La dernière danse de Sarah

Elle marche près des arbres, chemin trempé et regard hébété. Le chemin roule des clapotis du ciel, et ses cheveux noirs font une cascade, une tornade. Bouge autour du visage, rentre, dans le nez, dans la bouche, dans les oreilles, dans les yeux. Elle pique d'avant en arrière, les mains ballantes, le coeur branlant. Elle pique du regard, seule au milieu du chemin, danseuse dans l'orage. Sarah marche vers un soleil pâle, malade, dans le brouillard du matin. Les yeux noirs se gorgent d'eau, larmes du ciel et lames du corps, fantôme fumeux dressé face à la mort, elle marche, et ses mains s'ouvrent pour laisser couler le sang.

Allongé contre un arbre, le regard ballant et les bras vitreux, il balance d'arrière en avant, et pense au passé, aux pensées, aux dépassées qui ont disparu. Respiration languissante, poitrine sanguinolente, et les vagues rouges mêlées à la rosée qui pulsent au rythme de son corps. Regarde en toi, même pas l'ombre d'une femme ; et le pied a brisé ses os. Barbe balbutiante qui ne parlera jamais des oreilles au menton. Il ne tient plus la route.

Christ sanglante, au milieu des arbres et des vallées, elle marche sur les gouttes, elle marche sur l'écoute, le son des guitares mortes, les chênes et les sapins qui craquent sous la tempête. Elle marche ; et les corps s'allongent. Ils courent, chaque jour qui passent, elle passe chaque jour qu'ils parcourent, et toujours atteint le dernier jour.

J'aimerais juste un dernier instant, un bol d'air, un regard, un sourire. Ils gémissent encore et encore. C'est déjà trop tard. Ombre et indifférence, silence et serres accrochées sur les coeurs décrochés, elle dévore et dévale, peu à peu, l'histoire des regards et des désirs. Long voyage sur le chemin humide des amours avides. Elle est parti.

À l'ombre de la brume, ses yeux se ferment, sa barbe ne parlera plus. Et le flot s'éteint peu à peu. Le rouge retourne au bleu.

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