"Folie douce" est un terme psychophobe

Petit article rapide pour décortiquer le terme "folie douce", parce que j'ai déjà vu des personnes l'employer, concernées ou pas. Ce terme ne doit pas être utilisé.


Folie douce, pour désigner les troubles "légers"

Le terme léger ici fait référence aux troubles dont l'impact sur l'entourage est faible. Je l'indique d'ailleurs entre guillemets à cause de ça. Ce terme place l'entourage de la personne au centre de la réflexion. La personne est d'ores et déjà déshumanisé puisqu'on ne s'occupe pas de sa propre souffrance, mais bien de l'impact que celle-ci a sur les autres. C'est un premier biais par lequel on traite les personnes ayant des troubles psys comme étant un danger pour les autres, et non, en priorité, des victimes. Un trouble psy ne devrait pas être analysé en fonction de l'impact qu'il a sur autrui, mais avant tout en fonction de l'impact sur la personne elle-même, de la souffrance que ça lui cause. La souffrance causée à autrui est un élément que l'on peut analyser, mais ça n'est pas l'élément central, et certainement pas celui qui permet de catégoriser les différents troubles.

Folie Douce, pour parler des personnes "qui ne font de mal qu'à elles-mêmes"

De plus, la folie douce, ce sont tout ces troubles où l'on n'hésitera pas à dire "mais elle/il ne fait de mal qu'à elle/lui-même". Cela fait une distinction entre, d'un côté, les "bons fous" et de l'autre les "mauvais". Et ce sont celles et ceux qui subissent le plus la psychophobie (celles et ceux qui sont violents, ou qui sont difficiles à vivre pour l'entourage) qui en prennent le plus dans la tête, tandis que celles et ceux qui le subissent le moins, peuvent se protéger un peu plus. (cette situation est visible dans de nombreuses situations d'oppression d'ailleurs, et n'est acceptable nulle part)

Folie douce menace suspendue au-dessus de la tête de toutes les personnes ayant des troubles psys

Enfin, Folie douce est une menace. C'est un moyen d'indiquer à une personne ayant des troubles psys qu'elle doit s'adapter à la violence qu'elle subit, sinon elle tombera dans la "folie dure" / "folie violente", terme qui n'est d'ailleurs jamais utilisé, mais tout le temps impliqué. C'est une véritable épée de damoclès au-dessus de chacun & chacune d'entre nous. Une action qui déplaît à quelqu'un, et l'on peut sortir de cette "zone protégée". Protection qui donc, encore une fois, est totalement liée à la manière dont l'entourage vit le trouble psy d'une personne. Folie douce, c'est dire à quelqu'un "attention, je viens de te protéger, mais je peux te retirer la protection à tout moment".

Bref, Folie douce, folie dure, même combat.

Commentaires

1. Le mercredi 23 mars 2016, 07:05 par Thorongil

Intéressante réflexion. La folie douce a ceci de pratique qu'elle permet de faire mine de faire un "compliment" à la personne visée mais en même temps, de nier complètement l'essence même du trouble psychique : la souffrance permanente.

C'est l'idée du gentil et du méchant fou, mais aussi l'idée que le gentil fou est un fou plein de ressources originales et insoupçonnées : par folie douce, j'ai souvent perçu que les gens l'associaient aux "talents créatifs", à "l'originalité", à un comportement prétendûment moins codifié.
Et j'ai souvent vu des gens se l'approprier pour eux-même sans être pour autant des personnes souffrant de troubles psychiques.

Il y aurait beaucoup à dire sur ces préjugés "positifs" autour de la folie, des rapports entre folie et génie ou folie et art qu'on nous répète à longueur de temps et dont je ne peux m'empêcher de remarquer qu'ils ont la même teneur et la même légitimité que les préjugés sur l'homosexualité et la sensibilité artistique...

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