dimanche 1 janvier 2017

Bipolarité et toxicité par Jaythenerdkid (traduction #4)

Cet article est la traduction de celui de Jay the Nerd Kid (@jaythenerdkid sur twitter, itsjaythenerdkid sur facebook) dont la version originale (en anglais) est disponible ici: https://www.facebook.com/itsjaythenerdkid/posts/946273982141145 Gardez en tête que si j'ai un bon anglais, la traduction n'est pas forcément parfaite.



Ok, il se trouve qu'en effet, j'ai une chose à vous demander à tous en 2017, et c'est que vous arrêtiez d'amalgamer les comportements malsains d'hommes toxiques avec la maladie mentale.

Je suis bipolaire. Je suis également de temps à autre, selon à qui vous posez la question, une ordure complète. Je pense que tout ceux qui m'ont connu entre 2002 et 2010 peuvent attester que je suis souvent une vraie connasse sans aucune autre raison que parce que je le veux. (Hé, si je pensais que je n'avais *aucun* défaut, ce serait inquiétant, n'est-ce pas ?) J'ai fait des choses au cours de ma vie dont je ne suis pas extrêmement fière. Certaines de ces choses, je les ai faites alors que j'étais maniaque.

Mais voilà: je n'ai pas fait ces choses parce que j'étais maniaque. J'étais maniaque, et j'ai fait ces choses. La corrélation ne signifie pas nécessairement la causalité. Vous auriez dû suivre un peu plus vos cours de statistiques.

Ce que j'ai découvert au cours de ma vie avec une maladie mentale qui baisse mes inhibitions est que la personne que je suis quand je suis maniaque (ou psychotique, ou dépressive, ou que mon TPL/borderline me fait passer une très mauvaise journée) n'est pas une personne différente. C'est toujours moi. J'ai toujours plus ou moins la même personnalité, et (et c'est là le point important) je veux toujours plus ou moins les mêmes choses. Bien sur, les phases maniaques me rendent plus encline à faire des choses que je me serais empêchée de faire autrement, mais cela ne m'a jamais fait faire quelque chose que je ne voulais pas faire, au moins un peu. Cela ne créé pas de nouvelles pulsions, cela rend juste plus facile de réaliser celle qui existent déjà.

Si vous n'avez pas de désir, par exemple, d'abuser d'une femme inconnue sur le net, aucune phase maniaque ne vous fera le faire, parce que vous n'avez jamais voulu le faire à l'origine. Si vous n'avez pas, par exemple, abrité un désir secret d'harceler une serveuse de Starbuck car vous pensez qu'elle vous doit du sexe, alors la phase maniaque ne vous transformera pas subitement en la pire parodie de Casanova. La phase maniaque ne vous transforme pas en une différente personne - elle fait juste émerger des portions de vous qui existaient déjà. Du coup, si vous n'avez jamais été un agresseur ou si vous n'avez jamais été violent, ou si vous n'avez jamais voulu vous jeter du haut d'un pont juste pour savoir ce que ça fait, vous ne ferez probablement aucune de ces choses durant une phase maniaque puisque vous n'avez jamais voulu faire ces choses tout court.

Et c'est là le problème de blâmer le fait d'être bipolaire pour les mauvaises pulsions: cela rend la vie vraiment, vraiment difficile pour ceux d'entre nous qui vivent avec cette condition, et ne sont pas violent ou nocif, de vivre nos vies quotidienne sans faire face à un stigma extrêmement fort. Je n'oublierais jamais ce jour où un de mes collègues - quelqu'un que j'aime beaucoup, aujourd'hui encore, quelqu'un dont je pense qu'elle est vraiment chouette et une bonne personne - m'a dit "tu es bipolaire ? Mais tu sembles si... normale."Quand vous blâmez la bipolarité pour les mauvais comportements, vous aidez à perpétuer l'idée que les personnes bipolaire sont intrinsèquement dangereuses pour elles et les autres, que nous sommes violent-e-s, ingérables, toxiques, que nous sommes des personnes que vous ne voudriez pas autour de vous. Et étant une personne qui a passé des années et des années à me battre contre mes pires pulsions afin d'être une meilleure humaine pour les personnes autour de moi, je ne peux que vous dire ceci: c'est injuste.

La plupart des personnes vivant une phase dépressive bipolaire ne courent pas dans tous les sens pour harceler des femmes ou commettre des crimes violents. La plupart d'entre nous sont juste des personnes qui ont le même genre de désirs ou de pulsions que vous avez parfois. (achète des choses brillantes. Baise un max. Bois tous les verres. Va dans un nouvel endroit. Tente le destin) qui ont juste un petit peu plus (ou beaucoup plus) de mal à ne pas s'y abandonner. Nous ne sommes pas intrinsèquement mauvais, juste intrinsèquement impulsif. Et oui, parfois, nos pulsions sont les mauvaises, parce que les pulsions humaines sont parfois de mauvaises, et malheureusement, nous avons du mal à ne pas nous laisser aller à celles-là également, parce que la phase maniaque ne fait pas de différence entre les trucs funs et les trucs flippants: cela rend juste plus dur d'ignorer la voix qui nous dit "non" et beaucoup plus simple de s'abandonner à la voix qui dit "oui".

Je vais donc vous demander une faveur, mes chéris, juste une résolution pour la nouvelle année, une chose que vous pouvez faire pour moi en 2017. Quand quelqu'un fait quelque chose de mal et qu'il se trouve qu'elle a également une maladie mentale, ne sautez pas automatique sur l'occasion de blâmer le mauvais sur leur maladie. Les gens font de mauvaises choses parce qu'ils veulent faire de mauvaises choses. Ils n'ont pas besoin d'être malade pour le faire, et ils n'ont pas besoin d'être en bonne santé mentale pour ne pas le faire.

Abuseurs, harceleurs, tireur dans les écoles, ils ne font pas ça parce qu'ils sont malades. Ils font ça parce qu'ils ont été élevés dans une société qui les a mené à croire que tout le monde leur doit ce qu'ils veulent, et lorsqu'ils ne le reçoivent pas, ils font un caprice ultra violent. Ce n'est pas de la maladie mentale, c'est du conditionnement, arrêtez d'amalgamer les deux, car lorsque vous le faites, vous sous-entendez que toutes les personnes malades mentales que vous connaissez - et je vous promets que vous en connaissez certaines, même si elles ne vous l'ont jamais dit, puisque beaucoup d'entre nous sont excellents à le cacher - sont, on ne sait comment, pire, on ne sait comment, capable du mal, on ne sait comment inférieur, juste parce qu'ils sont malades, et ce n'est pas juste.

Répondez aux personnes disant de la merde. Ne laissez pas les mauvaises personnes faire de mauvaises choses et se cacher derrière de mauvaises excuses. En l'année 2017, commencez à croire à la responsabilité personnelle. Être bipolaire n'a jamais rendu quelqu'un mauvais, mais le croire fait de vous une ordure.

Bonne année, restez en sécurité. Soyez meilleur-e-s pour vous et meilleur-e-s pour les autres. Soyez meilleur-e-s que ça.

vendredi 19 décembre 2014

Il faut qu'on parle de la folie Traduction #3

Pré-scriptum : Cet article a été publié par Jaythenerdkid (@jaythenerdkid sur twitter) sur le site The Rainbow hub. Il est disponible dans sa version anglaise sur The Rainbow hub.
La traduction reste l'oeuvre d'un amateur, n'hésitez pas à me signaler toute erreur ou formulation maladroite. Il me paraissait important, cependant, de traduire ce texte.

TW : santé mentale, auto-mutilation, suicide

Durant l'année 2013 seule, j'ai été diagnostiquée avec un trouble bipolaire de type 1, un trouble bipolaire de type 2, un syndrome de stress post traumatique, un trouble de l'adaptation, et, mon favori dans le lot, un trouble de la personnalité limite (plus connu sous le nom de Borderline ; NDT)

Je suis la cinglée contre laquelle vos médias de divertissement vous mettent en garde.


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Le truc que j'ai découvert à propos de mes troubles psys est que tout le monde est un expert sur ce point, hormis moi.

Je veux dire, j'ai lu des portions du DSM-V – comme n'importe quel non-initié de toute manière – et j'ai une solide connaissance concernant les médicaments psychoactifs. Je dois en avoir une, puisque j'ai été sous un paquet d'entre eux – Avanaz, Cymbalta, Lexapro, Pristiq, temazepam, valium, quelques antipsychotiques atypiques – et j'ai besoin de savoir avec lesquels ils interagissent, depuis l'ibuprofen jusqu'à la pilule contraceptive. J'ai lu des études scientifiques reconnues sur la plasticité des synapses et leur réagencement. Je connais les bases de la psychothérapie et des thérapies cognitives et comportementales, puisque j'ai essayé les deux sur moi-même dans le passé.

Il y a aussi le fait, petit et insignifiant que j'ai été en école de médecine durant quatre ans. Je me préparais à devenir psychiatre pour enfant, si j'avais continué. Vous pourriez dire que j'avais un intérêt personnel à apprendre comment aider un enfant malade à aller mieux des années avant que la négligence de leur condition n'en fasse des personnes quasi-impossible à gérer (Merci papa, ce bouquin de développement personnel que tu m'as acheté en lieu et place d'un rendez-vous chez le docteur quand j'avais treize ans était définitivement l'équivalent d'années d'anti-dépresseurs et de thérapie)

Mais rien de tout cela ne fait de moi une experte, ou même simplement quelqu'un s'y connaissant un peu, parce que les personnes ayant des troubles psys sont – comme vous le savez grâce à la télé et aux films – des espèces de monstre de foires émotionnellement instables auxquels on ne peut accorder aucune confiance sur quelque sujet que ce soit. Les gens qui n'ont jamais vécu avec un trouble psy, à l'inverse, ont un master en « J'ai regardé Arte une fois et ils ont dit ça », et, de ce fait, sont pratiquement aussi instruits que des médecins.

Personne ne vous fait confiance pour vous connaître vous-même lorsque vous avez des troubles psys. Si je dis que je suis heureuse, j'ai tort, car je suis déprimée, et ne sais pas à quoi ressemble le bonheur. Si je dis que je suis triste, j'ai tort, car j'ai des troubles psys et je me sens toujours triste, et je fais un monde de rien du tout, et je suis probablement en train de faire semblant pour avoir de l'attention et je suis très probablement dépendante aux médocs de toute façon. Si je dis que je peux gérer quelque chose, j'ai tort, car je suis une invalide inutile avec un cerveau de folle, mais si je dis que je ne peux pas, j'ai tort car les personnes dépressives sont justes des faignants qui ne veulent pas gérer les problèmes de la vie. Et si j'ose m'appeler « malade » - ce que je suis, étant donné que je souffre de plusieurs maladies chroniques reconnues médicalement – j'ai tort parce qu'une maladie n'est pas une maladie à moins que les gens qui ne sont pas moi puissent me voir souffrir.


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Les personnes ayant des troubles psys sont constamment forcées par des étrangers à croire que leur expérience de leurs propres vies ne sont pas pertinentes.

Personne ne semble avoir pensé que ce n'était peut-être pas l'aide la plus utile à donner à quelqu'un qui ne peut déjà pas avoir confiance en son propre cerveau pour faire le travail de la manière dont il le veut.


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J'ai tenté de me suicider à trois reprises. La première et la troisième fois, j'ai été arrêtée par quelqu'un d'extérieur avant que je ne puisse finir le travail. La seconde fois, je me suis arrêtée moi-même entre le « défoncé » et le « mortel » et me suis retrouvé inconsciente quelques heures, jusqu'à ce que ma porte soit enfoncée par des officiers de polices répondant à un appel de détresse à propos d'une jeune femme qui allait s'ôter la vie, que je sois sortie de mon lit – contre ma volonté – emmenée à un hôpital où je fus gardée – encore une fois contre ma volonté – plusieurs heures durant par des personnes qui m'ont parlé comme si j'étais un enfant, et ont refusé de signaler à ma famille que j'avais été hospitalisée.

Que puis-je dire ? La vie est juste un petit peu plus difficile à vivre lorsque vos propres synapses travaillent contre vous pour créer des circuits électriques propageant continuellement un signal qui dit ta vie ne vaut rien dans votre esprit. Je voulais juste essayer de faire taire les voix.


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Ce ne sont pas des choses facile à partager. Je sais qu'elles vont être utilisés contre moi la prochaine fois que quelqu'un décidera qu'il aura un problème avec moi. Ça l'a été dans le passé. Des personnes anonymes m'incitant à me suicider chaque fois que je dis publiquement que j'ai eu une mauvaise journée sur twitter. Des personnes m'appelant une sociopathe à cause de mon diagnostic TPL, et, alors qu'ils n'ont pas strictement tort – en tout cas pas entièrement – ils ont une idée très tordue de ce que le mot « sociopathe » signifie en vérité, parce qu'ils pense que Dexter est un documentaire. Je suis traitée d'hystérique, de folle, de désaxée, de tarée chaque fois que j'ai une opinion avec laquelle quelqu'un est en désaccord – parce que si je dis quelque chose que vous n'appréciez pas, ce doit être mes troubles psys qui me font dire n'importe quoi, n'est-ce pas ?

Mais l'autre truc que j'ai découvert, c'est que ne pas en parler ne permet pas que ça s'en aille. Croyez-moi, j'ai essayé ça durant les dix premières années, et cela n'a fait qu'empirer les choses. Et j'ai appris au fur et à mesure des années que le monde est rempli de personnes qui pensent que leur seule option est de ne rien dire à propos de la maladie qui est lentement en train de les tuer, et je préférerai que ces personnes ne meurent pas.

Et le troisième truc que j'ai découvert, c'est que parfois, lorsque ces personnes m'écoutent parler, elles réalisent qu'elles ont le droit de parler également. Et parfois, c'est exactement ce qui les remet sur le chemin de ne pas mourir, ce qui me semble une récompense tellement gigantesque en terme de souffrance humaine évitée qu'elle vaut le coup d'être appelée une salope hystérique par des inconnus sur internet.


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Une fois, j'ai dit à une collègue que j'avais un trouble bipolaire de type II. « C'est trop bizarre » a-t-elle dit lentement, me dévisageant de bas en haut comme si elle était capable de repérer un signe de ma maladie si elle m'examinait suffisamment. « C'est juste… que tu as l'air tellement normale. »

J'imagine qu'elle voulait dire qu'elle ne m'avait pas vu foutre le feu à la maison d'un de mes exs ou coucher avec une fraternité toute entière durant un épisode maniaque ou quelqu'autre stéréotype à propos des personnes bipolaires qui ait été récemment mis en valeur dans un film-à-oscar tireur-de-larmes avec Jennifer Lawrence. Je n'ai pas eu le cœur de lui dire que deux semaines plus tôt, j'avais eu un épisode maniaque durant trois jours, m'étais complètement effondrée puis avais pris 150 fois ma dose de Valium dans un effort pour m'insensibiliser.

Je suis devenue bonne à cacher les pires choses vous voyez. J'essaie de préparer mes crises. Je fais en sorte d'être réveillée quand je devrais aller au boulot le lundi.


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Parfois des gens m'écrivent pour me dire qu'ils n'avaient pas réalisé qu'ils étaient malades jusqu'à ce qu'ils me voient décrire leurs symptômes. Parfois des gens m'écrivent pour me dire qu'ils avaient peur de voir un docteur jusqu'à ce qu'ils me voient parler de mes expériences avec le thérapeute que j'ai vu durant dix-huit mois, qui, non seulement a sauvé ma vie, mais m'a également fait sentir que ça valait peut être le coup de la vivre. Parfois, des gens m'écrivent juste pour me dire qu'ils sont en vie, et qu'ils n'auraient jamais cru qu'ils seraient heureux pour ça.

Appelez-moi folle – beaucoup de personnes l'ont fait – mais je pense que ça a de la valeur.


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Comme beaucoup de problèmes, les troubles psy ne s'en vont pas quand vous les ignorez. En fait – encore une fois, comme beaucoup de problèmes – les ignorer est un excellent moyen de les faire s'envenimer. Aujourd'hui, nous vivons dans un monde où les troubles psys font de vous un paria, incapable de se faire des amis, de postuler à des emplois ou de maintenir des relations si vous osez dire que vous êtes nés avec un cerveau qui fonctionne différemment. Moins nous en parlons, et plus nous le justifions – l'ostracisme, le besoin de se cacher, le fait de prétendre que vous allez bien alors que ce n'est pas le cas de façon à ne pas être licencié ou abandonné ou dégagé de l'école parce que vous êtes un monstre.

Donc j'en parle – tant que j'ai l'énergie pour le faire en tout cas – parce que même si une seule personne m'écoute et réalise qu'elle n'est pas seule, même si une seule personne réalise que leur idée des troubles psys est nocive, si une seule personne réussit à avoir le courage de demander de l'aide, ça vaut le coup.

Je suis « sortie du placard » en tant que personne ayant des troubles psys vis-à-vis de ma famille, de mon mari, de la majorité de mes amis, et même de certains de mes collègues de travail. J'ai écris sur les troubles psys suffisamment pour que je pense ne plus pouvoir me cacher. Et alors que choisir de parler a rendu ma vie insupportable à plusieurs reprises, au moins il y a certains aspects de ma maladie que je peux gérer, et cela me fait penser que peut-être ce que je fais n'est pas complètement inutile.

Les troubles psys ne devraient pas être quelque chose que l'on doit cacher. Les troubles psys ne devraient pas être quelque chose dont on doit avoir honte. Quand j'étais enfant, je me suis brisée le bras en trois à cause d'une chute, et je n'avais pas besoin de le cacher – en fait, j'étais la fille la plus cool durant deux mois parce que j'avais un bandage jaune fluo sur mon bras droit, et les enfants trouvait ça génial. Je n'avais pas besoin de cacher mon bras cassé – et je n'avais pas besoin d'en avoir honte. Alors pourquoi devrais-je cacher mon cerveau cassé ?

Quand j'ai été diagnostiquée bipolaire pour la première fois, mon médecin m'a dit que j'aurais probablement besoin de médicament pour le reste de ma vie. De nombreuses autre personnes malades ont ce genre de mauvaises nouvelles – diabétiques, asthmatiques, ceux ayant un emphysème ou des problèmes de rein, ou même des problèmes de cœur. Mais aucun d'entre eux n'a à mentir à leurs amis à propres de leur médication ou prétendre qu'ils vont chez le médecin pour « un banal contrôle de routine »

Je suis vraiment fatiguée de mentir.


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J'ai été assez dépressive cette semaine. C'est pourquoi je choisis d'écrire cet article. Je sais que je le regretterai dès qu'il sera posté car internet est rempli de personnes haineuses qui s'amusent à se moquer de ceux qu'ils voient comme faibles, et il n'y a rien de plus faible que d'être incapable de sortir du lit certains matins. Mais peut-être que quelqu'un va le lire, et y voir quelque chose qui lui ressemble, quelque chose qui lui permettrait de se sentir un peu moins seul, au moins quelques instants. Peut-être se rappelleront-ils que leur maladie ne les rend pas moins humain, et ça les aidera à vivre une mauvaise journée, ou au moins à l'apaiser. Si ça arrive, ne serait-ce qu'à une seule personne, ça aura valu le coup. Mon médecin avait l'habitude de terminer chaque séance en me prenant les mains avec un sourire et de dire « Allez avec la lumière » Je ne sais pas pourquoi, mais ça aidait. Ça aidait de savoir que quelqu'un avait envie que je me sente mieux. Ça aidait que quelqu'un croit que j'étais capable de me sentir mieux. Peut-être que ça vous aidera aussi, qui que vous soyez et où que vous soyez. Alors voici un petit rien :

Allez avec la lumière, mes amis.

dimanche 14 décembre 2014

Susanne et les vieillards par Artemisia Gentileschi traduction #2

Note: la première partie est relativement sereine, mais quand je pars sur le TW, je ne l'ai pas mis en gras pour rien, ça cogne sévère. La vie d'Artemisia Gentileschi a été dure.


Susanne et les vieillards, par Artemisia Gentileschi

A gauche, le tableau restauré. A droite, le tableau passé au rayon X, dévoilant la première intention de l'artiste. Gentileschi était une femme peintre à une époque (17ème siècle NDT) où il était très rare pour une femme d'être une artiste. Elle réussi à avoir l'opportunité de se former et d'avoir un emploi car son père Orazio Gentileschi était déjà établi en tant que maître peintre et avait insisté pour qu'elle ait une formation artistique. Il voyait, apparemment, de grandes compétences dans le travail qu'elle faisait en hobby durant son enfance. Il l'a soutenu et encouragé à résisté à "l'attitude traditionnel et la soumission psychologique aux lavages de cerveaux et à la jalousie de ses talents évidents."

Gentileschi a été largement reconnue à son époque pour ses peintures des figures féminines de la bible et de leur souffrance. Par exemple, celle présentée ici montre l'histoire du livre de Daniel. Susanne prend un bain dans un jardin quand deux vieillards viennent la regarder nue. Alors qu'elle s'arrête, ils la stoppent et lui disent qu'ils vont dire à tout cle monde qu'ils l'ont vu couché avec un jeune homme (elle est marié, donc c'est un crime punissable de mort) à moins qu'elle ne couche avec eux. Elle refuse. Ils disent leur mensonge, et elle va être mise à mort quand le protagoniste du livre (Daniel, évidemment) les arrête.

Cette peinture est sa première oeuvre majeure. Elle avait 17 ans. Pour resituer, voilà une peinture de la même histoire par Alessandro Allori, 4 ans plus tôt, en 1606:



ça ne ressemble pas vraiment à une femme menacée de faire un choix entre la mort et le viol ! Imaginez Artemisia, à 17 ans, essayant d'imaginer la scène d'une femme agressée. Et elle peint ce qui est vu à droite. Une femme horrifié, dans une terreur grotesque avec ce qui semble être un couteau posé dans sa main serrée. C'est vivant. Qui veut supposer qu'on lui a dit, probablement son père ou d'autres, d'en limiter la violence ? Les femmes ne peuvent pas avoir l'air grotesque. Une agression sexuelle ne peut pas être dépeinte comme horrifiante. Et une femme ne eut définitivement pas être vu comme ayant la possibilité de contre-attaquer. En tout cas, pas dans l'art. Les femmes doivent être douces. Elles doivent s'épuiser contre leurs ravisseurs, mais avoir toujours l'air jolie et être des demoiselles en détresse. Donc elle l'a changé.

Ce qu'il est intéressant de noter est qu'elle a poursuivi à peindre selon ses propres idées, des visions moins traditionnelles des femmes. Mais, pour le coup, ce sera plus intéressant avec le contexte.

De ce fait TW, référence au viol, à la torture, et images qui montrent de la violence et du sang
NDT: je remets un coup sur le TW, l...

Donc, l'histoire de Gentileschi continue l'année suivante, en 1611 quand son père engage Agostino Tassi, un artiste, pour être son tuteur privé. C'est à cette époque que Tassi la viole. Il va ensuite promettre qu'il l'épouserait. Il pointe ensuite le fait que si elle ne se marie pas avec l'homme avec lequel elle a perdu sa virginité, cela la ruinerait. Il la manipule émotionnellement de façon à coucher avec elle. Puis, il décide de se marier avec quelqu'un d'autre. Horrifié par la tournure des événements, elle va voir son père. Orazio la soutient à nouveau et porta plainte contre Tassi. A cette époque, le viol n'était pas techniquement un crime qui pouvait aller devant un juge, mais le fait qu'il ait pris sa virginité (et, de ce fait, techniquement "infligé des dégâts à la propriété d'Orazio". beurk) permit à ce que le jugement ait lieu. Cela durant sept moins. Durant ce temps, pour prouvé qu'elle avait dit la vérité, Artemesia dut subir des examens gynécologique et fut même torturée (des clous dans les pouces). Il fut également découvert durant le procès que Tassi avait prévu de tuer sa femme et avait une liaison avec sa soeur, tout en ayant volé de nombreuses peintures d'Orazio. Il fut reconnu coupable et fut condamné à une peine de prison de... un an... qu'il ne fit jamais car le verdict fut annulé.

A cette époque, et un peu plus tard (1611-1612) Artemisia peignit ses oeuvres les plus connues, notamment Judith décapitant Holofernes. L'histoire biblique est celle d'Holofernes, un général Assyrien menant les troupes qui envahissent et détruisent Béthulie, la patrie de Judith. Judith décide de gérer la situation en venant à lui, flirtant avec lui afin qu'il baisse sa garde et ensuite le gaver de nourriture et de vins. Après qu'il se soit endormi, Judith et sa servante prennent son épée et le décapite. Problème réglé. Le sujet était très populaire à l'époque. Voici une version du Caravage peinte entre 1598 et 1599 qui a eu une grande influence stylistique sur Artemisia

During this time and a bit after (1611-1612), Artemisia painted her most famous work of Judith Slaying Holofernes. This bible story involved Holofernes, an Assyrian general, leading troops to invade and destroy Bethulia, the home of Judith. Judith decides to deal with this issue by coming to him, flirting with him to get his guard down, and then plying him with food and lots of wine. When he passed out, Judith and her handmaiden took his sword and cut his head off. Issue averted. The subject was a very popular one for art at the time. Here is a version of the scene painted in 1598-99 by Carivaggio, whom was a great stylistic influence on Artemisia:

Cette présentation est un bon exemple de la manière dont la scène étant typiquement montré. Les artistes faisaient alors en sorte de montrer Judith commettant l'act (ou l'ayant commis) tout en essayant de la montrer détacher sa violence. De cette manière, il pouvait éviter de perdre la moralité de leur personnage et évitait de montrer une femme commettant une pareille violence. Ici, nous voyons donc une Judith jeune, apparemment délicate, habillée d'une robe d'un blanc pure. Elle tientdélicatement cet homme gigantesque et semble plutôt dégoûtée et écoeurée de devoir faire ça. Maintenant, voici le travail d'Artemisia:

Wow. C'est une scène sacrément différente. Ici, Holofernes n'a pas simplement l'air surpris de ce qu'il se passe (comme dans la peinture du Caravage où il semble juste en mode "se passe quoi ?" NDT) mais plutôt comme un homme s'étranglant dans son sang et se débattant sans succès contre ses ennemis. Le sang ici est d'un rouge moins vif que celui du Caravage mais quelque part, beaucoup plus prenant. Il semble plus réel, et gicle d'une manière beaucoup moins esthétisé que dans le travail du Caravage. Sans mentionner le fait qu'ici, Judith est très loin d'être éloigné de la violence. Elle utilisé son poids physique pour cet acte. Ses mains (semblant bien plus forte que dans ses anciennes peintures) travaillent dur. Son visage est, également, complètement différent. Elle n'a pas l'air écoeurée, mais plus déterminée. Il est aussi intéressant de voir que la servante est ici active. C'est important, parce que, durant le jugement sur son viol, Artemisia a signalé qu'elle avait crié à l'aide durant le premier viol. Spécifiquement, elle a appelé la locatair de Tassi, Tuzia. Tuzia n'a pas seulement ignoré ses appels à l'aide, mais a aussi nié que tout cela s'était produit. Tuzia était une des amies d'Artemisia, et, en vérité, sa seule amie femme. Artemisia s'est sentie profondément trahie, mais plutôt que de retourner cela contre son propre genre, cela lui a fait voir l'importance des relations et de la solidarité entre les femmes. ça peut se voir dans certains de ses travaux, et, je pense, dans celui-ci, avec l'inclusion de la servante dans l'acte.

Source

samedi 22 novembre 2014

Button poetry traduction #1

ça faisait un bail que ça me travaillait. De plus en plus, sur internet, je partage du contenu anglophone, mais en oubliant que tout le monde n'est pas familier avec l'anglais.
Du coup, je vais ouvrir la section traduction et commencer par un coup de coeur.

Button poetry est une organisation américaine voulant promouvoir la poésie et sa diffusion dans les médias. (d'après [leur propre site|http://buttonpoetry.com/] ).
Ce qui en ressort est à couper le souffle. (d'ailleurs, j'avais déjà parlé de Neil Hilborn, et son poème est traduit en français directement dans la vidéo: https://www.youtube.com/watch?v=vnKZ4pdSU-s )

Garder en tête qu'il y a des jeux de mots que je ne pourrais pas traduire (je les indiquerai par une parenthèse et un renvoie à la fin, les renvoie seront là aussi pour clarifier des jeux de mots intraduisibles; j'expliciterai aussi les liens avec les bouquins parce que tout le monde ne les repère pas forcément) et que c'est fait sans le texte de départ, donc avec, peut-être, des erreurs d'écoutes, mais au moins ça vous donnera une idée. [TW: viol/pornographie pour le premier]
Texte en anglais
Ask me what Kind of porn I'm into
And I will take you on a magical journey vers fanfiction.com\harrypotter\NC17
What turn me on is Ginny Weasley in the restricted section
with her skirt hiked up
Sirius black in a secret passageway solemnly swearing he is up to no good
And Dragon Malefoy in the room of requirement
Slytherin in to my chamber of secrets
I am an unapologetic consumer of all things Potter Product are
And the sexiest part is not the way cho chang rise that broomstick
Or the sound of muddle moaning
The sexiest part is knowing they're part of a bigger story
That they exist beyond the part of 8 minutes in titty-titty gang-bang
That their K goals are not the strongest thing about them
And still I'm told that my porn is unrealistic
Not quite as erotic as flashing at saying... "just turn 18"
So you can fantasize about fucking the youngest girl you won't go to jail for
as My porn isn't quite a lifelike as a room full of lesbian begging for cocks
what is supposed to turn me on
Don't you give me wrong meats and tell me it is nourrishments
I know a slaughterhouse when I see one
I looks like 24/7 life streaming reminding me that men are going to fuck me wether I like it or not
That there's one use for my mouth and it is not speaking
That a man is the most powerfull when he got a woman by the hair
The first time a man I loved held me by the wrist
And called me a whore
I did not think "run"
I thought this is just like the movies
I know a slaughterhouse when I see one
It looks like website and seminar teach you how to fuck more bitches
looks like 15 years old boys bullied for being virgin
That looks like the man who did not flinch
When I said stop and he heard try harder
If you played act at butchery long enough
You grow used to the sound of the screaming
It's just a side effect of industry
Everything gets cut into small markeatable pieces
I will not practice bloody hands
I will not make-believe dissected women
My sex cannot be package
My sex is magic
It is part of a bigger story
I am whole
I exist when you're not fucking me
And I will not be cut into pieces anymore
Traduction en français:
Demandez-moi quel porno j'aime
Et je vous emporterai pour un voyage inattendu (1) vers fanfiction.com\harrypotter\NC17 (2)
Ce qui m'excite, c'est Ginny Weasley dans la réserve (3) avec son t-shirt relevé
Sirius Black dans un passage secret jurant solennellement que ses intentions sont mauvaises (4)
Et Drago Malefoy dans la salle sur demande
Serpentant vers ma chambre des secrets
Je suis une consommatrice assumée de toutes les productions sur Harry Potter
Et le plus sexy n'est pas comment cho Chang lève son manche à balai
Ou le son de moldu gémissant
Le plus sexy est de savoir qu'ils font parti d'une plus grande histoire
Qu'ils existent au-delà de ces huit minutes de sein-contre-sein et gang-bang (5)
Que leur point G n'est pas la chose la plus forte chez elles
Et l'on me dit pourtant que mon porno est irréaliste
Pas aussi érotique que de flasher sur... disons "à peine dix-huit ans"
Comme ça vous pouvez fantasmer de baiser la plus jeune fille pour laquelle vous n'iriez pas en prison
Mon porno n'est pas aussi proche de la réalité que disons une pièce entièrement remplie de lesbiennes suppliant pour des queues
Ce qui est supposé m'exciter.
Ne me filez pas de mauvaise viande pour me dire que c'est nourrissant
Je sais reconnaître un abattoir quand j'en vois un
Il ressemble à une vie défilant 24 heure sur 24, 7 jours sur 7, me rappelant que les hommes vont me baiser que j'aime ça ou pas.
Qu'il n'y a qu'un usage pour ma bouche et que ce n'est pas parler
Qu'un homme est le plus puissant quand il tient une femme par les cheveux
La première fois qu'un homme que j'aimais m'a tenu les poignets
Et m'a appelé une pute
Je n'ai pas pensé "cours"
J'ai pensé "C'est comme dans les films"
Je sais reconnaître un abattoir quand j'en vois un
Il ressemble à ces sites internet et ces séminaires qui vous enseignent comment baiser plus de salopes
Il ressemble à ces garçons de quinze ans dont on se moque car ils sont vierges
Il ressemble à cet homme qui n'a pas reculer
Quand j'ai dit stoppe et qui a entendu "essaie plus fort"
Si vous jouez dans une boucherie suffisamment longtemps
Vous finissez habitué au son des cris
C'est juste un dégât collatéral de l'industrie.
Chaque chose est découpé en petite pièce vendables
Je ne m'entraînerais pas à avoir les mains en sain
Je ne ferais pas semblant d'être une femme disséquée
Mon sexe n'est pas un paquet
Mon sexe est magique
Il est une portion d'une plus grande histoire
Je suis entière
J'existe quand tu ne me baises pas
Et je ne me laisserais plus couper en morceaux désormais.


(1) Magical journey est le titre anglais du premier volet de l'adaptation du Hobbit; voyage inattendu est le titre français
(2) NC17 => interdit au moins de 17ans; section pornographie
(3) Restricted section => la réserve; le lieu de la bibliothèque dans Harry Potter interdit d'accès aux élèves
(4) Référence à la carte du maraudeur
(5) honnêtement je traduis littéralement, titties-titties gang-bang; j'avoue que je ne connais pas