samedi 1 août 2015

volée musicale #8

Je commence par crucified Barbara. Déjà j'adore le titre du groupe, et le titre des chansons. Je l'ai découverte par To kill a man. Il y a aussi everything we do que j'aime bien.

Ensuite, il y a leïla et les Cocus. Je suis juste *_* en écoutant le refrain. J'apprécie également tout particulièrement rue du Miracle et c'est dégueulasse, reprise de Marie Cherrier que je préfère à l'originale, quoique l'originale soit plus torturée.

j'ai aussi découvert Anouk Aïata avec Pourquoi regardes-tu la lune ?
J'ai découvert aussi Less minded à un concert. You wanna et does that étant les seules chansons disponibles sur le net, mais elles sont plutôt chouettes.

Je continue avec une bande son de jeu: Room of Angel dans SIlent hill qui est juste *___*

Je passe ensuite à Meytal Cohen, avec deux reprises (je n'ai pas encore trouvé d'original de leur part), à savoir Toxicity de SoaD et Smell like Teen spirit de Nirvana

Et je termine par Christine and the Queens. It est une chanson géniale, et de manière général, tout l'album est chouette, je conseille aussi Saint Claude

vendredi 31 juillet 2015

Journal d'une anorexique-boulimique; le combat d'un ange par Cindy C.

Cet article a été publié sur Coup de Gueule de Lau mais semble avoir été bloqué par FB sans qu'on sache pourquoi. Je le republie donc ici, d'autant que C. reste une personne qui m'a profondément marqué, l'une des personnes les plus fantastiques que j'ai jamais rencontré, une de ces personnes dont on sait, intuitivement, qu'elles occupent une place qui ne sera jamais comblée. C. ou J. comme je l'appelle tous le temps, c'est le petit trou dans mon âme. Pas une douleur à hurler. Pas une impossibilité de vivre sans elle. Mais un trou. Petit, là. Définitif. Un truc qui reste.


NOTE IMPORTANTE :
Pour une raison obscure, Facebook refuse de partager correctement cet article.
Apparemment, c'est un problème qui arrive régulièrement avec des articles issus de Wordpress, parfois Facebook en bloque le partage sans raison apparente. L'autre hypothèse est qu'un filtre particulièrement chatouilleux trouve qu'il y a trop d'occurrences de termes relatifs aux TCA dans cet article...
Du coup, si vous voulez le partager sur Facebook, vous aurez un message qui vous indique que le partage de ce lien n'est pas possible "parce qu'il comprend des contenus qui ont été signalés comme abusifs". Toutefois, vous pourrez quand même en partager le lien, mais il n'y aura pas d'aperçu, de vignette qui apparaitra.
Mais n'hésitez pas à le faire tout de même : promis, aucun lien dans cet article ne mène à un site pourri qui va coller 15 virus sur votre ordi !


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Un article un peu particulier...

Pas un de mes habituels coup de gueule, pas un grognement sur la société, pas tellement un truc revendicatif et militant...

Mais un hommage, et un besoin de faire connaitre un livre.
"Journal d'une anorexique boulimique, le combat d'un ange", son auteure n'en a jamais vu la publication.
Son auteure, Cindy, c'est une amie à moi.
Oui, c'est.
Même si elle est morte depuis bientôt trois ans, je ne peux pas parler de notre amitié au passé, parce que c'est toujours là, c'est toujours présent, c'est toujours vivant pour moi.

Cindy, connue sur le net, devenue une amie IRL, avec qui j'ai passé des heures au téléphone, des heures à refaire le monde, des heures à s'entraider dans les coups durs. Cindy. Bien plus que "une anorexique boulimique" pour moi.
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Cindy, dont on a regardé la descente aux enfers sans rien arriver à faire pour l'enrayer.
Cindy avec qui ont avait prévu de manger une fondue au fromage "le jour où elle serait sortie de ses TCA".
Cindy qui s'est donnée la mort le 19 octobre 2012 un peu avant 19h, laissant un cratère dans la vie des personnes qui l'aiment.

Après sa mort, ses parents se sont retrouvés face à une foule de "pourquoi" ? Au travers de leurs échanges avec ses amis, ils ont appris l'existence des blogs tenus par Cindy.
De ses textes sur des forums, aussi. Ils ont aussi retrouvé, dans les affaires de Cindy, des bouts de cahiers, de journaux intimes, et l'ébauche d'un roman largement autobiographique qu'elle avait commencé à écrire et jamais pu terminer.

Ses textes, ses parents ont décidé de les sortir de l'anonymat d'internet, pour en faire un livre.
Pour que le message de Cindy soit entendu.
Pour que ses coups de gueule contre la psychiatrie déshumanisée et déshumanisante ne restent pas sans écho.

Cindy voulait aider. Faire bouger les choses.
Elle était étudiante en psycho, et voulait en faire son métier.
Cindy, au quotidien, elle était toujours là pour les autres, de son mieux, laissant ses propres difficultés de coté pour écouter et soutenir les personnes autour d'elle qui en avaient besoin.

Si ce livre peut aider ne serait-ce qu'une personne, ne serait-ce qu'une famille, ou, pourquoi pas, ne serait-ce qu'un professionnel à mieux comprendre...

Alors un bout de ce que Cindy voulait faire de sa vie sera réalisé au travers de ce livre.


"Il y a des âmes errantes dans les couloirs, des espoirs cachés au creux des sillons tracés par les larmes. On a oublié nos identités au profit de matricule, un numéro personnifié. Les craquements des pas retentissent dans les couloirs déserts, refuge des perditions de corps inanimés. Mon corps a subi les affres de mes désastres, la bouffe a eu ma raison et ma gueule s’est refermée d’un coup de mâchoire fatal sur la vie. [...]
Je garde cette immense rage contre le cortège médical qui pensait stupidement qu'en endormant les symptômes sous une panoplie de médicaments le problème serait réglé !
Je garde cette rage contre moi-même pour avoir eu la stupidité de tomber dans cette merde et de m'évertuer à continuer !"

 Cindy C. - "Journal d'une anorexique boulimique, le combat d'un ange"


Pour commander le livre sur le site des éditions L'Harmattan : c'est ici Si vous avez envie d'aider à faire connaitre ce livre, vous pouvez faire tourner cet article, ou partager la page facebook que nous avons créé dans ce but. Merci pour elle. Et merci pour ses parents.


Tu me manques, Cindy.





samedi 25 juillet 2015

Entre développement personnel et destruction intégrale.

Je me rappelle que suite à cet article des personnes avaient critiqué cette phrase « Parce que depuis quelques temps, le militantisme commençait à m'apporter de moins en moins de choses. » qui indiquait que je considérais le militantisme comme un apport personnel et non une lutte, un « stage de développement personnel »)


J'ai tout d'abord supposé, en horreur que les personnes n'avaient pas compris ce que je voulais dire par là. En effet, à mon sens, le but du militantisme est d'aller vers un monde plus juste, un monde meilleur. Par là-même, il me paraissait assez aberrant que le militantisme rende une personne pire. Via cette phrase, je voulais dire que le militantisme commençait à me rendre pire, et plus malsain qu'avant, ce qui me semblait fondamentalement en contradiction avec son principe premier, et non qu'il ne me faisait pas me sentir mieux dans ma vie, comme j'ai supposé qu'elles le comprenaient.

Et puis… je me suis demandé si c'était pas moi qui passait à côté de quelque chose au final. Alors j'ai renversé ma pensée, et je suis parti du principe que ces personnes avaient raison. Pourquoi ne pourrait-on pas devenir pire par militantisme ? On perd beaucoup à force d'ouvrir les yeux sur la violence tout autour de soi. On perd des amis, on perd des bons souvenirs, on perd des livres et des films, on perd une tranquillité d'esprit, alors pourquoi ne pourrait-on pas, soi-même, perdre de la valeur, devenir pire ? Et dans quelle mesure, refuser cette idée ne serait-il pas égocentrique ?

J'y ai vu, cependant, un problème. Je ne crois pas qu'une personne puisse agir de façon désintéressée. Le mythe du chevalier solitaire à fond dans sa lutte, désintéressé, du lucky luke, du lorenzaccio qui détruit jusqu'à son intégrité pour parvenir à ses fins, m'a toujours paru beaucoup trop simpliste. Cela dit, en réfléchissant au Lorenzo de Musset (résumé simple et résumé très détaillé) (personnage qui m'a fasciné durant mon adolescence), j'ai remarqué que ce n'était pas contradictoire au final. Une personne peut tout à fait se valoriser tout en se brisant. Elle peut donc devenir pire, sans pour autant agir de façon désintéressée.

A partir de là, est-ce qu'il n'y a pas une forme d'égoïsme à refuser cela, à chercher absolument à vouloir devenir meilleur plutôt qu'à chercher à faire avancer la lutte ?

J'ai passé un peu de temps là-dessus. Ce que je vois se dessiner, petit à petit, sont deux visions drastiquement différentes. La première, centrée sur la lutte, avec, à son extrême, le fait de rendre l'individu/son intégrité accessoire voire dispensable. La seconde, centrée sur l'individu/son intégrité, avec, à son extrême, le fait de rendre la lutte accessoire voire dispensable.

Si les deux extrêmes sont profondément malsains sans même que j'ai besoin de m'arrêter dessus pour l'expliquer, en revanche, j'ai mis du temps à chercher à étudier les deux schémas de pensées, l'un par rapport à l'autre. Dans un cas, on s'occupe d'un changement global dans l'espoir que cela amène un changement des individus dans l'autre, on cherche un changement à l'échelle du microcosme (la personne, ses relations etc.), dans l'espoir que, petit à petit, cela amène un changement global.

Au final, je ne sais lequel est plus pertinent que l'autre, mais je sais une chose : en tant que NA, ce que l'on a exigé de moi, depuis que je suis bébé, c'est que je m'adapte, que je m'oublie, et que je fasse en sorte de fonctionner dans une société aux règles absurdes et incompréhensibles. Alors, non, je ne prendrai pas le chemin où l'on s'occupe d'abord du changement global, et oui, je centrerai ma réflexion militante sur moi et mon entourage. Parce que je suis « un homme neuroatypique à qui l'on a appris qu'il devait se modifier, se briser, se conformer, s'adapter au monde autour de lui », faire en sorte de m'occuper de moi, et de ne pas me perdre dans les autres, leurs attentes et celle de la société ou celle du militantisme, c'est une nécessité.

Du fait de ma neuroatypie, je dois faire l'équilibre entre le militantisme et la protection de ma propre intégrité, chose vitale, parce qu'on ne fait pas changer les choses si on ne les change pas chez soi. Ce n'est pas que je centre mon militantisme sur moi, c'est que je lui appose une limite du fait de la situation particulière qu'est celle d'être né avec un fonctionnement psychique différent, d'être complètement inadapté à la société.

Entendons-nous bien, ce n'est pas que je recherche à aller mieux via le militantisme, c'est que je refuse de me détruire à cause de lui. La nuance est de taille, mais elle est nécessaire. Et le simple fait que je passe encore des paragraphes entier à essayer de justifier que je refuse de me laisser détruire par le militantisme prouve qu'il y a encore un sacré travail à faire, car je n'aurais jamais dû avoir à ressentir la nécessité de le faire. (je ne le reproche à personne et à tout le monde à la fois, ce conditionnement reste une vraie saleté chez moi, et le rapport entre neuroatypie, masculinité et conditionnement sera l'objet d'un prochain billet)

Cela dit, ça me travaille. Car quelque part, ces personnes… elles avaient raison. Partiellement raison, une raison qui ne me fait pas changer de chemin, mais me fait comprendre pourquoi j'emprunte celui-là, mais partiellement raison quand même. Comme quoi...

samedi 11 juillet 2015

Une pensée pas encore aboutie

Cet article a mis longtemps a émergé, et j'avoue que la seule manière de l'écrire me semble être de raconter le cheminement de ma pensée. Parce qu'elle est arrivée (le chemin est-il fini ? J'en sais rien), à ce que je considère qu'il faille, en tant qu'homme, que l'on fasse exactement l'inverse de ce que je pensais qu'il fallait faire à l'origine.

Il m'apparaissait, à l'origine, qu'un homme devait absolument apprendre à ne pas se centrer sur lui-même lorsqu'il commence à militer. En effet, la masculinité étant basée sur une idée d'égocentrisme, il fallait pouvoir s'en dégager. C'est pour cela que j'abondais dans l'idée du terme "féministe" qui centrait sur une lutte à laquelle on ne gagne rien, puis sur pro-féministe, pour signifier la différence avec la situation des femmes, et ne pas se mettre en avant.

Cela dit, petit à petit, le terme pro-féministe semblait poser problème. Le premier soucis s'est vu avec les diverses viols & abus commis par des mecs profems, que ce soit la prise de contrôle du groupe des copines de Causettes sur FB avec son lot de violences misogynes à l'égard des membres actives du groupes de la part des mecs dirigeants de Causettes, les viols commis par des mecs profems, etc, mais aussi, récemment, l'article de CPOEF "si proches, si loin" dans lequel elle décrit le fait que les hommes profem lui semblent bien plus insupportables que les hommes n'ayant aucune connaissances du sexisme. Je cite Il est plus facile d’être féministe auprès des bonhommes néophytes de ma cambrousse que des connards « éclairés » des milieux libertaires.

ça en dit long sur le soucis. Et au final, je pense qu'il y a deux choses qui posent soucis et se rencontrent. D'une part, à l'heure actuelle, le mouvement militant (sur twitter et facebook, et même dans les assocs) recherche une certaine cohérence, à savoir que si chacun milite pour ce qu'il/elle vit, il/elle cherche à ne pas opprimer les autres. Or, si l'on se dit profem, on indique donc une supériorité de la lutte contre le sexisme face aux autres luttes. Racisme ? Transphobie ? Validisme ? Psychophobie ? Pourquoi profem particulièrement ? (gardons-le en tête, j'y reviens après)

D'autre part, le fait que la masculinité n'est pas égoïste, elle est, avant tout, égocentrique, et la petite différence entre les deux est gigantesque.

Je m'explique. L'égoïsme consiste à tout ramener à soi, à tout faire pour soi etc. L'égocentrisme, contient l'égoïsme, mais d'une manière plus vicieuse, car l'égocentrisme peut s'occuper des autres, mais dans la recherche de quelque chose pour soi. Lorsque l'on note que la masculinité est égocentrique et non égoïste (la figure du white knight est égocentrique), alors le fait de se définir pro-fem, prend tout son sens. Le fait de défendre le droit des femmes est valorisé socialement. Certes, lorsqu'on le fait réellement, lorsqu'on signale que ça c'est sexiste à ses potes ou sa famille, on peut se prendre des réflexions de réflexions, et encore, dix fois moins que les femmes qui le font, le fait de se déclarer pro-fem, en réalité, n'attire de violence que de la part d'une frange très faible de masculinistes, mais attire le respect d'une grande proportion de la population. Car défendre les femmes, pour un homme, c'est totalement patriarcal. "S'abandonner" dans une lutte tel le chevalier errant désintéressé est célébré. Or, se dire "profem" tout comme "féministe" c'est indiquer qu'on défend les femmes. C'est non seulement un appel au cookies, mais au final, c'est plus valorisé socialement et patriarcal. Agir, pointer le sexisme, là, ça peut être mal vu (et encore une fois, mille fois moins qu'une femme le faisant), mais se dire profem, c'est bien vu.

De ce fait, se définir pro-fem, et de manière générale, ne pas se centrer sur soi dans sa déclaration de militantisme (dont le concept, en soi, est fort criticable, d'ailleurs, je me demande même, en cet instant, si le fait de se déclarer quand on est homme n'est pas, en soi patriarcal), je pense que c'est, paradoxalement, patriarcal. Cela ne signifie nullement qu'il ne faille pas relayer, militer, parler aux proches, écouter, mais cela veut dire que pour court-circuiter ce système, je pense qu'il faut, avant tout, se centrer sur la ou les oppressions que l'on vit, + la masculinité.

Je n'ai pas le temps de revenir sur la masculinité, ce billet est un billet de pensée, et je n'arrive pas à poursuivre, mais je reste persuadé que la masculinité est trop peu étudiée, trop floue dans notre esprit, et que sans une réflexion profonde pour en définir les contours, il est impossible, pour un homme, de chercher à détruire le malsain qu'elle a implanté en lui.

dimanche 21 juin 2015

Petit point

Note: cet article n'a aucune volonté militante, c'est une réflexion personnelle sur moi, par moi, pour moi.

tw suicide sur le premier paragraphe

Cet article va être un peu différent des usuels, c'est une sorte de tentative de point sur moi-même, et sur ce qu'il s'est passé comme changement depuis un an et demi et qui m'amène à la conclusion de ce que je vais tenter de changer aujourd'hui. Pour recadrer la situation, il faut que je parle de deux épisodes dans ma vie. Le premier a eu lieu le 19 octobre 2012. Auparavant, j'étais quelqu'un d'assez impliqué sur divers forums d'entraides. Ce jour-là, une des femmes les plus grandioses que j'ai connu s'est suicidée. Je ne dirais pas qu'on ne l'avait pas vu venir. Au contraire, on disait encore quelques semaines plus tôt qu'il était peu probable qu'elle vive une année de plus. Ça a cependant brisé cette bulle dans laquelle j'évoluais. Les forums n'étaient plus cet endroit « hors du monde » où les déchiquetés de la vie venaient et géraient plus ou moins leur merde, trébuchaient, tombaient, mais se relevaient. Ce n'était plus l'endroit magique où des miracles pouvaient advenir, en voyant s'en sortir des personnes que nul n'aurait cru voir ailleurs que dans un cercueil. C'était un endroit où l'échec pouvait advenir, et l'échec d'une personne, dans ce cas précis, est définitif, avec la silhouette de J. . J'ai déserté, peu à peu, les forums d'entraide à cette époque. Je me suis tourné vers des lieux plus généralistes. Je n'y arrivais plus. A quoi bon ? Le deuxième épisode a eu lieu en décembre 2013, où, suite à une discussion/engueulade avec une amie à moi concernant les marches féministes non-mixtes, je me suis inscrit sur un forum féministe.

La découverte du féminisme, et par là des systèmes d'oppressions a radicalement changé ma vie à cette époque. Ça m'a permis de réfléchir plus en détail sur moi-même, de modifier mes univers, de comprendre que, là où je voyais une société absurde que je haïssais profondément, il y avait tout un système de violence oppressives, et je n'étais pas à l'extérieur de celles-ci, j'en fais parti, j'y contribue. J'ai commencé à travailler sur moi-même, à lire beaucoup sur le sujet. La découverte de l'intersectionnalité a beaucoup joué également, avec des personnes comme mrsroots ou theeconomiss qui ont aussi révolutionné complètement ma manière d'appréhender le monde. J'ai découvert par la suite la psychophobie, le neurotypisme, qui m'ont permis de comprendre beaucoup de choses sur ce que j'avais vécu, sur ce que je vis encore. Petit à petit, avec des lectures (des complices pas des alliés ), des discussions etc. j'ai laissé tomber toute forme d'appellation féministe ou pro-féministe pour me centrer sur ce que je vis. Je suis un militant contre le neurotypisme et la psychophobie, le reste, j'écoute, je relaie, je m'informe, je m'éduque. J'avais trouvé « un centre » personnel.

La violence en milieu militant, ça fait quelques temps que ça me travaille. Je dirais depuis la violence que s'était prise l'Elfe, à l'époque, probablement parce que j'ai joué un rôle dedans. J'ai eu un rapport très délicat avec ce schéma de violence. D'un côté, je ne voyais rien à me reprocher dans celle que j'avais déployé à son égard. De l'autre, il n'empêche que le harcèlement qu'elle a subi et la violence de certains propos… ont commencé parce qu'on avait gueulé en public et parce qu'on n'a pas gueulé contre le harcèlement qui a eu lieu ensuite, parce qu'on l'a juste « passé sous silence », parce qu'on n'a pas dit grand-chose dessus. Parce qu'au final, en la classant dans les personnes qui avaient mérité les premiers propos de violences, et vu que le harcèlement découlaient, ensuite, de ces propos, hé bien, on ne pouvait véritablement condamner le harcèlement tout en approuvant les premiers. Donc victim-blaming, c'est sa faute. Ce qui, en fait, est proprement immonde. Le harcèlement est immonde et n'aurait jamais dû être cautionné. Le schéma s'est répété à plusieurs reprises. Les réflexions de Ponymandias (et en général les discussions avec elles) m'ont pas mal ébranlé dans ma manière de l'appréhender.

Parallèlement, j'ai remarqué que j'écrivais de moins en moins (j'écris depuis que je sais écrire, c'est une des rares choses dont je sois certain me concernant : je suis un écrivain, écrire moins peut arriver, mais ça reste quelque chose d'important dans ma vie ; j'écris, j'invente, j'imagine), et que mes crises d'hypersensibilité étaient plus nombreuses, pas forcément plus violentes, mais plus récurrentes. Intéressé par le végétarisme assez tôt, j'ai sauté le pas l'année dernière, mais je ne supportais pas les lieux de discussions entre végé/vegan qui me semblaient, justement, complètement psychophobe et neurotypiste. J'ai donc créé un groupe sur facebook d'échange de recette végé/vegan interdit au militantisme et ouvert à tou.te.s. (avec une modération très sévère, même si, au final, je n'en ai eu que très peu besoin)

Si j'en parle, c'est parce qu'une amie à moi, vegan, avec qui j'en discutais à l'époque (il y a un an au moins), m'avait dit « mais c'est militant ce groupe. Il y a des omnis qui découvrent et tentent de se faire à manger végé ou vegan, ça aide les personnes en transition et celles qui y sont. C'est du militantisme. Juste pas le même. »

ça m'avait travaillé. Elle avait raison. Intrinsèquement, sans faire exprès, j'avais commencé à considérer que le militantisme était obligatoirement cette manière de pointer le problème, de lutter contre, cet affrontement non pas vis-à-vis de la société mais bien vis-à-vis des individus en son sein. Affrontement, qui, je le vois de plus en plus, est responsable de mes crises. Je ne suis pas fait pour l'affrontement. Je ne supporte pas ce fonctionnement. Je m'y prête, particulièrement en période de fort stress ou forte angoisse, mais il ne me fait pas du bien. Il me bouffe. Il me cogne.

Cet article de Mrsroots m'a fait réfléchir également à tout ce problème, en particulier ce passage :

«  Se prendre du temps, se préserver et choisir l’application de son énergie dans un champs donné qui ne soit pas à la vue de tout le monde, peut permettre d’aller vers le collectif sans que vous en soyez témoins »

Ces derniers temps, j'ai recommencé à faire du care. J'ai fait une compilation des sites de témoignages et d'entraide sur les troubles psys et les neuroatypies, que j'essaie de modifier au fur et à mesure que j'en trouve ou qu'on m'en file. J'essaie de soutenir les personnes qui s'en prennent dans la gueule, que ce soit harcèlement ou dogpilling, je commence à réfléchir, non plus à des moyens d'expliquer aux agresseurs que le dogpiling ou le harcèlement est inadmissible, mais pour en parler aux victimes, pour qu'on arrête de culpabiliser de s'être fait pourrir et de mal le vivre. Je commence à retourner sur les forums où j'étais. Je prends un peu plus de temps pour moi, pour les personnes que je connais sur le net. Bref, quelque part, je suis retourné à ce que j'avais peu à peu délaissé après le 19 octobre 2012, il y a bientôt trois ans.

Mais avec un changement : la conscience politique. Ce que je faisais avant, je le faisais parce que « société de merde, on va tenter de survivre ensemble ». C'est un peu plus complexe désormais, parce que plusieurs schémas d'oppressions s'entrecoupent. J'ai parfaitement conscience que cette lutte politique est jeune. Il n'y a pas, que je sache, d'association militante luttant contre la psychophobie. Le plus proche reste le collectif Sos Psychophobie, qui ne s'est pas encore constitué en association, et qui, cela dit, demeure extrêmement récent. Pour autant, il y a beaucoup d'associations de soutiens ou de lutte contre les violences faites aux patients en psychiatrie. La Mad Pride est une preuve de ce genre de lutte. (avec ses défauts, malheureusement, mais aussi ses qualités, notamment : son existence). Comme dit donc, j'ai parfaitement conscience que cette lutte est jeune, mais j'ai aussi conscience qu'elle est là. Qu'elle se met en place.

Et je me dis qu'au final, la « team pipou » présente sur twitter est sans aucun doute extrêmement militante. Iels sont là pour vous soutenir quand ça ne va pas. Iels se soutiennent les uns les autres, et amènent du sourire. C'est vital. Pour moi. Pour d'autres sans aucun doute.

Oh, c'est pas un au revoir au militantisme, clairement pas. C'est un changement de cap dans la manière de le faire. Ça faisait depuis quelques mois que je disais vouloir me concentrer sur le positif, m'occuper de ça en priorité, parce que je suis très fortement influencé par mon entourage, par ce que je partage, mais je ne comprenais pas comment le faire. J'essayais, mais n'y arrivais pas. C'est simple : J'avais centré mon militantisme sur la psychophobie et le neurotypisme, mais je le centrais encore sur les personnes faisant ou disant de la merde. C'est ce point-là que je veux changer. Aller vers les personnes qui se font dogpiler, harcelées, vers les personnes qui s'en prennent plein la gueule parce que neuroatypiques ou parce que troubles psys. A nouveau, je recite Mrs Roots pour un autre passage qui m'a marqué : « On m’a souvent demandé: “mais alors, à quand le collectif exactement, si chaque communauté doit s’occuper d’elle ?”. Cette hâte d’une vie collective est, pour moi, similaire à la situation suivante : va-t-on demander à une personne blessée par autrui de retourner avec les autres, sans lui accorder du temps pour sa convalescence ? »

Bah je vais faire ça. Ou en tout cas essayer un peu plus en profondeur de faire ça. Parce que c'est la seule méthode qui soit saine me concernant. Je me sens cent fois mieux en faisant un article tumblr sur la réussite d'une pétition sur le net, en filant des liens à une personne pour l'aider, ou en discutant toute la soirée avec, en discutant sur des forums etc., qu'en allant regarder ce qui cloche dans tel ou tel article, qu'en gueulant contre des propos psychophobes de merdes balancés par quelqu'un. Récemment, j'avais commencé la méthode « UnFollow » / « kickban » (selon que les merdes étaient balancées par quelqu'un que je suivais ou par quelqu'un me mentionnant), et… punaise ça marche bien.


Rien que d'y penser je me sens mieux. Parce que depuis quelques temps, le militantisme commençait à m'apporter de moins en moins de choses. Y avait toujours des choses positives, clairement, mais ça commençait à se faire bouffer par la violence, à laquelle je participais. J'arrête là cette violence. J'ai plus envie de confronter les personnes qui disent de la merde psychophobe ou neurotypiste. Je suis pas bâti pour. Pire : les rares fois où je le fais, c'est couramment parce que, dans un état de stress, je cherche un affrontement pour déclencher une crise d'hypersensibilité, et non pour une autre raison. Je préfère retourner trouver des images de bébé caracaux et les envoyer aux personnes qui ne vont pas bien. Je préfère fouiller pour trouver des communautés de personnes TPL parce que ma compile n'a qu'un seul forum sur le sujet. Je préfère partager la musique que je découvre, etc.

Comme dirait une amie : C'est pas une fin, c'est un début.

lundi 15 juin 2015

Mad Pride & quelques pensées

La Mad Pride avait donc sa seconde édition parisienne cette année. (en sus, apparemment, d'une première édition à Marseille, GG Marseille). Je n'ai pas encore de photos du défilé autre que celles disponibles sur le net. (Certains en ont partagé sur l'événement fb de la Mad Pride).

L'édition de cette année a réuni plus de personnes que la précédente, nettement. Je dirais aux environs du double. Cela dit, je regrette que, contrairement à l'année dernière, il n'y ait pas eu de mégaphone pour des slogans groupés, ce qui, au final, a rendu la marche un peu plus "silencieuse", un peu moins "unie". Du fait de la taille du cortège, le son du groupe à l'avant (danseuse & musiciens, les mêmes que l'année dernière) ne s'entendait absolument pas à l'arrière, et rien ne venait l'apporter. C'est, pour ma part, le point le plus dommage de cette édition; J'espère que ça changera. J'ajouterai que les remarques et réflexions sur les danseuses par les mecs en échasse était franchement gonflantes, et se rapprochaient pas mal du harcèlement, ce qui rappelle que les rapports de forces restent les mêmes au sein d'un groupe....

Cela dit, j'ai eu vent d'une réaction, celle d'André Bitton, président du Cercle de réflexion et de proposition d'actions sur la psychiatrie CRPA) qui a expliqué ne pas participer à la Mad Pride car "La situation faite aux malades (mentaux) en France est indigne et ne mérite pas un défilé festif, mais plutôt des défilés revendicatifs en bonne et due forme."

Déjà, j'aimerais préciser qu'il faut faire attention, Ouest France laisse entendre que cette déclaration serait commune au CRPA et à l'UNAFAM, mais les autres journaux n'indiquent rien de ce genre. J'ai donc lâché ma première pensée à base de "en même temps l'UNAFAM je vois même pas pourquoi ils parlent encore." et j'ai envie de répondre à cette idée que quelques autres personnes ont trouvé pertinente.

Je l'ai dit, depuis un bout de temps, j'aimerais bien que la Mad Pride soit plus politisée, plus revendicatrice, plus militante. J'aurais aimé qu'on puisse parler un peu plus de ces personnes qui n'ont pas pu venir à la Mad Pride à cause d'abus de la psychiatrie, comme l'ami d'une amie à moi qui a accepté une hospitalisation libre mais s'est vu hospitalisé par "erreur administrative" en HO, ce qui l'a empêché de sortir pour venir à la Mad Pride. J'aurais aimé dire que c'était aussi pour lui qu'on était là. Parce que lui, justement, ne le pouvait pas, précisément à cause de la "situation indigne" dont parlait monsieur Bitton. C'est, cela dit difficile d'être très politique, car il y a beaucoup de désaccord entre les différentes associations s'y trouvant, certaines appellent à la sectorisation, d'autres la condamnent. Certaines sont pro-psychanalyses, d'autres anti-psychanalyse etc. etc. Pour autant, ce défilé festif est sans aucun doute le plus politique qui soit, et le plus revendicatif. Il pourrait l'être plus, mais certainement pas en en retirant le caractère festif. C'est ce caractère festif qui prend à contre-pied totalement l'image sociale placée sur les troubles psys. Combien de fois voyons-nous des personnes considérer comme la fin du monde le diagnostic d'un trouble psy, voire même le simple fait d'aller voir un-e psy ? Combien de fois avons-nous entendu des personnes en faire une sorte de "point final de l'existence" de quelqu'un ?

L'année dernière, alors que je distribuais des flyers, un homme m'avait demandé "mais vous êtes tous fous ?". J'avais répondu "Ici, pratiquement. Y a quelques personnes qui sont des proches, mais la majorité...". Et il avait dit "C'est dingue, vous avez l'air de gens comme les autres..." puis après quelques secondes. "En fait, vous êtes des gens comme les autres." Entre l'image qu'il avait des troubles psys et ce qu'il y avait en face de lui, il y a eu un court-circuit. Qui y a-t-il de plus politique qu'un court-circuit dans l'imaginaire des personnes ?
Le court-circuit ne se suffit pas à lui-même. Il n'est qu'un début. Il faut poursuivre ensuite, je n'en doute pas un seul instant. Mais le court-circuit est le meilleur moyen d'amener une personne à réfléchir. L'image que les gens ont de nous, et notre réalité n'ont rien à voir. Iels voient une population de "fou dangereux", la réalité est que nous sommes nettement plus victimes de violences physique ou sexuelles, comme de meurtres et pas plus enclin à en commettre. Iels voient chez les dépressifs des personnes "éternellement triste". La réalité est bien plus complexe. Ce défilé fait exploser cet imaginaire.

Enfin, il y a une seconde raison pour laquelle un défilé de ce genre doit être festif: Pour nous. Pour ce court moment où l'on est dans la rue, ou l'on parle, au sein d'une longue marche, de troubles, ou même, simplement, sans parler, mais parce qu'on se laisse exister. On ne tapit pas la réalité de nos troubles dans l'ombre, on l'expose, en cet instant, en pleine lumière, on la revendique. C'est l'une des rares fois, si ce n'est la seule fois, où je me sens à mon aise dans une marche, et pas comme un infiltré. C'est aussi le seul moment où une personne lira sur un panneau "tu es phobique, dépressif, bipolaire, schizo, Tu es mon pote". Combien de personnes auraient eu besoin de lire ça à un moment ou un autre ? Ce n'est même pas "pas un monstre". C'est "on est dans le même bateau, ramène toi".

(le genre d'image qui peut me faire chialer)
Alors oui, je revendique mon droit à faire cette fête, je souhaite, sans aucun doute, plus de politisation de la marche, mais je ne souhaite pas un seul instant qu'elle se fasse au détriment de son caractère festif. C'est peut-être même justement parce que la situation en France est indigne et inadmissible qu'il faut faire la fête. Qu'au moins à un moment dans l'année, on puisse être dans un espace public, existant, rayonnant. Qu'en cet instant on puisse dire:

"Fou. Et alors ?"

dimanche 7 juin 2015

Mieux vaut des ennemi-e-s que des mauvais-es allié-e-s

A plusieurs reprises, j'ai eu des personnes qui m'expliquaient que l'UNAFAM, certes, étaient de mauvais alliés, mais quand même, c'est mieux que des ennemis. Et... j'avoue que je ne suis absolument pas d'accord avec ça. (pour contexte: UNAFAM, union nationale des amis et familles de malades psys, association qui a porté des lois liberticides et stigmatisantes envers les personnes souffrant de problèmes psys, et se fait passer pour "allié". Ils veulent être là à la MAD PRIDE, et y seront sans doute.) Lana avait écrit sur ce point d'ailleurs, "je préfère Sarkozy à l'UNAFAM". Et j'approuve

Je pense que pour expliquer le problème, rien ne vaut une métaphore. Considérons que vous venez d'emménager. La majorité de vos affaires sont à l'extérieur, dans la rue, et vous avez besoin d'aide pour les rentrer et ranger.
Un-e bon-ne allié-e va venir vous poser des questions sur l'emplacement d'une ou l'autre chose, sur la manière dont iel peut aider, et prendra même peut-être des initiatives, mais s'iel fait de la merde, iel corrigera.
Les ennemis vont simplement passer dans le coin, tenter de voler des affaires dans la rue. Il suffit simplement de les surveiller. On les repère, on fait gaffe, on les combats.
Le problème avec les faux alliés, c'est qu'iels font n'importe quoi. Iels ramassent une affaire, voire la poubelle du voisin et viennent la foutre dans votre chambre. Iels récupèrent votre porcelaine et l'installe dans les chiottes, iels prennent la glacière avec le repas prévu pour tout le monde et la vide dans votre lit, tout ça sans vous écouter, en refusant de se remettre en question et en vous méprisant quand vous leur dîtes d'arrêter ou de faire comme VOUS voulez, parce qu'après tout, merde, c'est VOTRE appartement que vous installez... (et qui peut même venir chouiner qu'iel ne viendra pas aider si on est méchant)
Mais du coup, iels font énormément de dégâts. Vous devez vérifier CHAQUE chose qu'iels font (ce qui au final revient à faire le travail) et si vous les perdez de vue un seul instant, il vous faut vérifier tout l'appartement au cas où. Mais en plus de ça, comme iels donnent l'impression d'aider, d'autres personnes font comme elleux. Bah oui, une personne passe, voit, et décide de filer un coup de main, suis son exemple et fait également de la merde, tout en étant persuadé de bien faire "puisqu'elle suit l'exemple". Du coup, un-e mauvais-e allié-e, ce n'est pas juste "à peine moins de travail" ni "autant de travail" c'est "plus de travail". Un-e mauvais-e allié-e, c'est même plus de travail qu'un-e ennemi-e.

J'arrête là la métaphore (qui est une illustration, un moyen d'expliquer, pas une fin en soi) pour revenir au sujet: l'UNAFAM et la Mad Pride. (by the way, celle-ci a lieu à Paris le 13 juin; je ne suis pas encore certain de pouvoir y être mais je l'espère fortement, et ce sera sans doute au cri de ralliement "ni anathème ni UNAFAM" que me proposait une connaissance)
Je ne pense pas qu'on puisse se permettre de ne pas attirer l'attention sur le danger que représente l'UNAFAM. Leur nom est extrêmement attirant pour toutes les personnes qui sont des amis/familles. Pour toute personne n'ayant pas de trouble psys, l'association qui semble la plus logique à joindre reste l'UNAFAM. De ce fait, l'UNAFAM est beaucoup plus dangereuse pour les usagèr-e-s en psychiatrie et plus généralement pour les personnes ayant des problèmes psys que des personnes militant directement pour nous enfermer. Ils sont cette personne dont je parlais, qui dit vouloir aider, fait n'importe quoi et fait de gigantesques dégâts, tant par ses actions que par le fait qu'elle en entraîne d'autres à faire de la merde à leur tour.

Donc non, on ne peut pas se permettre de laisser passer l'UNAFAM parce qu'on est peu nombreux. En fait, c'est même le contraire. Parce qu'on est peu nombreux, on peut encore moins se permettre de la laisser passer.

samedi 30 mai 2015

Compilation #4: Troubles psys & neuroatypie; sites d'entraides, témoignages, informations et/ou luttes

Mai était le mois pour la santé mentale. Sur twitter, vous pouvez retrouver beaucoup d'informations via le HT #endtheStigma.



Pour ma part, j'ai décidé de lister tout ce que je connaissais comme lieu d'internet de témoignage, d'entraides, d'informations et de lutte concernant les troubles psys. Il est tout à fait possible que des personnes aient eu une mauvaise expérience de l'un ou l'autre de ces lieux. D'une part, le fait qu'il y ait eu mauvaise expérience d'une personne ou l'autre ne signifie pas qu'elle sera mauvaise pour touteS. D'autres parts, je ne connais pas tous ces lieux d'entraides. Certains m'ont été donné par des connaissances, d'autres par farfouillage personnel du net etc. Donc s'il y a un site pro-unafam dans le tas ou quelque chose d'aussi immonde, ne pas hésiter à me le signaler, je l'ôterais.
Dans le même temps, si vous avez un autre lieu sur le net que vous connaissez, n'hésitez pas à me le signaler, j'aimerais bien tenir cette liste à jour autant que je le peux.
Je m'auto-pub un peu dans cette liste, j'avoue, c'est couillon, mais j'ai pas trouvé d'autres articles pour remplacer les miens; encore une fois, si vous en avez, ou en trouvez qui manque, envoyez.

I] Entraide, soutien ; méthode

a) sites communautaires

http://www.automutilations.info site d'informations et de soutiens concernant l'automutilation. Forum d'entraide (petite taille) disponible ici;

Am-entraide Forum d'entraide, grande taille, non centré sur l'automutilation malgré le titre.

Trouble du comportement alimentaire Groupe facebook d'entraide pour des personnes ayant des TCAs

ça ne va pas, aide-moi Tumblr de soutien entre individus

Vital Forum d'entraide (petite taille) non centrée sur un problème en particulier.

Espoir forum (grande taille) plus axé communauté de discussions avec de l'entraide.

BUS Forum anglais ; très grande taille ; soutien et entraide.

Bipotes forum d'entraide entre personnes bipolaires

Neuroatypie et intersectionnalité groupe entre neuroatypique 

Solidarité Anorexie-boulimie 35 Groupe d'une assoc'; elle indique aussi faire des groupes de paroles à Rennes tous les mois.

état limite forum centré sur le TPL; trouble de la personnalité limite (borderline)

Atoute.org forum tenu par un médecin, sérieux et bien modéré, avec des catégories psys.

b) méthodes ; astuces etc.
traverser une crise

Le master-post du self-care de Lah-disputes

Si vous vous sentez suicidaire lisez ceci 
version anglaise
Hotline suicide 
France
Belgique
Suisse

Très grande liste anti-automutilation
Guide des antiseptiques
Guide de premiers secours

autisme ; idées et astuces (pour enfants et parents)

II] Témoignages

blog sur les violences sexistes

les relations toxiques et comment se sauver 

Il faut parler de la folie par @JaytheNerdKid
Version originale (anglais)
Traduction

Schizophrénie;
Le blog de Lana

Dyspraxie:
Le blog d'Eli
Dyspraxic Panda
(en)

Le blog Philomele
Blog de réflexions autour du vécu traumatique et de la réappropriation des corps, de l'identité de genre, des sexualités et de l’expression pornographique.
Particulièrement, je vous invite à lire : Comprendre le PTSD après un viol.

Les voix dans ma tête ; le témoignage d'Eleanor Longden :

I do not have an eating disorder (anglais ; TCA);
BD concernant les TCAs

trouble bipolaire & schizophrénie :

La vie d'un bipolaire 

III] S'informer ; découvrir

Lelabpsy ; chaine youtube d'informations sur les troubles psys. Très bonne qualité.

gyn&co ; liste de soignantEs féministes
Note: j'ai conscience que ça peut paraître étrange pour certainEs, mais les personnes ayant des troubles psys étant bien plus victimes de violences, et notamment de violences sexuelles, cette liste me paraît on ne peut plus appropriée.

L'anorexie pour les nulles

Petit mode d'emploi face à une personne avec des troubles psys
Comment réagir ?

Introduction aux triggers warnings
Utiliser des triggers warning et pourquoi les refuser est psychophobe :
Réflexion sur les usages du trigger warning

Le compte twitter de santementale.fr: SanteMentale

courte bibliographie sur les TCAs :

III] lutte politique :

Page facebook d'SOS psychophobie, collectif féministe défendant les droits des usagèr-e-s de la psychiatrie : twitter ; @sospsychophobie

Contre l'UNAFAM :
je préfère Sarkozy à l'UNAFAM chez Blogschizo (+ globalement tous les articles taggés sur l'UNAFAM)

Psytoyens fédération belge d'associations d'usager en santé mentale :

groupe anti-grossophobie/fat-shaming :
public
privé

Droit des personnes hospitalisées sous contrainte :

samedi 16 mai 2015

volée musicale #7

ça faisait un bail, j'ai trop de chansons que je commence à paumer ><. Inspiré par l'idée que j'ai vu de chercher à lire des livres n'étant pas le fait d'HSBC (parce que ce sont les plus visibles, donc chercher moins visible permet de trouver des pépites), j'ai cherché à faire pareil niveau musique. ça a donné pas mal de découvertes, je ne regrette vraiment pas.

Je vais commencer par le rap, vu que j'ai eu pas mal de découvertes ces derniers temps.

La plus récente: la Gale. En particulier le passage d'une frontière et, ma préférée, passe ton chemin fais ta vie

La suivante, Sianna, avec Quoiqu'il en soit et j'reste quand même

On sort du rap, et reprise de Britney Spears par Yaël Naïm: toxic. Elle a fait aussi Dream in my heads et j'adore m'endormir en écoutant sa voix. Le tout est mélodieux, de bons rêves s'en suivent. En général, surtout des rêves intéressants, et étant assez amoureux de rêver, je ne peux qu'approuver.

Je continue avec Selah Sue. Bon, je ne la découvre pas elle, mais je l'oublie continuellement ce qui est honteux parce que c'est juste magnifique ce qu'elle fait. Forcément, je peux pas faire autrement que partager Alone et this world. Elle a aussi fait please avec Cee-lo Green que je n'ai pas encore eu le temps de découvrir.

J'ai aussi découvert Nicodemus avec Mystery of life (chanté avec Andrea Montiero), mais je n'ai pas encore écouté le reste. (à faire)

Je termine avec Noora Noor; Someone you use et Dedication. C'est beau.

Je m'arrête là, j'ai une volée musicale à refaire très rapidement, parce que j'en ai d'autre, mais si je poursuis, je vais surcharger celle-là.

dimanche 26 avril 2015

Pourquoi ne me répond-elle pas ? Pourquoi est-elle agressive ?

Petit guide de réponse à la question que beauuuucoup d'hommes cis se posent quand ils viennent parler à une féministe et qu'elle ne leur répond pas ou le fait agressivement: pourquoi ?

Je vais tenter de répondre à ces questions rapidement.
Premièrement, j'aimerais rappeler que personne n'est tenu de vous répondre. Il est récurrent de voir des personnes dire « je donne mon avis, tu donnes le tiens, c'est le principe d'un débat », mais ce débat, nul n'est tenu de l'avoir avec vous. La question « pourquoi ne me répond-elle pas ? » si elle est posée dans l'idée d'avoir une justification, est donc inepte. Personne n'a à justifier de ne pas vous répondre.

On peut cependant expliquer pourquoi une personne ne répond pas ou répond de façon agressive. Premièrement, il faut comprendre que la majorité des réactions à des femmes ayant des propos féministes sont tellement stupides que les féministes ont écrit un bingo là-dessus; plusieurs en fait, en voici un (pris au hasard très sincèrement), récupéré sur le blog les furies

Chacune de ces réflexions a été débunkées à de très nombreuses reprises, un peu partout, c'est le b.a.ba du féminisme. Aussi, devoir répéter pour la millième fois quelque chose peut rendre agressive, voire donner envie de ne pas du tout répondre.

Deuxièmement, un proverbe féministe dit : « derrière chaque homme convaincu il y a dix féministes épuisées » traduisant le fait que dans la majorité des cas, les hommes refusent littéralement toute remise en question, et que pour une discussion qui fait ouvrir les yeux, il y en a un grand nombre qui finissent par des insultes sexistes. Cela n'encourage pas non plus à répondre, et encore moins à le faire sans agressivité.

Il y a encore une troisième raison, c'est l'utilité de l'agressivité. Elle en a deux. D'une part, lorsqu'une personne subit du mépris ou des injures lorsqu'elle s'exprime avec calme, elle subit beaucoup plus de violence, puisqu'elle doit à la fois gérer la violence de l'autre, se brimer elle-même dans sa colère. D'autre part, l'agressivité permet de sortir d'une situation passive, et donc de ne pas subir diverses violences psychologiques que peuvent entraîner la passivité face à la violence. (et oui, l'idée du « ignore-les ça passera » est une connerie)

La quatrième raison peut venir, purement et simplement, de votre provocation. Dans un très grand nombre de cas, j'ai pu remarqué que des personnes adoptaient une attitude provocatrice à l'égard des féministes comme manière de débuter la conversation, puis s'en défendaient ensuite d'ailleurs.

Enfin, il y a aussi le fait que les féministes sont victimes, de façon récurrente, en sus des hommes venant leur expliquer la vie sur un sujet qu'ils ne connaissent absolument pas via des phrases du bingo, de beaucoup violences lorsqu'elles parlent de leur vécu ou quand elles osent pointer du doigt le sexisme dans la société.

Ci-joint, je prends l'exemple de @InfernaleSky qui a publié sur twitter des tweets concernant le HT #jesuisfeministequand. En environ 48h, elle a reçu plus de 200 tweets haineux, certaines personnes restant même plusieurs heures pour l'insulter.

Vous vous rappelez du bingo ? Regardons rapidement.

(cliquez pour agrandir)
16 cases sur 25 sont remplies en 48h.
16 cases. Sur les 25. Et certaines réactions ont eu lieu jusqu'à une dizaine de fois. (je pense notamment aux propos psychophobes; probablement un biais de vision cela dit, pas sur que ce soit le plus courant, mais c'est celui que j'ai remarqué le plus, émises par 8 personnes différentes et 14 fois en tout, sur 33 intervenants et 209 tweets ; soit un joli quart des intervenants et 7 % des tweets envoyés).
Parallèlement à cela, aucun intervenants n'est venu poser une question.
Ci-joint, le détail de chacun des premiers tweets envoyés à @InfernaleSky par les intervenants en questions.
tweetainfernalesky.odt (TW: psychophobie, misogynie, injure etc.)
Le détail des tweets (screenés) est disponible ici (TW: psychophobie, misogynie, injure; c'est assez violent etc.)

On peut constater d'une part qu'aucun intervenant n'a posé de questions, que l'immense majorité ont été insultants ou agressifs. Si on y rajoute le mépris, on a la quasi totalité… et dans les tweets neutres, il y a Mrwilsonlor, qui, par la suite, l'a insulté de conne, de folle et lui a fait un gigantesque pavé d'injure via medium tellement un tweet ne suffisait pas (cf les sources, violence38.jpg). Ce que j'essaie de dire ici, c'est que même un tweet neutre n'indique absolument pas qu'on a affaire à une personne cherchant véritablement à discuter, et que, dans un contexte où l'immense majorité ne le cherchent pas, et veulent juste agresser, il est logique que des féministes ne répondent pas à quelqu'un ou le fassent agressivement.

Donc, s'il t'arrive, toi, de bonne foi, de chercher à discuter avec une féministe et qu'elle refuse de te répondre, rappelle-toi qu'elle a ses raisons. Rappelle-toi aussi qu'elle a le droit, donc ne cherche pas à la forcer à te répondre, que ce soit en la harcelant de tweet ou en changeant de compte pour "t'expliquer" parce qu'elle t'a bloqué.
Enfin, si toi, tu considères qu'en tant qu'homme pas sexiste, tu aurais le droit à une réponse, ou à ce qu'elle ne soit pas agressive avec toi, je t'invite à aller lire cet article.

samedi 25 avril 2015

Systémique & individuel pensées #9

Cet article est pour toi, l'homme pas sexiste. Tu as peut-être été envoyé ici parce que quelqu'un t'a dit que tu l'étais et que tu t'es insurgé, ou parce qu'au détour d'une conversation, on t'as renvoyé à ton statut d'homme par une insulte de type « mâle » « sale mec » etc., ce que tu considère comme du sexisme anti-homme. Ou peut-être juste que tu passes sur le blog, et que tu te considères comme n'étant pas sexiste. Ça suffit pour que tu le lises en fait.

Si je te demande de me décrire quelqu'un de sexiste, il est fort probable que tu me parles d'un homme qui traite les femmes comme des merdes, les méprise, et exige d'elles qu'elles restent à la maison s'occuper des enfants. En tout cas, ça n'est pas toi, c'est certain. Et si tu as raison concernant la première phrase en effet, le problème est que ce n'est pas que cet individu. Et c'est là tout le problème de cette idée visant à séparer la société entre « sexistes » et « pas sexistes », selon un schéma très manichéen entre gentil et méchant.

Politiquement parlant, nous sommes élevés, depuis notre plus jeune âge, à considérer que la société est un amoncellement de relations individuelles.
Quand on nous dit que « Salope » est misogyne, on est enclin à penser que « salop » est misandre, par simple effet d'inversion. De manière générale, on est enclin à penser que si le sexisme envers les femmes existe, alors le sexisme envers les hommes existe, que si le racisme envers les noirs existe alors le racisme envers les blancs existe etc.

Mais pourquoi, en ce cas, avoir nommé « sexisme », « racisme », « transphobie », sachant que je peux haïr quelqu'un pour tout un tas de raison. J'ai déjà été haï parce que je portais un chapeau. Y a-t-il une chapeauphobie ?
Nullement, et c'est bien là le point. Quand on parle de système, on parle d'une société toute entière bâtie sur une hiérarchie. (les hommes privilégiés, les femmes opprimées, les blancs privilégiés, les personnes de couleurs opprimées etc.)
C'est bien pour cette raison que ces luttes (le féminisme, l'antiracisme etc.) existent. Non pas parce que le sexisme ou le racisme serait plus courant, mais parce que la société est basée sur une hiérarchie, et que le problème ne se situe pas au niveau individuel mais au niveau de la société elle-même, au niveau systémique.

Un des exemples les plus simples pour saisir que le problème du sexisme ne se situe pas au niveau « des méchants sexistes », mais bien de la société toute entière, est celui de la différence de paie ( quelques infos dessus  ). Si l'on considérait que le problème était purement relationnel, ces statistiques n'auraient aucun sens.
Ça signifierait que, dans une société non-sexiste, les postes des personnes fixant les paies et jugeant les promotions seraient accaparés par des sexistes, et pas le reste de la société ?
En revanche, quand on considère le caractère systémique, il y a une explication très simple : à travail équivalent, les hommes sont vu plus compétents que les femmes, et ont donc plus facilement de meilleures paies ou un avancement.

Et c'est pour cela que le sexisme anti-homme n'existe pas. Dans l'idée d'une relation individuelle, évidemment que vous pouvez être haï ou méprisé parce que vous êtes un homme, mais ça n'est pas le problème. En tant que système, le sexisme privilégie les hommes ( exemple ) et violente les femmes. Il établit une hiérarchie pure et simple avec des privilèges pour certains, et des violences pour d'autres.
Afin qu'il y ait un « sexisme anti-hommes » ou de la misandrie, il faudrait, ni plus ni moins, que ce système soit inversé. Ce n'est pas le cas.

Mais alors, qui est sexiste ? Hé bien tout le monde en fait. Être sexiste est la version par défaut livrée par la société. Attention, je ne dis pas qu'on naît sexiste, je dis que l'on grandit dans une société qui l'est, et qu'on est conditionné par elle. Ne pas être sexiste, c'est un travail, ce n'est pas quelque chose qu'on serait comme ça, par défaut. Et si tu n'as pas travaillé à dégager ton sexisme, c'est que tu l'es encore, ça c'est une certitude. (et si tu penses que tu as fini ton travail, je t'invite à recommencer, parce que c'est peu probable)

On commence par quoi ?
Hé bien je dirais qu'en premier lieu, on commence par l'humour parce que c'est le point le plus complexe en général, celui que tout le monde défend comme ne posant pas problème. « Une blague sexiste, ce n'est pas une personne sexiste ». Et sur ce sujet, je vous renvoie à cet article, compilation de source que j'ai effectué expliquant en quoi l'humour oppressif est dangereux, et, non seulement pas du tout hors-réalité, mais en fait, la renforçant encore plus qu'une phrase sexiste non-humoristique. Si la majorité des études sont en anglais, il y a cependant plusieurs articles, en fin de page, qui sont en français pour celles & ceux qui ne sont pas anglophones.

samedi 28 mars 2015

Pensées #8 "ils ne font de mal qu'à eux-mêmes"

Le danger, dans un mouvement qui combat une oppression est de la combattre en combattant le cliché dont sont affublé.e.s les concerné.e.s sans combattre la réflexion derrière ce cliché. Ce faisant, on ne combat pas l'oppression, on est juste dans la politique de respectabilité. Ce sont les femmes qui refusent d'être « comme les autres, superficielles etc. », ce sont les homos qui refusent d'être efféminés, ce sont les personnes avec des troubles psys qui « ne font de mal qu'à eux-mêmes ».

La politique de respectabilité, c'est de combattre le cliché à base de #notall sans combattre l'idée derrière le cliché. #notall femmes sont superficielles ne supprime pas le cliché que les femmes le sont. Elles ôtent juste la/les femme.s qui se mettent en dehors de ce cliché. #notall personnes avec des troubles psys font du mal aux autres ne supprime pas le cliché du fou, ça fait simplement une scission entre des bons et des mauvais fous.
Or, le problème avec les clichés oppressifs, est qu'ils cristallisent une violence. Et c'est le concept derrière cette violence qu'il faut combattre, et non le cliché en lui-même. L'important n'est pas de séparer les fous entre les bons (qui ne font de mal qu'à eux-mêmes) et les mauvais (qui font du mal aux autres) mais de s'attaquer aux idées qui se trouvent derrière.


Comment fonctionne le lien entre maladie mentale et violence ? On peut considérer l'approche individuelle, à savoir des individus extrêmement violents qui ont donné l'image de la folie, et celle-ci s'est peu à peu transformé en science qui a intégré de nombreux autres cas, gardant le cliché intact. On peut également considérer l'approche systémique, à savoir le fait que lorsqu'un individu proche de l'homme blanc cis het aisé valide NT commet une atrocité, celle-ci est généralement étudiée sous l'angle du problème psy, là où d'autres individus seront réduits simplement à leur groupe opprimé.

En fait, il est plus que probable que les deux se conjuguent. Dans les temps anciens, pour protéger les oppresseurs, on invoquait le démon qui les avait pris. Le démon s'est juste, peu à peu, vu remplacé par la science, et on invoque désormais la maladie mentale.
La maladie mentale a toujours été un outil pour séparer la population. Séparer la population entre ceux qui tuent et les gens normaux. Séparer les tueurs qui sont du groupe oppresseur (qu'on explique par la folie) et ceux qui sont d'un groupe opprimés (qu'on expliquera par une essentialisation du groupe opprimé).


Cette séparation est extrêmement dangereuse. Premièrement, elle permet à la société de ne pas se remettre en question sur son système. C'est un individu, avec tel problème psy. Le problème psy est considéré comme une fin. On étudiera ni les raisons de son apparition, ni la manière dont il est traité socialement. On se permet simplement d'excuser l'acte en le justifiant par la maladie mentale.
Ce faisant, on stigmatise la dite maladie mentale. Car si on excuse un acte par la maladie mentale, alors ça signifie que la maladie mentale en question = cet acte. La première réaction, donc, est la politique de respectabilité. « Tous les insérer ici le nom de la maladie ne font pas ça ». Mais c'est une mauvaise réaction. Au contraire, il faut refuser littéralement que l'on excuse un acte par la maladie mentale. La maladie mentale n'est pas une excuse. La maladie mentale permet de savoir s'il faut aider une personne après une violence. La maladie mentale permet d'étudier la manière dont on aurait pu l'aider avant l'acte de violence. Mais la maladie mentale n'excuse en aucun cas l'acte de violence.



Prenons le cas du co-pilote de l'A 320. La première réaction a été de chercher un attentat terroriste en demandant s'il était musulman, arabe, à « nom à consonance pouvant laisser penser à un attentat suicide ». Première réaction : on cherche le bouc émissaire parmi le groupe opprimé le plus violenté actuellement. On découvre ensuite qu'il est blanc. Immédiatement, on passe au trouble psy.
Notez ici que personne ne s'est jamais demandé si les frères Kouachi avaient des problèmes psys. Si Andreas s'était appelé Mohammed, personne n'aurait jamais demandé s'il avait des problèmes psys. C'est donc bien ici qu'on cherche une raison à l'acte. Dans le cas d'Andreas, la raison est trouvé : la dépression.
Que se passe-t-il ensuite ? Hé bien il se passe RTL et des personnes indiquant en direct qu'elles trouvent « grave » qu'une personne ayant des antécédents de dépression grave puisse être embauchée. Et voilà comment de l'excuse d'un individu on aboutit à la stigmatisation de toute une population.
Évidemment, en face, ça commence à bouger. Et la réaction est bien « mais les dépressifs dans la majorité ne font de mal qu'à eux-mêmes ». C'est une réalité. Mais là encore, c'est faire une distinction entre les dépressi.f.ve.s qui ne font du mal à elleux-mêmes et celleux qui font du mal aux autres aussi.
La dépression n'a ici, aucun foutu intérêt. La dépression peut être indiquée pour savoir comment aider la personne. Et que la personne soit violente ou pas, elle a droit à de l'aide. Ici, la personne est morte. Il n'y aura pas d'aide. La dépression peut être indiquée dans des études pour aider d'autres personnes. Ici, on parle de journalistes. Pas d'études. La dépression n'est là que pour justifier l'acte. Et c'est ça qu'il faut combattre.

La maladie mentale n'excuse pas la violence.
La maladie mentale peut justifier l'aide à apporter.
La maladie mentale peut justifier une modification des structures et pointer du doigt la violence sociale.
La maladie mentale n'excuse pas la violence.



Je vais parler un peu de mon cas, puisque j'ai la « chance » d'être au trois quart d'un côté, à un quart de l'autre. Je dis à un quart, car c'est un épisode de ma vie qui ne devrait pas se reproduire.
Entre mes 20 et 22 ans, j'ai été sujet à plusieurs crises psychotiques qui avaient toutes le même schéma. 1 heure après m'être endormi, je me réveillais en train d'étrangler ma petite amie en hurlant à la mort (jusqu'à devenir aphone), avec un bleu sous un de mes ongles. Je ne reviendrai pas sur les raisons de ces crises, elles ont été clarifiées par la suite, ce qui ne m'empêche pas, cinq ans plus tard, de continuer à avoir des pics d'inquiétudes aléatoirement lorsque je m'endors à côté d'une personne après une engueulade ou dans une situation de tension, bien qu'il n'y ait aucun risque que ça se reproduise.
A l'époque, j'ai été mis sous antipsychotiques, ce qui a limité la fréquence des crises sans pour autant parvenir à les faire disparaître. Je ne suis donc pas, de par cet épisode de ma vie, dans « ceux qui souffrent ne font du mal à personne ». J'ai fait du mal. J'ai traumatisé une femme au point qu'elle n'arrivait même plus à être présente, même éveillée quand je dormais, au point qu'elle faisait des cauchemars chaque nuit. J'ai fini par vivre ce que j'appelle mes « six mois de vampire », où je rentrais au petit matin dormir chez mes parents, et revenait le soir pour passer la soirée avec elle et veiller la nuit afin qu'elle se sente en sécurité.
J'ai également blessé cette personne. Physiquement parlant, son cou avait des bleus. En disant « les fous ne font du mal qu'à eux-mêmes » ou même « la majorité des fous ne font du mal qu'à eux-mêmes », c'est moi aussi que vous renvoyez à l'étiquette « mauvais fous ». Attaquez-vous au problème. Le problème est qu'on considère que ce soit une excuse.


Je ne veux pas qu'on excuse mes violences par mes troubles psys. J'estime déjà d'une part que seules les personnes avec qui je compte avoir une relation proche ont à m'excuser ou pas. Les autres ont à fermer leur gueule parce qu'elles ne l'ont pas vécu ni ne risquent de le vivre. Et j'estime que ces personnes peuvent m'excuser ou pas. Je ne vois pas comment j'aurais pu considérer comme injuste que A. rompe à cause de ça (notre rupture n'eut pas lieu à cause de ça). Peut-être sur l'instant, comme toute rupture que l'on trouve injuste parce qu'on est encore amoureux.se. Mais pas par la suite.
La question n'est donc pas « est-ce que j'ai des troubles psys ». La question est : est-ce que je suis sincèrement désolé de ce que j'ai fait. Est-ce que j'essaie que ça ne se reproduise plus. Est-ce que je refuse d'agir ainsi et est-ce que je me bats pour que ça n'arrive plus ?
Ça, ce sont des raisons d'excuser mes violences. Mais mes troubles psys ne le sont pas. Tout au plus sont-ils un indice (et je dis bien indice et non preuve) de ma bonne foi. Rien de plus. Si une personne utilise ses troubles psys pour justifier sa violence, cette personne est une ordure. Point barre.



Qu'il y ait des troubles psys ne faisant de dégâts qu'à la personne elle-même, c'est tout à fait exact. Ils ne sont pas les seuls. N'oubliez pas que quand vous dîtes « je ne fais de mal qu'à moi-même », ce que vous faites, c'est accentuer la violence subie par celleux qui font aussi du mal aux autres.

L'oppression c'est pas un statut on/off, t'es opprimé.e/t'es oppresseur.e. C'est une échelle, et vous pouvez être sacrément privilégiés au sein d'un groupe opprimé. A vous de refuser la division et de refuser de vous rehausser en écrasant les autres.
Ou à vous de la perpétuer, et vous étonnez pas en ce cas de vous en prendre plein la gueule.

mercredi 4 mars 2015

Fessée; pourquoi vous me saoulez

"Il faut écouter les concernéEs".

Combien de fois je vois ça quand on en vient à des discussions sur la maltraitance des enfants...
Puis, dans le même temps, ces mêmes personnes expliquent qu'une fessée est de la maltraitance.
Ce qui fait de moi une personne concernée.
Une personne concernée qui n'est pas d'accord avec eux.
Une personne concernée à qui on dit de fermer sa gueule, à qui on hurle dessus que c'est honteux de venir parler de sa vie alors que des personnes en meurent. (Résumons: VOUS me mettez dans le même sac que les enfants battus à mort par leurs parents et VOUS venez me reprocher ensuite de parler de mon vécu ? VOUS vous foutriez pas de MA gueule par hasard ?)
Une personne concernée à qui l'on va doctement expliquer sa vie, lui donner des informations avec condescendance, voire commencer à psychanalyser pour expliquer que tel ou tel défaut provient de la violence subie.

Dans le genre foutage de gueule et hypocrisie crasse, vous saoulez.

Oui, j'ai été fessé et giflé dans mon enfance. C'était un châtiment qui pouvait advenir pour diverses raisons que je ne justifierais pas ici parce que ce n'est pas le but de ce billet. Je n'ai aucun soucis, aucune rancune, pas le moindre petit début de sentiment d'injustice vis-à-vis de ces châtiments. Je n'ai pas l'impression que mes parents aient jamais utilisé ça par facilité, et j'irais même jusqu'à dire que pour certains cas, je leur en suis plus que reconnaissant. Et puisque je suis concerné dans ce débat, j'aimerais qu'on me respecte dans ma pensée.
Quand on vient m'expliquer que ma peur de la violence / mes problèmes de mémoires temporels / ma bizarrerie (SI) vient de là, c'est une violence. (bande de trace de pneu, vous croyez pas que j'y ai réfléchi avant pour les deux premiers ? / le troisième je vais éviter d'y répondre, je deviendrai cruel)
Quand on vient m'expliquer que je dois fermer ma gueule parce que "moi j'ai été battu à coup de ceinturons" alors que je réagis à une personne disant que "fessée = maltraitance" c'est une violence.

Quand, en fait, vous considérez que vous n'avez à écouter les concernéEs que si celleux-ci sont dans votre camp, c'est une violence. Vous voulez mettre dans le même sac de "maltraitance" l'intégralité des fessées, gifles, coups de ceinturons, de pieds et autres ? Très bien, mais alors arrêtez de taire les personnes qui ne pensent pas comme vous.


Voir partout des personnes gueuler que les défenseurs des fessées sont toujours "côtés oppresseurs" et jamais "côté victimes", c'est d'un mauvais goût douteux. Quand on a vécu des fessées & des gifles et qu'on se signale comme n'étant pas contre, on se fait basher la gueule comme le cafard arrivé dans un trois étoiles avant un passage de goûteur Michelin.

Silencier les "mauvaises" voix chez les concernéEs, et n'écouter que celles qui vont dans votre sens, pour ensuite utiliser le silence que vous avez vous-même créé comme argument pour votre cause... L'hypocrisie devient presque un sport là.


Serait peut-être temps de se regarder dans le miroir, hein.


PS: Les réactions condescendantes à la "t'es une victime qui intériorise la violence" c'est aussi un excellent moyen de silencier les voix dissidentes hein... Just sayin'.

dimanche 22 février 2015

Les bons coins du net #2

On reprend quelques emplacements à ne pas oublier.

Déjà anglais http://poorlydrawnlines.com/ un site d'humour absurde bien sympathique avec notamment le très connu

Je poursuis avec Assignée garçon petit blog bien sympathique sur la transidentité. Vraiment à suivre. (régulièrement des nouveaux dessins)

Ensuite, je retourne à naumasq que j'ai découvert quand on cherchait une image pour notre groupe facebook d'échanges de recette végé/vegan (groupe interdit au militantisme on parle recette, venez si ça vous intéresse au passage). (l'image choisie:

Je continue avec une BD en anglais, leftycartoons qui est absolument géniale. C'est fin, c'est réfléchi, c'est clap clap fort. (petit TW, vu que les sujets abordés sont les oppressions, donc ça peut être dur selon les pages)

Je termine avec unedoucemaison.blogspot.fr, un blog en image plus que sympathique, et qui fait du bien à lire.

vendredi 13 février 2015

"Les Triggers warning ça sert à rien"; psychophobie en fanfare

Je ne vais pas revenir sur pourquoi les trigger warnings sont importants, ça fait genre et choses aléatoires l'ont déjà très bien fait.

Non, j'aimerais en fait signaler que l'intégralité des arguments contre les trigger warnings peuvent se résumer en une seule oppression: psychophobie.

En effet, les panneaux "attention danger" pour des dangers physiques sont disponibles continuellement dans notre société. Vous connaissez ça: Vous avez gagné, ces panneaux sont tous des panneaux signalant un danger physique. Ils préviennent tous du danger. Vous connaissez ça: Pareil, ce sont des panneaux mettant en garde. A l'arrière des pîles "ne pas avaler." Sur les paquets de cigarettes "nuit gravement à votre santé". Vous voulez un autre exemple ? Les FUCKINGS NOTICES DE MEDICAMENTS. C'est quoi d'autre le fait de signaler qu'il ne faut pas prendre tel médicament si l'on a tel maladie, ou tel autre traitement ou si l'on est enceinte ? C'est un attention danger.

Vous voulez pire ? Ceci est un fucking avertissement ! L'immense majorité des aliments possède une DLC.

Notre société est bourrée d'avertissement. Il y en a partout. Mais curieusement, on ne les remet pas en question, ou en tout cas, que du bout des lèvres, comme ça, on balance la blague "pourquoi il y a marqué sur ma tronçonneuse de ne pas arrêter la chaine avec ma main ou mon sexe" ? Et on se dit que c'est quand même ridicule. Mais ça s'arrête là.

Mais alors pourquoi, là où on se marre concernant certains avertissements ridicule (ne pas mettre le chat dans le micro-onde, ne pas arrêter la chaine avec le sexe) on ne se marre pas concernant les trigger warnings, et on s'énerve ?

Tout simplement pour la même raison que d'habitude: les problèmes psys sont considérés comme inexistants, comme des mensonges, des falsifications, comme quelque chose de faibles et dont on n'a pas à s'occuper, en deux mots par pure psychophobie. Les Trigger warnings ne sont guère que le pendant psychiques des "Attention danger". Mais peu importe à ceux qui vivent bien leur vie qu'une personne s'effondre à cause d'eux, dans l'idée sociale, cette personne n'a qu'à "s'endurcir". Parce que les problèmes psys ne sont qu'un problème de faiblesse.

On accepte les avertissements au danger physiques parce qu'ils sont communs à l'humanité toute entière, et parce qu'on les considère donc comme valable. On refuse les avertissement au danger psychiques parce qu'ils ne concernent pas tout le monde, et qu'on les considère donc comme un problème que la personne doit régler seule.

Les trigger warnings sont importants. La psychophobie tue.

mercredi 11 février 2015

Comment réagir ?

Je vais parler dépression, mais pas uniquement. Certaines réflexions seront là exclusivement concernant les personnes dépressives, mais d'autres seront là pour des personnes allant simplement mal. Parce que oui, certaines situations peuvent arriver suite à une mauvaise nouvelle, etc. Le fait d'aller mal n'est pas exclusivement de la dépression. (notons ici que je ne suis pas en train d'expliquer qui doit ou ne doit pas être dépressif, j'explique que la dépression n'est pas le tampon validateur du mal-être)

Il n'y a pas de méthodes miracles.

Je l'écris en gras, histoire que ce soit dit dès le début. Je vais donner des pistes de ce qu'il faut faire, de ce qu'il ne faut pas faire, de ce qui peut être fait, mais avant tout, il faut garder en tête que chaque individu est différent, que chaque situation est différente. Il ne faut donc pas hésiter à poser des questions à la personne. C'est la solution la plus simple. S'il y a quelqu'un qui sait ce qui peut l'aider, c'est elle. S'il y a quelqu'un qui sait ce qui ne l'aidera pas, c'est elle. Ce qui ne veut pas dire qu'elle saura forcément, mais la question se pose.

I] Le pire du pire ; la silenciation

J'aborde ici les réponses clichées les pires possibles, celles qui sont à bannir de votre vocabulaire, celles qui sont meurtrières.

1°) « Il y a pire dans la vie » ; le mythe de la relativisation.

Relativiser, ça peut être utile, en revanche, dire à quelqu'un de relativiser, c'est de la merde en barre. En faisant cela, ce que l'on risque d'obtenir dans l'immense majorité des cas, c'est que la personne se taise. Vous ne serez donc plus gênés par son mal-être. Mais son mal-être perdurera, augmentera potentiellement. En faisant cela, vous indiquez à la personne que vous vous préoccuper plus de votre confort de ne pas voir son mal-être, que de son mal-être en lui-même.

Il est possible de relativiser de façon saine. Ça peut se faire en montrant à la personne qu'elle a déjà été dans une situation similaire et qu'elle a réussi à s'en sortir. Ça peut être en l'aidant à se focaliser sur les choses plus simples qu'elle a à faire. Ça peut être en décomposant l'obstacle, puisque bien souvent, les gigantesques montagnes sont un assemblement de petites. Mais ça ne se fait pas par ce genre de phrase.

2°) les solutions « toutes-faites »

« Souris », « concentre-toi sur le positif » « Allez, remets-toi » « il faut que tu fasses X » et tout ce qui va avec, sont autant de conneries pures et simples. Ça ne marche pas. Tout ce que ça fait, c'est faire taire la personne. Ça ne l'aide pas à gérer sa douleur, ça fait que vous ne l'entendez plus encore une fois.

Vous pouvez, bien entendu, partager les solutions que vous avez utilisés. Mais faites-le avec humilité. Proposez les solutions. Il est plus que probable que la personne y ait déjà pensé, d'une part, d'autre part, votre situation n'est pas la sienne, vous n'êtes pas cette personne. Donc si vous voulez aider grâce à votre expérience ou l'expérience d'ami, proposez-la, ne l'imposez pas.

3°) Mettre l'accent sur les dégâts pour les personnes de son entourage

alors ça, c'est possiblement la pire chose à faire. Que ce soit « tu te rends compte à quel point c'est dur pour moi ? » ou « ça me fait mal » etc. c'est carrément dangereux parce qu'outre que ça silencie la personne, ça la culpabilise et l'attention du problème se centre à nouveau sur vous, ce qui peut, encore une fois, la conduire à se taire, à vous rendre votre zone de confort silencieuse, tout en la laissant s'enfoncer petit à petit ; Non seulement vous n'êtes pas le centre ici, mais bien la personne qui souffre, mais en sus, j'aimerais signaler que cette méthode de dépendance affective (le fait de devoir se museler et tenir pour les autres) est l'une des raisons pour lesquelles de nombreuses personnes ne voient pas les suicides arriver. Forcément, la personne tient, tient, et tient encore en se taisant pour ne pas faire souffrir vu qu'on lui a régulièrement fait comprendre qu'elle faisait mal. Elle survit pour vous jour après jour.

Et un jour elle ne tient plus.

Ce genre de réflexions est très courante après une tentative de suicide, et est également extrêmement destructrices. La personne va tellement mal qu'elle a pensé en finir avec sa vie. Venir la culpabiliser par la peur ou la douleur que vous ressentez est criminel.

4°) « Les suicidaires n'en parlent pas » / « tu n'es pas suicidaire »

Premièrement, ce n'est pas à vous de décider si la personne se sent suicidaire ou pas. Mes premières pensées de suicides sont aussi parmi mes plus anciens souvenirs, remontant à mes 5-6ans. Seule la personne sait si elle est suicidaire. Parallèlement, l'immense majorité des personnes qui se sont suicidées l'ont évoqué. En fait, le mythe des « suicidaires n'en parlant pas » n'est qu'un mythe destiné à faire taire les personnes suicidaires. Si une personne suicidaire en parle, écoutez-là.

5°) « Tu fais ça pour l'attention »

à nouveau, cela fait taire la personne. Cela dit, j'aimerais revenir en détail sur cette phrase.

Si la personne ne fait pas cela pour de l'attention, vous vous rendez compte de la violence des propos ? Ces propos ont sans aucun douté accéléré le suicide d'une de mes meilleures amies. Ces propos ont été dit par des soignants en hôpital psy. Ces mêmes soignants qui l'ont laissé partir alors que son psy & ses amis avaient alerté pour crise suicidaire. Voilà, littéralement, ce que vous risquez de causer.

Si la personne fait ça pour de l'attention, demandez-vous… à quel point va-t-elle mal exactement ? A quel point faut-il se sentir mal pour avoir besoin d'attention en se disant suicidaire ? Le mythe de la personne qui veut de l'attention et va bien est une connerie. Quand vous allez bien, vous n'avez pas particulièrement besoin d'attention.

Dans tous les cas, vos propos sont potentiellement meurtriers.

6°) supposer que le psy est une solution miracle.

« Va te faire soigner » et autre propos de ce genre sont extrêmement dangereux. D'une part, un psy n'est pas une solution miracle. Ce n'est pas parce qu'on voit quelqu'un que subitement tout va mieux aller. D'autre part, il y a des personnes qui fonctionnent différemment du reste de la société. « Va te faire soigner », confirme l'image « d'erreur de la nature » que la personne peut avoir d'elle-même, et peut faire de gigantesques dégâts. Le psy n'est pas une solution miracle. Le fait d'être différent n'est pas quelque chose à « soigner »

II] Les réponses maladroites

1°) Prendre dans les bras

ça, c'est une réponse courante, et qui peut faire plus de dégât qu'autre chose. Tout le monde ne supporte pas d'être pris dans les bras quand on va mal, et parmi ceux qui aiment ça, beaucoup ne supportent pas que ce soit fait sans prévenir. Prenez le temps. Demandez. « Est-ce que tu veux que je te prenne dans mes bras ? » Voire même asseyez-vous juste à côté de la personne, sans la toucher, et ouvrez vos bras vers elle, de sorte qu'elle n'ait qu'à faire un petit geste pour venir s'y loger. Non seulement vous lui offrez le choix, mais en plus vous montrez votre présence et vous limitez au maximum ce qu'elle a à faire pour avoir accès à ce que vous proposez.

2°) Aider la personne à dépenser le moins d'énergie.

Ça rejoint le point précédent avec l'idée qu'il faut faire en sorte de « prendre les rennes » (proposer quelque chose, le préparer etc.) tout en ne forçant pas la personne à le faire. Il est très important d'aider la personne à dépenser le moins d'énergie possible, car elle en manque.

3°) s'énerver d'un refus

C'est une erreur assez courante. Et c'est encore et toujours le problème de votre zone de confort. Lorsqu'une de vos propositions est acceptée, vous récupérez une portion de votre zone de confort personnel. Lorsque c'est refusé, vous ne la récupérez pas, et cela conduit facilement à de l'agacement « ah bah si tu ne fais rien » « moi je propose mais tu refuses tout le temps ». Rappelez-vous que vous n'êtes pas au centre du problème là. C'est l'autre. Si elle refuse, acceptez. Montrez-lui bien d'ailleurs que ça n'est pas grave qu'elle refuse, et que vous êtes prêt pour être au chose si elle a envie, ou pas. Restez ouvert au maximum.

4°) proposer dix mille choses.

C'est une réaction courante face à des refus. Surtout pas. Faut prendre le temps. Proposer quelque chose, c'est bien, proposer plein de choses, c'est risqué ; la personne va devoir choisir (difficile, surtout dans les mauvais moments), va se sentir pressée (douloureux), va culpabiliser (de ne pas savoir quoi choisir ou de ne rien vouloir)

Si vous proposez plusieurs choses, ne surtout pas hésiter à préciser un « ou rien, y a pas de soucis, je peux rester là » Que la personne garde son choix, et ne se sente pas pressée.

5°) Poser des questions ultra-directes

« Pourquoi t'as fait ça ? » ou encore « Qu'est-ce qui se passe dans ta tête ? » Toutes ces questions sont courantes après des tentatives de suicides, et extrêmement maladroites. La personne se retrouve forcée de se justifier. Il faut bien comprendre qu'une tentative de suicide (ou de l'automutilation ou autre comportement auto-destructeur) est une conséquence. En demande « pourquoi t'as fait ça » on centre le problème sur la tentative de suicide. Inviter la personne à en parler. « je suis là. » (voir le point 3 de la partie suivante) Dites-lui que vous êtes prêtEs à l'écouter si elle a besoin de parler etc. Ainsi, vous lui permettez de ne pas le faire, mais aussi de le faire. Vous lui laissez un choix qui peut lui permettre d'en parler quand elle saura comment faire, que ce soit maintenant ou plus tard. Vous pouvez parler de la trouille que vous avez eu, mais faites très attention à ne pas culpabiliser l'autre. La trouille peut être montrée pour montrer que vous tenez à l'autre. Simplement ne vous appesantissez pas dessus, passez directement à la suite.

III] Les choses trop souvent oubliées

1°) Poursuivez la relation

Une chose couramment oubliée, est le fait qu'une personne dépressive ou qui va « simplement » très mal (pas de nécessité de dépression pour aller mal) va facilement oublier ce qui la lie à quelqu'un d'autre. Il est courant de voir que la relation entre deux personnes finit par se limiter à ce qui ne va pas chez l'une. C'est dangereux. En réduisant la relation à ce mal-être, vous finissez par la détruire. Parlez à la personne. Partagez ce que vous partag(i)ez couramment. Ne faites pas tout centrer autour de ce qui ne va pas. Si iel en parle, écoutez, discuter. Abordez le sujet, mais si elle manifeste ne pas vouloir en parler, n'hésitez pas à orienter le sujet sur ses passions ou sur ce que vous avez en commun. Parlez de vous aussi. Ça peut paraître idiot, mais garder le contact, pour que ce ne soit pas juste le mal-être qui vous relie, est essentiel.

2°) Protégez-vous

ça peut paraître absurde, mais c'est majeur. On ne peut pas aider quelqu'un si ça nous bouffe. Non seulement, il y a le risque que vous craquiez, avec des dégâts immenses, tant pour vous que pour l'autre, mais en plus, ça se sent. Ça se sent quand une personne se laisse bouffer par l'aide qu'elle apporte. Et ça fait mal. Ça fait mal de sentir qu'on est responsable du mal-être de l'autre. Au final, ça peut être encore plus vicieux que le fait de dire à l'autre « tu me fais mal » que de se laisser bouffer par l'aide. Donc que ce soit pour vous-mêmes ou pour l'autre, protégez-vous. Aidez quand vous pouvez aider, précisez quand vous ne pouvez pas. Si vous sentez que vous perdez pied, n'hésitez pas à vous faire aider. Par un professionnel ou par des amis. Ne restez pas seulEs avec ça.

3°) Montrez une présence

ça aussi c'est un peu particulier. Je parle ici des personnes sur internet qui parlent de leur mal être, ou simplement par sms, ou autrement, je parle de ces moments où l'on n'a absolument aucune idée de comment réagir. Tout paraît vide, vain… dites-le. Je ne déconne pas. « Je ne sais pas comment réagir, mais je suis là au besoin. Si je peux faire quelque chose ». Personnellement, sur internet, je fais régulièrement du partage de musique quand je vois quelqu'un qui va mal. « Je ne sais pas comment réagir alors musique » avec un lien derrière. Non pas que je m'en débarrasse ainsi, au contraire, mais ça me permet de montrer que je suis là ; parfois d'inviter à la conversation quand il y a moyen, et parfois, quand on sent qu'il n'y a pas, de simplement montrer qu'on est là.


J'ai essayé de donner quelques indices, quelques « stops », cela dit, gardez à l'esprit que ça peut se résumer en trois mots : écoutez, demandez, proposez. Écoutez l'autre, proposez lui de l'aide. Demandez-lui ce que vous pouvez faire.

Prenez soin de vous, faites attention aux autres.

samedi 7 février 2015

Volée musicale #6

Allez, hop, on reprends, j'ai beaucoup à donner.

D'abord, on va commencer par Marina & The diamonds. Un groupe qui est mon petit crush du moment avec Sex Yeah, Teen Idle ou encore Starring role. C'est beau, c'est puissant, les textes sont bons, bref, que du bon quoi.

Je continue avec une chanson de Luciole de la ZAD de Testet (je précise, car il y en a une autre, et c'est pas la même): Garde la paix (oui c'est de côté, je sais) ou encore Je veux de l'amour

Continuons avec Jess Greenberg qui fait des reprises de chansons sur sa chaîne et qui a en sus d'un bon jeu, une sacrée voie. ça va de Nirvana à Led Zeppelin. Oui, elle a repris du Led Zeppelin

Je poursuis avec les tites nassels. D'eux, je conseillerais Avec ta jupe (introuvable sur youtube cela dit, donc lien exceptionnel Grooveshark). Attention, badante. La seconde moins, emmène moi est une chanson superbe.

Et je vais terminer par mon fou rire de ces derniers temps: Threw it on the ground ainsi que manipulez-nous mieux. (note: Didier super a quand même compris vachement de choses)

Plop.

vendredi 19 décembre 2014

Il faut qu'on parle de la folie Traduction #3

Pré-scriptum : Cet article a été publié par Jaythenerdkid (@jaythenerdkid sur twitter) sur le site The Rainbow hub. Il est disponible dans sa version anglaise sur The Rainbow hub.
La traduction reste l'oeuvre d'un amateur, n'hésitez pas à me signaler toute erreur ou formulation maladroite. Il me paraissait important, cependant, de traduire ce texte.

TW : santé mentale, auto-mutilation, suicide

Durant l'année 2013 seule, j'ai été diagnostiquée avec un trouble bipolaire de type 1, un trouble bipolaire de type 2, un syndrome de stress post traumatique, un trouble de l'adaptation, et, mon favori dans le lot, un trouble de la personnalité limite (plus connu sous le nom de Borderline ; NDT)

Je suis la cinglée contre laquelle vos médias de divertissement vous mettent en garde.


**

Le truc que j'ai découvert à propos de mes troubles psys est que tout le monde est un expert sur ce point, hormis moi.

Je veux dire, j'ai lu des portions du DSM-V – comme n'importe quel non-initié de toute manière – et j'ai une solide connaissance concernant les médicaments psychoactifs. Je dois en avoir une, puisque j'ai été sous un paquet d'entre eux – Avanaz, Cymbalta, Lexapro, Pristiq, temazepam, valium, quelques antipsychotiques atypiques – et j'ai besoin de savoir avec lesquels ils interagissent, depuis l'ibuprofen jusqu'à la pilule contraceptive. J'ai lu des études scientifiques reconnues sur la plasticité des synapses et leur réagencement. Je connais les bases de la psychothérapie et des thérapies cognitives et comportementales, puisque j'ai essayé les deux sur moi-même dans le passé.

Il y a aussi le fait, petit et insignifiant que j'ai été en école de médecine durant quatre ans. Je me préparais à devenir psychiatre pour enfant, si j'avais continué. Vous pourriez dire que j'avais un intérêt personnel à apprendre comment aider un enfant malade à aller mieux des années avant que la négligence de leur condition n'en fasse des personnes quasi-impossible à gérer (Merci papa, ce bouquin de développement personnel que tu m'as acheté en lieu et place d'un rendez-vous chez le docteur quand j'avais treize ans était définitivement l'équivalent d'années d'anti-dépresseurs et de thérapie)

Mais rien de tout cela ne fait de moi une experte, ou même simplement quelqu'un s'y connaissant un peu, parce que les personnes ayant des troubles psys sont – comme vous le savez grâce à la télé et aux films – des espèces de monstre de foires émotionnellement instables auxquels on ne peut accorder aucune confiance sur quelque sujet que ce soit. Les gens qui n'ont jamais vécu avec un trouble psy, à l'inverse, ont un master en « J'ai regardé Arte une fois et ils ont dit ça », et, de ce fait, sont pratiquement aussi instruits que des médecins.

Personne ne vous fait confiance pour vous connaître vous-même lorsque vous avez des troubles psys. Si je dis que je suis heureuse, j'ai tort, car je suis déprimée, et ne sais pas à quoi ressemble le bonheur. Si je dis que je suis triste, j'ai tort, car j'ai des troubles psys et je me sens toujours triste, et je fais un monde de rien du tout, et je suis probablement en train de faire semblant pour avoir de l'attention et je suis très probablement dépendante aux médocs de toute façon. Si je dis que je peux gérer quelque chose, j'ai tort, car je suis une invalide inutile avec un cerveau de folle, mais si je dis que je ne peux pas, j'ai tort car les personnes dépressives sont justes des faignants qui ne veulent pas gérer les problèmes de la vie. Et si j'ose m'appeler « malade » - ce que je suis, étant donné que je souffre de plusieurs maladies chroniques reconnues médicalement – j'ai tort parce qu'une maladie n'est pas une maladie à moins que les gens qui ne sont pas moi puissent me voir souffrir.


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Les personnes ayant des troubles psys sont constamment forcées par des étrangers à croire que leur expérience de leurs propres vies ne sont pas pertinentes.

Personne ne semble avoir pensé que ce n'était peut-être pas l'aide la plus utile à donner à quelqu'un qui ne peut déjà pas avoir confiance en son propre cerveau pour faire le travail de la manière dont il le veut.


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J'ai tenté de me suicider à trois reprises. La première et la troisième fois, j'ai été arrêtée par quelqu'un d'extérieur avant que je ne puisse finir le travail. La seconde fois, je me suis arrêtée moi-même entre le « défoncé » et le « mortel » et me suis retrouvé inconsciente quelques heures, jusqu'à ce que ma porte soit enfoncée par des officiers de polices répondant à un appel de détresse à propos d'une jeune femme qui allait s'ôter la vie, que je sois sortie de mon lit – contre ma volonté – emmenée à un hôpital où je fus gardée – encore une fois contre ma volonté – plusieurs heures durant par des personnes qui m'ont parlé comme si j'étais un enfant, et ont refusé de signaler à ma famille que j'avais été hospitalisée.

Que puis-je dire ? La vie est juste un petit peu plus difficile à vivre lorsque vos propres synapses travaillent contre vous pour créer des circuits électriques propageant continuellement un signal qui dit ta vie ne vaut rien dans votre esprit. Je voulais juste essayer de faire taire les voix.


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Ce ne sont pas des choses facile à partager. Je sais qu'elles vont être utilisés contre moi la prochaine fois que quelqu'un décidera qu'il aura un problème avec moi. Ça l'a été dans le passé. Des personnes anonymes m'incitant à me suicider chaque fois que je dis publiquement que j'ai eu une mauvaise journée sur twitter. Des personnes m'appelant une sociopathe à cause de mon diagnostic TPL, et, alors qu'ils n'ont pas strictement tort – en tout cas pas entièrement – ils ont une idée très tordue de ce que le mot « sociopathe » signifie en vérité, parce qu'ils pense que Dexter est un documentaire. Je suis traitée d'hystérique, de folle, de désaxée, de tarée chaque fois que j'ai une opinion avec laquelle quelqu'un est en désaccord – parce que si je dis quelque chose que vous n'appréciez pas, ce doit être mes troubles psys qui me font dire n'importe quoi, n'est-ce pas ?

Mais l'autre truc que j'ai découvert, c'est que ne pas en parler ne permet pas que ça s'en aille. Croyez-moi, j'ai essayé ça durant les dix premières années, et cela n'a fait qu'empirer les choses. Et j'ai appris au fur et à mesure des années que le monde est rempli de personnes qui pensent que leur seule option est de ne rien dire à propos de la maladie qui est lentement en train de les tuer, et je préférerai que ces personnes ne meurent pas.

Et le troisième truc que j'ai découvert, c'est que parfois, lorsque ces personnes m'écoutent parler, elles réalisent qu'elles ont le droit de parler également. Et parfois, c'est exactement ce qui les remet sur le chemin de ne pas mourir, ce qui me semble une récompense tellement gigantesque en terme de souffrance humaine évitée qu'elle vaut le coup d'être appelée une salope hystérique par des inconnus sur internet.


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Une fois, j'ai dit à une collègue que j'avais un trouble bipolaire de type II. « C'est trop bizarre » a-t-elle dit lentement, me dévisageant de bas en haut comme si elle était capable de repérer un signe de ma maladie si elle m'examinait suffisamment. « C'est juste… que tu as l'air tellement normale. »

J'imagine qu'elle voulait dire qu'elle ne m'avait pas vu foutre le feu à la maison d'un de mes exs ou coucher avec une fraternité toute entière durant un épisode maniaque ou quelqu'autre stéréotype à propos des personnes bipolaires qui ait été récemment mis en valeur dans un film-à-oscar tireur-de-larmes avec Jennifer Lawrence. Je n'ai pas eu le cœur de lui dire que deux semaines plus tôt, j'avais eu un épisode maniaque durant trois jours, m'étais complètement effondrée puis avais pris 150 fois ma dose de Valium dans un effort pour m'insensibiliser.

Je suis devenue bonne à cacher les pires choses vous voyez. J'essaie de préparer mes crises. Je fais en sorte d'être réveillée quand je devrais aller au boulot le lundi.


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Parfois des gens m'écrivent pour me dire qu'ils n'avaient pas réalisé qu'ils étaient malades jusqu'à ce qu'ils me voient décrire leurs symptômes. Parfois des gens m'écrivent pour me dire qu'ils avaient peur de voir un docteur jusqu'à ce qu'ils me voient parler de mes expériences avec le thérapeute que j'ai vu durant dix-huit mois, qui, non seulement a sauvé ma vie, mais m'a également fait sentir que ça valait peut être le coup de la vivre. Parfois, des gens m'écrivent juste pour me dire qu'ils sont en vie, et qu'ils n'auraient jamais cru qu'ils seraient heureux pour ça.

Appelez-moi folle – beaucoup de personnes l'ont fait – mais je pense que ça a de la valeur.


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Comme beaucoup de problèmes, les troubles psy ne s'en vont pas quand vous les ignorez. En fait – encore une fois, comme beaucoup de problèmes – les ignorer est un excellent moyen de les faire s'envenimer. Aujourd'hui, nous vivons dans un monde où les troubles psys font de vous un paria, incapable de se faire des amis, de postuler à des emplois ou de maintenir des relations si vous osez dire que vous êtes nés avec un cerveau qui fonctionne différemment. Moins nous en parlons, et plus nous le justifions – l'ostracisme, le besoin de se cacher, le fait de prétendre que vous allez bien alors que ce n'est pas le cas de façon à ne pas être licencié ou abandonné ou dégagé de l'école parce que vous êtes un monstre.

Donc j'en parle – tant que j'ai l'énergie pour le faire en tout cas – parce que même si une seule personne m'écoute et réalise qu'elle n'est pas seule, même si une seule personne réalise que leur idée des troubles psys est nocive, si une seule personne réussit à avoir le courage de demander de l'aide, ça vaut le coup.

Je suis « sortie du placard » en tant que personne ayant des troubles psys vis-à-vis de ma famille, de mon mari, de la majorité de mes amis, et même de certains de mes collègues de travail. J'ai écris sur les troubles psys suffisamment pour que je pense ne plus pouvoir me cacher. Et alors que choisir de parler a rendu ma vie insupportable à plusieurs reprises, au moins il y a certains aspects de ma maladie que je peux gérer, et cela me fait penser que peut-être ce que je fais n'est pas complètement inutile.

Les troubles psys ne devraient pas être quelque chose que l'on doit cacher. Les troubles psys ne devraient pas être quelque chose dont on doit avoir honte. Quand j'étais enfant, je me suis brisée le bras en trois à cause d'une chute, et je n'avais pas besoin de le cacher – en fait, j'étais la fille la plus cool durant deux mois parce que j'avais un bandage jaune fluo sur mon bras droit, et les enfants trouvait ça génial. Je n'avais pas besoin de cacher mon bras cassé – et je n'avais pas besoin d'en avoir honte. Alors pourquoi devrais-je cacher mon cerveau cassé ?

Quand j'ai été diagnostiquée bipolaire pour la première fois, mon médecin m'a dit que j'aurais probablement besoin de médicament pour le reste de ma vie. De nombreuses autre personnes malades ont ce genre de mauvaises nouvelles – diabétiques, asthmatiques, ceux ayant un emphysème ou des problèmes de rein, ou même des problèmes de cœur. Mais aucun d'entre eux n'a à mentir à leurs amis à propres de leur médication ou prétendre qu'ils vont chez le médecin pour « un banal contrôle de routine »

Je suis vraiment fatiguée de mentir.


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J'ai été assez dépressive cette semaine. C'est pourquoi je choisis d'écrire cet article. Je sais que je le regretterai dès qu'il sera posté car internet est rempli de personnes haineuses qui s'amusent à se moquer de ceux qu'ils voient comme faibles, et il n'y a rien de plus faible que d'être incapable de sortir du lit certains matins. Mais peut-être que quelqu'un va le lire, et y voir quelque chose qui lui ressemble, quelque chose qui lui permettrait de se sentir un peu moins seul, au moins quelques instants. Peut-être se rappelleront-ils que leur maladie ne les rend pas moins humain, et ça les aidera à vivre une mauvaise journée, ou au moins à l'apaiser. Si ça arrive, ne serait-ce qu'à une seule personne, ça aura valu le coup. Mon médecin avait l'habitude de terminer chaque séance en me prenant les mains avec un sourire et de dire « Allez avec la lumière » Je ne sais pas pourquoi, mais ça aidait. Ça aidait de savoir que quelqu'un avait envie que je me sente mieux. Ça aidait que quelqu'un croit que j'étais capable de me sentir mieux. Peut-être que ça vous aidera aussi, qui que vous soyez et où que vous soyez. Alors voici un petit rien :

Allez avec la lumière, mes amis.

jeudi 18 décembre 2014

La dernière danse de Sarah

Elle marche près des arbres, chemin trempé et regard hébété. Le chemin roule des clapotis du ciel, et ses cheveux noirs font une cascade, une tornade. Bouge autour du visage, rentre, dans le nez, dans la bouche, dans les oreilles, dans les yeux. Elle pique d'avant en arrière, les mains ballantes, le coeur branlant. Elle pique du regard, seule au milieu du chemin, danseuse dans l'orage. Sarah marche vers un soleil pâle, malade, dans le brouillard du matin. Les yeux noirs se gorgent d'eau, larmes du ciel et lames du corps, fantôme fumeux dressé face à la mort, elle marche, et ses mains s'ouvrent pour laisser couler le sang.

Allongé contre un arbre, le regard ballant et les bras vitreux, il balance d'arrière en avant, et pense au passé, aux pensées, aux dépassées qui ont disparu. Respiration languissante, poitrine sanguinolente, et les vagues rouges mêlées à la rosée qui pulsent au rythme de son corps. Regarde en toi, même pas l'ombre d'une femme ; et le pied a brisé ses os. Barbe balbutiante qui ne parlera jamais des oreilles au menton. Il ne tient plus la route.

Christ sanglante, au milieu des arbres et des vallées, elle marche sur les gouttes, elle marche sur l'écoute, le son des guitares mortes, les chênes et les sapins qui craquent sous la tempête. Elle marche ; et les corps s'allongent. Ils courent, chaque jour qui passent, elle passe chaque jour qu'ils parcourent, et toujours atteint le dernier jour.

J'aimerais juste un dernier instant, un bol d'air, un regard, un sourire. Ils gémissent encore et encore. C'est déjà trop tard. Ombre et indifférence, silence et serres accrochées sur les coeurs décrochés, elle dévore et dévale, peu à peu, l'histoire des regards et des désirs. Long voyage sur le chemin humide des amours avides. Elle est parti.

À l'ombre de la brume, ses yeux se ferment, sa barbe ne parlera plus. Et le flot s'éteint peu à peu. Le rouge retourne au bleu.

dimanche 14 décembre 2014

Susanne et les vieillards par Artemisia Gentileschi traduction #2

Note: la première partie est relativement sereine, mais quand je pars sur le TW, je ne l'ai pas mis en gras pour rien, ça cogne sévère. La vie d'Artemisia Gentileschi a été dure.


Susanne et les vieillards, par Artemisia Gentileschi

A gauche, le tableau restauré. A droite, le tableau passé au rayon X, dévoilant la première intention de l'artiste. Gentileschi était une femme peintre à une époque (17ème siècle NDT) où il était très rare pour une femme d'être une artiste. Elle réussi à avoir l'opportunité de se former et d'avoir un emploi car son père Orazio Gentileschi était déjà établi en tant que maître peintre et avait insisté pour qu'elle ait une formation artistique. Il voyait, apparemment, de grandes compétences dans le travail qu'elle faisait en hobby durant son enfance. Il l'a soutenu et encouragé à résisté à "l'attitude traditionnel et la soumission psychologique aux lavages de cerveaux et à la jalousie de ses talents évidents."

Gentileschi a été largement reconnue à son époque pour ses peintures des figures féminines de la bible et de leur souffrance. Par exemple, celle présentée ici montre l'histoire du livre de Daniel. Susanne prend un bain dans un jardin quand deux vieillards viennent la regarder nue. Alors qu'elle s'arrête, ils la stoppent et lui disent qu'ils vont dire à tout cle monde qu'ils l'ont vu couché avec un jeune homme (elle est marié, donc c'est un crime punissable de mort) à moins qu'elle ne couche avec eux. Elle refuse. Ils disent leur mensonge, et elle va être mise à mort quand le protagoniste du livre (Daniel, évidemment) les arrête.

Cette peinture est sa première oeuvre majeure. Elle avait 17 ans. Pour resituer, voilà une peinture de la même histoire par Alessandro Allori, 4 ans plus tôt, en 1606:



ça ne ressemble pas vraiment à une femme menacée de faire un choix entre la mort et le viol ! Imaginez Artemisia, à 17 ans, essayant d'imaginer la scène d'une femme agressée. Et elle peint ce qui est vu à droite. Une femme horrifié, dans une terreur grotesque avec ce qui semble être un couteau posé dans sa main serrée. C'est vivant. Qui veut supposer qu'on lui a dit, probablement son père ou d'autres, d'en limiter la violence ? Les femmes ne peuvent pas avoir l'air grotesque. Une agression sexuelle ne peut pas être dépeinte comme horrifiante. Et une femme ne eut définitivement pas être vu comme ayant la possibilité de contre-attaquer. En tout cas, pas dans l'art. Les femmes doivent être douces. Elles doivent s'épuiser contre leurs ravisseurs, mais avoir toujours l'air jolie et être des demoiselles en détresse. Donc elle l'a changé.

Ce qu'il est intéressant de noter est qu'elle a poursuivi à peindre selon ses propres idées, des visions moins traditionnelles des femmes. Mais, pour le coup, ce sera plus intéressant avec le contexte.

De ce fait TW, référence au viol, à la torture, et images qui montrent de la violence et du sang
NDT: je remets un coup sur le TW, l...

Donc, l'histoire de Gentileschi continue l'année suivante, en 1611 quand son père engage Agostino Tassi, un artiste, pour être son tuteur privé. C'est à cette époque que Tassi la viole. Il va ensuite promettre qu'il l'épouserait. Il pointe ensuite le fait que si elle ne se marie pas avec l'homme avec lequel elle a perdu sa virginité, cela la ruinerait. Il la manipule émotionnellement de façon à coucher avec elle. Puis, il décide de se marier avec quelqu'un d'autre. Horrifié par la tournure des événements, elle va voir son père. Orazio la soutient à nouveau et porta plainte contre Tassi. A cette époque, le viol n'était pas techniquement un crime qui pouvait aller devant un juge, mais le fait qu'il ait pris sa virginité (et, de ce fait, techniquement "infligé des dégâts à la propriété d'Orazio". beurk) permit à ce que le jugement ait lieu. Cela durant sept moins. Durant ce temps, pour prouvé qu'elle avait dit la vérité, Artemesia dut subir des examens gynécologique et fut même torturée (des clous dans les pouces). Il fut également découvert durant le procès que Tassi avait prévu de tuer sa femme et avait une liaison avec sa soeur, tout en ayant volé de nombreuses peintures d'Orazio. Il fut reconnu coupable et fut condamné à une peine de prison de... un an... qu'il ne fit jamais car le verdict fut annulé.

A cette époque, et un peu plus tard (1611-1612) Artemisia peignit ses oeuvres les plus connues, notamment Judith décapitant Holofernes. L'histoire biblique est celle d'Holofernes, un général Assyrien menant les troupes qui envahissent et détruisent Béthulie, la patrie de Judith. Judith décide de gérer la situation en venant à lui, flirtant avec lui afin qu'il baisse sa garde et ensuite le gaver de nourriture et de vins. Après qu'il se soit endormi, Judith et sa servante prennent son épée et le décapite. Problème réglé. Le sujet était très populaire à l'époque. Voici une version du Caravage peinte entre 1598 et 1599 qui a eu une grande influence stylistique sur Artemisia

During this time and a bit after (1611-1612), Artemisia painted her most famous work of Judith Slaying Holofernes. This bible story involved Holofernes, an Assyrian general, leading troops to invade and destroy Bethulia, the home of Judith. Judith decides to deal with this issue by coming to him, flirting with him to get his guard down, and then plying him with food and lots of wine. When he passed out, Judith and her handmaiden took his sword and cut his head off. Issue averted. The subject was a very popular one for art at the time. Here is a version of the scene painted in 1598-99 by Carivaggio, whom was a great stylistic influence on Artemisia:

Cette présentation est un bon exemple de la manière dont la scène étant typiquement montré. Les artistes faisaient alors en sorte de montrer Judith commettant l'act (ou l'ayant commis) tout en essayant de la montrer détacher sa violence. De cette manière, il pouvait éviter de perdre la moralité de leur personnage et évitait de montrer une femme commettant une pareille violence. Ici, nous voyons donc une Judith jeune, apparemment délicate, habillée d'une robe d'un blanc pure. Elle tientdélicatement cet homme gigantesque et semble plutôt dégoûtée et écoeurée de devoir faire ça. Maintenant, voici le travail d'Artemisia:

Wow. C'est une scène sacrément différente. Ici, Holofernes n'a pas simplement l'air surpris de ce qu'il se passe (comme dans la peinture du Caravage où il semble juste en mode "se passe quoi ?" NDT) mais plutôt comme un homme s'étranglant dans son sang et se débattant sans succès contre ses ennemis. Le sang ici est d'un rouge moins vif que celui du Caravage mais quelque part, beaucoup plus prenant. Il semble plus réel, et gicle d'une manière beaucoup moins esthétisé que dans le travail du Caravage. Sans mentionner le fait qu'ici, Judith est très loin d'être éloigné de la violence. Elle utilisé son poids physique pour cet acte. Ses mains (semblant bien plus forte que dans ses anciennes peintures) travaillent dur. Son visage est, également, complètement différent. Elle n'a pas l'air écoeurée, mais plus déterminée. Il est aussi intéressant de voir que la servante est ici active. C'est important, parce que, durant le jugement sur son viol, Artemisia a signalé qu'elle avait crié à l'aide durant le premier viol. Spécifiquement, elle a appelé la locatair de Tassi, Tuzia. Tuzia n'a pas seulement ignoré ses appels à l'aide, mais a aussi nié que tout cela s'était produit. Tuzia était une des amies d'Artemisia, et, en vérité, sa seule amie femme. Artemisia s'est sentie profondément trahie, mais plutôt que de retourner cela contre son propre genre, cela lui a fait voir l'importance des relations et de la solidarité entre les femmes. ça peut se voir dans certains de ses travaux, et, je pense, dans celui-ci, avec l'inclusion de la servante dans l'acte.

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