Mad Pride & quelques pensées

La Mad Pride avait donc sa seconde édition parisienne cette année. (en sus, apparemment, d'une première édition à Marseille, GG Marseille). Je n'ai pas encore de photos du défilé autre que celles disponibles sur le net. (Certains en ont partagé sur l'événement fb de la Mad Pride).

L'édition de cette année a réuni plus de personnes que la précédente, nettement. Je dirais aux environs du double. Cela dit, je regrette que, contrairement à l'année dernière, il n'y ait pas eu de mégaphone pour des slogans groupés, ce qui, au final, a rendu la marche un peu plus "silencieuse", un peu moins "unie". Du fait de la taille du cortège, le son du groupe à l'avant (danseuse & musiciens, les mêmes que l'année dernière) ne s'entendait absolument pas à l'arrière, et rien ne venait l'apporter. C'est, pour ma part, le point le plus dommage de cette édition; J'espère que ça changera. J'ajouterai que les remarques et réflexions sur les danseuses par les mecs en échasse était franchement gonflantes, et se rapprochaient pas mal du harcèlement, ce qui rappelle que les rapports de forces restent les mêmes au sein d'un groupe....

Cela dit, j'ai eu vent d'une réaction, celle d'André Bitton, président du Cercle de réflexion et de proposition d'actions sur la psychiatrie CRPA) qui a expliqué ne pas participer à la Mad Pride car "La situation faite aux malades (mentaux) en France est indigne et ne mérite pas un défilé festif, mais plutôt des défilés revendicatifs en bonne et due forme."

Déjà, j'aimerais préciser qu'il faut faire attention, Ouest France laisse entendre que cette déclaration serait commune au CRPA et à l'UNAFAM, mais les autres journaux n'indiquent rien de ce genre. J'ai donc lâché ma première pensée à base de "en même temps l'UNAFAM je vois même pas pourquoi ils parlent encore." et j'ai envie de répondre à cette idée que quelques autres personnes ont trouvé pertinente.

Je l'ai dit, depuis un bout de temps, j'aimerais bien que la Mad Pride soit plus politisée, plus revendicatrice, plus militante. J'aurais aimé qu'on puisse parler un peu plus de ces personnes qui n'ont pas pu venir à la Mad Pride à cause d'abus de la psychiatrie, comme l'ami d'une amie à moi qui a accepté une hospitalisation libre mais s'est vu hospitalisé par "erreur administrative" en HO, ce qui l'a empêché de sortir pour venir à la Mad Pride. J'aurais aimé dire que c'était aussi pour lui qu'on était là. Parce que lui, justement, ne le pouvait pas, précisément à cause de la "situation indigne" dont parlait monsieur Bitton. C'est, cela dit difficile d'être très politique, car il y a beaucoup de désaccord entre les différentes associations s'y trouvant, certaines appellent à la sectorisation, d'autres la condamnent. Certaines sont pro-psychanalyses, d'autres anti-psychanalyse etc. etc. Pour autant, ce défilé festif est sans aucun doute le plus politique qui soit, et le plus revendicatif. Il pourrait l'être plus, mais certainement pas en en retirant le caractère festif. C'est ce caractère festif qui prend à contre-pied totalement l'image sociale placée sur les troubles psys. Combien de fois voyons-nous des personnes considérer comme la fin du monde le diagnostic d'un trouble psy, voire même le simple fait d'aller voir un-e psy ? Combien de fois avons-nous entendu des personnes en faire une sorte de "point final de l'existence" de quelqu'un ?

L'année dernière, alors que je distribuais des flyers, un homme m'avait demandé "mais vous êtes tous fous ?". J'avais répondu "Ici, pratiquement. Y a quelques personnes qui sont des proches, mais la majorité...". Et il avait dit "C'est dingue, vous avez l'air de gens comme les autres..." puis après quelques secondes. "En fait, vous êtes des gens comme les autres." Entre l'image qu'il avait des troubles psys et ce qu'il y avait en face de lui, il y a eu un court-circuit. Qui y a-t-il de plus politique qu'un court-circuit dans l'imaginaire des personnes ?
Le court-circuit ne se suffit pas à lui-même. Il n'est qu'un début. Il faut poursuivre ensuite, je n'en doute pas un seul instant. Mais le court-circuit est le meilleur moyen d'amener une personne à réfléchir. L'image que les gens ont de nous, et notre réalité n'ont rien à voir. Iels voient une population de "fou dangereux", la réalité est que nous sommes nettement plus victimes de violences physique ou sexuelles, comme de meurtres et pas plus enclin à en commettre. Iels voient chez les dépressifs des personnes "éternellement triste". La réalité est bien plus complexe. Ce défilé fait exploser cet imaginaire.

Enfin, il y a une seconde raison pour laquelle un défilé de ce genre doit être festif: Pour nous. Pour ce court moment où l'on est dans la rue, ou l'on parle, au sein d'une longue marche, de troubles, ou même, simplement, sans parler, mais parce qu'on se laisse exister. On ne tapit pas la réalité de nos troubles dans l'ombre, on l'expose, en cet instant, en pleine lumière, on la revendique. C'est l'une des rares fois, si ce n'est la seule fois, où je me sens à mon aise dans une marche, et pas comme un infiltré. C'est aussi le seul moment où une personne lira sur un panneau "tu es phobique, dépressif, bipolaire, schizo, Tu es mon pote". Combien de personnes auraient eu besoin de lire ça à un moment ou un autre ? Ce n'est même pas "pas un monstre". C'est "on est dans le même bateau, ramène toi".

(le genre d'image qui peut me faire chialer)
Alors oui, je revendique mon droit à faire cette fête, je souhaite, sans aucun doute, plus de politisation de la marche, mais je ne souhaite pas un seul instant qu'elle se fasse au détriment de son caractère festif. C'est peut-être même justement parce que la situation en France est indigne et inadmissible qu'il faut faire la fête. Qu'au moins à un moment dans l'année, on puisse être dans un espace public, existant, rayonnant. Qu'en cet instant on puisse dire:

"Fou. Et alors ?"

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