Je vais faire une petite analyse rapide de texte, parce qu'apparemment, y en a encore qui croient que c'est de l'anticapitalisme que de rejeter les TW. Faisons donc une rapide analyse de ce texte: Pourquoi les Triggers warnings sont réellement aussi controversés; explication. Le texte est psychophobe as fuck; je préviens.

La première partie explique rapidement l'argumentation avancée par les personnes s'opposant au TW, à savoir que cela va empêcher les professeurs de faire certains cours et ne préparera pas les étudiants au monde réel en les rendant trop fragile ( "Critics argue that warning students that what they're studying could be "triggering" will make professors less likely to teach sensitive material and render students too emotionally fragile to deal with the real world." )

On peut d'ores et déjà rappeler à quel point cet argument est absurde en reprenant la comparaison faite avec les DLC, les panneaux sur la route etc. Tous pourraient recevoir la même argumentation à base de "mais si on les mets, les gens ne vont pas être habitués à la nourriture du monde réel, dans les champs, et on les rendra trop fragile. Cela empêchera certains magasins de vendre des produits qui se périment vite etc." Cet argument n'est rien d'autre que l'idée que les personnes avec des traumas psys sont fragiles, faibles, et qu'il faut les endurcir. Il découle directement du mépris social envers les problèmes psys vu comme étant une faiblesse et non des maladies.

L'article, d'ailleurs, passe complètement à côté de cette analyse et saute direct sur sa première réflexion: en réalité, le problème ne serait pas celui-là, mais le fait que les étudiants sont vus de plus en plus comme des clients et leurs exigences vont dans ce sens. ( "they're also increasingly seen as paying customers, and they're starting to act like it.") En d'autres termes, le fait que des individus demandent à ne pas être mis en danger est considéré, par l'article, comme le fait qu'ils veuillent agir comme des clients. La liaison entre l'anticapitalisme et la psychophobie est faite insidieusement: les étudiants ne devraient pas se voir comme des clients, ils devraient donc fermer leur gueule et ne pas chercher à survivre. On se rend bien compte, donc, dès la fin du premier paragraphe que l'auteur ne prend pas du tout la mesure de ce qu'est un traumatisme.

La seconde partie balance du bon gros "science bitch" en indiquant que le fait d'éviter les trigger n'est pas un système sain ("But avoiding triggers isn't considered a healthy coping mechanism for people with PTSD; in fact, it's a symptom of the disorder") mais un symptôme du PTSD. Je vais analyser chaque phrase du paragraphe, car c'est le moment clef indiquant à quel point l'auteur parle de son point de vue de bienportant. Ici, l'idée glissée est que éviter les Trigger n'étant pas sain mais un symptôme, alors il faut chercher à ne pas les éviter. La phrase suivante ("A core purpose of therapy is making it possible for individuals to reduce their sensitivity to triggers.") met en avant que c'est même le but de la thérapie que de chercher à réduire la sensibilité aux triggers. On met donc en avant l'utilité des situations trigger. Puis "And there's no scientific evidence that trigger warnings help people avoid panic attacks or flashbacks in the short term — mostly because the issue hasn't been studied." on sort l'idée finale, à savoir qu'il n'y a aucune preuve scientifique que les TW aident les gens à éviter les attaques de paniques ou les flashback, en mettant entre parenthèses le fait que c'est parce que ça n'a pas été étudié. Qu'est-ce que cela signifie ? 1) vouloir éviter les triggers c'est mal. 2°) l'important c'est de se désensibiliser 3°) en plus, rien ne prouve que ça aide.
Vous avez saisi ? Oui, ce paragraphe laisse indiquer qu'en fait, les trigger warnings seraient eux-mêmes des symptômes de la maladie. En faisant l'amalgame entre Triggers (l'événement) et Triggers warning (l'information), en glissant l'idée que la thérapie elle-même cherche à désensibiliser, on rejoint l'argument du premier paragraphe sur le fait que ça rendrait les gens trop fragiles, et on appuie l'idée qu'en fait, les personnes qui demandent des TW sont des personnes fragiles qui se complaisent dans leur problème (puisque cherchant à éviter les trigger alors que la thérapie incite à s'y désensibiliser).

La suite reste dans un ton similaire. On notera l'emploi du terme "upset" pour parler d'une situation qui trigger une personne ("There's no consequence to skipping a blog post if you think it's going to upset you.") avec un très joli euphémisme qui permet de montrer une fois de plus que franchement, c'est beaucoup de bruit pour pas grand chose. (pour ceux qui voudraient dire que upset signifie "bouleversé" également, je vous invite à changer "upset you" par "make you attempt suicide" et relire la phrase. Elle n'aura pas du tout la même portée. Upset reste quelque chose d'abstrait, et c'est pas pour rien que c'est là, la personne qui écrit ça semble n'avoir aucune idée de ce qu'est une crise de ce genre)
On a ensuite une rapide opposition entre les pro et les contre, comme si c'était juste un débat avec le magnifique "mais les gens qui n'ont pas de PTSD pourrait l'utiliser", ("making them ripe for misuse by students who don't have PTSD."). Quel problème avec cette pensée ? Oh, elle est très simple, elle est là pour créer, une fois de plus, une image "idéal de personne avec PTSD" et une suspicion sur toutes les personnes réelles qu'on rencontre. Le fait de mettre les deux analyses côte à côte laisse indiquer que ce sont deux réflexions de poids similaire alors que d'un côté, on a des personnes parlant de se préparer à la violence, de l'autre des personnes venant chouiner sur des hypothétiques personnes qui utiliseraient les TW pour leur compte personnel. (on appelle ça l'argument de la pente savonneuse)

Par la suite, l'article parle rapidement des divers campus où les TW ont été mis en place, notamment d'un, où il a été demandé aux professeurs que les matériaux pouvant être trigger deviennent optionnels, à moins de le justifier. Les professeurs le virent comme le fait de trop de politiquement correct (" Its litany of possibly "triggering" material was mocked as overly politically correct. "). On notera qu'une fois de plus, le combat contre les TW ne se fait pas dans l'idée d'aider les personnes en danger, mais uniquement dans un combat contre le politiquement correct etc. Jamais, dans ces réflexions, n'est mis en avant le moindre intérêt pour les personnes mises en danger, seulement la liberté du corps enseignant.

Poursuivons; l'article met en avant deux contradictions qui se mettent en jeu dans ce débat. La première est le fait que les étudiants ne doivent pas être infantilisés, mais ne sont pas non plus vu comme des adultes. ("College students are nominally adults, and so they shouldn't be infantilized. But they're also not seen as fully grown up, which is why college is relentlessly depicted, including by colleges themselves, as a coming-of-age experience. "). Le lien est, ici, directement fait entre les TW et l'infantilisation. Juste avant, d'ailleurs, l'article avait mis en avant que les TW sont courants pour deux types de catégories, les enfants et les clients ("Trigger warnings, in other words, aren't uncommon for two groups of people: paying customers and children. ") Ici, donc, on met en avant l'idée que les étudiants sont mis dans la première catégorie si on les avertit, et on utilise tranquillement l'âgisme pour mépriser les TW.
Dans le second point, on s'attaque au côté client et au fait qu'ils peuvent demander des changements pour être plus heureux ou confortable. "Consumers can demand changes to the experiences they're paying for in order to make them happier or more comfortable." puis on met en avant que ce n'est pas le but de l'éducation. Vous avez remarqué ? On était dans "upset" il y a quelques paragraphes, désormais on est dans le "happier" ou "more comfortable". Petit à petit, on glisse à nouveau vers l'idée que ce sont des caprices, des choses sans grand intérêt qui interfèrent avec la grande et sainte mission de l'enseignement qui prépare au monde réel. Ce mot "uncomfortable" sera désormais utilisé pour parler des problèmes de la situation. Car oui, on parle désormais d'un simple problème de confort.


Au final, l'article se conclut sur cette pirouette: le problème serait qu'on parlerait juste de "confort des étudiants" et que celui-ci n'est pas pertinent face au fait d'enseigner. On notera que dans les derniers paragraphes on aura eu "happier" "more comfortable" "happiness" "comfort" "feel" "uncomfortable". Puis, dans le dernier on voit "Anxiety of Triggers warning" qui renverse complètement la balance. D'un côté, on a celles et ceux qui demandent du confort, de l'autre on a des enseignants anxieux. Ce ne sont plus les personnes demandant des TW qui sont anxieux. Elleux veulent du confort. Ceux qui sont réellement anxieux ? Les enseignants s'y opposant. Renversement complet des valeurs.


Et on voudrait me faire croire que le texte n'est pas psychophobe ? Ce texte est, justement, extrêmement bien écrit, avec une évolution en son sein. D'abord il se présente comme une réflexion, non pas sur les trigger warning, mais sur la controverse autour d'eux, donc quelque chose de parfaitement objectif. Il appuie cette idée en présentant les deux points de vue, en faisant une explication sur ce que sont les PTSD, et en faisant intervenir la science elle-même contre les TW. Puis, petit à petit, l'article se laisse aller, on passe à de l'âgisme pour essayer de démolir les étudiants demandant des TW, puis on les montre comme de vilains capitalistes, et enfin, le final, dans la dernière partie où on les présente, en fait, comme des personnes capricieuses et où on renverse totalement la situation en faisant des opposants aux TW des personnes "anxieuses" face à des personnes intéressées par leur confort.

Ce texte est immonde, et j'en ai marre de voir relayées des bouses pareilles.