La génération chochotte t'emmerde

Cet article fait référence à celui-ci; une interview de Bret Easton Ellis, un des auteurs que j'apprécie vraiment concernant les "millenial", la "génération Y" qu'il surnomme la "génération chochotte".

Sans aucun doute pourrais-je faire un jeu sur ce texte et présenter ta génération avec ce petit oeil cynique et condescendant, mais vois-tu, tu as raison, je suis hypersensible, et je le revendique. Le cynisme de ta génération lui a permis de collecter les richesses qui lui ont été filée, tout en refusant toute forme de responsabilité. Le cynisme n'est rien de plus que le masque que tu as mis sur ta lâcheté et ton refus d'agir de quelque manière que ce soit, à l'instar des personnages de tes romans qui se laissent sombrer dans un ennui suicidaire et sans lendemain. Qu'il est facile de se déclarer blasé et de regarder ceux qui se débattent avec l'oeil froid.

Qu'il est aisé d'exiger des autres qu'ils "reconnaissent la réalité du monde" quand cette réalité signifie "j'ai eu une vie relativement simple, et vous allez en chier pour avoir la moitié". Qu'il est facile de cracher à la figure d'une souffrance dont on n'a aucune idée de ce qu'elle signifie, puisque vous êtes nés dans un monde où la vidéo-caméra apparaissait à peine, et qu'Internet n'a intégré vos vies qu'une fois que vous étiez adultes, parfaitement formés. Qu'il est impressionnant de voir que même un suicide n'est pas suffisant pour que vous vous remettiez en question.

Et sans doute est-ce cela qui caractérise le plus la génération X dont vous faites partis: une incapacité à se remettre en question, et la sensation, comme l'expliquait Vsauce, d'être plus intelligent que les anciennes générations et plus sages que les nouvelles. Cette incapacité à saisir l'évolution de la société et le changement majeur qu'a été internet dans nos vies, le fait d'opposer le cyber harcèlement aux "violences bien réelles". Bien sur, vous ne pouvez juger Internet qu'au travers de vos yeux d'adultes, car adolescent, cela n'existait pas, n'est-ce pas ? En vérité, vous pourriez aussi ne pas juger et admettre votre ignorance. Mais voilà, admettre l'ignorance, c'est comme avoir des émotions, c'est sortir du "blasé cool", ça n'est pas du tout votre tasse de thé. Car la réalité est là: le monde dans lequel nous évoluons n'est pas le votre. Plutôt que de le juger avec vos yeux, vous feriez mieux d'écouter. Mais là encore, ça n'est pas votre tasse de thé.

Que vous voyez notre génération comme "confiante et positive" a été le coup de grâce je crois. Peut-on véritablement être aussi aveugle et imbu de soi-même que l'on se trompe à ce point sans même un seul instant laisser sous-entendre que l'on puisse se tromper ? Ma génération n'est pas confiante. Ma génération n'est pas positive. Ma génération est terrifiée. Terrifiée par le monde anéanti par les BabyBoomers et que votre génération a laissé couler, tranquillement installé dans son fauteuil de blasé et de cynique. Nous sommes hypersensible, mais comme toujours, vous jugez que cela vient d'un narcissisme que vous rejetez sur les Babyboomers. Et vous, au milieu, comme toujours, cool, blasé, cynique, vous n'y auriez aucune part ? Ô l'arrogance des couards m'impressionnera toujours. Ma génération est hypersensible car elle hérite d'un monde en ruine, tenu d'une main de fer par les Babyboomers et la génération X, aucun des deux n'ayant la moindre envie de s'occuper des ruines et nous sommes en larmes devant le travail que vous nous laissez et l'impuissance que nous avons à y faire quoique ce soit car c'est vous qui avez le pouvoir.

Nous nous montrons comme positif, à l'image de la chanson, que vous ne connaissez sans doute pas, car Française "Alors on danse" de Stromae. Nous n'avons pas le choix, si nous ne sommes pas positif, nous nous effondrons. Nous nous montrons confiant, non par narcissisme, mais par nécessité. Parce que vu l'état du futur que vous nous laissez, on a intérêt à le faire, sinon on va se décourager. Alors forcément, on s'accroche au maximum. On veut des like. On veut de l'attention. Oh, et, important, on s'en cogne de la votre. On veut nos like, notre attention, celle entre nous, de la génération Millenial. Peut-être ça ce qui vous donne l'impression qu'on est narcissique: on ne pense pas d'abord à vous.

Qu'il est fascinant de voir que pour votre génération, il y a ce besoin quasi maladif du négatif. Quand je lis que vous vous inquiétez de ce qui va arriver à la culture si on arrête de parler du négatif, je comprends à quel point il y a un fossé entre vous et moi. Ne comprenez-vous que vous nous en avez gavé du négatif ? Gavé, jusqu'à ce que nous soyons à deux doigts de nous noyer, et que c'est précisément à cause de votre négativité, de votre cynisme et de votre cool blasitude, que nous cherchons le positif. Vous êtes le négatif du passé, et vous avez pourri le futur également, main dans la main avec les Babyboomers. Oui, nous essayons de nous concentrer sur le positif, oui, nous avons besoin du positif, parce que ce que vous nous léguez, je le répète, ce sont des ruines.

En vérité, ce qui m'énerve avec vos propos, c'est qu'ils sont exactement et profondément le problème de votre génération. Une incapacité à toute forme de remise en question, une sensation d'être en dehors du monde et de n'avoir rien causé, d'être un simple observateur capable de juger ceux d'avant, ceux d'après, et même sa propre génération, mais résolument "en dehors" de tout ça, alors que vous, peut-être encore plus que les Babyboomers, êtes responsables de ce que nous sommes devenus. Vous nous regardez avec ce petit sourire condescendant et dîtes nous apprécier au final. Je ne pourrais pas vous renvoyer l'ascenseur. Je ne vous hais même pas de nous avoir laissé un monde de merde, vous en aviez reçu un de merde, présenté comme étant fait d'or. Mais oui, je vous hais d'avoir abandonné toute volonté de vous battre. Je vous hais de cacher votre lâcheté sous des dehors cyniques et désabusés. Et plus que tout, je vous hais d'être condescendant vis-à-vis d'une génération qui décide de batailler pour sortir du carcan vicié dans lequel vous et les babyboomers nous avez plongé.

Commentaires

1. Le dimanche 13 décembre 2015, 20:35 par Thorongil

Tout est dit je crois...
Merci d'avoir mis des mots sur tout ça.

2. Le dimanche 10 juillet 2016, 15:08 par Benjamin

Tu as bien exprimé le malaise de notre génération dite Y, face aux générations précédentes, et à l'état de ce monde dont nous héritons.
Nos parents, et ceux qui auraient à peu-près l'âge de l'être, ont opéré la transition avec un univers qui était encore rattaché à la civilisation européenne classique, quoiqu'il me semble que c'était surtout par la lettre, et que de l'esprit qui avait animé et vivifié cette dernière, il ne restait déjà plus grand-chose. L'épuisement de ce monde les a amené à rejeter en bloc toutes ses références culturelles, au lieu de les revivifier, les actualiser en fonction des enjeux sociaux, politiques, culturels, auxquels ils étaient confrontés à vingt ans.

En dépit de tout ce qu'on peut leur reconnaître comme mérites, concernant par exemple la rupture avec le triomphalisme colonial d'une grande partie de leurs aïeux, ou bien les réels efforts qu'ils ont accompli pour que la femme sorte du carcan juridique, économique et psychologique, dans lequel elle était enfermée, on ne peut pas se voiler la face sur d'autres caractéristiques moins propres de cette génération.

Ta critique de l'irresponsabilité d'une partie des baby-boomers, de leur increvable complexe de supériorité, et donc de leur incompréhension profonde des réalités de notre génération, et du monde que nous devons assumer aujourd'hui, ta critique fait du bien. La France actuelle, à laquelle il faut bien que je me limite ici pour ne pas trop dire n'importe quoi, se complaît dans un passé qu'elle fantasme et ressasse, faute de vouloir assumer la réalité de ce temps-ci. Parce qu'ils ont rejeté tout ce qui n'était pas pur matérialisme, pure possibilité de bien-être et de plaisir, décrétant le reste usé, ringard, en bout de course, en faillite, ils nous ont refourgué une société plus délabrée, crevassée, et tourmentée que jamais.

Sans vouloir exagérer, je ne suis pas sûr que l'Europe ait déjà traversé une telle crise morale, socio-politique, culturelle et intellectuelle, sauf à remonter à la crise civilisationnelle des XV-XVIe siècles (guerres,séquelles de la peste noire, instabilité du Vatican, puis troubles liés à la Réforme, et guerres religieuses qui s'en suivent). Je n'en vois pas de plus récente, qui ait été si grave/qui se soit prolongée et aggravée sur plusieurs décennies comme il me semble que c'est le cas en cette décennie 2010. C'est pas pour faire le passéiste que je dis ça, ça n'aurait aucun intérêt, mais au contraire pour dire qu'on a, nous autres "Y", un gros boulot qui nous attend.

Je vais stopper là, sinon ce sera un roman. Je passe sur ton blog de temps à autres, et cet article, avec quelques autres plus récents, m'a vraiment interpellé. Donc merci. En passant, au cas où tu ne me remettrais pas, on a du se parler pour la dernière fois en été 2009, je suis une ancienne connaissance "virtuelle", je te préciserai ça si tu ne vois toujours pas.

3. Le mercredi 27 juillet 2016, 20:55 par Jonas Lubec

Je crois que je t'ai remis quasi-immédiatement. Pas totalement sur, mais... forum d'Ogame ? (bon en même temps, 2009 ça rend le tout quasi certain vu mes connaissances virtuelles d'alors mais bon)

Un plaisir de te voir dans le secteur en tout cas

4. Le lundi 1 août 2016, 16:01 par Benjamin

Exact ! Plaisir partagé. Content de voir que ce blog tient sur la durée ! A plus.

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