Y a des jours, t'aimerais croire aux bisounours

Y a des jours où tu te rends compte que le type en face, le fumier qui a pourri ta vie, le salaud qui t'écoeure et que t'aimerais crever en a pris aussi dans la gueule.

Parce qu'on s'en est tous pris un coup dans la gueule. Y a ceux qui ont été violés enfant. Y a ceux qui se sont pris un cancer. Y a ceux qui ont vu leurs frères/soeurs tués. Y a ceux qui se sont fait taper sur la gueule. Y a ceux qui ont été brisé psychiquement. Y a ceux qu'on a manipulé jusqu'à les emporter au loin d'eux-mêmes et qui ne savent pas revenir. Et y en a tant d'autres des trucs de merde. On a tous pris un truc dans la gueule, à un moment ou à un autre. Un truc qui nous a laissé chancelant, brisé, meurtri, terrassé. Un truc qui nous suit, au détour d'un sourire. Un truc qui reste, parce qu'il y a un avant et un après.

Et quand t'es en face d'un type qui t'a pas démoli et dont tu comprends qu'il en a pris plein la gueule aussi, t'aimerais croire au bisounours. T'aimerais croire que ce salopard, dont tu sais que c'est une personne immonde, tu peux lui parler. T'aimerais croire que tu peux simplement venir t'asseoir à côté de lui, et lui montrer qu'on aimerais tous, simplement, avoir une vie qui coule mieux. Que tu comprends. T'aimerais que ça puisse résoudre tout ça et qu'on avance tous ensemble.

Mais tu sais que ça marche pas comme ça. Tu sais que le mec en face, y a un mur tel entre toi et lui que ça marchera jamais. Parce que le mec te cognera sur la gueule à la moindre occasion, et tu sais que c'est pas juste en lui envoyant de la compassion qu'il va se remettre en question sur les immondices qu'il parsème dans la vie des autres. Tu sais que le mec en face, il en a pris dans la gueule, mais il en met dans celle des autres, et t'as aucune prise sur ça. C'est victime et bourreau dans la même peau, et si t'essaies d'aider la première, t'as le second qui t'en remettra un coup dans la gueule.

T'aimerais bien croire aux bisounours. Parfois, tu essaies d'y croire. Quand le connard t'a pas fait souffrir toi. T'aimerais bien parler à ses victimes. Pour leur dire quoi ? Y a rien à dire. Celui-là ou celle-là, il en a brisé. Et c'est pas parce qu'il est brisé que ça change quoi que ce soit. Et y a rien à dire. Y a que le silence.

Parce qu'à un moment, on choisit son destin. On choisit d'en mettre dans la gueule des autres, ou de ne pas le faire. On choisit de se remettre en question. On choisit de comprendre qu'on a été celui ou celle qui a démoli quelqu'un d'autre. Ou on choisit de ne pas comprendre, et on cogne encore en utilisant sa propre souffrance comme levier.

Et toi t'es là. Assis ton cul sur une chaise à regarder le monde s'entre-déchirer entre des gens dont tu sais qu'il y en a qui ont tort, qu'il y en a qui ont raison. Mais tu sais aussi qu'il n'y a aucun moyen de les relier. Parce qu'il y en a qui font trop mal.

Y a des fois, t'aimerais croire aux bisounours. T'aimerais pouvoir faire "calin-tape-tape" et que ça change tout. Mais ça marche pas. C'est pas comme ça le monde. C'est pas les bisounours. C'est pas tout le monde se donne la main. T'aimerais bien. Mais c'est pas le cas.

Alors tu fermes ta gueule, et tu regardes derrière toi. Tu te demandes si t'as été le connard à un moment ou à un autre. Tu vérifies. Tu fais gaffe à ta propre souffrance. T'essaies de moins l'utiliser pour cogner quelqu'un. Mais tu le feras, toi aussi.

Parce que ça fait trop mal de voir quelqu'un, quoique cette personne ait pris dans la gueule, venir te pourrir la vie.

On se cogne dessus comme des cons, et y a rien à faire.

Y a des jours, t'aimerais croire aux bisounours. Mais non.

Peut-être que la seule chose à faire c'est de se demander si on a déjà démoli/blessé quelqu'un en se justifiant de notre souffrance.

Est-ce que t'as déjà brisé quelqu'un ? Je me le demande.

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