Comment réagir ?

Je vais parler dépression, mais pas uniquement. Certaines réflexions seront là exclusivement concernant les personnes dépressives, mais d'autres seront là pour des personnes allant simplement mal. Parce que oui, certaines situations peuvent arriver suite à une mauvaise nouvelle, etc. Le fait d'aller mal n'est pas exclusivement de la dépression. (notons ici que je ne suis pas en train d'expliquer qui doit ou ne doit pas être dépressif, j'explique que la dépression n'est pas le tampon validateur du mal-être)

Il n'y a pas de méthodes miracles.

Je l'écris en gras, histoire que ce soit dit dès le début. Je vais donner des pistes de ce qu'il faut faire, de ce qu'il ne faut pas faire, de ce qui peut être fait, mais avant tout, il faut garder en tête que chaque individu est différent, que chaque situation est différente. Il ne faut donc pas hésiter à poser des questions à la personne. C'est la solution la plus simple. S'il y a quelqu'un qui sait ce qui peut l'aider, c'est elle. S'il y a quelqu'un qui sait ce qui ne l'aidera pas, c'est elle. Ce qui ne veut pas dire qu'elle saura forcément, mais la question se pose.

I] Le pire du pire ; la silenciation

J'aborde ici les réponses clichées les pires possibles, celles qui sont à bannir de votre vocabulaire, celles qui sont meurtrières.

1°) « Il y a pire dans la vie » ; le mythe de la relativisation.

Relativiser, ça peut être utile, en revanche, dire à quelqu'un de relativiser, c'est de la merde en barre. En faisant cela, ce que l'on risque d'obtenir dans l'immense majorité des cas, c'est que la personne se taise. Vous ne serez donc plus gênés par son mal-être. Mais son mal-être perdurera, augmentera potentiellement. En faisant cela, vous indiquez à la personne que vous vous préoccuper plus de votre confort de ne pas voir son mal-être, que de son mal-être en lui-même.

Il est possible de relativiser de façon saine. Ça peut se faire en montrant à la personne qu'elle a déjà été dans une situation similaire et qu'elle a réussi à s'en sortir. Ça peut être en l'aidant à se focaliser sur les choses plus simples qu'elle a à faire. Ça peut être en décomposant l'obstacle, puisque bien souvent, les gigantesques montagnes sont un assemblement de petites. Mais ça ne se fait pas par ce genre de phrase.

2°) les solutions « toutes-faites »

« Souris », « concentre-toi sur le positif » « Allez, remets-toi » « il faut que tu fasses X » et tout ce qui va avec, sont autant de conneries pures et simples. Ça ne marche pas. Tout ce que ça fait, c'est faire taire la personne. Ça ne l'aide pas à gérer sa douleur, ça fait que vous ne l'entendez plus encore une fois.

Vous pouvez, bien entendu, partager les solutions que vous avez utilisés. Mais faites-le avec humilité. Proposez les solutions. Il est plus que probable que la personne y ait déjà pensé, d'une part, d'autre part, votre situation n'est pas la sienne, vous n'êtes pas cette personne. Donc si vous voulez aider grâce à votre expérience ou l'expérience d'ami, proposez-la, ne l'imposez pas.

3°) Mettre l'accent sur les dégâts pour les personnes de son entourage

alors ça, c'est possiblement la pire chose à faire. Que ce soit « tu te rends compte à quel point c'est dur pour moi ? » ou « ça me fait mal » etc. c'est carrément dangereux parce qu'outre que ça silencie la personne, ça la culpabilise et l'attention du problème se centre à nouveau sur vous, ce qui peut, encore une fois, la conduire à se taire, à vous rendre votre zone de confort silencieuse, tout en la laissant s'enfoncer petit à petit ; Non seulement vous n'êtes pas le centre ici, mais bien la personne qui souffre, mais en sus, j'aimerais signaler que cette méthode de dépendance affective (le fait de devoir se museler et tenir pour les autres) est l'une des raisons pour lesquelles de nombreuses personnes ne voient pas les suicides arriver. Forcément, la personne tient, tient, et tient encore en se taisant pour ne pas faire souffrir vu qu'on lui a régulièrement fait comprendre qu'elle faisait mal. Elle survit pour vous jour après jour.

Et un jour elle ne tient plus.

Ce genre de réflexions est très courante après une tentative de suicide, et est également extrêmement destructrices. La personne va tellement mal qu'elle a pensé en finir avec sa vie. Venir la culpabiliser par la peur ou la douleur que vous ressentez est criminel.

4°) « Les suicidaires n'en parlent pas » / « tu n'es pas suicidaire »

Premièrement, ce n'est pas à vous de décider si la personne se sent suicidaire ou pas. Mes premières pensées de suicides sont aussi parmi mes plus anciens souvenirs, remontant à mes 5-6ans. Seule la personne sait si elle est suicidaire. Parallèlement, l'immense majorité des personnes qui se sont suicidées l'ont évoqué. En fait, le mythe des « suicidaires n'en parlant pas » n'est qu'un mythe destiné à faire taire les personnes suicidaires. Si une personne suicidaire en parle, écoutez-là.

5°) « Tu fais ça pour l'attention »

à nouveau, cela fait taire la personne. Cela dit, j'aimerais revenir en détail sur cette phrase.

Si la personne ne fait pas cela pour de l'attention, vous vous rendez compte de la violence des propos ? Ces propos ont sans aucun douté accéléré le suicide d'une de mes meilleures amies. Ces propos ont été dit par des soignants en hôpital psy. Ces mêmes soignants qui l'ont laissé partir alors que son psy & ses amis avaient alerté pour crise suicidaire. Voilà, littéralement, ce que vous risquez de causer.

Si la personne fait ça pour de l'attention, demandez-vous… à quel point va-t-elle mal exactement ? A quel point faut-il se sentir mal pour avoir besoin d'attention en se disant suicidaire ? Le mythe de la personne qui veut de l'attention et va bien est une connerie. Quand vous allez bien, vous n'avez pas particulièrement besoin d'attention.

Dans tous les cas, vos propos sont potentiellement meurtriers.

6°) supposer que le psy est une solution miracle.

« Va te faire soigner » et autre propos de ce genre sont extrêmement dangereux. D'une part, un psy n'est pas une solution miracle. Ce n'est pas parce qu'on voit quelqu'un que subitement tout va mieux aller. D'autre part, il y a des personnes qui fonctionnent différemment du reste de la société. « Va te faire soigner », confirme l'image « d'erreur de la nature » que la personne peut avoir d'elle-même, et peut faire de gigantesques dégâts. Le psy n'est pas une solution miracle. Le fait d'être différent n'est pas quelque chose à « soigner »

II] Les réponses maladroites

1°) Prendre dans les bras

ça, c'est une réponse courante, et qui peut faire plus de dégât qu'autre chose. Tout le monde ne supporte pas d'être pris dans les bras quand on va mal, et parmi ceux qui aiment ça, beaucoup ne supportent pas que ce soit fait sans prévenir. Prenez le temps. Demandez. « Est-ce que tu veux que je te prenne dans mes bras ? » Voire même asseyez-vous juste à côté de la personne, sans la toucher, et ouvrez vos bras vers elle, de sorte qu'elle n'ait qu'à faire un petit geste pour venir s'y loger. Non seulement vous lui offrez le choix, mais en plus vous montrez votre présence et vous limitez au maximum ce qu'elle a à faire pour avoir accès à ce que vous proposez.

2°) Aider la personne à dépenser le moins d'énergie.

Ça rejoint le point précédent avec l'idée qu'il faut faire en sorte de « prendre les rennes » (proposer quelque chose, le préparer etc.) tout en ne forçant pas la personne à le faire. Il est très important d'aider la personne à dépenser le moins d'énergie possible, car elle en manque.

3°) s'énerver d'un refus

C'est une erreur assez courante. Et c'est encore et toujours le problème de votre zone de confort. Lorsqu'une de vos propositions est acceptée, vous récupérez une portion de votre zone de confort personnel. Lorsque c'est refusé, vous ne la récupérez pas, et cela conduit facilement à de l'agacement « ah bah si tu ne fais rien » « moi je propose mais tu refuses tout le temps ». Rappelez-vous que vous n'êtes pas au centre du problème là. C'est l'autre. Si elle refuse, acceptez. Montrez-lui bien d'ailleurs que ça n'est pas grave qu'elle refuse, et que vous êtes prêt pour être au chose si elle a envie, ou pas. Restez ouvert au maximum.

4°) proposer dix mille choses.

C'est une réaction courante face à des refus. Surtout pas. Faut prendre le temps. Proposer quelque chose, c'est bien, proposer plein de choses, c'est risqué ; la personne va devoir choisir (difficile, surtout dans les mauvais moments), va se sentir pressée (douloureux), va culpabiliser (de ne pas savoir quoi choisir ou de ne rien vouloir)

Si vous proposez plusieurs choses, ne surtout pas hésiter à préciser un « ou rien, y a pas de soucis, je peux rester là » Que la personne garde son choix, et ne se sente pas pressée.

5°) Poser des questions ultra-directes

« Pourquoi t'as fait ça ? » ou encore « Qu'est-ce qui se passe dans ta tête ? » Toutes ces questions sont courantes après des tentatives de suicides, et extrêmement maladroites. La personne se retrouve forcée de se justifier. Il faut bien comprendre qu'une tentative de suicide (ou de l'automutilation ou autre comportement auto-destructeur) est une conséquence. En demande « pourquoi t'as fait ça » on centre le problème sur la tentative de suicide. Inviter la personne à en parler. « je suis là. » (voir le point 3 de la partie suivante) Dites-lui que vous êtes prêtEs à l'écouter si elle a besoin de parler etc. Ainsi, vous lui permettez de ne pas le faire, mais aussi de le faire. Vous lui laissez un choix qui peut lui permettre d'en parler quand elle saura comment faire, que ce soit maintenant ou plus tard. Vous pouvez parler de la trouille que vous avez eu, mais faites très attention à ne pas culpabiliser l'autre. La trouille peut être montrée pour montrer que vous tenez à l'autre. Simplement ne vous appesantissez pas dessus, passez directement à la suite.

III] Les choses trop souvent oubliées

1°) Poursuivez la relation

Une chose couramment oubliée, est le fait qu'une personne dépressive ou qui va « simplement » très mal (pas de nécessité de dépression pour aller mal) va facilement oublier ce qui la lie à quelqu'un d'autre. Il est courant de voir que la relation entre deux personnes finit par se limiter à ce qui ne va pas chez l'une. C'est dangereux. En réduisant la relation à ce mal-être, vous finissez par la détruire. Parlez à la personne. Partagez ce que vous partag(i)ez couramment. Ne faites pas tout centrer autour de ce qui ne va pas. Si iel en parle, écoutez, discuter. Abordez le sujet, mais si elle manifeste ne pas vouloir en parler, n'hésitez pas à orienter le sujet sur ses passions ou sur ce que vous avez en commun. Parlez de vous aussi. Ça peut paraître idiot, mais garder le contact, pour que ce ne soit pas juste le mal-être qui vous relie, est essentiel.

2°) Protégez-vous

ça peut paraître absurde, mais c'est majeur. On ne peut pas aider quelqu'un si ça nous bouffe. Non seulement, il y a le risque que vous craquiez, avec des dégâts immenses, tant pour vous que pour l'autre, mais en plus, ça se sent. Ça se sent quand une personne se laisse bouffer par l'aide qu'elle apporte. Et ça fait mal. Ça fait mal de sentir qu'on est responsable du mal-être de l'autre. Au final, ça peut être encore plus vicieux que le fait de dire à l'autre « tu me fais mal » que de se laisser bouffer par l'aide. Donc que ce soit pour vous-mêmes ou pour l'autre, protégez-vous. Aidez quand vous pouvez aider, précisez quand vous ne pouvez pas. Si vous sentez que vous perdez pied, n'hésitez pas à vous faire aider. Par un professionnel ou par des amis. Ne restez pas seulEs avec ça.

3°) Montrez une présence

ça aussi c'est un peu particulier. Je parle ici des personnes sur internet qui parlent de leur mal être, ou simplement par sms, ou autrement, je parle de ces moments où l'on n'a absolument aucune idée de comment réagir. Tout paraît vide, vain… dites-le. Je ne déconne pas. « Je ne sais pas comment réagir, mais je suis là au besoin. Si je peux faire quelque chose ». Personnellement, sur internet, je fais régulièrement du partage de musique quand je vois quelqu'un qui va mal. « Je ne sais pas comment réagir alors musique » avec un lien derrière. Non pas que je m'en débarrasse ainsi, au contraire, mais ça me permet de montrer que je suis là ; parfois d'inviter à la conversation quand il y a moyen, et parfois, quand on sent qu'il n'y a pas, de simplement montrer qu'on est là.


J'ai essayé de donner quelques indices, quelques « stops », cela dit, gardez à l'esprit que ça peut se résumer en trois mots : écoutez, demandez, proposez. Écoutez l'autre, proposez lui de l'aide. Demandez-lui ce que vous pouvez faire.

Prenez soin de vous, faites attention aux autres.

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