L'humour. Faut pas y toucher. Ah, ça non, il ne faut pas. L'humour c'est le dernier bastion, c'est sans danger. On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde. Cette citation est tellement utilisée que j'en viens à avoir du mal à regarder le tribunal des flagrants délires, c'est quand même triste. Pour autant, de nombreuses études sont trouvables de par l'internet concernant les dangers de l'humour, et pourquoi l'humour oppressif est un problème. Cet article sera donc une compilation de sources concernant l'humour. Je vais également organiser un peu plus cette compilation pour la rendre accessible directement. L'immense majorité des sources sont en anglais; les études universitaires en français seront postées avec un simple résumé rapide, celles en anglais seront un peu plus développées; je ne présenterai pas de billets de blogs en anglais (à moins que j'en trouve un trop parfait) et ne résumerait pas les billets de blogs en français.

I] Définitions nécessaires
a) Culture du viol: Culture dans laquelle le viol est excusé pour diverses raisons et dans laquelle la faute est souvent rejetée sur la victime. Plus de liens sur ce sujet: Culture du viol chez Crêpes Georgette chez madmoizelle et les mythes sur le viol

b) Propension autoproclamée au viol: Je n'ai pas trouvé l'origine de cette idée; je sais cependant qu'elle existe dans l'étude de Bohner (disponible PARTIELLEMENT ici) qui mettait en lien l'acceptation des mythes sur le viol, et, justement, cette propension autoproclamée. Comme on s'en doute, il ne s'agit pas de demander à une personne de jauger sa capacité à violer. On la confronte simplement à des scénarios de viols sans que le mot "viol" ne soit prononcé et on lui demande de juger (soit par un oui/non, soit sur une échelle) la possibilité qu'il ait agi de la même manière.

c) Humour oppressif
Tout type d'humour basé sur l'une des oppressions de la société. On s'attardera, dans cette compilation, comme l'indique son titre, sur l'humour oppressif.

II] Compilation de sources

Je commencerais par l'étude d'Alan Dundes, car elle est une bonne introduction à "pourquoi faut-il analyser l'humour": Alan Dundes, professeur de l'université de Californie a publié sur ce sujet, cela dit, non disponible sur le net; dans un livre intitulé "Cracking Jokes: Studies of Sick Humor Cycles and Stereotypes" (Blagues géniales, étude des cycles l'humour noir et des stéréotypes). Ce livre met notamment en lumière que l'humour peut servir pour déculpabiliser face à une situation; mais aussi qu'il met en lumière les inquiétudes des individus. Il prend notamment par exemple les blagues sur les blondes et les relie à la difficulté masculine face aux changements féminins. Son étude indique clairement que l'humour DOIT impérativement être étudié puisqu'il est le reflet de la société.

étude de Thomas E. Ford et Mark A. Ferguson, professeurs de sociologie à l'université du Michigan cette étude montre que les blagues à l'encontre d'un groupe ont pour effet de renforcer l'hostilité à l'égard de ce groupe lorsqu'elles sont acceptées par la société. Un homme sexiste mis face à une blague sexiste renforce son sexisme. L'étude indique également que le fait d'être mis en face d'une phrase sexiste ne renforce pas le sexisme d'un individu, alors qu'une blague sexiste le renforce. (page 4) C'est ce qui a créé "la théorie de la norme préjudiciable" Cette théorie de "la norme préjudiciable" (Prejudiced Norm) indique que lorsque l'on fait une blague préjudiciable, cela met en place une idée de "légèreté de la discussion", laquelle résulte en un état d'esprit "non sérieux" de la part du receveur, conduisant à rejeter la critique du message. En d'autres termes, une blague sexiste rend plus tolérant au sexisme.

La plus ancienne étude de l'humour est sans conteste celle de Freud, dans Les blagues et leur relations avec l'inconscient. Il y met notamment en valeur que les blagues ont un effet cathartique, empêchant un individu d'exprimer directement son hostilité envers un groupe d'une "façon plus destructrice". ("in a more destructives ways")

L'étude de Sev'er et Ungar (disponible ici indique que l'humour est également une sorte de maintien du contrôle social par ses dominants. Cette étude montre que les femmes universitaires (diplômées) sont beaucoup plus inquiètes par la violence de l'humour que leur camarades hommes, mais que ceux-ci sont également plus inquiets que les étudiants hommes considérant la violence comme fantasmée.

L'étude de Renatus With Fantel et Hans Hartogs ( ( Four-Letter Word Games: The Psychology of Obscenity ), non disponible sur le net également, indique que les hommes font plus de blagues, plus crues et apprécient plus les blagues sexistes que les femmes. Les femmes sont également plus enclines à préférer l'auto-dérision. De plus, dans le monde du travail, les hommes plus haut dans la hiérarchie sont plus enclins à faire des blagues sexistes en présence de femmes, et ce, bien plus que les femmes.

Ayant déjà cité l'étude de Bohner (définition de la propension autoproclamée au viol), étude dans laquelle est mise en relation la propension autoproclamée au viol et l'appréciation des blagues sexistes, je termine avec une étude de l'université de l'Iowa (disponible intégralement ici), qui analyse la différence dans cette propension entre celle du viol d'une connaissance et du viol d'inconnu-e. L'étude confirme que la propension autoproclamée de viol d'une connaissance augmente lorsque mis en face de blagues sexistes, tandis que la propension de viol d'inconnue n'augmente pas. La propension autoproclamée de viol d'inconnu.e ne change d'ailleurs pas selon que l'on ait été mis en face de blagues sexistes ou non-sexistes. Les hommes mis face à des blagues sexistes sont également plus enclins à blâmer les victimes de viol par une connaissance. Même les hommes mis face à des blagues non-sexistes blâment plus les victimes de viols par une connaissance que les victimes de viols par un inconnu. Les hommes mis face à des blagues sexistes sont également plus enclins à limiter la peine prévue et à percevoir le viol comme moins grave si le viol a été commis par une connaissance. Lorsque le viol a été commis par un étranger, le fait d'être mis face à des blagues sexistes ou non-sexiste ne change pas le résultat de façon significative


Je terminerai par quelques articles en Français. Bien sur, il y a ceux d'Une heure de peine, les plus connus je pense. J'y ajouterai celui d'égalitariste.net et la BD de mirionmalle.