J'ai choisi ce titre pour bien annoncer la couleur car j'ai parfaitement conscience que, mal écrit, cet article pourrait être utilisé pour basher les auto-diagnostics, ce que je ne souhaite absolument pas. Mon propos est, de toute façon, valable autant pour les diagnostics que les autodiagnostics, et ne vise nullement les personnes dont je parlerai, mais bien le système social psychophobe qui accorde aux médecins une capacité de nuisance sur les personnes ayant des troubles psys proprement phénoménale. (j'en parlerai peut-être dans un autre article, mais les témoignages sont légions sur le net, donc cherchez si vous en doutez)

Je voudrais parler ici de tout ces mots que l'on voit trop utilisé. Je ne parle pas ici de la personne se disant bipolaire parce qu'elle a eu une saute d'humeur, mais bien de diagnostics & auto-diagnostics posés sur des personnes avec des souffrances réelles. Anorexie, dépression, PTSD, pervers narcissique, ces mots sont extrêmement courants, et parfois largement à tort. Je me rappelle une amie au lycée qui parlait d'elle-même en tant qu'Anorexique, alors même qu'elle souffrait, certes, de TCA, mais pas d'anorexie. (elle alternait, durant des phases de plusieurs semaines/mois, l'hyperphagie, l'anorexie et l'orthorexie). Les témoignages sur les pervers narcissique sont légions, et moi-même j'utilise régulièrement le terme PTSD pour parler de mon rapport aux dentistes & à mes dents.

Le danger face à ce genre de situations est non seulement d'apporter une mauvaise réponse à un véritable problème, mais également d'invisibiliser et de noyer complètement dans un même terme des situations extrêmement différentes. Pour autant, encore une fois, ce ne sont pas les personnes utilisant ces termes que je pointe du doigt, mais bien la surlégitimité du monde médical. Si j'utilise PTSD vis-à-vis de ma famille quand je parle de mon rapport aux dentistes, ce n'est pas pour le plaisir, mais bien parce que c'est un terme suffisamment connu, et avec un poids médical suffisamment fort pour que me soient évités les sempiternelles remarques psychophobes de "mais mets toi un coup de pied au cul" "c'est pourtant pas compliqué" "ça va aller, c'est rien." "C'était il y a longtemps.". Je n'ai pas envie d'entendre ça quand, une semaine avant le passage chez le dentiste, je deviens quasi incapable de manger et de dormir, quand je part dans de la déréalisation parfois plusieurs fois par jour durant ce temps et que j'en viens à me murger pour stopper les crises d'angoisses. Oui, ce que je vis peut être extrêmement violent. Est-ce un PTSD ? Je ne sais pas en fait. Les symptômes du PTSD vont bien au-delà de ça, non pas dans les crises, mais plus dans la vie de tous les jours. Je n'ai pas d'altération de ma perception de moi-même qui soit durable, ni d'extrême difficulté à accorder ma confiance (encore que je me refuse à retourner dans un cabinet et vais à l'hôpital désormais, mais cela reste plus lié à une conception rationnelle de la sécurité, vu le monde présent à l'hôpital). Je suis capable d'en parler en cet instant, de réfléchir à cette époque, sans m'effondrer totalement. Je ne dis pas que ces points sont nécessaires pour un PTSD, simplement qu'ils me laissent à penser que ce n'en est pas un. Et au final, ça n'a pas tant d'importance que ça. Je ne me suis pas auto-diagnostiqué de PTSD. Je n'ai pas été diagnostiqué d'un PTSD. Mais j'utilise le mot PTSD par mécanisme de défense.

De la même manière "pervers narcissique" permet de donner un poids médical à la dénomination d'une personne, de "légitimer" la souffrance dans laquelle la victime se trouve, mais dans de nombreux cas, on a plus à faire à une ordure manipulatrice qu'à un pervers narcissique. Mais malheureusement, dans un système où l'on fait des médecins, et particulièrement dans le domaine psy, des espèces de demi-dieu, il est très difficile de simplement dire "une ordure manipulatrice". Ce mot ne porte ni poids médical, ni les mille témoignages que l'on peut voir ça et là, à la télé ou sur Internet.

L'amie dont je parlais utilisait anorexie en sachant pertinemment que ce n'en était pas, tout comme j'utilise PTSD en sachant pertinemment que ce n'en est pas. Ici, nous avons des cas assez clair d'auto-défense face au système psychophobe qui nous entoure. Mais j'aimerai parler également des cas où l'on a un mauvais diagnostic, que celui-ci soit fait par soi-même ou par un professionnel. La surlégitimité du médical brise complètement toute capacité à analyser en profondeur un soucis, et à remarquer les distinctions. Au contraire, on se retrouve face à des personnes allant jusqu'à se couler dans un diagnostic. Ce système, bien entendu, ne dure qu'un temps, car il apporte des réponses à des problèmes créés, et aucune aux véritables merdes.

Je ne vais pas terminer cet article en disant qu'il faut vous détacher des diagnostics. Ce serait assez indécent de ma part, que ce soit parce que je les utilise comme moyen de protection, mais également parce que j'ai, moi-même, passé des années à en chercher un, autant auprès de psy qu'en m'analysant moi-même, et bien que mon dernier psychiatre m'ait aidé à en faire le deuil, ça reste quelque chose dont je sais pertinemment l'importance que cela peut avoir pour quelqu'un. Simplement, n'hésitez pas à continuer à lire, à continuer à analyser. L'étiquette, le diagnostic, offre sans aucun doute des clefs, mais elles restent des clefs normatives, des clefs globales. Si vous l'utilisez comme moyen de vous protéger des réactions psychophobes... j'ai envie de dire, faites comme bon vous semble.

Et ne grognez pas sur une personne dont il vous semble qu'elle n'a pas le bon diagnostic. Encore une fois, qu'elles se soient auto-diagnostiquées, ou qu'elle l'ait reçu d'un psy. La psychophobie, c'est aussi une pression terrible à mettre un mot médical, pour légitimer la souffrance d'une personne. Si vous ne connaissez pas la personne, fermez votre gueule. Si vous la connaissez bien, réfléchissez, analysez. Vous avez une meilleure idée ? Proposez. Mais rappelez-vous avant toute chose que c'est pas notre faute si l'étiquette a une place si importante dans nos vies. C'est votre système de merde qui l'exige de nous.