Cet article est pour toi, l'homme pas sexiste. Tu as peut-être été envoyé ici parce que quelqu'un t'a dit que tu l'étais et que tu t'es insurgé, ou parce qu'au détour d'une conversation, on t'as renvoyé à ton statut d'homme par une insulte de type « mâle » « sale mec » etc., ce que tu considère comme du sexisme anti-homme. Ou peut-être juste que tu passes sur le blog, et que tu te considères comme n'étant pas sexiste. Ça suffit pour que tu le lises en fait.

Si je te demande de me décrire quelqu'un de sexiste, il est fort probable que tu me parles d'un homme qui traite les femmes comme des merdes, les méprise, et exige d'elles qu'elles restent à la maison s'occuper des enfants. En tout cas, ça n'est pas toi, c'est certain. Et si tu as raison concernant la première phrase en effet, le problème est que ce n'est pas que cet individu. Et c'est là tout le problème de cette idée visant à séparer la société entre « sexistes » et « pas sexistes », selon un schéma très manichéen entre gentil et méchant.

Politiquement parlant, nous sommes élevés, depuis notre plus jeune âge, à considérer que la société est un amoncellement de relations individuelles.
Quand on nous dit que « Salope » est misogyne, on est enclin à penser que « salop » est misandre, par simple effet d'inversion. De manière générale, on est enclin à penser que si le sexisme envers les femmes existe, alors le sexisme envers les hommes existe, que si le racisme envers les noirs existe alors le racisme envers les blancs existe etc.

Mais pourquoi, en ce cas, avoir nommé « sexisme », « racisme », « transphobie », sachant que je peux haïr quelqu'un pour tout un tas de raison. J'ai déjà été haï parce que je portais un chapeau. Y a-t-il une chapeauphobie ?
Nullement, et c'est bien là le point. Quand on parle de système, on parle d'une société toute entière bâtie sur une hiérarchie. (les hommes privilégiés, les femmes opprimées, les blancs privilégiés, les personnes de couleurs opprimées etc.)
C'est bien pour cette raison que ces luttes (le féminisme, l'antiracisme etc.) existent. Non pas parce que le sexisme ou le racisme serait plus courant, mais parce que la société est basée sur une hiérarchie, et que le problème ne se situe pas au niveau individuel mais au niveau de la société elle-même, au niveau systémique.

Un des exemples les plus simples pour saisir que le problème du sexisme ne se situe pas au niveau « des méchants sexistes », mais bien de la société toute entière, est celui de la différence de paie ( quelques infos dessus  ). Si l'on considérait que le problème était purement relationnel, ces statistiques n'auraient aucun sens.
Ça signifierait que, dans une société non-sexiste, les postes des personnes fixant les paies et jugeant les promotions seraient accaparés par des sexistes, et pas le reste de la société ?
En revanche, quand on considère le caractère systémique, il y a une explication très simple : à travail équivalent, les hommes sont vu plus compétents que les femmes, et ont donc plus facilement de meilleures paies ou un avancement.

Et c'est pour cela que le sexisme anti-homme n'existe pas. Dans l'idée d'une relation individuelle, évidemment que vous pouvez être haï ou méprisé parce que vous êtes un homme, mais ça n'est pas le problème. En tant que système, le sexisme privilégie les hommes ( exemple ) et violente les femmes. Il établit une hiérarchie pure et simple avec des privilèges pour certains, et des violences pour d'autres.
Afin qu'il y ait un « sexisme anti-hommes » ou de la misandrie, il faudrait, ni plus ni moins, que ce système soit inversé. Ce n'est pas le cas.

Mais alors, qui est sexiste ? Hé bien tout le monde en fait. Être sexiste est la version par défaut livrée par la société. Attention, je ne dis pas qu'on naît sexiste, je dis que l'on grandit dans une société qui l'est, et qu'on est conditionné par elle. Ne pas être sexiste, c'est un travail, ce n'est pas quelque chose qu'on serait comme ça, par défaut. Et si tu n'as pas travaillé à dégager ton sexisme, c'est que tu l'es encore, ça c'est une certitude. (et si tu penses que tu as fini ton travail, je t'invite à recommencer, parce que c'est peu probable)

On commence par quoi ?
Hé bien je dirais qu'en premier lieu, on commence par l'humour parce que c'est le point le plus complexe en général, celui que tout le monde défend comme ne posant pas problème. « Une blague sexiste, ce n'est pas une personne sexiste ». Et sur ce sujet, je vous renvoie à cet article, compilation de source que j'ai effectué expliquant en quoi l'humour oppressif est dangereux, et, non seulement pas du tout hors-réalité, mais en fait, la renforçant encore plus qu'une phrase sexiste non-humoristique. Si la majorité des études sont en anglais, il y a cependant plusieurs articles, en fin de page, qui sont en français pour celles & ceux qui ne sont pas anglophones.