J'avais commencé une analyse complète de la montée des idées d'extrême-droite, mais je me suis rendu compte que je n'avais pas du tous les outils nécessaires pour appréhender des événements qui se sont produits avant ma naissance, car c'était bien dès 1981 que je devais débuter mon analyse. Plutôt que de raconter n'importe quoi, je préfère faire une analyse rapide des résultats des élections depuis 1995. Je ferai un second article sur les liens visibles entre les idées de la droite ainsi que de la gauche et celles de l'extrême droite, et, si j'y proposerai des hypothèses sur les origines de ces liens, gardez en tête que ce ne seront que des hypothèses, beaucoup d'événements étant bien trop anciens pour moi.
Je précise que les pourcentages indiqués tiennent compte de l'abstention et ne sont donc pas ceux que vous trouverez sur le net.

Il me faut donc parler de 2002 avant tout, et replacer un peu dans son contexte, avec 1998, et les élections régionales où la droite peut l'emporter dans 12 régions, si elle s'allie avec le FN. Chirac s'y oppose fermement, mais cela n'empêchera pas 5 président d'accepter les voix d'extrême-droite pour gagner. Cet épisode marque un tournant car il y a une véritable panique dans le système politique français. Deux des trois présidents ne parviendront pas au bout de leur mandat, poussé à la porte de ce fait. De l'autre côté, le FN ne sort pas vainqueur, étrangement, de ce qui semble une réussite, car il s'y effectue une scission qui fait s'effondrer les scores du FN aux élections européennes de l'année suivante (il ne conserve que 6 de ses 11 sièges).
En 2002 donc, le FN de Jean-Marie Lepen est considéré comme un parti qui va devoir batailler avec Bruno Megret et son mouvement national républicain. On l'imagine affaibli, mais en réalité, il récupère la quasi totalité des votes d'extrême-droite. Avec deux millions de plus d'abstentions, le FN conserve un score similaire à celui de 1995 et passe au second tour. Cet événement est un traumatisme pour le parti socialiste. Un appel à l'union nationale est lancé pour faire reculer l'extrême-droite, Saez chante fils de France, des manifestations anti-FN ont lieu un peu partout etc.
Pourtant, quand on l'analyse en détail, ce ne sont pas les abstentions qui posent un soucis, mais bien avant tout la dispersion des voix. Chacun des trois grands partis d'alors (RPR, PS et UDF) perd un très grand nombre de voix (près de 7 millions de voix de moins cumulés entre ces trois partis). Trop de candidats au premier tour, une élection indiqué comme « prévue d'avance », et bam. en 2002, les gros partis font 15 millions de voix, les petits 13 millions.

I] le vote utile et l'effondrement des petits partis

2002 est un tournant, car c'est le début du « vote utile », et de la dislocation des petits partis.
Aux législatives, la même année, le PS reste stable, alors que le RPR grimpe en flèche. Le FN perd 1 million de voix par rapport à ses résultats de 97, et l'UDF a son score divisé par trois. Et même si l'on considérait ces deux baisses pour combler le gain du RPR, l'abstention est plus importante, et il reste encore plus d'1,5 millions de voix qui ont été gagné par le RPR: les petits partis ont payé le prix fort.
Cet effondrement est encore plus visible pour les élections régionales de 2004. Là où il y avait, ça et là, des alliances dès le premier tour, c'est désormais le fait de n'être que du PS qui est l'exception, avec à peine deux régions où le candidat n'était que celui du PS (auvergne et Corse). La même trajectoire se remarque à droite. Même schéma aux élections européennes. 1 millions de votant supplémentaires par rapport à 1999, mais +1,1 millions au PS, +600,000 à l'UMP et +600,000 au FN. Les petits partis, quant à eux, prennent l'eau.
Les présidentielles suivront le même schéma. Auparavant, les petits partis suivaient une logique plutôt linéaires en terme de voix (1995, en dehors de Jacques cheminade, chacun des 8 autres concurrents obtient plus d'un million de votes par exemple), désormais, seul les gros partis et la LCR parviennent à plus d'un million.
La fracture est grande, là où beaucoup de parti flirtaient avec le million, cette fois-ci, soit on est bien au-dessus (1,5 millions pour la LCR) soit bien en-dessous (800,000 pour De Villiers).
Aux législatives de 2007, l'effet s'accentue. L'UMP écrase le reste de la droite en prenant plus de 80 % des voix de toute la droite (il n'en prenait que 35-45 % avant 2002). Le PS écrase la gauche en prenant 75 % de toutes ses voix. L'UDF remonte légèrement, sans pour autant revenir à avant son état d'avant 2002.

La notion de vote utile devient si présente que désormais, on ne parle plus, aux élections régionales, de candidat UMP, mais de candidat de la « majorité présidentielle », et de candidats de « l'union de gauche » ou « parti socialiste et alliés »
En 2012, c'est l'apogée du vote utile. Les partis sont désormais divisés entre les gros partis (PS, UMP, FN, FdG, Modem) et les petits. La différence entre le plus faible des gros partis et le premier des petits partis est désormais de 2,4 million.
Il y a, de fait, moins de candidats. 16 étaient présent en 2002, 12 en 2007, et plus que 10 en 2012. De fait, un graphique montre assez clairement l'évolution des répartitions de votes entre les gros et les petits partis. Par gros, j'entends ici les partis se détachant clairement des autres par un fossé important.


II] le FN et ses résultats.

Le FN a toujours eu des résultats variant selon le mode de scrutin. Sa moyenne la plus basse est aux européennes avec en général moins de 5 % de vote. Viennent ensuite, coude à coude, les législatives et régionales avec 6,71 % et 7,29 % respectivement et enfin, les présidentielles avec une moyenne de 11,42 %.
En 2014, le Front National a fait une percée importante aux élections européennes. Il a quasiment QUINTUPLE son nombre de vote (passant de 1 million à 4,7) et passant à 10 % de vote.
Nous voici en 2015, et à une élection, où, d'ordinaire, le FN fait environ 7% et entre 2 et 4 millions de voix, le voici faisant 6 millions au premier tour et 6,8 au second, confirmant sa montée avec 50 % de voix en plus que la moyenne usuelle et le triple de voix par rapport à 2010. Ajoutons à cela que c'est la première fois dans son histoire que le FN fait plus de voix au second tour qu'au premier des élections régionales. Avec 13,74% de vote supplémentaire au second tour, le FN gagne 11,75 % de voix supplémentaire.

Parlons-en d'ailleurs de l'abstention. Il est courant, depuis quelques temps, de dire qu'elle « fait le jeu du FN ». Est-ce, pour autant, réellement le cas ? Une analyse rapide de l'abstention depuis 1995 indique l'inverse. A chaque pic de chute de l'abstention répond un pic de hausse des bulletins du FN indiquant que les abstentionnistes votent également FN en grand nombre.

Conclusion rapide :
Le paysage politique français s'est racorni depuis 2002. Les petits partis se sont effondrés laissant place à trois partis majeurs, PS, UMP (désormais LR) et le FN.
Depuis 2014, le FN est en hausse majeure en France, et l'on rejette la faute sur les abstentionnistes, contre toute logique au vu des réalités électorales. Beaucoup de militants blâment une droite trop à droite, et une gauche également à droite. Si tel était le cas, alors il n'y aurait plus d'oppositions politique en France. En vérité, c'est et ça n'est pas le cas tout à la fois.
En tout cas, une chose est certaine, le paysage politique français est désormais plutôt désertique, dévoré par le vote utile et le barrage contre le FN, barrage qui semble tenir de moins en moins. Dans un prochain article, j'essaierai d'analyser les liens entre les idées de la droite comme de la gauche et celles du FN.