Note: Cet article est vieux. Il doit avoir un an, et a pourri sur mon ordi sans que j'ai la foutu moindre idée de la raison. Je le reposte aujourd'hui; il va bien avec mon dernier article qui parlait du vol de parole, puisqu'ici aussi, il y a le problème des alliés agressifs, qui ont des réactions malsaines.

Le dogpile est une forme de violence très courante sur la toile où un grand nombre de personnes vont envoyer, sur une courte période de temps (une journée, quelques heures ou quelques minutes) un très grand nombre de messages agressifs, insultants ou argumentatif à une ou deux personnes. Il se définit surtout par l'immense fossé qui sépare le nombre d'individus participant au dogpile (10-20-30 et +) et le nombre de personnes le subissant (1, 2 parfois 3 mais très rare).

J'aimerais revenir en détail sur la violence terrible que constitue un dogpile, bien supérieur à ce qu'on pourrait croire. En effet, le dogpile est une forme de harcèlement qui peut complètement démolir une personne, et pourtant, dans le milieu militant, le dogpile est vu comme un acte totalement logique, acceptable et même parfois encourageable.

Pourquoi le dogpile est-il si violent ? Tout simplement parce que la personne n'a pas le temps de réfléchir lorsqu'elle se trouve face à un dogpile. Le nombre de messages augmentant, et le nombre de protagonistes également, la personne est soumise à un stress constant et renouvelé (une seule personne envoyant un 50 messages est bien moins stressant que 25 personnes en envoyant 2 chacun) qui l'empêchent de prendre du recul sur la situation. Cela implique donc qu'elle va tenter de répondre sans avoir le temps de répondre, donc faire des erreurs, voire être agressive face au stress qu'elle subit. Cela va causer une montée en violence de ses interlocuteurs.
J'insiste sur le fait que, le nombre de personnes étant important, le dogpile cause un stress important aux victimes. Cela empêche, sur les réseaux sociaux, de bloquer la personne, mais surtout, en renouvelant continuellement les informations donne l'impression d'être cerné, et empêche littéralement la personne de réfléchir.

Le dogpile est une forme de harcèlement violente, mais c'est, avant tout, une forme de harcèlement perverse pour de nombreuses raisons, en particuliers au sein de la sphère militante.
La première de ces raisons, est qu'aucun des individus participant au dogpile n'agit de façon inacceptable. Si certains peuvent avoir un peu franchi la ligne en étant agressifs ou insultants, c'est bien le groupe dans sa globalité, et non ses individus, qui créé le dogpile. Envoyer 4 tweets à une personne pour lui dire « tu dis de la merde, ferme ta gueule » n'a pourtant pas du tout le même impact selon qu'on est le 40ème à en envoyer 4 en 5minutes, ou qu'on est le seul. De ce fait, aucun individu ne remarque la violence qui pèse sur la personne, et le stress qui en résulte, les maladresses, les erreurs voire l'agressivité, sont immédiatement considérés comme étant de sa faute.
Ce qui amène la deuxième raison : le victim-blaming. Le dogpile est une forme de harcèlement entièrement basée sur le victim-blaming. Dans le milieu militant encore plus, étant donné que le dogpile apparaît principalement quand un-e militant-e a des propos oppressifs. C'est en effet la victime qui va continuellement être « la cause » de la montée de la violence. Il faut bien garder en tête que la majorité des personnes si ce n'est toute, au sein du dogpile, n'ont pas volonté de harceler, comme indiqué plus haut ; aucun n'abuse particulièrement par ses messages. C'est donc le stress qui va amener la victime à être agressive à un message, ou à n'en pas comprendre un, ou à faire une erreur sur un autre. A chaque fois que cela se produira, une portion des membres du dogpile (ou tous) lui tomberont dessus en augmentant d'un cran leur violence. C'est donc la victime qui semble, à chaque fois, être le point d'ancrage de la violence. C'est elle qui s'énerve, c'est elle qui a fait l'erreur etc.
Enfin, une troisième raison, et je parle ici des milieux militants est que, durant la plupart des dogpile, se mêlent, au sein d'un dogpile, personnes concernées blessées, alliés militants et ordures qui passaient par là. Or, du fait du stress engendré par la violence du dogpile, il est quasiment impossible pour la victime de différencier les personnes concernées blessées et encore des alliés militants ou encore ces deux derniers des ordures qui décident de venir démolir quelqu'un comme ça. je précise que j'ai déjà vu des ... Des Dogpile, beaucoup en ont vu, y ont participé même, sans s'en rendre compte parfois. C'est ce qu'ont subi Myroie ou l'Elfe sur twitter. C'est ce que des abolos peuvent subir dans des groupes non-abos, et ce que peuvent subir des non-abos dans des groupes abos. C'est aussi une des méthodes d'agression des membres du gamergate, un groupe masculiniste ultra violent s'attaquant aux femmes dans les jeux vidéos.
Si j'en parle, ce n'est pas pour faire un pseudo-effet godwin, mais pour une raison très précise : Les gamergate ont, depuis le début, tenter d'utiliser les méthodes des « social justice warrior » contre elles-mêmes. Leur première tentative à été de faire passer Zoe Quinn, leur principale ennemie, pour une violeuse, en répandant la rumeur sur la sphère militante tumblr.
Par la suite, ils ont créé le HT #notyourshield pour essayer de diviser les militant-e-s en donnant l'illusion que ceux-ci étaient en contradiction avec le principe d'écouter les concerné-e-s (on sait aujourd'hui que si certains comptes sont de vrais, un gros paquet sont faux) et pire, que les concerné-e-s étaient méprisés. (voir image) http://i2.kym-cdn.com/photos/images/original/000/823/986/b4c.jpg https://pbs.twimg.com/media/B05IUAACEAAtvka.jpg:large (on notera que sur cette image, la personne a tenté de reprendre le vocabulaire militant, sans même le comprendre, ce qui fait qu'on a « completely normal human being » qui rend totalement ridicule l'image. Et oui, cette image est vraiment des gamergate).
Comme je le disais, les gamergate ont continuellement essayé de reprendre les méthodes des SJW. Et parmi celles-ci, il y a le dogpile dont ils ont usé et abusé, jusqu'à créer de nombreux faux comptes twitter pour augmenter le nombre de personnes agressant durant les dogpile.
Ce qui avait mené à la rédaction de cette image : Cette image rappelle qu'on ne peut pas, dans le même temps, se désolidariser d'un groupe violent, tout en demandant exactement la même chose que lui, sans le combattre réellement.


Pour revenir au dogpile en milieu militant, on ne peut pas, à la fois gueuler sa colère en laissant des mascus arriver, sans les combattre. Or à l'heure actuelle, on n'y fait pas gaffe.
Dans le milieu militant, que ce soit twitter ou facebook, en tout cas dans celui que je fréquente, les dogpile sont, dans le meilleur des cas, considérés comme bénin, dans le pire encouragés et toute critique de leur violence est indiquée comme étant du tone policing. La colère des concernéEs est légitime. Je ne vais pas revenir sur ce point, parce que certes, on pourrait le développer et y réfléchir, mais je ne pense pas que ce soit nécessaire en fait.

Parce qu'à mon sens, le problème n'est pas qu'il y ait des concerné-e-s en colère face à une violence. Le problème majeur n'est même pas les ordures qui viennent taper sur la personne, parce que de toute manière, ils taperont tous le temps sur tout ce qu'ils peuvent. Le problème majeur, ce sont les allié-e-s qui gueulent.
Le droit à la colère des concerné-e-s n'empêche pas qu'à chaque dogpile, il y a un grand nombre de non-concerné-e-s qui s'impliquent, et gueulent, parfois plus fort encore que les concerné-e-s. « Plus blessé que les blessés, l'allié en carton. »
Non seulement, ces non-concerné-e-s n'ont aucun droit à être en colère, c'est de l'appropriation pure et dure, mais en plus, en étant en colère, ils ne font pas leur taff d'allié, à savoir prévenir la personne victime de Dogpile de façon à ce qu'elle puisse se déconnecter, lui proposer d'en parler en privé, au calme et surtout, intimer aux autres allié-e-s participant au dogpile de fermer leur gueule, voire rentrer dans le lard des ordures qui passent pour les détourner.
Parce que là est le point du dogpile : la victime n'a pas le temps de remarquer qu'elle devrait juste dégager, se déconnecter, et prendre du temps. Elle est prise dans un tourbillon. Réussir à comprendre qu'on est victime de dogpile d'une part est très compliqué, étant donné que le concept est très récent, mais d'autre part, ne suffit pas à réussir à s'en sortir, car le victim-blaming fait qu'on veut se défendre, se justifier, comprendre etc.
Il est littéralement impossible d'arrêter un dogpile. Celui-ci s'essouffle en quelques minutes/heures. Les personnes concerné-e-s sont blessées, leur colère est complètement légitime, et chercher à les faire taire serait du tone policing. Cela dit, s'il est impossible d'arrêter un dogpile, il est possible de le limiter comme je l'indiquais, et c'est ça, le taff des alliés. Un taff qui, à l'heure actuelle, n'est quasiment jamais fait. (je me compte dedans d'ailleurs)


Je voudrais également revenir sur une particularité des dogpiles en milieu militant, à savoir le fait que régulièrement, les personnes y participants ont des propos oppressifs à leur tour, et pas n'importe quel propos oppressif, la majeure partie du temps, des propos traduisant un mépris de classe complet. De manière générale, des propos oppressifs durant un dogpile, je pense qu'il y en a, ayant vu des propos psychophobes durant un dogpile récemment, donc je suppose que les autres peuvent s'y trouver aussi, sans que j'en ai de certitudes, mais le mépris de classe, en revanche, est quasi-systématique. On se moque de l'orthographe d'une personne, on se moque du fait qu'elle n'ait pas compris un point. On la bashe sur une formulation pourrave, comme si ce n'était pas un privilège que d'être capable de ne pas faire de fautes, comme si ce n'était pas un privilège que de maîtriser convenablement la langue française. On me dira « oui mais on se moque chez une personne qui sait normalement » et je répondrais : « et les personnes qui ne savent pas, quand elles voient ça, elles font quoi ? Elles comprennent qu'elles sont une méthode de dénigrement. Et elles se taisent. »

Tout ça pour dire qu'à mon sens, il faut vraiment qu'on admette que le dogpile est une forme de harcèlement extrêmement violent