La formule a fait bondir un peu partout. Notre premier ministre a utilisé des termes qui venaient du FN. Mais, comme souvent, on s'arrête à cette diabolisation du FN (déresponsabilisation) qui empêche de voir le danger de cette formule.

La sécurité n'est pas une liberté. Je sais, ça choque, tant le mot "liberté" est à la mode actuellement, un mot tordu dans tous les sens qui finit par n'en avoir plus aucun. Liberté d'expression devient obligation d'écouter voire même obligation de fournir une tribune. Liberté de penser devient liberté de discriminer etc.
La liberté n'est pourtant pas la seule chose qui existe. Notre slogan "liberté, égalité, fraternité" l'indique bien. Ni l'égalité ni la fraternité ne sont, d'ailleurs, des libertés. Sinon on aurait écrit "liberté, liberté, liberté", et on s'appellerait les états-unis. Désolé, je digresse.
Je pense qu'il est temps de rappeler ce qu'est une liberté. Et, si l'on cherche un peu partout, on pourra, sans aucun doute trouver des définitions complexes sur la possibilité "d'action ou de mouvement sans contrainte", ou la "possibilité d'agir selon sa volonté seule". Hé bien, je vais faire simple pour ma part. La liberté est un droit, un droit particulier en ce sens qu'il vous est accordé par une autorité. Je dis bien "accordé". En d'autres termes, la liberté c'est simplement le fait de dire "tu peux, je ne t'en empêcherai pas."
Vous êtes parfaitement libre de gravir le mont blanc. Peut-être n'en avez-vous pas la condition physique, mais vous en avez la liberté. La sécurité, quant à elle ne peut pas être "accordée". On n'accorde pas à quelqu'un la sécurité; On peut s'assurer de faire en sorte que la personne vive en sécurité, mais on ne peut pas lui accorder.
La sécurité se garantit plus ou moins, comme l'égalité, mais elle ne s'accorde pas, car la sécurité n'est pas du fait unique de l'état. Là où la liberté a été remise à l'état (il créé des lois qui les limitent et donc en fait la définition), l'insécurité ne vient pas seulement de l'état. Si l'état pourrait accorder la sécurité face à ses propres forces de l'ordre, il ne pourrait pas, en revanche, accorder cette sécurité dans la globalité. Il peut juste travailler à la garantir.

Voici donc pourquoi, basiquement, la sécurité n'est pas une liberté. Mais ce n'est pas qu'un simple jeu de sémantique. En disant que la sécurité est la première des libertés, on invite à considérer que limiter les libertés pour garantir la sécurité n'est, au final, pas limiter les libertés, puisque, la sécurité en étant une, alors on ne fait que transvaser d'une liberté à l'autre. Or, justement, ce n'est pas le cas. La sécurité n'est pas une liberté, et lorsque l'on limite les libertés pour sécuriser, on ne fait pas que transvaser, on supprime bien des libertés. Et ce n'est pas un hasard que ce genre de propos ressorte actuellement, alors que la France entre dans une terrible ère sécuritaire.

Parlons en d'ailleurs de cette ère sécuritaire. Le mot "sécuritaire" fait peur à certains, à d'autres pas, mais j'aimerais attirer votre attention que l'état, comme la plupart des individus, confondent sécurité et soumission. A l'heure actuelle, en France, un peu partout, des millions de personnes acceptent de devoir ouvrir leurs manteaux et leurs sacs pour aller faire leur courses. Or, cette mesure n'offre aucune sécurité. L'individu qui a l'intention de faire une attaque au fusil mitrailleur ne va pas juste attendre que l'agent de sécurité, désarmé, remarque l'arme au fond du sac. Ce n'est donc nullement pour lui que ces actions sont là. Elles sont là pour nous. Pour nous apprendre la soumission, pour nous apprendre à obéir aux ordres et à ne pas rechigner puisque c'est pour "notre sécurité".
La soumission a ceci de pernicieux qu'elle offre un confort donnant l'illusion de la sécurité. En nous remettant entièrement dans les mains de l'autre, en montrant continuellement patte blanche, nous remettons la responsabilité totale de notre vie dans les mains d'un état, et, en lui accordant beaucoup de pouvoirs, nous supposons que cela nous protège, peu importe à quel point les mesures offrent ou pas cette sécurité.

Pour conclure, je dirais qu'il ne faut pas considérer le discours de notre premier ministre comme une idiotie, mais bien comme le révélateur de cette politique autoritaire qui est celle de la France. Nous courbons la tête, nous ouvrons nos manteaux, nos sacs, et nous nous soumettons, chaque jour un peu plus, à un régime de plus en plus violent. Nous avons été ciblé car nous étions supposés la démocratie la plus faible de l'occident.

Ils avaient raison.