Ces derniers temps je réfléchis de plus en plus à la façon dont le neurotypisme a affecté ma vie, et il y a un point que j'ai remarqué. Face à de nombreuses oeuvres, et surtout des oeuvres vidéos, il se trouve des passages que je ne peux pas regarder. Littéralement. Cela me plonge dans un profond état d'angoisse, de honte, et je me cache. C'est le cas du programme "la connasse", c'est le cas de nombreuses situations dans Dr Who, notamment ma quasi incapacité à voir les saisons du dernier docteur, malgré mon amour de la série. c'est le cas, en fait, de nombreuses situations dans de très nombreux films, et dans la majorité des séries.
J'ai longtemps cherché à connaître la raison de ces moments où je ferme les yeux, mets les doigts dans mes oreilles voire chante pour ne plus entendre ce qui se passe, bref, de ces moments où je me coupe entièrement de ce que je suis en train de regarder, me forçant parfois à m'éloigner quand je suis en compagnie d'autres personnes. J'ai fini par comprendre le problème: conditionnement.

Je fonctionne, et ce, depuis toujours, de façon assez différente, peu en adéquation avec le monde tel qu'il est formaté. Le conditionnement le plus fort me concernant étant celui-ci: "adapte-toi". Il faut que je m'adapte, que je m'insère dans cet espèce de sarcophage de fer pour être accepté. Cette importance de s'adapter a été nécessaire car le fonctionnement du reste du monde me semble complètement aberrant. Comme je le dis toujours, je viens "d'out of nowhere" (de nulle part). très tôt, j'ai appris qu'il fallait que je sois adapté à ce monde, qu'être bizarre, c'était mal et qu'il fallait le cacher. Or, ma neuroatypie a un point particulier: émotionnellement, je suis incapable de différencier réalité de fiction. Ce n'est pas un problème rationnel, mais bel et bien émotionnel, qui a conduit à de nombreuses créations de souvenirs et une énorme difficulté à les différencier des faux (j'y reviendrai dans un autre article), ainsi qu'à de complètes immersions dans les oeuvres que je découvrais, films, chansons, séries, peinture, livres etc. Je ne ressens pas cette différence; De plus, je m'insère extrêmement facilement dans les individus que je vois dans des séries. Leurs inadaptations (?) face à ce qui est demandé socialement deviennent mienne. La honte et la peur ressurgissent, et je dois m'éloigner de la situation, en bouchant mes oreilles et en fermant les yeux.
Ce conditionnement n'est pas, je pense, étranger, aux diverses ruptures dans mon schéma de personnalité. La première ayant eu lieu aux alentours de 5ans, et faisant apparaître une personnalité extrêmement rationnelle, froide, tout en enfouissant une personnalité assez exubérante au fur et à mesure des années. Ce conditionnement n'est pas plus étranger aux crises psychotiques qui ont ponctué mes deux premières années de fac. A force d'être terrifié à faire quelque chose d'adapté, j'ai fini par me laisser sombrer dans une relation complètement toxique au nom d'un idéal amoureux, de ma difficulté à discerner mes émotions de celle de l'autre, et, surtout, l'importance d'être adapté.

Où est-ce que j'en serai sans neurotypisme ? Franchement, je n'aurais sans aucun doute rien à voir avec celui que je suis aujourd'hui. Si on m'avait pas cogné la gueule régulièrement sur la façon dont il fallait agir, sur l'importance du "bon sens", qui devenait, fatalement "il faut que tu analyses extrêmement vite la situation pour saisir ce qu'ils attendent de toi car sinon, tu n'as pas de bon sens, et tu es donc une merde" dans la tête de l'enfant de 5ans. Ces regards complètement ahuris face au fait de ne pas saisir ce qui est du "bon sens".
Sans neurotypisme, est-ce que j'aurais appris, plus tôt, à repérer que j'aimais faire des choses manuelles ? Est-ce que j'aurais pas essayé de me conformer à l'image ultra-intellectuelle des boulots de ma famille ? Sans neurotypisme, est-ce que j'aurais vécu ces deux années avec des crises terrifiantes ? Parce que si c'est ma neuroatypie qui m'empêche de véritablement ressentir mes émotions, c'est le neurotypisme qui m'incite à faire des choses que je n'aime pas, afin d'être adapté. Le neurotypisme allié à la masculinité, sans aucun doute, les deux se conjuguant de façon malsaine as fuck.

Je ne sais pas où j'en serai sans neurotypisme. Je sais où j'en suis en l'ayant vécu, je sais que je galère encore à m'en échapper. Comment faire pour réussir à regarder ces moments ? A dégager cette sensation de "tu es une merde" qui m'envahit dès l'instant où je vois ces situations ? Aucune idée. Peut-être d'ailleurs un point qui me vient depuis un bail. Arrêtez de croire qu'on sort d'un conditionnement juste parce qu'on l'a remarqué. Sincèrement. Arrêtez.