Végétarien par spécisme, misanthrope par philanthropie

La transition vers le végétarisme n'aura pas duré très longtemps. Des tests, du remplacement sur des repas que j'adore puis la diminution, l'arrivée d'une amie végé, la fin des repas carnés, et le fait simplement de ne plus recommencer. Wow. Je vais pas faire un billet sur les bienfaits du végétarisme, il sera un petit peu plus théorique en fait.

Je suis devenu végétarien parce qu'indigné par le traitement des animaux. J'imagine qu'un jour je tenterai la transition végétalienne puis vegan mais à l'heure actuel, je n'en suis pas encore là, je prends le temps de m'adapter à ma nouvelle alimentation. (ré)apprendre à cuisiner, à équilibrer le tout, à calmer la compensation massive de la viande par le fromage qu'il y a eu durant les premières semaines, bref.

J'ai, forcément, entendu parler de l'antispécisme. (note : l'antispécisme est la considération que la race humaine n'est pas supérieure aux autres animaux, et que l'espèce n'est pas un critère suffisant pour la manière dont on doit traiter un être et les droits qu'on doit lui accorder. (je cite wiki, c'est simple, m'enfin c'est ce que j'ai lu un peu partout). Dans un premier temps, j'ai eu énormément de mal avec ses défenseurs, remarquant énormément d'instrumentalisation des luttes, faisant la liaison avec l'esclavage, disant que traiter taubira de singe n'est pas insultant etc... Mais une cause peut être juste et être mal défendue. Une personne m'a dit que c'était la jeunesse de la lutte et son caractère extrêmement particulier (les opprimés ne parlent pas, c'est une lutte avec uniquement des alliés) qui faisait que régulièrement, les antispécistes instrumentalisent les autres luttes afin de mieux toucher et de gagner en légitimité. Ça explique. Ça n'excuse rien. Mais une fois encore, des antispécistes ne sauraient discréditer l'antispécisme sous prétexte qu'ils sont stupides et oppressifs. Je me suis donc penché un peu plus sur l'antispécisme et... y a rien à faire, je suis et reste spéciste.

En fait, j'ai même tendance à dire que le spécisme est la base de la raison pour laquelle je ne compte plus manger de viande, et à terme, un minimum de produits issus de l'exploitation animale. Je considère que tout ce qui relève du droit est éminemment humain et n'a donc aucune logique dans une idée d'égalité. Si nous sommes égaux avec les animaux, nous pouvons nous conduire comme eux. Les chats jouent avec leurs proies. Les fourmis exploitent les pucerons pour en récupérer le miellat, la liste pourrait être longue. Il n'y a pas de loi dans la nature. Et si je devais considérer que j'étais l'égal des animaux, alors je pourrais les manger, puisque ceux qui en ont la capacité n'hésiteront pas à le faire.

C'est là, à mon sens, tout le problème. Si les animaux sont les égaux des humains, alors pourquoi devrait-on suivre les règles des humains dans la manière dont on se comporte avec eux plutôt que les règles de l'évolution (à savoir la survie du plus apte, et nous sommes les plus aptes). Ça me paraît assez absurde. C'est la raison qui fait que je ne peux pas approuver l'antispécisme. Je n'arrive pas à le voir autrement que comme un serpent qui se mord la queue.



Pourquoi être végétarien si je suis spéciste ? Pourquoi est-ce que je considère qu'il faille supprimer l'exploitation animale ? Parce que j'ai une très haute estime de l'humanité. Trop pour l'aimer dans sa forme actuelle. Oppression, guerre, violence à tous les niveaux des sociétés et entre sociétés... Misanthrope par philanthropie, j'aime trop l'humain pour aimer l'humanité. Or, nous nous nourrissons via l'exploitation des animaux, leur souffrance. Et je ne crois pas que l'humanité pourra avancer si sa survie dépends de la violence et de la souffrance d'êtres. Comment pourrions-nous espérer combattre les oppressions, éradiquer les violences entre humains, alors que nos sociétés sont bâties sur la violence ? Je ne crois pas qu'on le puisse. Je pense que si l'on éradique la violence dans ce qui permet notre survie, ce serait déjà une base solide pour avancer ensemble vers une éradication ou au moins une large diminution de la violence entre humains. On ne peut pas, à mon sens, espérer combattre la souffrance tout en la dispensant continuellement.



Si je veux que l'humanité devienne cette espèce fantastique que j'ai en tête, je ne vois pas d'autre solutions que de s'affranchir, une fois de plus, des règles de l'évolution. Nous le faisons continuellement, nous pouvons le faire une fois de plus ici. Notre culture dit constamment que tuer c'est mal, faire souffrir, c'est mal. Alors le limiter autant que possible ? Me semble une bonne idée. Je préfère ne pas tuer un animal que tuer un animal. Je préfère ne pas exploiter un animal qu'exploiter un animal. Je préfère que ma survie ne soit pas dépendante de la mort et de la souffrance d'animaux. Il y a de nombreuses autres raisons à mon végétarisme (faim dans le monde, notamment, faut quand même avouer que quand on comprend que des personnes meurent de faim pour qu'on ait des steacks, ça fait particulier) mais je n'ai pas l'intention de m'étendre. Spéciste végétarien, peut-être plus tard végétalien ou vegan. Et en accord avec moi-même.

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