dimanche 24 août 2014

Végétarien par spécisme, misanthrope par philanthropie

La transition vers le végétarisme n'aura pas duré très longtemps. Des tests, du remplacement sur des repas que j'adore puis la diminution, l'arrivée d'une amie végé, la fin des repas carnés, et le fait simplement de ne plus recommencer. Wow. Je vais pas faire un billet sur les bienfaits du végétarisme, il sera un petit peu plus théorique en fait.

Je suis devenu végétarien parce qu'indigné par le traitement des animaux. J'imagine qu'un jour je tenterai la transition végétalienne puis vegan mais à l'heure actuel, je n'en suis pas encore là, je prends le temps de m'adapter à ma nouvelle alimentation. (ré)apprendre à cuisiner, à équilibrer le tout, à calmer la compensation massive de la viande par le fromage qu'il y a eu durant les premières semaines, bref.

J'ai, forcément, entendu parler de l'antispécisme. (note : l'antispécisme est la considération que la race humaine n'est pas supérieure aux autres animaux, et que l'espèce n'est pas un critère suffisant pour la manière dont on doit traiter un être et les droits qu'on doit lui accorder. (je cite wiki, c'est simple, m'enfin c'est ce que j'ai lu un peu partout). Dans un premier temps, j'ai eu énormément de mal avec ses défenseurs, remarquant énormément d'instrumentalisation des luttes, faisant la liaison avec l'esclavage, disant que traiter taubira de singe n'est pas insultant etc... Mais une cause peut être juste et être mal défendue. Une personne m'a dit que c'était la jeunesse de la lutte et son caractère extrêmement particulier (les opprimés ne parlent pas, c'est une lutte avec uniquement des alliés) qui faisait que régulièrement, les antispécistes instrumentalisent les autres luttes afin de mieux toucher et de gagner en légitimité. Ça explique. Ça n'excuse rien. Mais une fois encore, des antispécistes ne sauraient discréditer l'antispécisme sous prétexte qu'ils sont stupides et oppressifs. Je me suis donc penché un peu plus sur l'antispécisme et... y a rien à faire, je suis et reste spéciste.

En fait, j'ai même tendance à dire que le spécisme est la base de la raison pour laquelle je ne compte plus manger de viande, et à terme, un minimum de produits issus de l'exploitation animale. Je considère que tout ce qui relève du droit est éminemment humain et n'a donc aucune logique dans une idée d'égalité. Si nous sommes égaux avec les animaux, nous pouvons nous conduire comme eux. Les chats jouent avec leurs proies. Les fourmis exploitent les pucerons pour en récupérer le miellat, la liste pourrait être longue. Il n'y a pas de loi dans la nature. Et si je devais considérer que j'étais l'égal des animaux, alors je pourrais les manger, puisque ceux qui en ont la capacité n'hésiteront pas à le faire.

C'est là, à mon sens, tout le problème. Si les animaux sont les égaux des humains, alors pourquoi devrait-on suivre les règles des humains dans la manière dont on se comporte avec eux plutôt que les règles de l'évolution (à savoir la survie du plus apte, et nous sommes les plus aptes). Ça me paraît assez absurde. C'est la raison qui fait que je ne peux pas approuver l'antispécisme. Je n'arrive pas à le voir autrement que comme un serpent qui se mord la queue.



Pourquoi être végétarien si je suis spéciste ? Pourquoi est-ce que je considère qu'il faille supprimer l'exploitation animale ? Parce que j'ai une très haute estime de l'humanité. Trop pour l'aimer dans sa forme actuelle. Oppression, guerre, violence à tous les niveaux des sociétés et entre sociétés... Misanthrope par philanthropie, j'aime trop l'humain pour aimer l'humanité. Or, nous nous nourrissons via l'exploitation des animaux, leur souffrance. Et je ne crois pas que l'humanité pourra avancer si sa survie dépends de la violence et de la souffrance d'êtres. Comment pourrions-nous espérer combattre les oppressions, éradiquer les violences entre humains, alors que nos sociétés sont bâties sur la violence ? Je ne crois pas qu'on le puisse. Je pense que si l'on éradique la violence dans ce qui permet notre survie, ce serait déjà une base solide pour avancer ensemble vers une éradication ou au moins une large diminution de la violence entre humains. On ne peut pas, à mon sens, espérer combattre la souffrance tout en la dispensant continuellement.



Si je veux que l'humanité devienne cette espèce fantastique que j'ai en tête, je ne vois pas d'autre solutions que de s'affranchir, une fois de plus, des règles de l'évolution. Nous le faisons continuellement, nous pouvons le faire une fois de plus ici. Notre culture dit constamment que tuer c'est mal, faire souffrir, c'est mal. Alors le limiter autant que possible ? Me semble une bonne idée. Je préfère ne pas tuer un animal que tuer un animal. Je préfère ne pas exploiter un animal qu'exploiter un animal. Je préfère que ma survie ne soit pas dépendante de la mort et de la souffrance d'animaux. Il y a de nombreuses autres raisons à mon végétarisme (faim dans le monde, notamment, faut quand même avouer que quand on comprend que des personnes meurent de faim pour qu'on ait des steacks, ça fait particulier) mais je n'ai pas l'intention de m'étendre. Spéciste végétarien, peut-être plus tard végétalien ou vegan. Et en accord avec moi-même.

jeudi 17 juillet 2014

La maladresse n'existe pas ? Bribes de pensées #1

Je reviens sur ce billet parce que ma pensée n'était pas encore totalement formée: http://casdenor.fr/index.php?post/2014/05/28/La-maladresse-n-est-pas-une-excuse

En effet, dans le premier point, j'indiquais que "la maladresse n'est pas une excuse", et une pensée tournoyait dans mon esprit depuis quelques jours: pourquoi dire que la maladresse n'existe pas ? Au final, ce n'est pas que la maladresse n'existe pas, c'est qu'elle est une explication à une situation, et qu'on l'emploie très couramment comme justification. Dire "J'ai été maladroit, c'est vrai", n'est pas une excuse. C'est comme rentrer dans quelqu'un en faisant son sport et dire "je courais en regardant les immeubles, c'est vrai." Peut-être y aurait-il encore plus matière à réfléchir quand on parle d'excuses et de maladresse, mais une chose est certaine, il n'est pas nécessaire d'expliquer la raison qui a fait que l'on était blessant. En revanche, il est clairement nécessaire d'en tenir compte et de demander des excuses.

La maladresse existe, elle ne justifie simplement rien.

mercredi 28 mai 2014

La maladresse n'est pas une excuse

Récemment, est passé sur twitter un petit tweet suivi de réactions violentes et d'un débat assez long, bref d'une bonne shitstorm que j'ai rassemblé en un petit storyfi, ic.

La question n'est pas de massacrer Navo_, ou de pointer celles et ceux qui l'ont insulté, mais au contraire, de réfléchir en profondeur à ce qui vient de se passer, aux mécanismes qui se trouvent en jeu ici.

On peut considérer qu'il y a six points principaux dans la discussion : 1- Le tweet 2- réactions violentes & insultes 3- étonnement 4- explication 5- excuse, modification du tweet + plainte contre la violence et les insultes 6- Mise en avant de sa maladresse et de sa non-méchanceté

Ce sur quoi j'aimerais revenir c'est avant tout le dernier point, et principalement la mise en avant du fait que le tweet était maladroit, mais pas méchant, particulièrement :

Ici, l'idée est d'opérer une distinction entre maladresse et mauvaise intention. J'aimerais revenir sur la pertinence d'une telle dichotomie. (pardon pour le filage de métaphore, je vais potentiellement taper un gros délire dessus, le sujet est sérieux, je sais, mais je trouve la métaphore franchement parfaite et utile pour « visualiser » convenablement le problème).

I] La Maladresse en elle-même

A] Une excuse ?

Faisons un parallèle avec la douleur physique, et prenons celle citée par Navo_ : se faire marcher sur le pied. Est-ce que marcher sur le pied de quelqu'un de façon volontaire ou involontaire change quelque chose à la pression exercée sur ce pied, et donc, à la souffrance qui en résulte ? Non. La souffrance reste la même. De même, considérons quelqu'un se faisant marcher sur le pied à longueur de journée (ce qui est un parallèle correct lorsqu'on parle d'oppression systémique, rappelons qu'on ne parle pas d'un acte unique déconnecté, mais d'une succession d'acte), la souffrance va être violente, peu importe que la personne ait ou n'ait pas appuyé fort, si la plaie est encore ouverte.

Mais alors pourquoi considère-t-on cette différence ? Hé bien tout simplement parce que nous ne nous focalisons pas sur la souffrance ressentie par la personne, mais sur l'acte effectué par l'autre personne. Nous nous attachons à évaluer la réponse en fonction de la violence de l'acte (ou de la parole), au lieu de nous attacher à l'évaluer en fonction de la souffrance ressentie.

Selon ce point de vue, il y a bien une différence entre celui qui cherche à faire mal et celui qui ne le cherche pas. Mais en revanche, lorsqu'on regarde de l'autre côté, du côté de la personne qui subit, il n'y a pas de différence dans le ressenti, la douleur restant strictement la même. On peut donc y voir un problème d'égocentrisme de la part de l'agresseur involontaire, qui cherche avant tout à se protéger en regardant son propre nombril, plutôt que d'évaluer les conséquences de ses actes et de ses paroles sur autrui. Car en effet, si la douleur reste la même dans l'agression maladroite et l'agression volontaire, il y a un cas où l'agression volontaire est compréhensible : le cas où la personne a subi une agression. Frapper un animal, il tentera de se défendre, et peut vous blesser dans l'échange. C'est parfaitement normal. On ne peut pas « reprocher » à l'animal de vous avoir agressé, quand bien même vous n'ayez pas fait exprès. De ce fait, si la maladresse ne permet en aucun cas d'excuser l'agression, en revanche, la souffrance, elle est une justification bien plus pertinente.

La maladresse n'est donc pas une excuse. Elle est un paravent fait pour se protéger de la remise en question. Cette même idée de paravent est tout à fait visible quand on voit le fait que l'on invoque souvent la « constructivité » du propos. Ici encore, on regarde ce que le propos va apporter à l'agresseur, sans se soucier de la cause du propos, à savoir le besoin de gueuler quand quelqu'un vous écrase votre pied déjà en sang (comprendre avoir des propos oppressifs envers une catégorie subissant déjà une oppression sociétale et systémique). On notera également que cette constructivité demandée revient, au final, à demander à celui qui souffre de justifier de sa souffrance et d'expliquer ce qui ne va pas à l'autre, c'est à dire non seulement à devoir gérer sa douleur, mais en plus à devoir gérer la discussion avec l'autre. Il est exact qu'ici la métaphore ne tient plus, si j'ai mal, j'ai mal, chacun le saisira. Mais les oppressions étant diverses et variées, complexes et culturelles, il faut une longue explication, ce qui est quand même fort demander à quelqu'un qui a mal. Une personne a le droit d'être agressive face à la maladresse.

En revanche, un deuxième point m'apparaît : L'erreur est-elle forcément une maladresse ? Un propos oppressif fait involontairement est-il forcément maladroit ?

B] Maladresse et non-considération sont deux choses différentes

Je vais poursuivre ma métaphore. Considérons que vous marchez sur le pied de quelqu'un. La personne vous le signale. Vous ne comprenez pas, demandez des explications, elle prend le temps d'expliquer. Vous comprenez, et ne marchez plus sur son pied. En effectuant de grands gestes, vous lui mettez un poing dans la gueule. Elle le signale. Vous ne comprenez pas, demandez des explications, elle prend le temps d'expliquer. Vous comprenez et ne faites plus de grands gestes. En marchant vous la cognez et la faite tomber à terre. Elle gueule. Vous ne comprenez pas, vous n'avez pas fait exprès.

Est-ce de la maladresse ? À mon sens, non. C'est un manque de considération. À chaque fois, cependant, vous ne faites plus ce que vous avez fait avant. Mais vous recommencez d'une autre manière. C'est exactement ce qu'il se passe quand quelqu'un tient des propos oppressifs, qu'on les lui signale, qu'il s'en suit un long débat, puis que, quelques temps plus tard, il en tient d'autres, etc. etc. Au bout d'un moment, nous ne nous trouvons pas dans la maladresse mais dans un manque de considération, qui n'est ni plus ni moins qu'une forme de mépris.

Et cette non-considération est encore plus inacceptable, notamment si l'on prétend être quelqu'un cherchant à déconstruire ses réflexes oppressifs. Il est bon de ne pas refaire dix fois la même connerie, mais il convient également de faire attention à n'en pas faire de nouvelles, de faire, en somme, attention non pas à ses gestes (ce qui est une fois encore égocentrique, faire attention à soi, à ses gestes) mais à autrui (se projeter dans la manière dont autrui peut vivre ce que l'on va faire/dire)

C] D'où ça vient ce bordel ?

Il est étonnant, quand même, que la maladresse et la non-considération soient souvent amalgamées, et encore plus étonnant, qu'alors que, si l'on y réfléchit, le fait d'être agressé légitime de répondre par l'agression, alors que la maladresse ne légitime pas l'agression, dans les faits, nous considérons « de base » qu'agresser quelqu'un par maladresse est moins grave, et nous pointons couramment du doigt ceux qui insultent, donc ceux qui agressent. C'est ce tweet :

C'est cette idée selon laquelle agresser l'autre ne sert à rien, et de ce fait, n'est pas acceptable.

Pour ma part, j'y vois tout simplement un schéma d'entretien des rapports d'oppressions. Rappelons en effet le dernier des privilèges dans les listes que l'on trouve sur Internet : J'ai le privilège d'être inconscient de mes privilèges. Quelle que soit l'oppression dont on parle, l'oppresseur a ce privilège de ne pas se savoir privilégié, ou de ne pas remarquer quand il en use ou quand il est oppresseur. Or, qu'est-ce que l'inconscience si ce n'est le terreau de la maladresse. Qu'est-ce que la non-considération si ce n'est une méthode d'entretien de l'inconscience, et donc, de la maladresse. Qui peut blesser le plus l'autre, l'oppresseur qui n'a pas conscience de l'oppression, ou l'opprimé ? L'oppresseur a ce « droit à la maladresse ». Une fois de plus, même dans la dénonciation, l'oppresseur se trouve du « bon côté » de la barrière.

Non seulement, on va considérer que sa maladresse excuse ses propos, comme si cette maladresse ne découlait pas précisément de sa position, mais en plus, on va, en revanche, pointer l'index sur celui dont la réaction (violente) est normale. On protège donc, encore une fois, celui qui opprime, et l'on demande à l'opprimé d'être calme, d'être constructif, et de ne pas gêner. Pourtant, ce devrait être à l'oppresseur, celui qui est au-dessus et ne subit pas de violence d'être constructif : c'est lui qui en a le plus les moyens. C'est pourquoi, à mon sens, il convient de combattre férocement ce schéma oppressif.

II] Des solutions

Dans cette partie, je vais détailler ce qui, à mon sens, peut être fait pour ne pas être maladroit, ou pour, simplement, prendre l'autre en considération, tant avant que après.

A] Avant de dire de la merde

Précisons avant tout que je ne parle ici pas des cas où l'on est agressif/violent parce qu'on a subit une agression auparavant. Quand on réagit « à chaud », il est possible d'avoir des propos oppressifs à notre tour (qui n'a jamais lu, à propos de remarques misogynes ou racistes « mais t'es un grand malade mental toi » propos qui sont au cœur même du validisme), mais là, en revanche, je pense qu'on peut tout à fait appeler ça une maladresse. De ce fait, la partie A ne s'applique pas à ces cas. En revanche, je pense que la seconde peut tout à fait s'appliquer.

Dans la vie réelle, une discussion se passe rapidement. Il n'est pas question de rester cinq minutes à réfléchir, laissant un énorme blanc au milieu, et ce, entre chaque intervention. Balancer un « putain de salope » à son ordinateur est une maladresse dans la vie réelle. Le balancer sur facebook, en revanche, c'est un manque de considération. (note : je reviendrais sur ce double exemple dans la partie B, puisque, comme je le disais, la maladresse n'excuse pas, elle est juste, à mon sens, moins grave que le manque de considération)

Sur Internet, nous avons le temps. Nous pouvons lire et relire nos propos, nous pouvons faire attention à ceux-ci. Usons de cette possibilité. Prenons le temps avant de nous exprimer de nous demander « est-ce que c'est oppressif ? ». Prenons le temps de vérifier, et ce, particulièrement dans les cas où l'on a l'intention de dénigrer des individus (cas du tweet de Navo_) ou dans le cas où l'on a l'intention de faire de l'humour. (sur ce point, je renvoie aux billets de Denis Colombi sur l'humour. Je ne vais pas expliquer dans un article pourquoi l'humour n'est pas gratuit et en quoi il peut être oppressif, il l'a fait cent fois mieux: http://uneheuredepeine.blogspot.fr/search/label/sociologie%20de%20l%27humour ). En effet, les oppressions étant des schémas de violence, on les trouve plus particulièrement dans les blagues et dans les dénigrements.

B] Après s'être fait pourrir/insulter

Vous venez de vous faire insulter pour des propos. La première chose à faire est de combattre votre égo. Refuser de se braquer, de chercher à se défendre ou à justifier ses propos. Non. Fermez votre gueule. C'est la première chose à faire. Fermez. Votre. Gueule. Voilà. Puis relisez votre message en cherchant à le connecter avec les insultes. Analysez-le. Si vous trouvez ce qui ne va pas, excusez-vous, et notez-le dans un coin de votre tête pour la suite.

Si vous ne trouvez pas, il vous faut l'aide de quelqu'un. Vous avez alors deux solutions. 1- la personne qui vous a insulté 2- d'autres personnes. Le cas 2- est le meilleur. Rappelez-vous que la personne qui vous insulte est une personne qui a pris un coup dans la gueule. Elle n'a pas forcément envie de faire votre éducation tout en se roulant en boule sous l'effet de la crise d'angoisse. Rappelez-vous avant tout que vous ne connaissez pas l'impact de la violence dont vous avez fait preuve, car vous ne connaissez pas cette violence, ni la manière dont la personne l'a subi. Donc, si vous le pouvez, allez chercher de l'aide ailleurs. Internet est grand. Vous avez des amis. Vous avez d'autres sites, d'autres twittos, etc... Allez poser la question « J'ai dit de la merde apparemment, mais je ne saisis pas quoi. »

Ce point-là est important, j'oubliais de le préciser : Lorsqu'une personne vous insulte en rapport à des propos en mettant en avant le caractère oppressifs (raciste, putophobe, validiste, misogyne, sexiste, transphobe, homophobe etc...), considérez de base qu'elle a raison, et non pas que vous avez raison. Cela rejoint le premier point : combattez votre égo. Fermez votre gueule. Écoutez. De ce fait, ne pas dire « Je comprends pas, y a pas de soucis avec ça, si ? », qui est déjà une posture défensive. Prenez la posture ouverte. Actez l'idée que l'on n'insulte pas quelqu'un sans raison. Particulièrement, déconstruisez l'idée qu'une Personne de couleur, par exemple, criera au racisme sans raison. Elle est aux premières loges, elle sait plus que vous ce qui est raciste et ce qui ne l'est pas. De même pour chaque oppression. Vous êtes moins conscient que l'autre.

Dans le cas où vous en arrivez à parler à la personne en elle-même, déjà, je conseillerai de prendre plus de temps. Laisser « le soufflé » retomber. Puis, de la même manière, acter l'idée de l'erreur. Ne demandez pas à la personne de la justifier, mais de l'expliquer. Ce qui sont deux choses totalement différentes. Justifier implique que vous vous considérez comme innocent jusqu'à preuve du contraire, elle pèse une pression sur l'autre, parce que vous vous placez en position défensive, donc dans une situation de combat... en tant qu'oppresseur ? Vous saisissez le problème. Expliquer implique que vous acceptez de base l'idée de l'autre, et qu'il faut juste qu'il la détaille, c'est une position d'accueil.

Un ultime point reste, l'exemple évoqué en début de partie A : être oppressif lorsqu'on subit une oppression de plein fouet. C'est, là, une maladresse, car on est dans la réaction, dans la violence procédant de la douleur. Pour moi, il n'est pas question de non-considération ici, car... on ne prend pas l'autre en considération quand on souffre. C'est même le principe. Dans ce cas très précis, ça peut vite virer à la shitstorm et aux noms d'oiseaux qui s'échangent, vu qu'on est braqué. Je ne saurais dire comment faire en cet instant. Encore une fois, cela dépend de la violence avec laquelle on prend les propos oppressifs. Si on ne les vit pas, on peut laisser de côté. (venir dire à quelqu'un qui vit mal vos propos que lui aussi à des propos problématiques, là, en revanche, c'est pas constructif) Si on les vit, mais qu'on arrive à les gérer on peut faire de même. Si on n'y arrive pas, de toute manière ce passage est inutile car justement, si on n'y arrive pas, on ne se souviendra pas de ce texte. On va juste bourriner la gueule de la personne en face. C'est dommage, mais ça arrive.

En conclusion : L'importance de cette réflexion, à mon sens, c'est de mettre en avant que les schémas oppressifs se situent jusque dans la conception même de la remise en question. On demande à l'opprimé de justifier la remise en question de l'oppresseur. On demande à l'opprimé d'être constructif, de ne pas insulter, de ne pas être violent etc... C'est un schéma à combattre.

Cependant, ce texte ne se veut en aucun cas dire qu'il faut charger la gueule des autres. Je ne dis pas non plus qu'il ne faille pas le faire. J'ai un avis sur ce point, mais je ne le développerai pas ici, et je reste pleinement neutre pour ce billet, car, à mon sens, peu importe votre avis sur la question, ça ne change rien à cette réflexion. Ici, l'idée était de prendre comme postulat que la violence avait lieu, et de réfléchir sur la manière dont il faut réagir, lorsqu'on se fait insulter.

La maladresse n'est pas forcément fortuite. Prenons les autres en considérations quand nous nous exprimons, a fortiori sur Internet, le lieu où nous pouvons le plus nous décharger de notre égo (la croix rouge est une merveille), où nous pouvons le plus prendre le temps de nous relire et de faire attention à la manière dont nous nous exprimons. On notera que je n'ai pas évoqué les discussions dans la vie réelle. À mon sens, elles fonctionnent sur le même principe, sauf que l'égo y est beaucoup plus fort, qu'on a moins de temps pour faire attention et prendre l'autre en considération, et, de ce fait, c'est plus difficile. Cependant, d'après moi, c'est exactement le même schéma.

N'oublions pas que prendre en considération l'autre, ce n'est pas que faire attention à ne pas le blesser une seconde fois au même endroit, mais aussi, faire attention à ne pas le blesser à un autre.

lundi 26 mai 2014

Couvrez ce racisme que je ne saurais voir

Voilà, nos élections sont terminées, le couperet est tombé. Aux élections européennes, le FN est le premier parti de France. MAIS, comme nous le rappellent médias, réseaux sociaux et forums, n'oublions pas l'abstention qui a permis qu'il soit aussi haut. La vilaine abstention qui fait le jeu du FN.

(image retirée à la demande de l'auteur)
(source: http://soupe-a-l-herbe.antifa-net.fr/la-religion-democratique/#more-352 )

J'aimerais revenir sur ce que cela nous apprend. Dans un précédent article, j'avais fait mention du fait que la diabolisation était une déresponsabilisation, et je pense que nous sommes en plein dedans, et à de nombreux niveaux.

Déjà, cela suppose que les personnes qui sont proches des idées du FN s'abstiennent moins que les autres. C'est vrai, hein ? Ces salauds-là, c'est le vote sanction et c'est des connards. Oh, attendez. On me signale dans l'oreillette qu'entre le premier et le second tour de 2002 il y a eu 3,400,000 votants supplémentaires dont 700,000 vote pour le FN soit 20 % pour un score total du FN de 17,79 %. Ah ouais, merde, ça marche pas. Les nouveaux votant se sont répartis de la même manière. Pire en fait, le FN est en progression entre le premier et le second tour en fait. 16,86 % au premier, 17,79 % au second, et 20% dans les votes supplémentaires. Attendez, on va se marrer. L'abstention est en baisse. Aux élections européennes de 2004 et 2009, elle était respectivement de 57 et 59%. Elle n'est que de 56.5% ! Tu la sens ma grosse abstention ?

Mais alors pourquoi est-ce qu'on tape sur les abstentionnistes ? Hé bien nous y voilà dans notre belle diabolisation/déresponsabilisation. Les abstentionnistes, c'est la majorité silencieuse. Et le terme majorité silencieuse signifie « personnes d'accords avec moi mais qui ne le disent pas ». Bah non, désolé, ça marche pas comme ça la vie.
Les abstentionnistes sont la caution que notre société utilise face à la montée du FN. Tout le monde vomit les abstentionnistes parce qu'ils ne jouent pas le jeu. Ils sont responsables de tout. De cette manière, inutile de se demander si, par hasard, les politiques actuelles seraient en torts ? Inutile de se remettre en question. Le problème n'est pas le gouvernement. Le problème ne vient pas des autres partis qui ne savent pas mobiliser leur électorat. (d'ailleurs on ne se demande même pas pourquoi il se mobilise moins). Le problème ne vient pas de la politique française. Non, tout ça n'est pas le problème. Le problème est l'abstentionnisme, ce démon qui fait passer le FN devant.

(source: http://www.paperblog.fr/7062672/municipales-2014-resultats-abstention-fn-gauche/ )

Voilà, vous avez votre ennemi. Mais penchons-nous plus en détail sur ce que l'on peut lire. L'un des top tweet était « triste france ». Les médias ont immédiatement relayés les réactions des pays étrangers. Combien avons-nous lu de « j'ai honte de mon pays », de personnes qui viennent pleurer sur la France, pays des droits de l'homme, terre de lumière... Mais... de quoi avez-vous honte au juste ? Que l'étiquette FN soit sur un plus grand nombre de député européens ? Vous n'avez pas honte quand des membres des jeunesses identitaires descendent dans le métro ? Vous n'avez pas honte quand on expulse 10 % de personnes en plus en une seule année alors que c'est l'année d'arrivée d'un président du Parti Socialiste ? Vous n'avez pas honte quand une banane est balancée à Christiane Taubira ? Vous n'avez pas honte quand Jean-Marie LePen espère qu'Ebola réglera le problème ? Vous n'avez pas honte, merde, quand l'académie Française voit Finkelkraut recevoir un siège, ce même homme qui dit de Ramada Yade, de Rachida Dati, de Christiane Taubira et de Najat Valaud-belkacem qu'elles n'ont pas été nommées pour leur compétences ? Vous n'avez pas honte de voir que les actes et menaces racistes sont en hausse de 23 % en France ? Vous n'avez pas honte quand notre pays INTERDIT aux syriens d'aller voter dans leurs ambassades, arguant que Bachar El-Assad ne saurait représenter l'avenir de la Syrie ? Vous n'avez pas honte quand les actes homophobes bondissent de 78 % en une année ? Vous n'avez pas honte quand un connard de premier ministre se permet de dire que le mode de vie des Roms est en contradiction avec celui des français ou quand il préfère, après qu'un drame causé par ses mesures ait coûté plusieurs vies, aller tailler la discut' avec un voisins d'un camp de roms, chouinant sur ses conditions de vie, tandis qu'il refuse d'aller parler aux parents qui ont perdu un enfant ?

Non. Non vous n'avez pas honte de tout ça. Vous avez honte quand une élection a lieu. Vous n'avez pas honte du racisme français. Vous avez honte parce que vous avez reposé le mal sur les épaules du FN et que vous ne voulez pas être le mal. Vous avez honte parce que vous seriez prêt à ce qu'un parti fasse la même politique de mes deux que le FN, du moment qu'il ne se nomme pas FN.
Votre honte est une honte de façade, un faux-semblant qui vous permet de vous sentir bien. Ah, ça y est, j'ai fait ma BA. J'ai été voté, je suis un citoyen responsable, et les irresponsables n'ont pas voté. Le FN est en tête, je vais gueuler contre, je suis un citoyen responsable. Et on se revoit en 2017 pour les élections présidentielles. Hein quoi, entre temps ? Ah bah je sais pas, mais je trouve qu'il y a quand même un peu trop d'immigrés en France. (69% dans les derniers sondages, non fermez votre gueule, si ce résultat vous a étonné, vous êtes dedans)

Vous regardez les élections comme si elles étaient une surprise. Comme si c'était un jeu de hasard. Mais il n'y a pas de hasard. La France vote à l'extrême droite parce que sa politique est d'extrême droite, et que vous approuvez cette politique en restant les bras croisés, et en expliquant que Jean-marie Le Pen fait des dérapages, que la banane de Christiane Taubira, c'était une blague de mauvais goût, tout au plus, et que la manif pour tous n'est pas homophobe.
Les élections, c'est le moment de faire votre BA. En votant, vous vous rassurez en disant que vous avez fait ce que vous avez pu. En gueulant contre le FN, vous vous donnez une bonne conscience. « hey, je ne suis pas raciste, je combats le FN, moi. » Les élections sont de véritables jeux du cirque moderne fait pour que la population puisse applaudir ou s'horrifier joyeusement depuis sa zone de confort pour qu'ensuite, le reste du temps, elle ne fasse strictement rien. Soyez choqués, c'est en promo aujourd'hui. Attention, demain, ça vous coûtera cher, on vous dira que vous abusez, que vous faîtes chier, que vous parlez tout le temps de ça, ou qu'il y a des problèmes plus important. Mais aujourd'hui, yeeepeeee. Soldes sur le choc !

Les élections remplissent le rôle de soupape de sécurité du système. En ce sens, les abstentionnistes pourraient être vus comme les alliés rêvés. Mais ne vous inquiétez pas, si ce n'était pas eux, ce serait leurs frères. Aux présidentielles de 2002, ceux qui étaient visés étaient les petits partis qui auraient "volé le vote utile". Il y aura toujours un moyen de justifier la montée de l'extrême-droite, un moyen de reporter l'attention, de ne pas s'occuper des problèmes véritables.

Les élections sont censées entériner une situation. Elles sont censées être représentatives de la pensée globale. En lieu et place de cela, elles ne sont devenues ni plus ni moins que des foires où l'on peut enfin s'insurger. Une insurrection de paroles, quelques manifs peut-être même, qui auront pour but de nous dire, entre nous, que nous sommes des citoyens responsables et de rejeter la faute sur une catégorie de personnes, afin de ne pas nous regarder en face. Les élections sont le soir de la Bonne Action annuelle (et encore je suis gentil) permettant à la France de se laver les mains à peu de frais. Elles sont la caution de l'intégralité des politiques puantes que notre pays poursuis jour après jour.

Les élections ne sont désormais rien d'autre que le peuple clamant qu'il est raciste, mais qu'il ne veut pas qu'on l'accuse de racisme, qu'il est misogyne, mais qu'il ne veut pas qu'on l'accuse de misogynie, qu'il est islamophobe, mais qu'il ne veut pas qu'on l'accuse d'islamophobie.

   Couvrez ce racisme que je ne saurais voir.
   Par de pareils propos les âmes sont blessées,
   et cela fait venir de coupables pensées.

page 2 de 2 -