Note : dans cet article, je ne parle quasiment pas des personnes trans', parce que je parle de la construction de la société qui refuse littéralement de considérer les personnes comme autre que cis. Je fais UN encart dessus ; c'est notamment parce que j'avoue une certaine méconnaissance du sujet, et que je ne sais même pas quelles questions me permettraient de le connaître mieux. Si un-e lect-eur-rice a des trucs à rajouter, ne pas hésiter.


Je voulais parler de la toxicité des amitiés entre hommes, mais j'ai rapidement remarqué que c'était impossible sans d'abord parler de la toxicité de la virilité en elle-même. Je vais donc d'abord parler de la virilité, et de ce qui ne va pas avec, et je ferai un autre article sur la toxicité des relations entre hommes. Pour cela, tout au long de cet article, je vais m'appuyer sur le meme Overlymanly man. Certains diront que c'est un meme. Mais justement. Overlymanly man n'est pas ridiculisé. Si parfois, on sourit des aberrations que contient ce meme, il reste glorifié, et pas méprisé. De plus, il montre vraiment l'image de la virilité dans notre société, une image certes, poussée à son paroxysme, mais qui montre clairement la manière dont est construite cette virilité. J'aimerais également rappelé que manly, en anglais, signifie autant masculinité que virilité (et non, virility n'est pas l'équivalent du français virilité, virility ne fait référence qu'à l'aspect sexuel), et d'ailleurs, c'est justement le premier point que je voulais aborder : le lien entre masculinité et virilité.


La virilité n'est ni plus ni moins que l'échelle de valeur selon laquelle on va juger un homme. Viril est une qualité. Non-viril est un défaut. Point barre. La virilité est tellement liée à la masculinité que son opposé est... féminin, douillet ou efféminé. Je ne plaisante pas, vérifiez les dictionnaires d'antonymes. (exemple avec le site du centre nationale des ressources textuelles & lexicales : ). De ce fait, si l'on est un homme, on est viril. Puisque si on n'est pas viril, on est proche des femmes, donc plus un homme. La masculinité est profondément créé en opposition à la féminité. J'irais même jusqu'à dire que ce n'est pas que la femme est inférieure à l'homme dans notre société, mais bien que l'homme est supérieur à la femme, c'est à dire que l'on part du principe du mépris et de la violence, et qu'ensuite, on justifie d'en infliger moins à certaines portions parce qu'elles ont des différences. C'est à mon sens la raison pour laquelle, toutes oppressions confondues, beaucoup de personnes combattent celles qu'iels vivent, et en entretiennent d'autres. Tout simplement parce que d'un côté ils sont « sortis » du statut violentés, donc ne veulent pas prendre le risque de perdre ce statut, et donc l'entretiennent. L'insécurité des dominant-e-s me semble une caractéristique majeur de la perpétuation des oppressions.

À ce niveau, plusieurs meme d'overlymanly man mettent cela très bien en avant.

Celui-ci met directement le lien entre force = homme et faiblesse = femme. Je reviendrais sur le lien entre la force et la virilité, mais l'important ici est que d'un côté il y a ce qui est viril, de l'autre ce qui est féminin, ce qui est glorifié, ce qui est méprisé.

 

Un autre met en avant le fait que chercher son chemin, ça vaut pour les femmes et les étrangers. On met dans le même sac ceux qui ne connaissent pas les lieux parce qu'ils n'y vivent pas, et celles qui ne le connaissent parce que... ce sont des femmes. Encore une fois, la masculinité est bâtie CONTRE la féminité.
Cela créé l'insécurité masculine dont je parlais juste avant qui est extrêmement importante, car un homme a peur de ne plus être considéré homme, de ne plus entrer dans la case glorifiée, et donc de tomber dans la case méprisée, la case des femmes. Le fait de confondre un homme avec une femme est une véritable insulte dans notre société, et je ne compte plus les fois où, au téléphone, ayant une voix féminine, les gens se confondent en excuse parce qu'ils se sont trompés, là où l'inverse donne lieu à un simple « Oh excusez moi » basique. Lorsqu'un homme est pris pour une femme il est insulté, il est rabaissé. Lorsqu'une femme est prise pour un homme, c'est une erreur, mais il n'y a pas la notion de rabaissement. J'en avais déjà parlé dans mon article sur la culture du viol ( ici ) où je montrais que les insultes envers les hommes étaient très souvent faites pour les comparer aux femmes. Ce n'est pas pour rien.



Cette insécurité est très importante, car elle créé une véritable compétition pour justifier de sa virilité, donc de son statut d'homme, pour ne pas « tomber » dans la fosse aux méprisés, là où on met tout ceux qui ne sont pas en haut. La série des injonctions pour « entrer » dans la case viril, donc dans la case homme, donc dans ceux qui ne sont pas méprisés commence avant tout par le refus des sentiments. Un homme n'a pas de sentiments. Les sentiments sont vus, dans notre société, comme une faiblesse, la faiblesse, c'est pour les femmes.
Sur ce point, on peut voir ceci : qui fait directement le lien virilité = pas de sentiments, sans même passer par la case féminin/masculin. Un autre fait directement le lien entre sentiment et faiblesse, et les hommes ne sont pas faibles. De quels sentiments parlons-nous ici ? Tous.

La peur de la mort, par exemple. Ici: on peut voir directement la hiérarchie. Les lâches d'un côté, les courageux de l'autre. Bon, jusque là, ça paraît pas malsain, quelque part, bon être lâche c'est un défaut (il y a beaucoup à dire sur ce point d'ailleurs, mais passons)... Mais on parle de la pédale de frein là. On parle d'un truc qui sauve des vies. La hiérarchie lâche/courageux n'est pas basée sur la lâcheté, mais sur le fait de prendre des risques inutiles ou pas. Le fait de ne pas avoir peur de la mort OU DE TUER.

Un autre meme : pouf. Noël, ses films assez mignons ? Non. Un vrai homme aime les films VIOLENTS. Pas de sentiments.


Pour poursuivre, très proche du refus de la sensibilité, la masculinité est basée sur le refus de la douleur. Avoir mal, c'est être faible. Il faut gérer la douleur. Il faut être capable de supporter tout en affichant la même insensibilité vis-à-vis des sens que vis-à-vis des sentiments.

celui-ci est très clairement un de mes favoris, car j'ai mis du temps à le comprendre. Des cigarettes sur un sandwich ? En fait, c'est exactement ça : la capacité à supporter un truc dégueulasse, le fait de ne pas avoir peur de la mort (fumer c'est mal), tout ça avec fierté. Et là encore, overly manly man n'est pas méprisé dans ce meme. Je le rappelle parce que c'est majeur. Il est « ultra » viril, mais il n'est pas méprisé. Les trois précédents vont dans le même sens : la glorification de l'insensibilité. La virilité c'est de ne pas craindre la douleur, de la gérer quand elle est là, et même d'en faire quelque chose sans grande importance. Si l'on n'est pas insensible, on est faible. Et un homme, c'est fort.


En parallèle de ces deux refus s'en trouve un autre, qui les lie : l'indépendance. Un homme n'a besoin de personne. Notez qu'on voit souvent le fait qu'on ramène les femmes au fait de plaire à un homme, on en fait des annexes. À l'inverse, les hommes ne doivent avoir besoin de personnes. Toujours cette construction en miroir entre les deux genres. Les femmes sont liées à l'homme avec qui elles sont, les hommes sont indépendants. (j'y reviendrais dans le deuxième article, toxicité des relations)

Ce refus de la dépendance, on le voit notamment dans ce même :


Demander de l'aide ? Non. Un homme n'en a pas besoin. Il doit gérer tout seul. Ça touche les deux autres, parce que ça signifie qu'un homme qui demande de l'aide pour gérer une douleur physique ET PLUS ENCORE si elle est sentimentale, est vu comme moins viril. On apprend très tôt aux garçons à ne pas pleurer. On leur apprend très tôt que ça c'est pour les filles. On les construit dans l'opposition au féminin, et dans la dévalorisation de celui-ci.

Un homme est hétéro. Alors là, c'est clair et net. D'ailleurs, les gays sont régulièrement mis dans le même sac que les femmes.

De ce côté-là, je n'ai pas encore de réflexion arrêtée. Il y a la possibilité que les constructions sociales des hommes et des femmes étant en miroir, la complémentarité qui en naît (et dont on nous rebat les oreilles sur le fait qu'elle serait biologique) implique que les deux vont ensemble, et donc rejette l'homosexualité. Ce qui explique notamment qu'on demande « qui fait la femme » dans un couple homosexuel, afin de voir lequel n'est plus « homme ».

Mais il y a aussi tout ce qui est pénétration. La pénétration est un instrument de domination. On peut le voir avec les viols d'hommes par des hommes. L'homme violé est rabaissé, et rabaissé au rang de femme, tandis que le violeur n'est pas même questionné sur sa sexualité, quand bien même l'homosexualité soit méprisée. Ainsi, on peut trouver ce genre de considérations; « le jour où ils ont fait de moi une femme » pour parler du viol d'hommes. On pourrait donc supposer qu'il y a dans l'homophobie, le rapport à la pénétration, et au rabaissement de l'homme gay.

Pour aller plus loin, l'homophobie découle aussi du sexisme quand on regarde simplement l'idée que le désir d'un homme pour un autre ne rabaisse pas l'homme qui a du désir, mais bien l'homme sur qui le désir est dirigé. Parce que culturellement, l'idée d'avoir du désir pour un homme, c'est d'avoir envie de pénétrer, et donc, désirer quelqu'un c'est désirer le/la pénétrer. De ce fait, désirer un homme, c'est désirer faire de lui une femme, donc le rabaisser. C'est donc insultant, et cela créé les violences qu'on peut voir régulièrement.

(note : je ne dis pas que l'homophobie est purement due au sexisme ; déjà parce que d'une part, là, je n'évoque que les hommes gays, et pas les femmes, d'autres part parce que l'injonction à l'hétérosexualité n'est pas que pour les hommes ; je mets juste en lumière une portion de sexisme dans la construction de l'homophobie masculine)


Un homme est aussi quelqu'un d'efficace, quelqu'un qui réussit. Il y a une très forte pression sociale à ce qu'un homme ait de l'ambition, prenne les choses en main, soit le leader.


Ce meme le met bien en avant : un homme ultra-viril ne suit personne. Et pourquoi ça ? Parce que suivre, c'est de la dépendance, et on vient de le voir, la dépendance, c'est pas viril.

L'efficacité, c'est aussi l'efficacité sexuelle. Un homme, ça baise, ça baise bien, ça baise hétéro, comme dit plus haut. Comme c'est insensible, ça peut baiser des heures. Et comme c'est efficace, ça fait jouir la femme avec qui il baise.

De ce côté, quelques autres images :

Ici, clairement, il y a le rapport « baiser = accomplissement » et avoir des enfants est un trophée ; ce qui montre à la fois le rapport à la compétition et à la réussite. J'hésite même à y caler l'efficacité pour le côté 1 baise = 1 bébé, d'ailleurs.
Pour poursuivre, je vais faire référence à cet article pour « booster sa virilité »
Sur 20 conseils (dont un publicitaire), 8 sont liés au sexe. (le 4, le 7, le 8, le 9, le 11, le 13, le 16, le 19). Littéralement près de la moitié des conseils sur la virilité sont lié à la capacité de l'homme à pouvoir sexer. Sexer bien. Sexer beaucoup. Sexer avec beaucoup de monde. Etc.
Sur ce point, on peut voir à nouveau la construction en miroir : un homme avec beaucoup de relations sexuelles, c'est valorisé, une femme avec beaucoup de relations sexuelles, c'est déprécié. Une femme avec peu de relation sexuelle est un trophée pour l'homme (on dit bien « prendre la virginité »). Un homme avec peu de relation sexuelle est méprisé. Puceau reste une insulte. Un homme, ça doit avoir de l'expérience. Ça doit baiser (des femmes).
On notera d'ailleurs que l'expérience n'est pas basée sur le nombre de fois où un homme baise, mais bien sur le nombre de femmes avec qui il baise. Le rapport à la compétition et à la réussite est très clair ici. Les femmes sont un trophée.
À ce niveau d'ailleurs ;
le met bien en avant : un homme viril n'a pas besoin de pick-up line, sa moustache suffit à attirer les femmes. Note : pour ceux qui penseraient que je vais trop loin, le commentaire sous cette image était le suivant : « I already knew that he doesn’t need any cheesy pick-up lines to get women, women are already standing in line waiting for him to take them. » « Je savais déjà qu'il n'avait pas besoin de quelque pick-up line (sais pas comment traduire ; phrase de dragues?) pour avoir des femmes, les femmes sont déjà en ligne à l'attendre pour les prendre »
On notera à nouveau dans les propos l'image de l'homme qui attire plein de femmes. Ceci est le rapport à la réussite mais aussi à l'indépendance. L'homme viril ne va pas chercher des femmes. Elles viennent à lui. Ça vous rappelle la pub axe ? Ouais, totalement le même concept : prenez ce produit, il confirmera votre masculinité, plein de femmes viendront vers vous.
Celui-ci le montre aussi. Les femmes sont des objets. Il y a à la fois le refus de tout sentiment vis-à-vis de la rupture, mais surtout, le rapport à la réussite et à l'importance de baiser.


La virilité est, enfin, basé sur la taille de la bite. Ça c'est le TRUC majeur. C'est l'indicateur externe de la virilité d'un individu. Une grosse queue. Pas pour rien qu'on trouve donc ceci :
ça a l'air ridicule, mais c'est bien l'idée. La pression est telle que les mecs qui n'ont jamais mesuré leur queue sont carrément moins courant que ceux qui l'ont fait, et c'est pas pour rien qu'on a autant de spams parlant d'agrandir le pénis. Le pénis n'est pas nommé « virilité » pour rien. Un homme viril, c'est un homme avec un pénis actif. Certaines mutilations envers les intersexes prennent naissances avec cette idée. Lorsqu'un pénis est trop petit à la naissance, les médecins le mesurent pour étudier s'il est capable de pénétrer. S'il ne l'est pas, le sexe est considéré comme féminin, et l'on mutile le bébé pour que ce soit en concordance. Je ne plaisante pas. Masculinité = pénétration. Pénétrer est une preuve de sa masculinité.
La virilité, la masculinité, est basée sur le sacro-saint pénis, ce truc qui donne toute sa valeur à un individu et permet de mesurer littéralement sa virilité. On peut y voir une des raisons des violences transphobes, une femme avec un pénis ayant directement une virilité (donc mettant doublement en danger les hommes, à savoir d'une part le refus des trans amène à la voir comme un homme qui se travestit en femme, et donc comme une personne se rabaissant/méprisable, mais en sus, comme une femme ayant une virilité potentiellement plus grosse qu'un homme), un homme avec un vagin n'étant pas un véritable homme parce qu'un homme ça pénètre. (note ici aussi : je ne dis pas que la transphobie n'est que ça, je dis que c'est probablement une des raisons)



Je vais terminer par le rapport à la violence. Parce que oui, la masculinité est basée sur la violence. En effet, l'insensibilité émotionnelle est aussi une insensibilité vis-à-vis de la souffrance d'autrui. Pour cela, on va d'abord commencer par le rapport à la viande. Un homme n'est pas végétarien, il est carniste. Pourquoi donc ? Quel lien y a-t-il là ? Tout simplement la violence. Le meurtre d'animal. Le fait d'être insensible à la mort d'animaux.
Un petit combo efficacité + carniste ici : Végétarien => mauvais chasseur. Pouf, voilà, soyons clair, un végétarien est un individu qui échoue. Parce qu'être carniste c'est dans le fonctionnement masculin. D'ailleurs, faut manger BEAUCOUP de viande. le montre bien. Le steak du matin, le plus important steak de la journée.
Mais comme pour tout dans les schémas de construction de la société, la valorisation du carnisme vient avec la dépréciation du végétarisme. Pourquoi ça ? Pour une raison simple : la domination.
le montre clairement. L'image que l'on a de « la chaîne alimentaire » est directement héritée de cette considération de hiérarchie par la domination. Être végétarien, c'est donc se placer dans la position de dominé face au chasseur. La compétition masculine interdit donc de le tolérer.
Cette violence s'arrête-t-elle là ? Non. Un homme n'a pas peur de tuer et il prend ce qu'il veut. Notez que dans tout ce dont j'ai parlé, il n'y a aucune fois la notion de consentement. En effet, la masculinité est construite dans deux types de rapports dominants → dominés et dominants ↔ dominants. Dominants ↔ dominants, c'est une compétition pour savoir qui l'est le plus. (qui a la plus grosse). Dominants → dominés, c'est une relation de domination, il n'y a pas de consentement.
Oui, la masculinité est construite PUREMENT ET SIMPLEMENT sur l'oubli total des notions de consentements. Culture du viol, nous revoilà. (pour ceux qui n'y croient pas : pouf : ici ). Le consentement n'existe pas dans la manière dont la masculinité est construite.
Comment s'étonner ensuite que les hommes violent ? Sérieusement ? Tout dans la construction de leur identité met en place l'idée d'une position dominante et néglige totalement l'idée de consentement, tout met en place l'image d'une domination par le sexe. Tous les hommes ne violent pas ? Ouais, en effet. Mais un sacré paquet vu le nombre de femmes qui sont violées. Pas de victimes sans violeurs, hein.




La masculinité est toxique. Je ne dirais même pas « la virilité est toxique ». C'est un ersatz fait pour se voiler la face, un mensonge. La virilité est la manière dont la masculinité est construite. La manière dont on juge la masculinité d'un homme. Pourquoi pensez-vous donc que les hommes forment 75% des décès par suicide alors même qu'ils ne représentent que 37% des tentatives ? L'interdit de sentiments rend plus difficile de chercher de l'aide. L'obligation de réussite et d'efficacité rend extrêmement douloureux l'échec. Quand au fait que la masculinité soit construite sur la violence, ça explique quand même sacrément bien que les hommes utilisent des armes à feu, nettement plus efficace pour se tuer. Les conneries masculinistes qui instrumentalisent ces suicides sont clairement des méthodes pour conserver la position dominantes des hommes, là où, justement, le féminisme enjoint à déconstruire les stéréotypes de genre, et donc à mettre à bas toute cette construction puante. Et non, l'insécurité masculine mentionnée plus haut n'est absolument pas une excuse ou une justification de ma part. C'est une explication de ce qui est pourri. Mettez quelqu'un sur un système bancal qui écrase quelqu'un en dessous, il va tout faire pour ne pas tomber, et prendre le risque de se trouver en dessous à son tour, écrasé par quelqu'un d'autre.

L'insécurité masculine n'est pas une preuve de la difficile position des hommes dans la société. Elle est au contraire une véritable méthode sociale de solidification de la domination masculine.