Pré-scriptum : Cet article a été publié par Jaythenerdkid (@jaythenerdkid sur twitter) sur le site The Rainbow hub. Il est disponible dans sa version anglaise sur The Rainbow hub.
La traduction reste l'oeuvre d'un amateur, n'hésitez pas à me signaler toute erreur ou formulation maladroite. Il me paraissait important, cependant, de traduire ce texte.

TW : santé mentale, auto-mutilation, suicide

Durant l'année 2013 seule, j'ai été diagnostiquée avec un trouble bipolaire de type 1, un trouble bipolaire de type 2, un syndrome de stress post traumatique, un trouble de l'adaptation, et, mon favori dans le lot, un trouble de la personnalité limite (plus connu sous le nom de Borderline ; NDT)

Je suis la cinglée contre laquelle vos médias de divertissement vous mettent en garde.


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Le truc que j'ai découvert à propos de mes troubles psys est que tout le monde est un expert sur ce point, hormis moi.

Je veux dire, j'ai lu des portions du DSM-V – comme n'importe quel non-initié de toute manière – et j'ai une solide connaissance concernant les médicaments psychoactifs. Je dois en avoir une, puisque j'ai été sous un paquet d'entre eux – Avanaz, Cymbalta, Lexapro, Pristiq, temazepam, valium, quelques antipsychotiques atypiques – et j'ai besoin de savoir avec lesquels ils interagissent, depuis l'ibuprofen jusqu'à la pilule contraceptive. J'ai lu des études scientifiques reconnues sur la plasticité des synapses et leur réagencement. Je connais les bases de la psychothérapie et des thérapies cognitives et comportementales, puisque j'ai essayé les deux sur moi-même dans le passé.

Il y a aussi le fait, petit et insignifiant que j'ai été en école de médecine durant quatre ans. Je me préparais à devenir psychiatre pour enfant, si j'avais continué. Vous pourriez dire que j'avais un intérêt personnel à apprendre comment aider un enfant malade à aller mieux des années avant que la négligence de leur condition n'en fasse des personnes quasi-impossible à gérer (Merci papa, ce bouquin de développement personnel que tu m'as acheté en lieu et place d'un rendez-vous chez le docteur quand j'avais treize ans était définitivement l'équivalent d'années d'anti-dépresseurs et de thérapie)

Mais rien de tout cela ne fait de moi une experte, ou même simplement quelqu'un s'y connaissant un peu, parce que les personnes ayant des troubles psys sont – comme vous le savez grâce à la télé et aux films – des espèces de monstre de foires émotionnellement instables auxquels on ne peut accorder aucune confiance sur quelque sujet que ce soit. Les gens qui n'ont jamais vécu avec un trouble psy, à l'inverse, ont un master en « J'ai regardé Arte une fois et ils ont dit ça », et, de ce fait, sont pratiquement aussi instruits que des médecins.

Personne ne vous fait confiance pour vous connaître vous-même lorsque vous avez des troubles psys. Si je dis que je suis heureuse, j'ai tort, car je suis déprimée, et ne sais pas à quoi ressemble le bonheur. Si je dis que je suis triste, j'ai tort, car j'ai des troubles psys et je me sens toujours triste, et je fais un monde de rien du tout, et je suis probablement en train de faire semblant pour avoir de l'attention et je suis très probablement dépendante aux médocs de toute façon. Si je dis que je peux gérer quelque chose, j'ai tort, car je suis une invalide inutile avec un cerveau de folle, mais si je dis que je ne peux pas, j'ai tort car les personnes dépressives sont justes des faignants qui ne veulent pas gérer les problèmes de la vie. Et si j'ose m'appeler « malade » - ce que je suis, étant donné que je souffre de plusieurs maladies chroniques reconnues médicalement – j'ai tort parce qu'une maladie n'est pas une maladie à moins que les gens qui ne sont pas moi puissent me voir souffrir.


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Les personnes ayant des troubles psys sont constamment forcées par des étrangers à croire que leur expérience de leurs propres vies ne sont pas pertinentes.

Personne ne semble avoir pensé que ce n'était peut-être pas l'aide la plus utile à donner à quelqu'un qui ne peut déjà pas avoir confiance en son propre cerveau pour faire le travail de la manière dont il le veut.


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J'ai tenté de me suicider à trois reprises. La première et la troisième fois, j'ai été arrêtée par quelqu'un d'extérieur avant que je ne puisse finir le travail. La seconde fois, je me suis arrêtée moi-même entre le « défoncé » et le « mortel » et me suis retrouvé inconsciente quelques heures, jusqu'à ce que ma porte soit enfoncée par des officiers de polices répondant à un appel de détresse à propos d'une jeune femme qui allait s'ôter la vie, que je sois sortie de mon lit – contre ma volonté – emmenée à un hôpital où je fus gardée – encore une fois contre ma volonté – plusieurs heures durant par des personnes qui m'ont parlé comme si j'étais un enfant, et ont refusé de signaler à ma famille que j'avais été hospitalisée.

Que puis-je dire ? La vie est juste un petit peu plus difficile à vivre lorsque vos propres synapses travaillent contre vous pour créer des circuits électriques propageant continuellement un signal qui dit ta vie ne vaut rien dans votre esprit. Je voulais juste essayer de faire taire les voix.


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Ce ne sont pas des choses facile à partager. Je sais qu'elles vont être utilisés contre moi la prochaine fois que quelqu'un décidera qu'il aura un problème avec moi. Ça l'a été dans le passé. Des personnes anonymes m'incitant à me suicider chaque fois que je dis publiquement que j'ai eu une mauvaise journée sur twitter. Des personnes m'appelant une sociopathe à cause de mon diagnostic TPL, et, alors qu'ils n'ont pas strictement tort – en tout cas pas entièrement – ils ont une idée très tordue de ce que le mot « sociopathe » signifie en vérité, parce qu'ils pense que Dexter est un documentaire. Je suis traitée d'hystérique, de folle, de désaxée, de tarée chaque fois que j'ai une opinion avec laquelle quelqu'un est en désaccord – parce que si je dis quelque chose que vous n'appréciez pas, ce doit être mes troubles psys qui me font dire n'importe quoi, n'est-ce pas ?

Mais l'autre truc que j'ai découvert, c'est que ne pas en parler ne permet pas que ça s'en aille. Croyez-moi, j'ai essayé ça durant les dix premières années, et cela n'a fait qu'empirer les choses. Et j'ai appris au fur et à mesure des années que le monde est rempli de personnes qui pensent que leur seule option est de ne rien dire à propos de la maladie qui est lentement en train de les tuer, et je préférerai que ces personnes ne meurent pas.

Et le troisième truc que j'ai découvert, c'est que parfois, lorsque ces personnes m'écoutent parler, elles réalisent qu'elles ont le droit de parler également. Et parfois, c'est exactement ce qui les remet sur le chemin de ne pas mourir, ce qui me semble une récompense tellement gigantesque en terme de souffrance humaine évitée qu'elle vaut le coup d'être appelée une salope hystérique par des inconnus sur internet.


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Une fois, j'ai dit à une collègue que j'avais un trouble bipolaire de type II. « C'est trop bizarre » a-t-elle dit lentement, me dévisageant de bas en haut comme si elle était capable de repérer un signe de ma maladie si elle m'examinait suffisamment. « C'est juste… que tu as l'air tellement normale. »

J'imagine qu'elle voulait dire qu'elle ne m'avait pas vu foutre le feu à la maison d'un de mes exs ou coucher avec une fraternité toute entière durant un épisode maniaque ou quelqu'autre stéréotype à propos des personnes bipolaires qui ait été récemment mis en valeur dans un film-à-oscar tireur-de-larmes avec Jennifer Lawrence. Je n'ai pas eu le cœur de lui dire que deux semaines plus tôt, j'avais eu un épisode maniaque durant trois jours, m'étais complètement effondrée puis avais pris 150 fois ma dose de Valium dans un effort pour m'insensibiliser.

Je suis devenue bonne à cacher les pires choses vous voyez. J'essaie de préparer mes crises. Je fais en sorte d'être réveillée quand je devrais aller au boulot le lundi.


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Parfois des gens m'écrivent pour me dire qu'ils n'avaient pas réalisé qu'ils étaient malades jusqu'à ce qu'ils me voient décrire leurs symptômes. Parfois des gens m'écrivent pour me dire qu'ils avaient peur de voir un docteur jusqu'à ce qu'ils me voient parler de mes expériences avec le thérapeute que j'ai vu durant dix-huit mois, qui, non seulement a sauvé ma vie, mais m'a également fait sentir que ça valait peut être le coup de la vivre. Parfois, des gens m'écrivent juste pour me dire qu'ils sont en vie, et qu'ils n'auraient jamais cru qu'ils seraient heureux pour ça.

Appelez-moi folle – beaucoup de personnes l'ont fait – mais je pense que ça a de la valeur.


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Comme beaucoup de problèmes, les troubles psy ne s'en vont pas quand vous les ignorez. En fait – encore une fois, comme beaucoup de problèmes – les ignorer est un excellent moyen de les faire s'envenimer. Aujourd'hui, nous vivons dans un monde où les troubles psys font de vous un paria, incapable de se faire des amis, de postuler à des emplois ou de maintenir des relations si vous osez dire que vous êtes nés avec un cerveau qui fonctionne différemment. Moins nous en parlons, et plus nous le justifions – l'ostracisme, le besoin de se cacher, le fait de prétendre que vous allez bien alors que ce n'est pas le cas de façon à ne pas être licencié ou abandonné ou dégagé de l'école parce que vous êtes un monstre.

Donc j'en parle – tant que j'ai l'énergie pour le faire en tout cas – parce que même si une seule personne m'écoute et réalise qu'elle n'est pas seule, même si une seule personne réalise que leur idée des troubles psys est nocive, si une seule personne réussit à avoir le courage de demander de l'aide, ça vaut le coup.

Je suis « sortie du placard » en tant que personne ayant des troubles psys vis-à-vis de ma famille, de mon mari, de la majorité de mes amis, et même de certains de mes collègues de travail. J'ai écris sur les troubles psys suffisamment pour que je pense ne plus pouvoir me cacher. Et alors que choisir de parler a rendu ma vie insupportable à plusieurs reprises, au moins il y a certains aspects de ma maladie que je peux gérer, et cela me fait penser que peut-être ce que je fais n'est pas complètement inutile.

Les troubles psys ne devraient pas être quelque chose que l'on doit cacher. Les troubles psys ne devraient pas être quelque chose dont on doit avoir honte. Quand j'étais enfant, je me suis brisée le bras en trois à cause d'une chute, et je n'avais pas besoin de le cacher – en fait, j'étais la fille la plus cool durant deux mois parce que j'avais un bandage jaune fluo sur mon bras droit, et les enfants trouvait ça génial. Je n'avais pas besoin de cacher mon bras cassé – et je n'avais pas besoin d'en avoir honte. Alors pourquoi devrais-je cacher mon cerveau cassé ?

Quand j'ai été diagnostiquée bipolaire pour la première fois, mon médecin m'a dit que j'aurais probablement besoin de médicament pour le reste de ma vie. De nombreuses autre personnes malades ont ce genre de mauvaises nouvelles – diabétiques, asthmatiques, ceux ayant un emphysème ou des problèmes de rein, ou même des problèmes de cœur. Mais aucun d'entre eux n'a à mentir à leurs amis à propres de leur médication ou prétendre qu'ils vont chez le médecin pour « un banal contrôle de routine »

Je suis vraiment fatiguée de mentir.


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J'ai été assez dépressive cette semaine. C'est pourquoi je choisis d'écrire cet article. Je sais que je le regretterai dès qu'il sera posté car internet est rempli de personnes haineuses qui s'amusent à se moquer de ceux qu'ils voient comme faibles, et il n'y a rien de plus faible que d'être incapable de sortir du lit certains matins. Mais peut-être que quelqu'un va le lire, et y voir quelque chose qui lui ressemble, quelque chose qui lui permettrait de se sentir un peu moins seul, au moins quelques instants. Peut-être se rappelleront-ils que leur maladie ne les rend pas moins humain, et ça les aidera à vivre une mauvaise journée, ou au moins à l'apaiser. Si ça arrive, ne serait-ce qu'à une seule personne, ça aura valu le coup. Mon médecin avait l'habitude de terminer chaque séance en me prenant les mains avec un sourire et de dire « Allez avec la lumière » Je ne sais pas pourquoi, mais ça aidait. Ça aidait de savoir que quelqu'un avait envie que je me sente mieux. Ça aidait que quelqu'un croit que j'étais capable de me sentir mieux. Peut-être que ça vous aidera aussi, qui que vous soyez et où que vous soyez. Alors voici un petit rien :

Allez avec la lumière, mes amis.