaincre qui que ce soit, il est là pour améliorer la qualité de vie des femmes noires. Mépriser ça en le considérant comme n'étant pas du militantisme, mais simplement de l'entraide ou du soutien, c'est à nouveau considérer que la vie des opprimé-e-s n'est pas ce pour quoi on lutte.

A l'inverse, considérer qu'il est hors de question de militer auprès de Jean Mich du PMU, c'est d'une part, un propos qui sent très fort le mépris de classe, mais également, oublier que les individus qui n'ont pas de conscience des violences systémiques ne sont pas forcément des dominants dans chaque axe d'oppression. En ayant cette idée, on met de côté tout le conditionnement de la société en exigeant une certaine "décence", en oubliant totalement que ce que l'on appelle décence (remise en question, écoute des concerné-e-s etc.) est quelque chose qui s'apprend, dans une société où l'on est conditionné à l'inverse (la base étant l'idée de l'universalisme qu'on nous enseigne tout petit). C'est également oublier qu'on ne lutte pas uniquement pour les personnes militantes. Cette pensée se traduit très souvent par l'idée que toute personne ayant des propos oppressifs est un mec cis het, blanc, bourgeois, neurotypique et valide, ce qui n'a non seulement aucun sens, mais en plus dépolitise totalement le problème. D'une part, en considérant que la "déconstruction personnelle" est du militantisme (spoiler: non. C'est de la décence découlant d'une prise de conscience, mais ce n'est pas du militantisme, vous n'allez pas changer le monde parce que vous avez changé, et l'individualisation de l'oppression est une dépolitisation complète. Votre microcosme s'en trouvera peut-être changé, et c'est très bien, mais ça n'a pas de possible portée politique sur l'ensemble de votre classe contrairement, par exemple, à l'article de Mrs Roots), d'autre part en créant un "vilain méchant", méthode de diabolisation / déresponsabilisation dont j'ai parlé ici. C'est pas parce que vous êtes pas blanc que vous ne pouvez pas être misogyne, pas parce que vous êtes une femme que vous ne pouvez pas être psychophobe etc. (oui, dit comme ça, c'est évident, mais c'est ce que l'image du "mec cishet blanc NT valide bourge" renvoie).

Entendons-nous bien, je ne dis pas que pour être militant, il faut allier ces deux types de militantisme et que celleux qui ne font que l'un ou l'autre sont des mauvais militants. Je dis que ces deux militantismes sont nécessaires, que chacun-e devrait pouvoir choisir le sien, et qu'aucun ne devrait mépriser l'autre.

Commentaires

1. Le mercredi 30 mars 2016, 13:37 par Lau'

Ahaha.
J'avoue avoir bcp ri de me reconnaitre ^^

Mais j'ai aussi trouvé intéressante ta réflexion.

Je te copie ici ce que j'ai mis dans le fil FB dont est issue l'histoire des "tapotes sur l'épaule" :

Merci Jean pour cette réflexion, je la trouve pas mal intéressante, et elle m'amène à réfléchir différemment à l'entraide dans ce contexte là :

Being honnest, à mes yeux, l'entraide seule ne fait - quand même - pas le militantisme.

Par contre, oui, l'entraide rend possible le militantisme.
Je ne pense pas qu'on pourrait avoir une implication militante - et se manger les retours foireux et les emmerdes qui vont avec (parce qu'il y en a, hein !) si on était isolé.es.

Ok, je vais utiliser une métaphore un peu weird et peut-être un peu guerrière (entendons nous, je n'aime pas l'armée, je ne suis pas militariste, mais ça reste une image qui me semble parlante). .
Dans une armée, il y a les gens qui vont "au front", et ils y a les gens qui assurent la logistique, préparent la bouffe, soignent les blessés.
L'un sans l'autre, c'est absolument sans effet.
Sans personne qui s'occupe des blessés, prépare la bouffe, répare le matériel, etc etc... Personne ne va au front.
Et réparer le matériel, soigner les blessés et préparer la bouffe, si y a pas aussi des gens qui vont au front, ça ne va pas amener à quelconque efficacité de l'armée.

Tout comme :
Se cantonner dans l'entraide seule ET CRITIQUER EN PARALELLE le fait d'aller vers l'extérieur, vers "Jean Mich du PMU", pour moi, ouais non, c'est pas du militantisme.
Dire "moi je me sens pas d'aller parler à Jean-Mich du PMU, mais je reste en 2ème ligne pour quand tu auras besoin de souffler et de pester et de râler et de réconfort parce que aller à la rencontre des personnes encore pleines de préjugés, c'est nécessaire mais c'est pas indolore", là ouais, c'est une action militante.

Je ne critique absolument pas les gens qui n'ont pas l'envie, pas la ressource, pas l'énergie, pas le temps, tout ca... d'aller vers "Jean Mich du PMU".
C'est pas un problème. On a le droit de ne pas avoir tout le temps l'énergie de répéter pour la 1342345345 fois que le racisme anti-blanc n'est pas systémique, que le sexisme inversé n'est pas un sexisme inversé mais est par contre les conséquences du sexisme retombant aussi sur les hommes (injonctions à la virilité, toussa)...
'fin ces trucs qu'on répète en mode "boucle" quand on est au contact de personnes non sensibilisées qu'on essaie de sensibiliser.

Oui, c'est fatiguant, usant, pète nerfs.

Mais c'est une démarche nécessaire.

Donc oui, les gens qui critiquent/sabotent/bashent/dogpillent les personnes qui vont à la rencontre de "Jean Mich du PMU", c'est pour moi des "non-militants".

Rester en 2ème ligne et assurer le care, le réconfort, les tapotes sur l'épaule : ca peut être militant ouais. Je ne dis pas le contraire.
Mais pas en délégitimant les personnes qui sont en première ligne, et qui considèrent qu'on ne changera rien à la société en restant UNIQUEMENT entre nous.

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