samedi 17 octobre 2015

"pas tout blanc" [harcèlement scolaire et ailleurs]

(tw: harcèlement scolaire, dépression, TS)

J'ai connu le harcèlement scolaire pendant 4 ans, l'intégralité de mon collège. J'ai mis du temps à nommer ça ainsi, ou même à en parler sérieusement. Je reste évasif parce que je l'ai subi, et j'y ai participé. Je reste évasif parce que je garde encore une certaine honte de ce que j'ai fait pour moins subir, à savoir dévier la violence sur quelqu'un d'autre. Je reste évasif la plupart du temps parce qu'il n'y a pas eu de violences physiques (hormis la dernière année), juste une violence morale, récurrente, constante. Je reste évasif, enfin parce que j'ai une mémoire terrible et que je n'ai quasiment aucun souvenir de ces événements, aussi et surtout parce que, pour la majorité, c'était des micro-agressions sans la moindre importance, parce que je sais que la réponse que je recevrai, c'est celle que j'ai reçu à l'époque "sois pas si sensible", "c'est pas bien grave" etc.

Je suis entré en sixième, je ne saurais dire que j'étais en très bon état psychique, mais assurément ça allait plutôt bien. J'avais quelques amis au primaire. Je me sentais déjà complètement en dehors du reste du monde. J'avais déjà cette sensation d'être un alien (au sens quasiment strict du terme, l'idée d'avoir volé le corps d'un garçon et d'y grandir était un jeu récurrent que j'avais depuis très longtemps) et de devoir me cacher, mais je pense que ça allait encore. Comme dit, j'ai peu de souvenirs. C'était un collège privé, catholique, blanc (je précise ce dernier point parce que je vois régulièrement du racisme dans la dénonciation du harcèlement scolaire, donc à celleux qui tenteraient ça: dégagez et bouffez votre vomi).

Sur la photo de classe de 6ème, j'ai percé avec des épingles deux visages. Le premier, je le reconnais, c'était un garçon, A., qui était à la tête de la classe, et qui décidait, tout simplement, qui se ferait pourrir par les autres. Pas de violence comme je l'ai dit, juste des moqueries, des blagues, de la mise au ban, etc. La deuxième, J., je ne m'en souviens pas. Ma mère m'a expliqué que je la haïssais encore plus férocement que lui. Comme dit, je n'ai aucun souvenir, mais les épingles sur ses yeux ne mentent pas. Notre classe était une classe "Européenne" c'est à dire qu'on apprenait deux langues dès la sixième. ça signifiait également qu'on se considérait comme "l'élite". A la fin de l'année, la classe était devenue tellement insupportable que décision a été prise de nous séparer. La sixième bleue est devenue cinquième verte et cinquième bleue. Une moitié dans chaque classe.

Grossière erreur qui oublie que lorsque des supérieurs font ça, ils admettent leur défaite. Deux classes ont été ruinées cette année-là. En quatrième, ils ont réuni la classe. Je ne vais pas parler des trois premières années, parce que j'en ai très peu de souvenirs comme dit, et que la violence a véritablement pris un tour durant la dernière année du collège. Je me rappelle cela dit très clairement un événement. Une "blague" des surveillantes sur l'état de mes bouquins (basiquement me regarder droit dans les yeux et me demander lors du retour des bouquins pourquoi les miens étaient aussi détruit alors qu'ils étaient en bon état) qui m'a fait fondre en larmes et inventer une agression hors de l'école pour justifier d'être "trop sensible". Autant dire que les surveillantes comme les profs n'étaient pas vraiment d'une grande aide. En fait, dès le début j'avais compris qu'il fallait quelque chose de "sérieux" pour ne pas avoir comme réponse "c'est pas grave" "faut pas t'embêter pour ça" etc. J'ai compris par la suite que c'était faux en fait. Quelque soit ce qui se passait, ils ne foutaient rien. J'étais persuadé que si j'avais suffisamment de propos insultants, de saloperies dites sur mon compte, alors elles bougeraient. Alors j'étais presque content quand il y en avait. Je me disais que ça allait bientôt finir. ça doit finir, non ? Y a bien un moment où y en a trop et ils doivent bouger en haut. Ils n'ont pas bougé. Pire encore, ça a été utilisé contre moi. Bah oui, je cherchais.

Durant mes trois premières années de collèges, ce qui m'a véritablement sauvé la vie, c'était le théâtre. J'y étais arrivé en sixième ou en cinquième, je ne sais plus, dans une troupe remplie de personnes géniales. Chaque semaine, j'attendais les quelques heures de théâtre, un endroit où, en plus d'être accepté, je pouvais être un peu plus moi-même. Au début, la prof, kiki, m'avait dit de ne pas faire de "blagues d'adultes" parce qu'elle avait peur que les autres ne m'acceptent pas. M. a fait plus qu'accepter, elle ripostait. Mon premier crush. J'étais totalement asexuel à l'époque (je l'étais jusqu'à mes 18-20ans), en ce sens que je ne ressentais pas d'attirance physique, pas le moindre désir, mais romantiquement parlant, c'était présent. Bref, la troupe. Je n'ai que peu de photo, mais je me rappelle de beaucoup de noms. Elles m'ont sauvé la vie (je dis elles parce que bon, en terme de mecs, il y en avait très peu, je crois qu'on était deux la première année, et cinq la dernière). En troisième, étant donné que j'étais un peu plus jeune que les autres, et je ne sais plus pour quels autres raisons, on m'a mis dans un autre groupe. J'ai donc perdu le seul truc qui me permettait de m'accrocher toutes les semaines.

J'ai commencé à tomber malade, toutes les semaines, tous les lundis matins, ou en tout cas régulièrement. En sus de cela, il y avait un nouveau dans la classe. Je ne me rappelle plus son nom. Pour se faire une place, il a commencé à se moquer également. A la fin de l'année, il m'avouera qu'il l'avait fait parce que c'était lui ou moi. Je ne lui en veux pas, j'avais tenté de faire pareil en cinquième, et j'avais tenté également en troisième. La violence a augmenté. L'un des autres bouc-émissaire de la classe s'est pris un croc-en-jambe dans les escaliers. Il saignait. Je me rappelle encore voir les autres de la classe rire en continuant à monter. ça, ça n'était encore jamais arrivé. Aucune sanction ne sera prise. Est-ce qu'il en a parlé ? Est-ce que les profs en ont rien eu à foutre ? Je ne sais pas.

Moi pour ma part, je me rappelle très bien du sale coup fait par V. En cours de technologie, elle m'avait demandé de sortir avec elle. J'avais attendu un peu ne sachant pas quoi répondre (n'ayant d'ailleurs quasi aucune idée de ce que ça signifiait en pratique). A la récréation, elle avait demandé à un garçon, A., incapable de lui dire non car dingue d'elle, de tourner autour de nous deux, le temps qu'elle l'appelle. Alors, quand je lui ais dit que j'étais pas prêt, elle m'a coupé, l'a hélé et a dit qu'elle avait finalement accepté d'aller avec lui. Des mecs de la classe sont arrivés m'ont tapoté dans le dos en mode "ahhh, pas de bol" et se sont barrés en se marrant. Je suis allé voir A. après, parce que j'avais bien vu que c'était un stratagème. Il s'est excusé immédiatement, très mal à l'aise. Je lui en veux pas. J'en ai jamais reparlé avec V. Je ne lui en veux pas non plus. Elle n'avait pas vraiment le choix dans cette classe. Elle était la plus "adultes" de toutes les femmes, donc celle qui était également en danger de se faire pourrir. En fin d'année, elle m'a invité à danser. Je l'ai pris comme une manière de s'excuser. Avec le recul je me demande si on invite quelqu'un à danser pour s'excuser d'avoir monté une fausse demande à sortir ensemble... Sans importance.

Les heures de cours étaient insoutenables à cette époque. Il ne se passait pas une demie-journée sans qu'on me fasse bien comprendre que j'étais de la merde. Que ce soit en continuant à se moquer de mon accent en allemand, car j'avais un accent correct et que la prof en avait un mauvais. Et je précise, en SACHANT que j'avais un accent correct et la prof un mauvais. ça avait été clarifié. Un jour, j'ai craqué, j'ai sauté à la gorge d'un de mes camarades et j'ai tenté de l'étrangler. Je me suis arrêté avant. La prof principale nous a convoqué tous les deux et a fait ce qui se fait continuellement dans ce genre de cas: un "c'est pas bien" adressé indifféremment aux deux. "j'ai perdu patience et j'ai tenté d'étrangler S." je lui ai expliqué. Le lendemain, cette phrase était répétée par pas mal de garçons de ma classe. Cela dit, suite à cet incident, même si la violence a eu un pic juste après, elle a largement baissé par la suite, ce qui m'a fait découvrir un autre mensonge: "la violence ne résout rien". Mon vécu indique le contraire. Elle a clairement calmé les choses.

J'ai tenté d'apporter un couteau en classe. But ? Poignarder A. Ma mère l'a vue, et m'en a empêché. Je me demande si j'ai voulu qu'elle le voit, ou si j'aurais été jusqu'au bout. J'aurais certainement fini poignardé comme elle l'a dit, vu le gringalet que j'étais à l'époque (ce qui n'a que peu changé d'ailleurs). Pour sortir mon épingle du jeu, j'ai commencé à me moquer d'un autre. J'avais tenté en cinquième sans grand succès, en troisième ça a mieux marché. Tellement mieux qu'il m'a balancé un bon gros coup de pied à la jambe un jour qui a laissé une marque.

Voilà, je peux pas raconter beaucoup plus de ce qui s'est passé, parce qu'au final, l'immense majorité des violences étaient sans la moindre importance. Des rires plus appuyés quand on se trompait, des rires quand on avait juste, des blagues, des moqueries, des soupirs, le fait d'être continuellement choisi en dernier durant les mises en place d'équipe en sport, alors même que j'étais dans le top de ma classe à ce niveau-là, le professeur qui tente de me forcer à faire de l'escalade et me hisse de force à trois mètre du sol alors que les autres se foutent de moi ostensiblement, mais surtout, toutes ces petites choses qui n'ont aucune importance, toute ces gouttes d'eau qui remplissent le vase, mais qu'on ne peut pas dénombrer parce qu'on les oublie.

En fin de troisième, j'étais dans un état lamentable. Suicidaire comme pas permis. Sans volonté, sans espoir. Quand on m'a proposé de changer d'établissement car dans mon établissement, au lycée, j'allais avoir la même classe, j'ai haussé les épaules. Ils l'ont fait. En seconde, j'ai décidé de ne me lier qu'avec des mecs, de rester le plus possible éloigné des filles car je ne voulais, en vérité, ne me lier avec personnes. J'avais prévu que ce soit ma dernière année, alors il n'y avait aucun intérêt à prendre le risque de voir quelqu'un le remarquer. ça a bien marché, et même si l'année était cent fois meilleure, j'étais quand même suffisamment détruit pour ne pas vouloir continuer à vivre, hormis le fait que je me suis à nouveau retrouvé dans le groupe de théâtre que je n'avais plus l'année d'avant. On a fait une sortie pour aller voir une pièce je crois, à Paris. Après cette sortie, j'avais prévu de me tuer. Le retour était tardif, juste à côté du canal, je savais que je pouvais tranquillement m'y noyer avant qu'on ne repère ma disparition. J'ai toujours été extrêmement doué pour ne pas me faire remarquer. Dans certains taffs on m'a même appelé le fantôme. J'ai finalement décidé de ne pas le faire, en faisant mon "pacte", celui de vérifier un an plus tard si quelque chose avait valu le coup de vivre ou pas. Je me suis donné un an, plutôt que de regarder un an en arrière. Ma pensée était que si je m'étais tué avant ce soir-là, ça aurait été vraiment stupide de ne pas l'avoir vécu. Je me souviens encore qu'on avait joué au loup sur une aire d'autoroutes. Que j'avais été le dernier à ne pas avoir été attrapé. Que c'était L., une femme que j'adorais profondément et dont j'étais même, sans doute, légèrement amoureux à l'époque, qui avait réussi à m'attraper sans que je le veuille. Avec un câlin.

J'ai fait ça tous les ans. Je ne vais pas les détailler en long et en large. Puis tous les six mois après en avoir eu trop besoin. 28 février, 28 août. Je n'en ai pas manqué. Jusqu'à il y a un an et demi. Je suis entré en sixième, j'avais quoi ? Onze ans et demi. J'en suis ressorti avec quinze ans et demi. J'ai passé ensuite plus de dix ans à compter les raisons de ne pas me buter. Ne venez pas me bullshiter sur le fait que c'est pas grave, que ça fait pas trop de dégâts. Y a quelques jours, près de chez moi, à Custines, au nord de Nancy, Kilian s'est suicidé, alors ça y est, on en reparle. Et comme d'hab, les mêmes réflexions arrivent. "on manque d'effectif" "on manque de moyen". Et comme d'hab, on a l'impression qu'il y a une erreur dans le système, et une erreur qui a pour origine l'argent. ça ne vous rappelle pas un truc ça ?

Alors une bonne fois pour toute: arrêtez avec cette ineptie concernant l'argent. Arrêtez de croire qu'il y a une erreur dans le système. Le système n'a pas d'erreur, il est conçu exprès pour que ces violences s'y installent. Ces morts, ce sont des meurtres du système pour s'assurer que les violences oppressives se poursuivent. Regardez les personnes violentées. Vous trouverez des gros, des neuroatypiques, des trans, des noirs, des handicapés, des homos, des bis, des queers, des femmes, des personnes avec des troubles psys etc. etc. ça et là, bien sur, vous trouverez peut-être un homme blanc cishet bourge valide neurotypique et bienportant (en tout cas bienportant AVANT que le harcèlement se mette en place), mais la proportion est ridiculement faible. Parce que l'idée comme quoi "les gamins trouveront toujours quelque chose" c'est de la connerie. La société leur explique très clairement vers quoi et vers qui se tourner, et ensuite iels trouvent quelque chose. C'est au collège qu'on apprends les codes de la vie d'adultes. C'est là que moi j'ai appris à serrer la main et faire la bise au lieu de juste dire "salut" en arrivant. C'est là que les codes de la virilité masculine se mettent en place. C'est là qu'on imite les adultes, et si l'école peut être aussi violente, que ce soit au primaire, au collège ou au lycée, c'est parce qu'elle reflète la réalité de notre société, à plus petite échelle, avec moins d'hypocrisie. Si on la voit plus c'est parce qu'on regarde ces suicides et on se dit "ô mon dieu il était si jeune". Et quand on voit le suicide d'un employé... on ne cherche pas plus loin.

Face à ce genre de violences, la réaction est toujours la même: chercher à peser le pour et le contre, à "écouter les deux parties". Et puis, il ne faut pas oublier qu'on a très souvent affaire à des personnes qui ne sont pas "tout blanc non plus". Combien se sont pris ces mots parce qu'iels ont essayé de dévier la violence sur quelqu'un d'autre ou l'ont réussi ? Le victim-blaming à son apogée. On met l'enfant dans une situation où il doit subir et serrer les dents, et ensuite, s'il fait le moindre pas de côté, la moindre erreur, s'il met en place la moindre stratégie de survie, on le considère de fait comme responsable des violences subies, ce qui permet de s'en laver les mains. Je dis l'enfant, mais ça se passe de la même manière en entreprise. Le même schéma, encore et encore. L'avantage de ne rien faire, c'est qu'on ne se sent pas responsable de ce qui arrive. Socialement parlant, l'idée de non-assistance à personne en danger n'existe pas. Elle est obligatoire légalement pour cette même raison: on ne considère pas, socialement parlant, que le fait de ne rien faire puisse être mal. Ne rien faire est vu comme de la neutralité, et la neutralité, comme étant bonne. Bullshit. Dans une situation de violence, la neutralité, c'est être du côté de la violence.

ça a été le truc le plus violent que j'ai vécu. Me rendre compte que ce n'était pas une erreur du système, mais qu'il était conçu comme ça. Que c'était volontaire. Que ça avait pour but de formater les enfants afin qu'ils deviennent comme les adultes. Me rendre compte que parmi les personnes qui me pourrissaient la vie, y en avait qui tiraient leur épingles du jeu, et y avait d'autres qui, si c'était pas moi, c'était eux. Me rendre compte que moi-même, j'ai pourri la vie d'un ou l'autre pour en prendre moins dans la gueule.

Je me souviens que Jaythenerdkid avait dit qu'il était nécessaire de parler de son vécu. Que si elle en parle autant, c'est pour faire avancer les choses, pour que les gens aient moins honte, et qu'on arrête d'être dans ce mutisme constant. Parce que si ça aide une seule personne, si ça empêche une seule personne de se tuer, ou même de se blesser, alors ça vaut le coup. J'approuve cette idée. Si vous en avez l'énergie. Parlez. Témoignez. Racontez. Et si vous ne l'avez pas, lisez, écoutez. Prenez soin de vous.

vendredi 11 septembre 2015

Psychophobie & Trigger warning, here we go again

Je vais faire une petite analyse rapide de texte, parce qu'apparemment, y en a encore qui croient que c'est de l'anticapitalisme que de rejeter les TW. Faisons donc une rapide analyse de ce texte: Pourquoi les Triggers warnings sont réellement aussi controversés; explication. Le texte est psychophobe as fuck; je préviens.

La première partie explique rapidement l'argumentation avancée par les personnes s'opposant au TW, à savoir que cela va empêcher les professeurs de faire certains cours et ne préparera pas les étudiants au monde réel en les rendant trop fragile ( "Critics argue that warning students that what they're studying could be "triggering" will make professors less likely to teach sensitive material and render students too emotionally fragile to deal with the real world." )

On peut d'ores et déjà rappeler à quel point cet argument est absurde en reprenant la comparaison faite avec les DLC, les panneaux sur la route etc. Tous pourraient recevoir la même argumentation à base de "mais si on les mets, les gens ne vont pas être habitués à la nourriture du monde réel, dans les champs, et on les rendra trop fragile. Cela empêchera certains magasins de vendre des produits qui se périment vite etc." Cet argument n'est rien d'autre que l'idée que les personnes avec des traumas psys sont fragiles, faibles, et qu'il faut les endurcir. Il découle directement du mépris social envers les problèmes psys vu comme étant une faiblesse et non des maladies.

L'article, d'ailleurs, passe complètement à côté de cette analyse et saute direct sur sa première réflexion: en réalité, le problème ne serait pas celui-là, mais le fait que les étudiants sont vus de plus en plus comme des clients et leurs exigences vont dans ce sens. ( "they're also increasingly seen as paying customers, and they're starting to act like it.") En d'autres termes, le fait que des individus demandent à ne pas être mis en danger est considéré, par l'article, comme le fait qu'ils veuillent agir comme des clients. La liaison entre l'anticapitalisme et la psychophobie est faite insidieusement: les étudiants ne devraient pas se voir comme des clients, ils devraient donc fermer leur gueule et ne pas chercher à survivre. On se rend bien compte, donc, dès la fin du premier paragraphe que l'auteur ne prend pas du tout la mesure de ce qu'est un traumatisme.

La seconde partie balance du bon gros "science bitch" en indiquant que le fait d'éviter les trigger n'est pas un système sain ("But avoiding triggers isn't considered a healthy coping mechanism for people with PTSD; in fact, it's a symptom of the disorder") mais un symptôme du PTSD. Je vais analyser chaque phrase du paragraphe, car c'est le moment clef indiquant à quel point l'auteur parle de son point de vue de bienportant. Ici, l'idée glissée est que éviter les Trigger n'étant pas sain mais un symptôme, alors il faut chercher à ne pas les éviter. La phrase suivante ("A core purpose of therapy is making it possible for individuals to reduce their sensitivity to triggers.") met en avant que c'est même le but de la thérapie que de chercher à réduire la sensibilité aux triggers. On met donc en avant l'utilité des situations trigger. Puis "And there's no scientific evidence that trigger warnings help people avoid panic attacks or flashbacks in the short term — mostly because the issue hasn't been studied." on sort l'idée finale, à savoir qu'il n'y a aucune preuve scientifique que les TW aident les gens à éviter les attaques de paniques ou les flashback, en mettant entre parenthèses le fait que c'est parce que ça n'a pas été étudié. Qu'est-ce que cela signifie ? 1) vouloir éviter les triggers c'est mal. 2°) l'important c'est de se désensibiliser 3°) en plus, rien ne prouve que ça aide.
Vous avez saisi ? Oui, ce paragraphe laisse indiquer qu'en fait, les trigger warnings seraient eux-mêmes des symptômes de la maladie. En faisant l'amalgame entre Triggers (l'événement) et Triggers warning (l'information), en glissant l'idée que la thérapie elle-même cherche à désensibiliser, on rejoint l'argument du premier paragraphe sur le fait que ça rendrait les gens trop fragiles, et on appuie l'idée qu'en fait, les personnes qui demandent des TW sont des personnes fragiles qui se complaisent dans leur problème (puisque cherchant à éviter les trigger alors que la thérapie incite à s'y désensibiliser).

La suite reste dans un ton similaire. On notera l'emploi du terme "upset" pour parler d'une situation qui trigger une personne ("There's no consequence to skipping a blog post if you think it's going to upset you.") avec un très joli euphémisme qui permet de montrer une fois de plus que franchement, c'est beaucoup de bruit pour pas grand chose. (pour ceux qui voudraient dire que upset signifie "bouleversé" également, je vous invite à changer "upset you" par "make you attempt suicide" et relire la phrase. Elle n'aura pas du tout la même portée. Upset reste quelque chose d'abstrait, et c'est pas pour rien que c'est là, la personne qui écrit ça semble n'avoir aucune idée de ce qu'est une crise de ce genre)
On a ensuite une rapide opposition entre les pro et les contre, comme si c'était juste un débat avec le magnifique "mais les gens qui n'ont pas de PTSD pourrait l'utiliser", ("making them ripe for misuse by students who don't have PTSD."). Quel problème avec cette pensée ? Oh, elle est très simple, elle est là pour créer, une fois de plus, une image "idéal de personne avec PTSD" et une suspicion sur toutes les personnes réelles qu'on rencontre. Le fait de mettre les deux analyses côte à côte laisse indiquer que ce sont deux réflexions de poids similaire alors que d'un côté, on a des personnes parlant de se préparer à la violence, de l'autre des personnes venant chouiner sur des hypothétiques personnes qui utiliseraient les TW pour leur compte personnel. (on appelle ça l'argument de la pente savonneuse)

Par la suite, l'article parle rapidement des divers campus où les TW ont été mis en place, notamment d'un, où il a été demandé aux professeurs que les matériaux pouvant être trigger deviennent optionnels, à moins de le justifier. Les professeurs le virent comme le fait de trop de politiquement correct (" Its litany of possibly "triggering" material was mocked as overly politically correct. "). On notera qu'une fois de plus, le combat contre les TW ne se fait pas dans l'idée d'aider les personnes en danger, mais uniquement dans un combat contre le politiquement correct etc. Jamais, dans ces réflexions, n'est mis en avant le moindre intérêt pour les personnes mises en danger, seulement la liberté du corps enseignant.

Poursuivons; l'article met en avant deux contradictions qui se mettent en jeu dans ce débat. La première est le fait que les étudiants ne doivent pas être infantilisés, mais ne sont pas non plus vu comme des adultes. ("College students are nominally adults, and so they shouldn't be infantilized. But they're also not seen as fully grown up, which is why college is relentlessly depicted, including by colleges themselves, as a coming-of-age experience. "). Le lien est, ici, directement fait entre les TW et l'infantilisation. Juste avant, d'ailleurs, l'article avait mis en avant que les TW sont courants pour deux types de catégories, les enfants et les clients ("Trigger warnings, in other words, aren't uncommon for two groups of people: paying customers and children. ") Ici, donc, on met en avant l'idée que les étudiants sont mis dans la première catégorie si on les avertit, et on utilise tranquillement l'âgisme pour mépriser les TW.
Dans le second point, on s'attaque au côté client et au fait qu'ils peuvent demander des changements pour être plus heureux ou confortable. "Consumers can demand changes to the experiences they're paying for in order to make them happier or more comfortable." puis on met en avant que ce n'est pas le but de l'éducation. Vous avez remarqué ? On était dans "upset" il y a quelques paragraphes, désormais on est dans le "happier" ou "more comfortable". Petit à petit, on glisse à nouveau vers l'idée que ce sont des caprices, des choses sans grand intérêt qui interfèrent avec la grande et sainte mission de l'enseignement qui prépare au monde réel. Ce mot "uncomfortable" sera désormais utilisé pour parler des problèmes de la situation. Car oui, on parle désormais d'un simple problème de confort.


Au final, l'article se conclut sur cette pirouette: le problème serait qu'on parlerait juste de "confort des étudiants" et que celui-ci n'est pas pertinent face au fait d'enseigner. On notera que dans les derniers paragraphes on aura eu "happier" "more comfortable" "happiness" "comfort" "feel" "uncomfortable". Puis, dans le dernier on voit "Anxiety of Triggers warning" qui renverse complètement la balance. D'un côté, on a celles et ceux qui demandent du confort, de l'autre on a des enseignants anxieux. Ce ne sont plus les personnes demandant des TW qui sont anxieux. Elleux veulent du confort. Ceux qui sont réellement anxieux ? Les enseignants s'y opposant. Renversement complet des valeurs.


Et on voudrait me faire croire que le texte n'est pas psychophobe ? Ce texte est, justement, extrêmement bien écrit, avec une évolution en son sein. D'abord il se présente comme une réflexion, non pas sur les trigger warning, mais sur la controverse autour d'eux, donc quelque chose de parfaitement objectif. Il appuie cette idée en présentant les deux points de vue, en faisant une explication sur ce que sont les PTSD, et en faisant intervenir la science elle-même contre les TW. Puis, petit à petit, l'article se laisse aller, on passe à de l'âgisme pour essayer de démolir les étudiants demandant des TW, puis on les montre comme de vilains capitalistes, et enfin, le final, dans la dernière partie où on les présente, en fait, comme des personnes capricieuses et où on renverse totalement la situation en faisant des opposants aux TW des personnes "anxieuses" face à des personnes intéressées par leur confort.

Ce texte est immonde, et j'en ai marre de voir relayées des bouses pareilles.

mercredi 9 septembre 2015

Préjugé, conditionnement, privilège, Qu'est-ce qui se déconstruit ?

Le préjugé est l'attitude adoptée par manque d'information
Le conditionnement est le fait de ne pas rechercher l'information
Le privilège est le fait de ne pas avoir besoin de l'information

C'est comme ça qu'on m'avait expliqué la chose. On a un préjugé. On le découvre. On combat le conditionnement en allant chercher l'information et on accepte son/ses privilèges.

Mais en vérité, ce schéma est très incomplet.
En effet, ce schéma ne s'applique qu'à une pensée consciente et dirigée. Exemple : cet homme a fait ce massacre car il a des troubles psys. Préjugé face à manque d'information, conditionnement car aucune recherche d'information, privilège de la personne n'en ayant pas. Mais face à des données plus diffuses, comme le fait d'accorder moins d'importance à la parole d'une femme, on a un préjugé mouvant (sur telle ou telle donnée, telle ou telle raison sera donnée pour moins y croire), un conditionnement constant (la parole d'une femme est soumise à caution) et un privilège constant également (le fait de ne pas en souffrir).
Considérer comme un privilège de ne pas voir une situation, c'est confondre privilège et conditionnement. De nombreuses personnes avec des troubles psys ne voient pas la psychophobie. De nombreuses personnes avec des troubles psys sont psychophobes. On parle souvent d'intériorisation, mais ça implique forcément qu'une personne qui ne voit pas n'est pas forcément une personne qui ne subit pas. Ce n'est pas un privilège que de ne pas voir. Le privilège, c'est de ne pas en souffrir. Ne pas voir, c'est un conditionnement.
On peut déconstruire les conditionnements tout comme on peut déconstruire les préjugés. Mais les conditionnements sont bien plus complexes. Contrairement à un préjugé où il suffit d'apporter une information sérieuse, le conditionnement, lui, ne peut pas s'en satisfaire, vu qu'il n'est pas dirigé. On pourrait dire que le préjugé est la peur, et le conditionnement, l'angoisse, la première est facile à combattre, il suffit de l'analyser. La seconde est beaucoup plus complexe car elle met en jeu des ressorts invisibles.

Or, bien souvent, dans les réflexions de déconstructions, on suppose qu'il suffit de « voir » l'erreur pour la corriger. Mais ça ne marche que pour le préjugé, et en aucun cas pour le conditionnement. Et c'est là, d'ailleurs, le second point que je voulais aborder, la différence entre reconnaître son erreur et se remettre en question.
Reconnaître son erreur est à la portée de n'importe qui. Se remettre en question, en revanche, est beaucoup plus complexe. Un exemple typique que je vois chez des hommes est de remarquer qu'ils ont interrompu une femme. Excuse. Fin. Et pas seulement fin dans la discussion, mais fin de la réflexion. On prend comme acquis, de par les études féministes sur le sujet, qu'un homme va interrompre plus facilement une femme, donc c'est la raison, j'ai trouvé. Fin.
Sauf que c'est un conditionnement. Un conditionnement suppose des rouages qui se créent au sein de l'esprit de la personne. Et un questionnement nécessaire à se poser. Pourquoi ais-je pensé interrompre à ce moment-là ? Qu'est-ce qui m'a semblé logique en cet instant ? Quel était le soucis ? A quoi ais-je pensé ? Si on ne fait que remarquer et s'arrêter là, on a reconnu son erreur, mais on la recommencera plus tard, vu qu'on n'a effectué aucune remise en question.

Et quand bien même on ait compris le rouage du conditionnement, rien n'indique qu'on soit capable d'arriver à le détruire. L'idée qu'il suffit de « voir l'erreur » pour réussir à la supprimer est très naïve. Et c'est là que l'idée de « personne déconstruite » // « personne safe » pose problème, car elle suppose donc qu'il est possible, pour tout le monde, de supprimer tout conditionnement. Or, certains conditionnements ont été renforcés par des traumatismes. Ça ne les rend pas plus juste pour autant, ça ne les rend pas plus acceptable, en revanche, cela les rend beaucoup plus difficile à combattre. Et là où, quand on parle d'un système à unique hiérarchie, il était assez facile de pointer du doigt les dominants, dans un système avec de multiples axes d'oppressions, la réalité devient de suite plus complexe, et ce sont des traumatismes liés à des violences oppressives qui peuvent soutenir des conditionnements oppressifs. L'idée de « personne déconstruite » devient alors très gênante, puisqu'au final, paradoxalement, elle ne prend plus en compte les différentes oppressions, mais simplement une sorte d'idéal hors de toute réalité.

Quand à déconstruire ses privilèges, une fois que l'on a établi la différence entre conditionnement, préjugé et privilège, je trouve que cette notion n'a pas de sens. On peut déconstruire ses préjugés. C'est assez facile. On peut essayer de déconstruire ses conditionnements. C'est plus difficile, et parfois, en fait, ça ne marche pas. On ne peut pas déconstruire ses privilèges car ceux-ci sont du fait du regard de la société sur un individu. Il est impossible pour un homme de déconstruire le fait qu'il ne vivra pas de harcèlement de rue. Il est impossible pour un-e neurotypique de déconstruire le fait d'obtenir un emploi/une promotion plus facilement qu'un-e neuroatypique.

Cette réflexion peut sembler déprimante pour certain-e-s, mais j'aimerais attirer votre attention sur deux points. Premièrement, si elle l'est pour vous (déprimante), demandez-vous dans quelle mesure vous cherchiez avant tout un moyen de vous « placer du bon côté de la barrière » et non de changer les choses. Dans quelle mesure le terme « déconstruit-e » ne signifie-t-il pas « cookie de sorti du système oppressif pour un-e dominant-e » ? Deuxièmement, cela signifie aussi que le travail est beaucoup plus complexe qu'il ne semble de prime abord. Il ne suffit pas juste de voir ses erreurs. Il s'agit de les comprendre. Il ne suffit plus de dire « les hommes interrompent les femmes plus souvent » mais surtout « pourquoi l'ais-je fait ? Quel a été le cheminement ? Comment le stopper ? », en somme, comprendre le conditionnement derrière l'acte, et travailler sur la source et non la conséquence.

mardi 8 septembre 2015

Volée musicale #9

Troooop de musique à faire découvrir, donc là je liste juste.

Ayo ft Youssoupha: Fire
Julia Zahra: Empire State of Mind
Kollektivet: I'm just standing here (with my incredibly long penis)
Elastic Heart Sia // Madilyn Bailey & KHS (version piano)
I was made for loving you Tori Kelli ft Ed Sheeran
Imany T'es beau
Imany You'll never know
Cleo Higgins don't let go
Cleo Higgins Leave me alone
Kollektivet: 2manybuttons
Jali: Española
Jali: 21 grammes
Nargiz Zakirova; please forgive me
Nargiz Zakirova: The House of rising Sun
Wu mochou Bad Romance
Sigur ros: The rains of Castamere - GoT song
Mathieu Cote: en titubant

mercredi 2 septembre 2015

éloge de l'inconstance

On parle souvent du « droit à l'erreur », rarement du « droit au changement ». Or, ce sont deux choses profondément différentes. Le droit à l'erreur vous permet de garder votre constance malgré un accroc, le droit au changement torpille la constance. Ce que j'entends faire ici, c'est à la fois parler du droit au changement, mais aussi du droit à l'inconstance, et du droit à la différence sous un angle lié aux autres et j'ai pu remarquer que ce n'est pas facile, car, dans beaucoup de cas, on utilise le mépris que l'on a pour la différence pour défendre l'inconstance, le mépris que l'on a pour l'inconstance pour défendre le droit au changement, et l'on méprise le droit au changement pour défendre le droit à l'erreur, dans une sorte de cascade qui, au final, fait de sacrés dégâts.

(Précision : dans cet article, je ne parle pas d'oppression mais de conditionnement et de préjugés issus de conditionnement, il est donc tout à fait possible que certains fassent parti d'une oppression tandis que d'autres non. S'il n'y avait que préjugé et conditionnement dans les oppressions, on serait franchement tranquille)

Lorsqu'on parle de constance et d'inconstance, l'image du premier mot est une chose rectiligne, un choix unique et définitif, celui du deuxième est l'idée d'un mouvement constant entre un choix et un autre. On peut, déjà, remarquer le côté pervers de cette situation, à savoir que si l'on imagine un choix binaire, mais qu'en réalité il peut avoir d'autres réponses, les autres réponses seront considérées comme inconstantes. Les exemples typiques de ces cas ? Les switchs (En BDSM les switch ne se définissent ni comme soumis-es ni comme dominant-e-s), ou les bisexuels/pansexuels qui ont une réponse différente que « mon genre / le genre opposé » et sont donc vu comme fatalement « inconstant », et donc, incapables de fidélité notamment. On va même, dans le cas des switch, jusqu'à leur demander assez couramment ce qu'iels sont « aujourd'hui », comme s'iels devaient choisir à tout prix (très bon article sur le sujet d'une switch  ). On voit bien, ici, qu'au-delà de l'inconstance, c'est le fait que ce soit une réponse « différente » de soumis-e/dominant-e ou hétéro/homo qui pose problème. (on retrouve ça aussi lorsqu'une personne ne se définit ni comme homme ni comme femme, que ce soit fluide, agenre, non-binaire etc.)

Mais le fait est, également, que la constance n'est pas forcément bonne. Dans un couple, être constamment ensemble est très souvent destructeur. L'eau croupit, pour faire une métaphore. La constance n'est pas ce dont est fait la nature. Pour autant, on nous la présente continuellement comme une chose saine, une chose positive, et l'inconstance est toujours négative. Cela semble sortir de cette idée binaire que l'on a du bien et du mal, séparé de manière précise, ce qui fait que la constance côté bien est bonne. Mais cette notion est totalement absurde car le bien et le mal ne sont pas, dans la vie, délimités de façon aussi stricte. Des individus peuvent avoir raison de s'unir pour un point et de s'opposer les uns aux autres sur un autres, sans pour autant que l'inconstance de leur alliance soit quelque chose de négatif, bien au contraire. Mais dans l'image binaire bien/mal, il n'y a qu'un seul bon chemin, et de ce fait, on ne peut avoir aucun droit à l'inconstance. La haine de l'inconstance se lie donc au mépris du changement et de l'erreur.

D'une part, ces deux notions sont constamment amalgamées. Lorsqu'une personne se revendique childfree plusieurs années, puis finit par avoir un enfant, elle est souvent montrée comme traître, comme une personne n'ayant jamais été childfree. « être » quelque chose, c'est avoir une constance dans cet être. D'autres diront qu'elle a fait « une erreur » de se « croire » childfree, là où, si c'est possible, il est également tout a fait possible que la personne ait évolué, donc que ses envies aient changé sans pour autant que ce soit une erreur de s'être revendiquée childfree. De la même manière, il est courant que des ami-e-s s'éloignent au fil du temps, sans que l'amitié ait été une erreur. De ce côté-là, on aura souvent des personnes approuvant, mais pour autant, l'image que « les véritables amitiés sont celles qui durent » est profondément implantée dans nos esprits. On peut également rappeler les propos courants pour les adolescents de « c'est une passade » comme si le fait qu'une chose ne soit pas destinée à durer soit, en soi, preuve qu'elle ne mérite aucune considération et n'a aucun intérêt. La constance est positive. Le changement, l'erreur, l'inconstance restent négatives.

Le problème avec ce conditionnement, est qu'il arrive fatalement au point qui fait mal : la remise en question implique reconnaître son erreur et changer. Elle est donc, de manière vicieuse, considérée comme négative, malgré tout ce que l'on dit de l'importance de reconnaître ses torts. Non, notre société est bâtie sur le fait qu'il ne faille pas les reconnaître. Pour être précis, notre société est bâtie sur l'idée qu'il y a d'un côté le bien, de l'autre le mal, d'un côté les personnes faisant des erreurs, de l'autre, les personnes n'en faisant pas, même si l'on répète continuellement que l'erreur est humaine. Lorsqu'on ne reconnaît pas son erreur, on prend le parti de conserver sa constance. Et étant donné que nous sommes des animaux sociaux, beaucoup d'autres personnes sont autour, mais beaucoup ont également ce même réflexe de vouloir refuser l'erreur, afin de se protéger également lorsqu'ils l'ont fait ou risquent de la faire. « je te protège pour me protéger car nous sommes dans le même cercle »
Ce schéma créé fatalement des cultes de la personnalité. Des individus qui semblent extrêmement constants, et que l'on va donc vénérer, autant à l'extrême-droite qu'à l'extrême-gauche, et jusque dans les milieux militants, qu'ils soient dans les assocs, sur FB ou sur twitter. C'est ainsi qu'on voit la création de notion comme « safe » ou « déconstruit », que des personnes sont d'abord hissées sur un piédestal, puis, jetées à terre après que l'on ait mis en lumière des propos datant de plusieurs années, voire des propos de relations de la personnes. Ce dernier point est important, on va jusqu'à exiger d'une personne de répondre des actes de ses relations. Ça semble, de base, logique, et ça l'est en parti, mais l'effet pervers est que cela renforce la cohésion de groupe face à ces considérations, puisque toute remise en question d'une personne implique celle des personnes avec qui elle est en relation. Coupable par association, cela fait que la remise en question est encore plus complexe, puisqu'il faut, à la fois dépasser ses propres blocages, mais aussi des blocages sociaux liés à toutes les personnes autour de nous, ce qui sclérose encore plus la situation.

Au final, la haine de l'inconstance, le fait de vouer un quasi-culte à la constance, ça empêche de se poser des questions, ça empêche de tester, de faire des erreurs, de se tromper, et donc, d'avancer, de se trouver. Considérer qu'une chose n'a pas de valeur sous prétexte qu'elle n'a pas duré, c'est, au final, soutenir un système qui refuse la remise en question. Mieux vaut être constant dans l'erreur qu'inconstant. Ça craint.

samedi 22 août 2015

Rapports de pouvoirs entre hommes & femmes l'exemple de la conf neocast de Pouhiou / Ginger Force / Charlie Danger

Cet article n'a pas pour but de démolir Pouhiou, soyons clair. D'une part parce que je parle ici de sexisme et que je ne considère en aucun cas avoir le droit de basher quelqu'un sur ce sujet n'étant pas une femme, d'autre part, parce qu'étant un homme cis, je trouverai assez aberrant de basher quelqu'un alors que je ne sais aucunement si je serai différent de lui. Là n'est donc pas mon propos, en revanche, ce que j'aimerais mettre en valeur, c'est comment, dans une situation où l'on a deux femmes et un homme, les trois conscient-e-s des enjeux du féminisme, on se retrouve quand même avec une position de pouvoir et de prise d'espace massive de la part de l'homme.

J'analyse cette vidéo selon trois angles relativement simples. D'abord, la présence de chacun des trois protagonistes, ensuite, le clivage que l'articulation des temps de parole créé, et enfin, le rapport de pouvoir qui se trouve visible, plaçant l'homme au sommet. Il est plus que probable que je n'ai pas tout remarqué, mais ça me semble déjà assez édifiant. Sans aucun doute, il sera possible d'expliquer un ou l'autre des points indiqués, mais j'aimerais attirer votre attention sur le fait que le biais mettant en valeur les hommes est toujours expliqué par une raison « spécifique », mais reste, cependant, toujours le même, les raisons étant souvent, en vérité, des excuses. Enfin, les timers que j'indiquerais sont là pour vous donner une idée d'où trouver les infos dans la vidéo, ils ne sont pas parfaits. J'ai dû la visionner un bon paquet de fois, et je l'ai donc fait en *2 de vitesse ce qui limite la précision à ce niveau-là.

Je présente cela dit la vidéo, elle se trouve ici et se divise en plusieurs parties. Première partie, une mise en scène sur le sexisme qui va environ de 0:38 à 4:35. S'en suit une explication jusqu'à 6:30 puis une seconde mise en scène qui dure de 6:30 à 8:30 ; avec, ensuite le débat qui s'installe de 8:30 à 23:35. On a ensuite une vidéo de Pouhiou qui dure de 23:35 à 30:53 puis une réflexion sur la vidéo jusqu'à 36:45 avec l'arrivée, ensuite des questions/réponses. Je précise donc que, pour l'analyse du temps de parole, je n'ai pas pris en compte les mises en scènes, puisqu'elles étaient factices. Je n'ai également pas pris en compte la vidéo de Pouhiou, même si j'y reviendrai.



Le temps de parole est très largement en faveur de Pouhiou. sur les 25min 45sec analysées, il parle 12min et 45 secondes, soit environ 49 % du temps contre 6min 13 pour Ginger Force ( environ 24%) et 6min 47 pour Charlie (environ 26%). Il parle donc, à lui seul, quasiment autant qu'elles deux réunies. Pour autant, il n'y a pas que cette donnée à prendre en compte. En effet, quand on écoute la vidéo, on peut avoir tendance à croire que Charlie Danger parle moins que Ginger Force, alors que l'analyse indique l'inverse. C'est parce que si le temps de parole a une certaine importance, le temps de silence en a une encore plus grande. Dans cet article de les mots sont importants il est même indiqué que l'on analyse la durée du temps de parole des femmes par rapport au silence.
J'ai donc analysé les silences de plus de cinq secondes dans cette vidéo pour chacun des trois. (Le silence est rompu dès qu'il y a manifestation sonore (rire, « hm » et autre).) Or, justement, les silences de Charlie danger sont beaucoup plus long. Son plus long temps de silence est de 6 minutes 17 secondes (4:35 – 10:52) là où le plus long temps de silence de Ginger Force est de 3min 40 (9:11 – 12:51). Pouhiou, quand à lui, a pour plus long temps de silence 57 secondes. (15:07 – 16:04 ; le silence étant rompu par un « hm » à l'adresse de Charlie danger). En terme de moyenne de durée de silence, c'est encore plus visible. Ginger Force est à 2 minutes et 1 secondes de moyenne durant ses temps de silence. Charlie Danger à 2 minutes et 39 secondes. Pouhiou, quant à lui est à 23 secondes.

Ces données semble étonnantes, mais il faut saisir que l'intégralité de la conférence est divisée entre d'un côté Pouhiou et de l'autre Ginger Force & Charlie Danger. En effet jamais, au long de la conférence, Charlie Danger ne succédera dans son temps de parole, à Ginger Force, ni Ginger Force à Charlie Danger. A chaque fois, il y aura une intervention de Pouhiou. Le plus proche instant étant à 21:20 quand Pouhiou fait « seulement » une mini-intervention de 2sec pendant que Charlie Danger passe le micro à Ginger Force. Et ce micro, parlons-en. En effet, Pouhiou en a un, portable, Charlie Danger & Ginger Force en ont un, à deux. Cela renforce ce clivage homme – femme, mais surtout, donne beaucoup plus de présences à Pouhiou qui peut intervenir quand il le souhaite, là où Ginger Force comme Charlie ont dû à plusieurs reprises attendre de récupérer le micro (à 15:07 par exemple, Ginger Force doit s'incliner car elle n'a pas le micro, et c'est Charlie Danger qui peut intervenir). C'est d'ailleurs pour cette raison que les rapides interventions de Pouhiou sont aussi nombreuses et aussi visibles, et que son temps de parole en est drastiquement augmentée, alors que son temps de silence en est réduit à peau de chagrin.
Ce clivage se voit également avec la manière dont l'espace est occupé, puisque, sur 19 minutes et 6 secondes où il y a AU MOINS une personne debout, Pouhiou se trouve l'être 13 minutes et 49 secondes, soit 72 % du temps, contre 22 % du temps pour Ginger Force et 19 % pour Charlie. Ça ne fait pas 100 % car, en effet, j'indique bien « au moins », puisqu'à plusieurs reprises, lorsque l'une des deux intervenantes parlera, Pouhiou restera debout, là où, quant à elles, elles seront bien plus enclines à s'asseoir lorsque ce sera son tour.

Ce clivage n'est pas non plus dénué de rapport de pouvoir. Que ce soit le micro, qui donne donc toute latitude à Pouhiou d'intervenir dès qu'il le souhaite, ou le temps debout, tout indique la prise de pouvoir complète de Pouhiou durant la conférence. Je reviens à nouveau à l'article de LMSI.net concernant les « réponses minimales » ou « confirmations minimales ». Ce sont de minuscules interventions (des « hm » des « d'accord » etc.) qui ponctuent le discours pour signifier qu'on a écouté / entendu / qu'on valide l'intervention.
Je ne vais cependant pas faire l'analyse de l'article concernant la différence entre les confirmations minimales masculines et féminines, non parce que je n'y adhère pas, mais parce qu'en l'occurrence, si l'on est face à un discours, on n'est pas face à une discussion, et, de ce fait, l'analyse me semble plus complexe à mettre en place.
En revanche, une chose est certaine, ce sont les validations de la part de Pouhiou qui font que son temps de silence est drastiquement inférieur à celui de Ginger Force & Charlie Danger. En tout et pour tout, Pouhiou valide 22 fois les discours de Charlie Danger & Ginger Force, là où seule Ginger Force valide à 2 reprises le discours de Charlie Danger, et qu'aucune des deux femmes n'émet de sons lorsque Pouhiou parle. (à une reprise Ginger Force aurait pu en émettre un, mais n'ayant pas de micro, il n'est pas audible, juste visible ; là encore, le micro pour deux créé un rapport de pouvoir)
De plus, rappelons que dans le temps de parole, je n'ai pas compté la vidéo de Pouhiou qui a été diffusée, soit 7min 10 de pouhiou, seul, visible, parlant, ce qui ferait, en la comptabilisant, qu'il aurait près de 70% du temps de présence. Mais en sus de ça, Pouhiou est également celui qui articule l'intégralité du débat, celui qui le gère. C'est lui qui commence la conférence, lui qui introduit le rapport entre LGBT-phobie et sexisme, lui toujours qui met en place la diffusion de la vidéo, lui encore qui reprend la parole après la fin, et lui, une fois de plus, qui d'un mouvement des mains, indique l'arrivée des questions/réponses.



De manière générale, cette conférence est l'exemple typique d'une situation où un homme prend l'espace, tant en terme de pouvoir que de présence, et devient, au final, le centre de l'attention dans une discussion sur le sexisme. Il y aurait d'autres choses à en dire sans aucun doute, notamment en analysant les tournures, (on pourrait notamment revenir sur la formulation du « est-ce que tu te rends compte aussi que... » de 14:30 qui est une formulation d'une condescendance complète) mais je voulais me concentrer sur cet axe de présence → rapport de pouvoir. Il est certain qu'on pourra sans doute trouver dix milles raisons pour justifier que la situation se soit passée ainsi, le fait est que, malheureusement, on trouve toujours dix milles raisons qu'une situation précise se passe comme toute les autres, et qu'il faut admettre que bien souvent, ces raisons sont des excuses.
Je ne suis pas en train de dire que la conférence était mauvaise, c'est pas non plus mon rôle. Ce que je mets en exergue ici, c'est la façon dont peuvent se recréer les systèmes de pouvoirs. Il n'existe pas de personnes « déconstruites », il n'y a que des personnes en cheminement (et même ce concept est très gênant, prochain article sur le rapport social) et ce cheminement ne peut pas être arrêté. Ce n'est pas les réflexions évidentes de sexismes qui posent problème. Celles-là sont balayées rapidement par notre esprit (la première chose à laquelle on pense, c'est le conditionnement, la seconde, c'est nous, je ne sais où j'avais lu ça). L'exemple donné par Pouhiou de la pensée « une bière c'est pas féminin », c'est cool d'y penser, mais ça n'est pas majeur parce qu'on le sait immédiatement, dans l'instant même où elle survient. En revanche, vérifier qu'on ne prend pas trop l'espace, fermer sa gueule en particulier sur les validations sonores de discours, ça impacte nettement plus la réalité qu'une pensée sexiste tellement visible qu'elle saute aux yeux avant même qu'elle ne soit vocalisée. Il y a nécessité d'analyser a posteriori sa manière de faire, d'être, parce que sans ça, on ne parvient à modifier que les choses évidentes et non le problème de fond.

samedi 1 août 2015

volée musicale #8

Je commence par crucified Barbara. Déjà j'adore le titre du groupe, et le titre des chansons. Je l'ai découverte par To kill a man. Il y a aussi everything we do que j'aime bien.

Ensuite, il y a leïla et les Cocus. Je suis juste *_* en écoutant le refrain. J'apprécie également tout particulièrement rue du Miracle et c'est dégueulasse, reprise de Marie Cherrier que je préfère à l'originale, quoique l'originale soit plus torturée.

j'ai aussi découvert Anouk Aïata avec Pourquoi regardes-tu la lune ?
J'ai découvert aussi Less minded à un concert. You wanna et does that étant les seules chansons disponibles sur le net, mais elles sont plutôt chouettes.

Je continue avec une bande son de jeu: Room of Angel dans SIlent hill qui est juste *___*

Je passe ensuite à Meytal Cohen, avec deux reprises (je n'ai pas encore trouvé d'original de leur part), à savoir Toxicity de SoaD et Smell like Teen spirit de Nirvana

Et je termine par Christine and the Queens. It est une chanson géniale, et de manière général, tout l'album est chouette, je conseille aussi Saint Claude

vendredi 31 juillet 2015

Journal d'une anorexique-boulimique; le combat d'un ange par Cindy C.

Cet article a été publié sur Coup de Gueule de Lau mais semble avoir été bloqué par FB sans qu'on sache pourquoi. Je le republie donc ici, d'autant que C. reste une personne qui m'a profondément marqué, l'une des personnes les plus fantastiques que j'ai jamais rencontré, une de ces personnes dont on sait, intuitivement, qu'elles occupent une place qui ne sera jamais comblée. C. ou J. comme je l'appelle tous le temps, c'est le petit trou dans mon âme. Pas une douleur à hurler. Pas une impossibilité de vivre sans elle. Mais un trou. Petit, là. Définitif. Un truc qui reste.


NOTE IMPORTANTE :
Pour une raison obscure, Facebook refuse de partager correctement cet article.
Apparemment, c'est un problème qui arrive régulièrement avec des articles issus de Wordpress, parfois Facebook en bloque le partage sans raison apparente. L'autre hypothèse est qu'un filtre particulièrement chatouilleux trouve qu'il y a trop d'occurrences de termes relatifs aux TCA dans cet article...
Du coup, si vous voulez le partager sur Facebook, vous aurez un message qui vous indique que le partage de ce lien n'est pas possible "parce qu'il comprend des contenus qui ont été signalés comme abusifs". Toutefois, vous pourrez quand même en partager le lien, mais il n'y aura pas d'aperçu, de vignette qui apparaitra.
Mais n'hésitez pas à le faire tout de même : promis, aucun lien dans cet article ne mène à un site pourri qui va coller 15 virus sur votre ordi !


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Un article un peu particulier...

Pas un de mes habituels coup de gueule, pas un grognement sur la société, pas tellement un truc revendicatif et militant...

Mais un hommage, et un besoin de faire connaitre un livre.
"Journal d'une anorexique boulimique, le combat d'un ange", son auteure n'en a jamais vu la publication.
Son auteure, Cindy, c'est une amie à moi.
Oui, c'est.
Même si elle est morte depuis bientôt trois ans, je ne peux pas parler de notre amitié au passé, parce que c'est toujours là, c'est toujours présent, c'est toujours vivant pour moi.

Cindy, connue sur le net, devenue une amie IRL, avec qui j'ai passé des heures au téléphone, des heures à refaire le monde, des heures à s'entraider dans les coups durs. Cindy. Bien plus que "une anorexique boulimique" pour moi.
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Cindy, dont on a regardé la descente aux enfers sans rien arriver à faire pour l'enrayer.
Cindy avec qui ont avait prévu de manger une fondue au fromage "le jour où elle serait sortie de ses TCA".
Cindy qui s'est donnée la mort le 19 octobre 2012 un peu avant 19h, laissant un cratère dans la vie des personnes qui l'aiment.

Après sa mort, ses parents se sont retrouvés face à une foule de "pourquoi" ? Au travers de leurs échanges avec ses amis, ils ont appris l'existence des blogs tenus par Cindy.
De ses textes sur des forums, aussi. Ils ont aussi retrouvé, dans les affaires de Cindy, des bouts de cahiers, de journaux intimes, et l'ébauche d'un roman largement autobiographique qu'elle avait commencé à écrire et jamais pu terminer.

Ses textes, ses parents ont décidé de les sortir de l'anonymat d'internet, pour en faire un livre.
Pour que le message de Cindy soit entendu.
Pour que ses coups de gueule contre la psychiatrie déshumanisée et déshumanisante ne restent pas sans écho.

Cindy voulait aider. Faire bouger les choses.
Elle était étudiante en psycho, et voulait en faire son métier.
Cindy, au quotidien, elle était toujours là pour les autres, de son mieux, laissant ses propres difficultés de coté pour écouter et soutenir les personnes autour d'elle qui en avaient besoin.

Si ce livre peut aider ne serait-ce qu'une personne, ne serait-ce qu'une famille, ou, pourquoi pas, ne serait-ce qu'un professionnel à mieux comprendre...

Alors un bout de ce que Cindy voulait faire de sa vie sera réalisé au travers de ce livre.


"Il y a des âmes errantes dans les couloirs, des espoirs cachés au creux des sillons tracés par les larmes. On a oublié nos identités au profit de matricule, un numéro personnifié. Les craquements des pas retentissent dans les couloirs déserts, refuge des perditions de corps inanimés. Mon corps a subi les affres de mes désastres, la bouffe a eu ma raison et ma gueule s’est refermée d’un coup de mâchoire fatal sur la vie. [...]
Je garde cette immense rage contre le cortège médical qui pensait stupidement qu'en endormant les symptômes sous une panoplie de médicaments le problème serait réglé !
Je garde cette rage contre moi-même pour avoir eu la stupidité de tomber dans cette merde et de m'évertuer à continuer !"

 Cindy C. - "Journal d'une anorexique boulimique, le combat d'un ange"


Pour commander le livre sur le site des éditions L'Harmattan : c'est ici Si vous avez envie d'aider à faire connaitre ce livre, vous pouvez faire tourner cet article, ou partager la page facebook que nous avons créé dans ce but. Merci pour elle. Et merci pour ses parents.


Tu me manques, Cindy.





samedi 25 juillet 2015

Entre développement personnel et destruction intégrale.

Je me rappelle que suite à cet article des personnes avaient critiqué cette phrase « Parce que depuis quelques temps, le militantisme commençait à m'apporter de moins en moins de choses. » qui indiquait que je considérais le militantisme comme un apport personnel et non une lutte, un « stage de développement personnel »)


J'ai tout d'abord supposé, en horreur que les personnes n'avaient pas compris ce que je voulais dire par là. En effet, à mon sens, le but du militantisme est d'aller vers un monde plus juste, un monde meilleur. Par là-même, il me paraissait assez aberrant que le militantisme rende une personne pire. Via cette phrase, je voulais dire que le militantisme commençait à me rendre pire, et plus malsain qu'avant, ce qui me semblait fondamentalement en contradiction avec son principe premier, et non qu'il ne me faisait pas me sentir mieux dans ma vie, comme j'ai supposé qu'elles le comprenaient.

Et puis… je me suis demandé si c'était pas moi qui passait à côté de quelque chose au final. Alors j'ai renversé ma pensée, et je suis parti du principe que ces personnes avaient raison. Pourquoi ne pourrait-on pas devenir pire par militantisme ? On perd beaucoup à force d'ouvrir les yeux sur la violence tout autour de soi. On perd des amis, on perd des bons souvenirs, on perd des livres et des films, on perd une tranquillité d'esprit, alors pourquoi ne pourrait-on pas, soi-même, perdre de la valeur, devenir pire ? Et dans quelle mesure, refuser cette idée ne serait-il pas égocentrique ?

J'y ai vu, cependant, un problème. Je ne crois pas qu'une personne puisse agir de façon désintéressée. Le mythe du chevalier solitaire à fond dans sa lutte, désintéressé, du lucky luke, du lorenzaccio qui détruit jusqu'à son intégrité pour parvenir à ses fins, m'a toujours paru beaucoup trop simpliste. Cela dit, en réfléchissant au Lorenzo de Musset (résumé simple et résumé très détaillé) (personnage qui m'a fasciné durant mon adolescence), j'ai remarqué que ce n'était pas contradictoire au final. Une personne peut tout à fait se valoriser tout en se brisant. Elle peut donc devenir pire, sans pour autant agir de façon désintéressée.

A partir de là, est-ce qu'il n'y a pas une forme d'égoïsme à refuser cela, à chercher absolument à vouloir devenir meilleur plutôt qu'à chercher à faire avancer la lutte ?

J'ai passé un peu de temps là-dessus. Ce que je vois se dessiner, petit à petit, sont deux visions drastiquement différentes. La première, centrée sur la lutte, avec, à son extrême, le fait de rendre l'individu/son intégrité accessoire voire dispensable. La seconde, centrée sur l'individu/son intégrité, avec, à son extrême, le fait de rendre la lutte accessoire voire dispensable.

Si les deux extrêmes sont profondément malsains sans même que j'ai besoin de m'arrêter dessus pour l'expliquer, en revanche, j'ai mis du temps à chercher à étudier les deux schémas de pensées, l'un par rapport à l'autre. Dans un cas, on s'occupe d'un changement global dans l'espoir que cela amène un changement des individus dans l'autre, on cherche un changement à l'échelle du microcosme (la personne, ses relations etc.), dans l'espoir que, petit à petit, cela amène un changement global.

Au final, je ne sais lequel est plus pertinent que l'autre, mais je sais une chose : en tant que NA, ce que l'on a exigé de moi, depuis que je suis bébé, c'est que je m'adapte, que je m'oublie, et que je fasse en sorte de fonctionner dans une société aux règles absurdes et incompréhensibles. Alors, non, je ne prendrai pas le chemin où l'on s'occupe d'abord du changement global, et oui, je centrerai ma réflexion militante sur moi et mon entourage. Parce que je suis « un homme neuroatypique à qui l'on a appris qu'il devait se modifier, se briser, se conformer, s'adapter au monde autour de lui », faire en sorte de m'occuper de moi, et de ne pas me perdre dans les autres, leurs attentes et celle de la société ou celle du militantisme, c'est une nécessité.

Du fait de ma neuroatypie, je dois faire l'équilibre entre le militantisme et la protection de ma propre intégrité, chose vitale, parce qu'on ne fait pas changer les choses si on ne les change pas chez soi. Ce n'est pas que je centre mon militantisme sur moi, c'est que je lui appose une limite du fait de la situation particulière qu'est celle d'être né avec un fonctionnement psychique différent, d'être complètement inadapté à la société.

Entendons-nous bien, ce n'est pas que je recherche à aller mieux via le militantisme, c'est que je refuse de me détruire à cause de lui. La nuance est de taille, mais elle est nécessaire. Et le simple fait que je passe encore des paragraphes entier à essayer de justifier que je refuse de me laisser détruire par le militantisme prouve qu'il y a encore un sacré travail à faire, car je n'aurais jamais dû avoir à ressentir la nécessité de le faire. (je ne le reproche à personne et à tout le monde à la fois, ce conditionnement reste une vraie saleté chez moi, et le rapport entre neuroatypie, masculinité et conditionnement sera l'objet d'un prochain billet)

Cela dit, ça me travaille. Car quelque part, ces personnes… elles avaient raison. Partiellement raison, une raison qui ne me fait pas changer de chemin, mais me fait comprendre pourquoi j'emprunte celui-là, mais partiellement raison quand même. Comme quoi...

samedi 11 juillet 2015

Une pensée pas encore aboutie

Cet article a mis longtemps a émergé, et j'avoue que la seule manière de l'écrire me semble être de raconter le cheminement de ma pensée. Parce qu'elle est arrivée (le chemin est-il fini ? J'en sais rien), à ce que je considère qu'il faille, en tant qu'homme, que l'on fasse exactement l'inverse de ce que je pensais qu'il fallait faire à l'origine.

Il m'apparaissait, à l'origine, qu'un homme devait absolument apprendre à ne pas se centrer sur lui-même lorsqu'il commence à militer. En effet, la masculinité étant basée sur une idée d'égocentrisme, il fallait pouvoir s'en dégager. C'est pour cela que j'abondais dans l'idée du terme "féministe" qui centrait sur une lutte à laquelle on ne gagne rien, puis sur pro-féministe, pour signifier la différence avec la situation des femmes, et ne pas se mettre en avant.

Cela dit, petit à petit, le terme pro-féministe semblait poser problème. Le premier soucis s'est vu avec les diverses viols & abus commis par des mecs profems, que ce soit la prise de contrôle du groupe des copines de Causettes sur FB avec son lot de violences misogynes à l'égard des membres actives du groupes de la part des mecs dirigeants de Causettes, les viols commis par des mecs profems, etc, mais aussi, récemment, l'article de CPOEF "si proches, si loin" dans lequel elle décrit le fait que les hommes profem lui semblent bien plus insupportables que les hommes n'ayant aucune connaissances du sexisme. Je cite Il est plus facile d’être féministe auprès des bonhommes néophytes de ma cambrousse que des connards « éclairés » des milieux libertaires.

ça en dit long sur le soucis. Et au final, je pense qu'il y a deux choses qui posent soucis et se rencontrent. D'une part, à l'heure actuelle, le mouvement militant (sur twitter et facebook, et même dans les assocs) recherche une certaine cohérence, à savoir que si chacun milite pour ce qu'il/elle vit, il/elle cherche à ne pas opprimer les autres. Or, si l'on se dit profem, on indique donc une supériorité de la lutte contre le sexisme face aux autres luttes. Racisme ? Transphobie ? Validisme ? Psychophobie ? Pourquoi profem particulièrement ? (gardons-le en tête, j'y reviens après)

D'autre part, le fait que la masculinité n'est pas égoïste, elle est, avant tout, égocentrique, et la petite différence entre les deux est gigantesque.

Je m'explique. L'égoïsme consiste à tout ramener à soi, à tout faire pour soi etc. L'égocentrisme, contient l'égoïsme, mais d'une manière plus vicieuse, car l'égocentrisme peut s'occuper des autres, mais dans la recherche de quelque chose pour soi. Lorsque l'on note que la masculinité est égocentrique et non égoïste (la figure du white knight est égocentrique), alors le fait de se définir pro-fem, prend tout son sens. Le fait de défendre le droit des femmes est valorisé socialement. Certes, lorsqu'on le fait réellement, lorsqu'on signale que ça c'est sexiste à ses potes ou sa famille, on peut se prendre des réflexions de réflexions, et encore, dix fois moins que les femmes qui le font, le fait de se déclarer pro-fem, en réalité, n'attire de violence que de la part d'une frange très faible de masculinistes, mais attire le respect d'une grande proportion de la population. Car défendre les femmes, pour un homme, c'est totalement patriarcal. "S'abandonner" dans une lutte tel le chevalier errant désintéressé est célébré. Or, se dire "profem" tout comme "féministe" c'est indiquer qu'on défend les femmes. C'est non seulement un appel au cookies, mais au final, c'est plus valorisé socialement et patriarcal. Agir, pointer le sexisme, là, ça peut être mal vu (et encore une fois, mille fois moins qu'une femme le faisant), mais se dire profem, c'est bien vu.

De ce fait, se définir pro-fem, et de manière générale, ne pas se centrer sur soi dans sa déclaration de militantisme (dont le concept, en soi, est fort criticable, d'ailleurs, je me demande même, en cet instant, si le fait de se déclarer quand on est homme n'est pas, en soi patriarcal), je pense que c'est, paradoxalement, patriarcal. Cela ne signifie nullement qu'il ne faille pas relayer, militer, parler aux proches, écouter, mais cela veut dire que pour court-circuiter ce système, je pense qu'il faut, avant tout, se centrer sur la ou les oppressions que l'on vit, + la masculinité.

Je n'ai pas le temps de revenir sur la masculinité, ce billet est un billet de pensée, et je n'arrive pas à poursuivre, mais je reste persuadé que la masculinité est trop peu étudiée, trop floue dans notre esprit, et que sans une réflexion profonde pour en définir les contours, il est impossible, pour un homme, de chercher à détruire le malsain qu'elle a implanté en lui.

dimanche 21 juin 2015

Petit point

Note: cet article n'a aucune volonté militante, c'est une réflexion personnelle sur moi, par moi, pour moi.

tw suicide sur le premier paragraphe

Cet article va être un peu différent des usuels, c'est une sorte de tentative de point sur moi-même, et sur ce qu'il s'est passé comme changement depuis un an et demi et qui m'amène à la conclusion de ce que je vais tenter de changer aujourd'hui. Pour recadrer la situation, il faut que je parle de deux épisodes dans ma vie. Le premier a eu lieu le 19 octobre 2012. Auparavant, j'étais quelqu'un d'assez impliqué sur divers forums d'entraides. Ce jour-là, une des femmes les plus grandioses que j'ai connu s'est suicidée. Je ne dirais pas qu'on ne l'avait pas vu venir. Au contraire, on disait encore quelques semaines plus tôt qu'il était peu probable qu'elle vive une année de plus. Ça a cependant brisé cette bulle dans laquelle j'évoluais. Les forums n'étaient plus cet endroit « hors du monde » où les déchiquetés de la vie venaient et géraient plus ou moins leur merde, trébuchaient, tombaient, mais se relevaient. Ce n'était plus l'endroit magique où des miracles pouvaient advenir, en voyant s'en sortir des personnes que nul n'aurait cru voir ailleurs que dans un cercueil. C'était un endroit où l'échec pouvait advenir, et l'échec d'une personne, dans ce cas précis, est définitif, avec la silhouette de J. . J'ai déserté, peu à peu, les forums d'entraide à cette époque. Je me suis tourné vers des lieux plus généralistes. Je n'y arrivais plus. A quoi bon ? Le deuxième épisode a eu lieu en décembre 2013, où, suite à une discussion/engueulade avec une amie à moi concernant les marches féministes non-mixtes, je me suis inscrit sur un forum féministe.

La découverte du féminisme, et par là des systèmes d'oppressions a radicalement changé ma vie à cette époque. Ça m'a permis de réfléchir plus en détail sur moi-même, de modifier mes univers, de comprendre que, là où je voyais une société absurde que je haïssais profondément, il y avait tout un système de violence oppressives, et je n'étais pas à l'extérieur de celles-ci, j'en fais parti, j'y contribue. J'ai commencé à travailler sur moi-même, à lire beaucoup sur le sujet. La découverte de l'intersectionnalité a beaucoup joué également, avec des personnes comme mrsroots ou theeconomiss qui ont aussi révolutionné complètement ma manière d'appréhender le monde. J'ai découvert par la suite la psychophobie, le neurotypisme, qui m'ont permis de comprendre beaucoup de choses sur ce que j'avais vécu, sur ce que je vis encore. Petit à petit, avec des lectures (des complices pas des alliés ), des discussions etc. j'ai laissé tomber toute forme d'appellation féministe ou pro-féministe pour me centrer sur ce que je vis. Je suis un militant contre le neurotypisme et la psychophobie, le reste, j'écoute, je relaie, je m'informe, je m'éduque. J'avais trouvé « un centre » personnel.

La violence en milieu militant, ça fait quelques temps que ça me travaille. Je dirais depuis la violence que s'était prise l'Elfe, à l'époque, probablement parce que j'ai joué un rôle dedans. J'ai eu un rapport très délicat avec ce schéma de violence. D'un côté, je ne voyais rien à me reprocher dans celle que j'avais déployé à son égard. De l'autre, il n'empêche que le harcèlement qu'elle a subi et la violence de certains propos… ont commencé parce qu'on avait gueulé en public et parce qu'on n'a pas gueulé contre le harcèlement qui a eu lieu ensuite, parce qu'on l'a juste « passé sous silence », parce qu'on n'a pas dit grand-chose dessus. Parce qu'au final, en la classant dans les personnes qui avaient mérité les premiers propos de violences, et vu que le harcèlement découlaient, ensuite, de ces propos, hé bien, on ne pouvait véritablement condamner le harcèlement tout en approuvant les premiers. Donc victim-blaming, c'est sa faute. Ce qui, en fait, est proprement immonde. Le harcèlement est immonde et n'aurait jamais dû être cautionné. Le schéma s'est répété à plusieurs reprises. Les réflexions de Ponymandias (et en général les discussions avec elles) m'ont pas mal ébranlé dans ma manière de l'appréhender.

Parallèlement, j'ai remarqué que j'écrivais de moins en moins (j'écris depuis que je sais écrire, c'est une des rares choses dont je sois certain me concernant : je suis un écrivain, écrire moins peut arriver, mais ça reste quelque chose d'important dans ma vie ; j'écris, j'invente, j'imagine), et que mes crises d'hypersensibilité étaient plus nombreuses, pas forcément plus violentes, mais plus récurrentes. Intéressé par le végétarisme assez tôt, j'ai sauté le pas l'année dernière, mais je ne supportais pas les lieux de discussions entre végé/vegan qui me semblaient, justement, complètement psychophobe et neurotypiste. J'ai donc créé un groupe sur facebook d'échange de recette végé/vegan interdit au militantisme et ouvert à tou.te.s. (avec une modération très sévère, même si, au final, je n'en ai eu que très peu besoin)

Si j'en parle, c'est parce qu'une amie à moi, vegan, avec qui j'en discutais à l'époque (il y a un an au moins), m'avait dit « mais c'est militant ce groupe. Il y a des omnis qui découvrent et tentent de se faire à manger végé ou vegan, ça aide les personnes en transition et celles qui y sont. C'est du militantisme. Juste pas le même. »

ça m'avait travaillé. Elle avait raison. Intrinsèquement, sans faire exprès, j'avais commencé à considérer que le militantisme était obligatoirement cette manière de pointer le problème, de lutter contre, cet affrontement non pas vis-à-vis de la société mais bien vis-à-vis des individus en son sein. Affrontement, qui, je le vois de plus en plus, est responsable de mes crises. Je ne suis pas fait pour l'affrontement. Je ne supporte pas ce fonctionnement. Je m'y prête, particulièrement en période de fort stress ou forte angoisse, mais il ne me fait pas du bien. Il me bouffe. Il me cogne.

Cet article de Mrsroots m'a fait réfléchir également à tout ce problème, en particulier ce passage :

«  Se prendre du temps, se préserver et choisir l’application de son énergie dans un champs donné qui ne soit pas à la vue de tout le monde, peut permettre d’aller vers le collectif sans que vous en soyez témoins »

Ces derniers temps, j'ai recommencé à faire du care. J'ai fait une compilation des sites de témoignages et d'entraide sur les troubles psys et les neuroatypies, que j'essaie de modifier au fur et à mesure que j'en trouve ou qu'on m'en file. J'essaie de soutenir les personnes qui s'en prennent dans la gueule, que ce soit harcèlement ou dogpilling, je commence à réfléchir, non plus à des moyens d'expliquer aux agresseurs que le dogpiling ou le harcèlement est inadmissible, mais pour en parler aux victimes, pour qu'on arrête de culpabiliser de s'être fait pourrir et de mal le vivre. Je commence à retourner sur les forums où j'étais. Je prends un peu plus de temps pour moi, pour les personnes que je connais sur le net. Bref, quelque part, je suis retourné à ce que j'avais peu à peu délaissé après le 19 octobre 2012, il y a bientôt trois ans.

Mais avec un changement : la conscience politique. Ce que je faisais avant, je le faisais parce que « société de merde, on va tenter de survivre ensemble ». C'est un peu plus complexe désormais, parce que plusieurs schémas d'oppressions s'entrecoupent. J'ai parfaitement conscience que cette lutte politique est jeune. Il n'y a pas, que je sache, d'association militante luttant contre la psychophobie. Le plus proche reste le collectif Sos Psychophobie, qui ne s'est pas encore constitué en association, et qui, cela dit, demeure extrêmement récent. Pour autant, il y a beaucoup d'associations de soutiens ou de lutte contre les violences faites aux patients en psychiatrie. La Mad Pride est une preuve de ce genre de lutte. (avec ses défauts, malheureusement, mais aussi ses qualités, notamment : son existence). Comme dit donc, j'ai parfaitement conscience que cette lutte est jeune, mais j'ai aussi conscience qu'elle est là. Qu'elle se met en place.

Et je me dis qu'au final, la « team pipou » présente sur twitter est sans aucun doute extrêmement militante. Iels sont là pour vous soutenir quand ça ne va pas. Iels se soutiennent les uns les autres, et amènent du sourire. C'est vital. Pour moi. Pour d'autres sans aucun doute.

Oh, c'est pas un au revoir au militantisme, clairement pas. C'est un changement de cap dans la manière de le faire. Ça faisait depuis quelques mois que je disais vouloir me concentrer sur le positif, m'occuper de ça en priorité, parce que je suis très fortement influencé par mon entourage, par ce que je partage, mais je ne comprenais pas comment le faire. J'essayais, mais n'y arrivais pas. C'est simple : J'avais centré mon militantisme sur la psychophobie et le neurotypisme, mais je le centrais encore sur les personnes faisant ou disant de la merde. C'est ce point-là que je veux changer. Aller vers les personnes qui se font dogpiler, harcelées, vers les personnes qui s'en prennent plein la gueule parce que neuroatypiques ou parce que troubles psys. A nouveau, je recite Mrs Roots pour un autre passage qui m'a marqué : « On m’a souvent demandé: “mais alors, à quand le collectif exactement, si chaque communauté doit s’occuper d’elle ?”. Cette hâte d’une vie collective est, pour moi, similaire à la situation suivante : va-t-on demander à une personne blessée par autrui de retourner avec les autres, sans lui accorder du temps pour sa convalescence ? »

Bah je vais faire ça. Ou en tout cas essayer un peu plus en profondeur de faire ça. Parce que c'est la seule méthode qui soit saine me concernant. Je me sens cent fois mieux en faisant un article tumblr sur la réussite d'une pétition sur le net, en filant des liens à une personne pour l'aider, ou en discutant toute la soirée avec, en discutant sur des forums etc., qu'en allant regarder ce qui cloche dans tel ou tel article, qu'en gueulant contre des propos psychophobes de merdes balancés par quelqu'un. Récemment, j'avais commencé la méthode « UnFollow » / « kickban » (selon que les merdes étaient balancées par quelqu'un que je suivais ou par quelqu'un me mentionnant), et… punaise ça marche bien.


Rien que d'y penser je me sens mieux. Parce que depuis quelques temps, le militantisme commençait à m'apporter de moins en moins de choses. Y avait toujours des choses positives, clairement, mais ça commençait à se faire bouffer par la violence, à laquelle je participais. J'arrête là cette violence. J'ai plus envie de confronter les personnes qui disent de la merde psychophobe ou neurotypiste. Je suis pas bâti pour. Pire : les rares fois où je le fais, c'est couramment parce que, dans un état de stress, je cherche un affrontement pour déclencher une crise d'hypersensibilité, et non pour une autre raison. Je préfère retourner trouver des images de bébé caracaux et les envoyer aux personnes qui ne vont pas bien. Je préfère fouiller pour trouver des communautés de personnes TPL parce que ma compile n'a qu'un seul forum sur le sujet. Je préfère partager la musique que je découvre, etc.

Comme dirait une amie : C'est pas une fin, c'est un début.

lundi 15 juin 2015

Mad Pride & quelques pensées

La Mad Pride avait donc sa seconde édition parisienne cette année. (en sus, apparemment, d'une première édition à Marseille, GG Marseille). Je n'ai pas encore de photos du défilé autre que celles disponibles sur le net. (Certains en ont partagé sur l'événement fb de la Mad Pride).

L'édition de cette année a réuni plus de personnes que la précédente, nettement. Je dirais aux environs du double. Cela dit, je regrette que, contrairement à l'année dernière, il n'y ait pas eu de mégaphone pour des slogans groupés, ce qui, au final, a rendu la marche un peu plus "silencieuse", un peu moins "unie". Du fait de la taille du cortège, le son du groupe à l'avant (danseuse & musiciens, les mêmes que l'année dernière) ne s'entendait absolument pas à l'arrière, et rien ne venait l'apporter. C'est, pour ma part, le point le plus dommage de cette édition; J'espère que ça changera. J'ajouterai que les remarques et réflexions sur les danseuses par les mecs en échasse était franchement gonflantes, et se rapprochaient pas mal du harcèlement, ce qui rappelle que les rapports de forces restent les mêmes au sein d'un groupe....

Cela dit, j'ai eu vent d'une réaction, celle d'André Bitton, président du Cercle de réflexion et de proposition d'actions sur la psychiatrie CRPA) qui a expliqué ne pas participer à la Mad Pride car "La situation faite aux malades (mentaux) en France est indigne et ne mérite pas un défilé festif, mais plutôt des défilés revendicatifs en bonne et due forme."

Déjà, j'aimerais préciser qu'il faut faire attention, Ouest France laisse entendre que cette déclaration serait commune au CRPA et à l'UNAFAM, mais les autres journaux n'indiquent rien de ce genre. J'ai donc lâché ma première pensée à base de "en même temps l'UNAFAM je vois même pas pourquoi ils parlent encore." et j'ai envie de répondre à cette idée que quelques autres personnes ont trouvé pertinente.

Je l'ai dit, depuis un bout de temps, j'aimerais bien que la Mad Pride soit plus politisée, plus revendicatrice, plus militante. J'aurais aimé qu'on puisse parler un peu plus de ces personnes qui n'ont pas pu venir à la Mad Pride à cause d'abus de la psychiatrie, comme l'ami d'une amie à moi qui a accepté une hospitalisation libre mais s'est vu hospitalisé par "erreur administrative" en HO, ce qui l'a empêché de sortir pour venir à la Mad Pride. J'aurais aimé dire que c'était aussi pour lui qu'on était là. Parce que lui, justement, ne le pouvait pas, précisément à cause de la "situation indigne" dont parlait monsieur Bitton. C'est, cela dit difficile d'être très politique, car il y a beaucoup de désaccord entre les différentes associations s'y trouvant, certaines appellent à la sectorisation, d'autres la condamnent. Certaines sont pro-psychanalyses, d'autres anti-psychanalyse etc. etc. Pour autant, ce défilé festif est sans aucun doute le plus politique qui soit, et le plus revendicatif. Il pourrait l'être plus, mais certainement pas en en retirant le caractère festif. C'est ce caractère festif qui prend à contre-pied totalement l'image sociale placée sur les troubles psys. Combien de fois voyons-nous des personnes considérer comme la fin du monde le diagnostic d'un trouble psy, voire même le simple fait d'aller voir un-e psy ? Combien de fois avons-nous entendu des personnes en faire une sorte de "point final de l'existence" de quelqu'un ?

L'année dernière, alors que je distribuais des flyers, un homme m'avait demandé "mais vous êtes tous fous ?". J'avais répondu "Ici, pratiquement. Y a quelques personnes qui sont des proches, mais la majorité...". Et il avait dit "C'est dingue, vous avez l'air de gens comme les autres..." puis après quelques secondes. "En fait, vous êtes des gens comme les autres." Entre l'image qu'il avait des troubles psys et ce qu'il y avait en face de lui, il y a eu un court-circuit. Qui y a-t-il de plus politique qu'un court-circuit dans l'imaginaire des personnes ?
Le court-circuit ne se suffit pas à lui-même. Il n'est qu'un début. Il faut poursuivre ensuite, je n'en doute pas un seul instant. Mais le court-circuit est le meilleur moyen d'amener une personne à réfléchir. L'image que les gens ont de nous, et notre réalité n'ont rien à voir. Iels voient une population de "fou dangereux", la réalité est que nous sommes nettement plus victimes de violences physique ou sexuelles, comme de meurtres et pas plus enclin à en commettre. Iels voient chez les dépressifs des personnes "éternellement triste". La réalité est bien plus complexe. Ce défilé fait exploser cet imaginaire.

Enfin, il y a une seconde raison pour laquelle un défilé de ce genre doit être festif: Pour nous. Pour ce court moment où l'on est dans la rue, ou l'on parle, au sein d'une longue marche, de troubles, ou même, simplement, sans parler, mais parce qu'on se laisse exister. On ne tapit pas la réalité de nos troubles dans l'ombre, on l'expose, en cet instant, en pleine lumière, on la revendique. C'est l'une des rares fois, si ce n'est la seule fois, où je me sens à mon aise dans une marche, et pas comme un infiltré. C'est aussi le seul moment où une personne lira sur un panneau "tu es phobique, dépressif, bipolaire, schizo, Tu es mon pote". Combien de personnes auraient eu besoin de lire ça à un moment ou un autre ? Ce n'est même pas "pas un monstre". C'est "on est dans le même bateau, ramène toi".

(le genre d'image qui peut me faire chialer)
Alors oui, je revendique mon droit à faire cette fête, je souhaite, sans aucun doute, plus de politisation de la marche, mais je ne souhaite pas un seul instant qu'elle se fasse au détriment de son caractère festif. C'est peut-être même justement parce que la situation en France est indigne et inadmissible qu'il faut faire la fête. Qu'au moins à un moment dans l'année, on puisse être dans un espace public, existant, rayonnant. Qu'en cet instant on puisse dire:

"Fou. Et alors ?"

dimanche 7 juin 2015

Mieux vaut des ennemi-e-s que des mauvais-es allié-e-s

A plusieurs reprises, j'ai eu des personnes qui m'expliquaient que l'UNAFAM, certes, étaient de mauvais alliés, mais quand même, c'est mieux que des ennemis. Et... j'avoue que je ne suis absolument pas d'accord avec ça. (pour contexte: UNAFAM, union nationale des amis et familles de malades psys, association qui a porté des lois liberticides et stigmatisantes envers les personnes souffrant de problèmes psys, et se fait passer pour "allié". Ils veulent être là à la MAD PRIDE, et y seront sans doute.) Lana avait écrit sur ce point d'ailleurs, "je préfère Sarkozy à l'UNAFAM". Et j'approuve

Je pense que pour expliquer le problème, rien ne vaut une métaphore. Considérons que vous venez d'emménager. La majorité de vos affaires sont à l'extérieur, dans la rue, et vous avez besoin d'aide pour les rentrer et ranger.
Un-e bon-ne allié-e va venir vous poser des questions sur l'emplacement d'une ou l'autre chose, sur la manière dont iel peut aider, et prendra même peut-être des initiatives, mais s'iel fait de la merde, iel corrigera.
Les ennemis vont simplement passer dans le coin, tenter de voler des affaires dans la rue. Il suffit simplement de les surveiller. On les repère, on fait gaffe, on les combats.
Le problème avec les faux alliés, c'est qu'iels font n'importe quoi. Iels ramassent une affaire, voire la poubelle du voisin et viennent la foutre dans votre chambre. Iels récupèrent votre porcelaine et l'installe dans les chiottes, iels prennent la glacière avec le repas prévu pour tout le monde et la vide dans votre lit, tout ça sans vous écouter, en refusant de se remettre en question et en vous méprisant quand vous leur dîtes d'arrêter ou de faire comme VOUS voulez, parce qu'après tout, merde, c'est VOTRE appartement que vous installez... (et qui peut même venir chouiner qu'iel ne viendra pas aider si on est méchant)
Mais du coup, iels font énormément de dégâts. Vous devez vérifier CHAQUE chose qu'iels font (ce qui au final revient à faire le travail) et si vous les perdez de vue un seul instant, il vous faut vérifier tout l'appartement au cas où. Mais en plus de ça, comme iels donnent l'impression d'aider, d'autres personnes font comme elleux. Bah oui, une personne passe, voit, et décide de filer un coup de main, suis son exemple et fait également de la merde, tout en étant persuadé de bien faire "puisqu'elle suit l'exemple". Du coup, un-e mauvais-e allié-e, ce n'est pas juste "à peine moins de travail" ni "autant de travail" c'est "plus de travail". Un-e mauvais-e allié-e, c'est même plus de travail qu'un-e ennemi-e.

J'arrête là la métaphore (qui est une illustration, un moyen d'expliquer, pas une fin en soi) pour revenir au sujet: l'UNAFAM et la Mad Pride. (by the way, celle-ci a lieu à Paris le 13 juin; je ne suis pas encore certain de pouvoir y être mais je l'espère fortement, et ce sera sans doute au cri de ralliement "ni anathème ni UNAFAM" que me proposait une connaissance)
Je ne pense pas qu'on puisse se permettre de ne pas attirer l'attention sur le danger que représente l'UNAFAM. Leur nom est extrêmement attirant pour toutes les personnes qui sont des amis/familles. Pour toute personne n'ayant pas de trouble psys, l'association qui semble la plus logique à joindre reste l'UNAFAM. De ce fait, l'UNAFAM est beaucoup plus dangereuse pour les usagèr-e-s en psychiatrie et plus généralement pour les personnes ayant des problèmes psys que des personnes militant directement pour nous enfermer. Ils sont cette personne dont je parlais, qui dit vouloir aider, fait n'importe quoi et fait de gigantesques dégâts, tant par ses actions que par le fait qu'elle en entraîne d'autres à faire de la merde à leur tour.

Donc non, on ne peut pas se permettre de laisser passer l'UNAFAM parce qu'on est peu nombreux. En fait, c'est même le contraire. Parce qu'on est peu nombreux, on peut encore moins se permettre de la laisser passer.

samedi 30 mai 2015

Compilation #4: Troubles psys & neuroatypie; sites d'entraides, témoignages, informations et/ou luttes

Mai était le mois pour la santé mentale. Sur twitter, vous pouvez retrouver beaucoup d'informations via le HT #endtheStigma.



Pour ma part, j'ai décidé de lister tout ce que je connaissais comme lieu d'internet de témoignage, d'entraides, d'informations et de lutte concernant les troubles psys. Il est tout à fait possible que des personnes aient eu une mauvaise expérience de l'un ou l'autre de ces lieux. D'une part, le fait qu'il y ait eu mauvaise expérience d'une personne ou l'autre ne signifie pas qu'elle sera mauvaise pour touteS. D'autres parts, je ne connais pas tous ces lieux d'entraides. Certains m'ont été donné par des connaissances, d'autres par farfouillage personnel du net etc. Donc s'il y a un site pro-unafam dans le tas ou quelque chose d'aussi immonde, ne pas hésiter à me le signaler, je l'ôterais.
Dans le même temps, si vous avez un autre lieu sur le net que vous connaissez, n'hésitez pas à me le signaler, j'aimerais bien tenir cette liste à jour autant que je le peux.
Je m'auto-pub un peu dans cette liste, j'avoue, c'est couillon, mais j'ai pas trouvé d'autres articles pour remplacer les miens; encore une fois, si vous en avez, ou en trouvez qui manque, envoyez.

I] Entraide, soutien ; méthode

a) sites communautaires

http://www.automutilations.info site d'informations et de soutiens concernant l'automutilation. Forum d'entraide (petite taille) disponible ici;

Am-entraide Forum d'entraide, grande taille, non centré sur l'automutilation malgré le titre.

Trouble du comportement alimentaire Groupe facebook d'entraide pour des personnes ayant des TCAs

ça ne va pas, aide-moi Tumblr de soutien entre individus

Vital Forum d'entraide (petite taille) non centrée sur un problème en particulier.

Espoir forum (grande taille) plus axé communauté de discussions avec de l'entraide.

BUS Forum anglais ; très grande taille ; soutien et entraide.

Bipotes forum d'entraide entre personnes bipolaires

Neuroatypie et intersectionnalité groupe entre neuroatypique 

Solidarité Anorexie-boulimie 35 Groupe d'une assoc'; elle indique aussi faire des groupes de paroles à Rennes tous les mois.

état limite forum centré sur le TPL; trouble de la personnalité limite (borderline)

Atoute.org forum tenu par un médecin, sérieux et bien modéré, avec des catégories psys.

b) méthodes ; astuces etc.
traverser une crise

Le master-post du self-care de Lah-disputes

Si vous vous sentez suicidaire lisez ceci 
version anglaise
Hotline suicide 
France
Belgique
Suisse

Très grande liste anti-automutilation
Guide des antiseptiques
Guide de premiers secours

autisme ; idées et astuces (pour enfants et parents)

II] Témoignages

blog sur les violences sexistes

les relations toxiques et comment se sauver 

Il faut parler de la folie par @JaytheNerdKid
Version originale (anglais)
Traduction

Schizophrénie;
Le blog de Lana

Dyspraxie:
Le blog d'Eli
Dyspraxic Panda
(en)

Le blog Philomele
Blog de réflexions autour du vécu traumatique et de la réappropriation des corps, de l'identité de genre, des sexualités et de l’expression pornographique.
Particulièrement, je vous invite à lire : Comprendre le PTSD après un viol.

Les voix dans ma tête ; le témoignage d'Eleanor Longden :

I do not have an eating disorder (anglais ; TCA);
BD concernant les TCAs

trouble bipolaire & schizophrénie :

La vie d'un bipolaire 

III] S'informer ; découvrir

Lelabpsy ; chaine youtube d'informations sur les troubles psys. Très bonne qualité.

gyn&co ; liste de soignantEs féministes
Note: j'ai conscience que ça peut paraître étrange pour certainEs, mais les personnes ayant des troubles psys étant bien plus victimes de violences, et notamment de violences sexuelles, cette liste me paraît on ne peut plus appropriée.

L'anorexie pour les nulles

Petit mode d'emploi face à une personne avec des troubles psys
Comment réagir ?

Introduction aux triggers warnings
Utiliser des triggers warning et pourquoi les refuser est psychophobe :
Réflexion sur les usages du trigger warning

Le compte twitter de santementale.fr: SanteMentale

courte bibliographie sur les TCAs :

III] lutte politique :

Page facebook d'SOS psychophobie, collectif féministe défendant les droits des usagèr-e-s de la psychiatrie : twitter ; @sospsychophobie

Contre l'UNAFAM :
je préfère Sarkozy à l'UNAFAM chez Blogschizo (+ globalement tous les articles taggés sur l'UNAFAM)

Psytoyens fédération belge d'associations d'usager en santé mentale :

groupe anti-grossophobie/fat-shaming :
public
privé

Droit des personnes hospitalisées sous contrainte :

samedi 16 mai 2015

volée musicale #7

ça faisait un bail, j'ai trop de chansons que je commence à paumer ><. Inspiré par l'idée que j'ai vu de chercher à lire des livres n'étant pas le fait d'HSBC (parce que ce sont les plus visibles, donc chercher moins visible permet de trouver des pépites), j'ai cherché à faire pareil niveau musique. ça a donné pas mal de découvertes, je ne regrette vraiment pas.

Je vais commencer par le rap, vu que j'ai eu pas mal de découvertes ces derniers temps.

La plus récente: la Gale. En particulier le passage d'une frontière et, ma préférée, passe ton chemin fais ta vie

La suivante, Sianna, avec Quoiqu'il en soit et j'reste quand même

On sort du rap, et reprise de Britney Spears par Yaël Naïm: toxic. Elle a fait aussi Dream in my heads et j'adore m'endormir en écoutant sa voix. Le tout est mélodieux, de bons rêves s'en suivent. En général, surtout des rêves intéressants, et étant assez amoureux de rêver, je ne peux qu'approuver.

Je continue avec Selah Sue. Bon, je ne la découvre pas elle, mais je l'oublie continuellement ce qui est honteux parce que c'est juste magnifique ce qu'elle fait. Forcément, je peux pas faire autrement que partager Alone et this world. Elle a aussi fait please avec Cee-lo Green que je n'ai pas encore eu le temps de découvrir.

J'ai aussi découvert Nicodemus avec Mystery of life (chanté avec Andrea Montiero), mais je n'ai pas encore écouté le reste. (à faire)

Je termine avec Noora Noor; Someone you use et Dedication. C'est beau.

Je m'arrête là, j'ai une volée musicale à refaire très rapidement, parce que j'en ai d'autre, mais si je poursuis, je vais surcharger celle-là.

dimanche 26 avril 2015

Pourquoi ne me répond-elle pas ? Pourquoi est-elle agressive ?

Petit guide de réponse à la question que beauuuucoup d'hommes cis se posent quand ils viennent parler à une féministe et qu'elle ne leur répond pas ou le fait agressivement: pourquoi ?

Je vais tenter de répondre à ces questions rapidement.
Premièrement, j'aimerais rappeler que personne n'est tenu de vous répondre. Il est récurrent de voir des personnes dire « je donne mon avis, tu donnes le tiens, c'est le principe d'un débat », mais ce débat, nul n'est tenu de l'avoir avec vous. La question « pourquoi ne me répond-elle pas ? » si elle est posée dans l'idée d'avoir une justification, est donc inepte. Personne n'a à justifier de ne pas vous répondre.

On peut cependant expliquer pourquoi une personne ne répond pas ou répond de façon agressive. Premièrement, il faut comprendre que la majorité des réactions à des femmes ayant des propos féministes sont tellement stupides que les féministes ont écrit un bingo là-dessus; plusieurs en fait, en voici un (pris au hasard très sincèrement), récupéré sur le blog les furies

Chacune de ces réflexions a été débunkées à de très nombreuses reprises, un peu partout, c'est le b.a.ba du féminisme. Aussi, devoir répéter pour la millième fois quelque chose peut rendre agressive, voire donner envie de ne pas du tout répondre.

Deuxièmement, un proverbe féministe dit : « derrière chaque homme convaincu il y a dix féministes épuisées » traduisant le fait que dans la majorité des cas, les hommes refusent littéralement toute remise en question, et que pour une discussion qui fait ouvrir les yeux, il y en a un grand nombre qui finissent par des insultes sexistes. Cela n'encourage pas non plus à répondre, et encore moins à le faire sans agressivité.

Il y a encore une troisième raison, c'est l'utilité de l'agressivité. Elle en a deux. D'une part, lorsqu'une personne subit du mépris ou des injures lorsqu'elle s'exprime avec calme, elle subit beaucoup plus de violence, puisqu'elle doit à la fois gérer la violence de l'autre, se brimer elle-même dans sa colère. D'autre part, l'agressivité permet de sortir d'une situation passive, et donc de ne pas subir diverses violences psychologiques que peuvent entraîner la passivité face à la violence. (et oui, l'idée du « ignore-les ça passera » est une connerie)

La quatrième raison peut venir, purement et simplement, de votre provocation. Dans un très grand nombre de cas, j'ai pu remarqué que des personnes adoptaient une attitude provocatrice à l'égard des féministes comme manière de débuter la conversation, puis s'en défendaient ensuite d'ailleurs.

Enfin, il y a aussi le fait que les féministes sont victimes, de façon récurrente, en sus des hommes venant leur expliquer la vie sur un sujet qu'ils ne connaissent absolument pas via des phrases du bingo, de beaucoup violences lorsqu'elles parlent de leur vécu ou quand elles osent pointer du doigt le sexisme dans la société.

Ci-joint, je prends l'exemple de @InfernaleSky qui a publié sur twitter des tweets concernant le HT #jesuisfeministequand. En environ 48h, elle a reçu plus de 200 tweets haineux, certaines personnes restant même plusieurs heures pour l'insulter.

Vous vous rappelez du bingo ? Regardons rapidement.

(cliquez pour agrandir)
16 cases sur 25 sont remplies en 48h.
16 cases. Sur les 25. Et certaines réactions ont eu lieu jusqu'à une dizaine de fois. (je pense notamment aux propos psychophobes; probablement un biais de vision cela dit, pas sur que ce soit le plus courant, mais c'est celui que j'ai remarqué le plus, émises par 8 personnes différentes et 14 fois en tout, sur 33 intervenants et 209 tweets ; soit un joli quart des intervenants et 7 % des tweets envoyés).
Parallèlement à cela, aucun intervenants n'est venu poser une question.
Ci-joint, le détail de chacun des premiers tweets envoyés à @InfernaleSky par les intervenants en questions.
tweetainfernalesky.odt (TW: psychophobie, misogynie, injure etc.)
Le détail des tweets (screenés) est disponible ici (TW: psychophobie, misogynie, injure; c'est assez violent etc.)

On peut constater d'une part qu'aucun intervenant n'a posé de questions, que l'immense majorité ont été insultants ou agressifs. Si on y rajoute le mépris, on a la quasi totalité… et dans les tweets neutres, il y a Mrwilsonlor, qui, par la suite, l'a insulté de conne, de folle et lui a fait un gigantesque pavé d'injure via medium tellement un tweet ne suffisait pas (cf les sources, violence38.jpg). Ce que j'essaie de dire ici, c'est que même un tweet neutre n'indique absolument pas qu'on a affaire à une personne cherchant véritablement à discuter, et que, dans un contexte où l'immense majorité ne le cherchent pas, et veulent juste agresser, il est logique que des féministes ne répondent pas à quelqu'un ou le fassent agressivement.

Donc, s'il t'arrive, toi, de bonne foi, de chercher à discuter avec une féministe et qu'elle refuse de te répondre, rappelle-toi qu'elle a ses raisons. Rappelle-toi aussi qu'elle a le droit, donc ne cherche pas à la forcer à te répondre, que ce soit en la harcelant de tweet ou en changeant de compte pour "t'expliquer" parce qu'elle t'a bloqué.
Enfin, si toi, tu considères qu'en tant qu'homme pas sexiste, tu aurais le droit à une réponse, ou à ce qu'elle ne soit pas agressive avec toi, je t'invite à aller lire cet article.

samedi 25 avril 2015

Systémique & individuel pensées #9

Cet article est pour toi, l'homme pas sexiste. Tu as peut-être été envoyé ici parce que quelqu'un t'a dit que tu l'étais et que tu t'es insurgé, ou parce qu'au détour d'une conversation, on t'as renvoyé à ton statut d'homme par une insulte de type « mâle » « sale mec » etc., ce que tu considère comme du sexisme anti-homme. Ou peut-être juste que tu passes sur le blog, et que tu te considères comme n'étant pas sexiste. Ça suffit pour que tu le lises en fait.

Si je te demande de me décrire quelqu'un de sexiste, il est fort probable que tu me parles d'un homme qui traite les femmes comme des merdes, les méprise, et exige d'elles qu'elles restent à la maison s'occuper des enfants. En tout cas, ça n'est pas toi, c'est certain. Et si tu as raison concernant la première phrase en effet, le problème est que ce n'est pas que cet individu. Et c'est là tout le problème de cette idée visant à séparer la société entre « sexistes » et « pas sexistes », selon un schéma très manichéen entre gentil et méchant.

Politiquement parlant, nous sommes élevés, depuis notre plus jeune âge, à considérer que la société est un amoncellement de relations individuelles.
Quand on nous dit que « Salope » est misogyne, on est enclin à penser que « salop » est misandre, par simple effet d'inversion. De manière générale, on est enclin à penser que si le sexisme envers les femmes existe, alors le sexisme envers les hommes existe, que si le racisme envers les noirs existe alors le racisme envers les blancs existe etc.

Mais pourquoi, en ce cas, avoir nommé « sexisme », « racisme », « transphobie », sachant que je peux haïr quelqu'un pour tout un tas de raison. J'ai déjà été haï parce que je portais un chapeau. Y a-t-il une chapeauphobie ?
Nullement, et c'est bien là le point. Quand on parle de système, on parle d'une société toute entière bâtie sur une hiérarchie. (les hommes privilégiés, les femmes opprimées, les blancs privilégiés, les personnes de couleurs opprimées etc.)
C'est bien pour cette raison que ces luttes (le féminisme, l'antiracisme etc.) existent. Non pas parce que le sexisme ou le racisme serait plus courant, mais parce que la société est basée sur une hiérarchie, et que le problème ne se situe pas au niveau individuel mais au niveau de la société elle-même, au niveau systémique.

Un des exemples les plus simples pour saisir que le problème du sexisme ne se situe pas au niveau « des méchants sexistes », mais bien de la société toute entière, est celui de la différence de paie ( quelques infos dessus  ). Si l'on considérait que le problème était purement relationnel, ces statistiques n'auraient aucun sens.
Ça signifierait que, dans une société non-sexiste, les postes des personnes fixant les paies et jugeant les promotions seraient accaparés par des sexistes, et pas le reste de la société ?
En revanche, quand on considère le caractère systémique, il y a une explication très simple : à travail équivalent, les hommes sont vu plus compétents que les femmes, et ont donc plus facilement de meilleures paies ou un avancement.

Et c'est pour cela que le sexisme anti-homme n'existe pas. Dans l'idée d'une relation individuelle, évidemment que vous pouvez être haï ou méprisé parce que vous êtes un homme, mais ça n'est pas le problème. En tant que système, le sexisme privilégie les hommes ( exemple ) et violente les femmes. Il établit une hiérarchie pure et simple avec des privilèges pour certains, et des violences pour d'autres.
Afin qu'il y ait un « sexisme anti-hommes » ou de la misandrie, il faudrait, ni plus ni moins, que ce système soit inversé. Ce n'est pas le cas.

Mais alors, qui est sexiste ? Hé bien tout le monde en fait. Être sexiste est la version par défaut livrée par la société. Attention, je ne dis pas qu'on naît sexiste, je dis que l'on grandit dans une société qui l'est, et qu'on est conditionné par elle. Ne pas être sexiste, c'est un travail, ce n'est pas quelque chose qu'on serait comme ça, par défaut. Et si tu n'as pas travaillé à dégager ton sexisme, c'est que tu l'es encore, ça c'est une certitude. (et si tu penses que tu as fini ton travail, je t'invite à recommencer, parce que c'est peu probable)

On commence par quoi ?
Hé bien je dirais qu'en premier lieu, on commence par l'humour parce que c'est le point le plus complexe en général, celui que tout le monde défend comme ne posant pas problème. « Une blague sexiste, ce n'est pas une personne sexiste ». Et sur ce sujet, je vous renvoie à cet article, compilation de source que j'ai effectué expliquant en quoi l'humour oppressif est dangereux, et, non seulement pas du tout hors-réalité, mais en fait, la renforçant encore plus qu'une phrase sexiste non-humoristique. Si la majorité des études sont en anglais, il y a cependant plusieurs articles, en fin de page, qui sont en français pour celles & ceux qui ne sont pas anglophones.

samedi 28 mars 2015

Pensées #8 "ils ne font de mal qu'à eux-mêmes"

Le danger, dans un mouvement qui combat une oppression est de la combattre en combattant le cliché dont sont affublé.e.s les concerné.e.s sans combattre la réflexion derrière ce cliché. Ce faisant, on ne combat pas l'oppression, on est juste dans la politique de respectabilité. Ce sont les femmes qui refusent d'être « comme les autres, superficielles etc. », ce sont les homos qui refusent d'être efféminés, ce sont les personnes avec des troubles psys qui « ne font de mal qu'à eux-mêmes ».

La politique de respectabilité, c'est de combattre le cliché à base de #notall sans combattre l'idée derrière le cliché. #notall femmes sont superficielles ne supprime pas le cliché que les femmes le sont. Elles ôtent juste la/les femme.s qui se mettent en dehors de ce cliché. #notall personnes avec des troubles psys font du mal aux autres ne supprime pas le cliché du fou, ça fait simplement une scission entre des bons et des mauvais fous.
Or, le problème avec les clichés oppressifs, est qu'ils cristallisent une violence. Et c'est le concept derrière cette violence qu'il faut combattre, et non le cliché en lui-même. L'important n'est pas de séparer les fous entre les bons (qui ne font de mal qu'à eux-mêmes) et les mauvais (qui font du mal aux autres) mais de s'attaquer aux idées qui se trouvent derrière.


Comment fonctionne le lien entre maladie mentale et violence ? On peut considérer l'approche individuelle, à savoir des individus extrêmement violents qui ont donné l'image de la folie, et celle-ci s'est peu à peu transformé en science qui a intégré de nombreux autres cas, gardant le cliché intact. On peut également considérer l'approche systémique, à savoir le fait que lorsqu'un individu proche de l'homme blanc cis het aisé valide NT commet une atrocité, celle-ci est généralement étudiée sous l'angle du problème psy, là où d'autres individus seront réduits simplement à leur groupe opprimé.

En fait, il est plus que probable que les deux se conjuguent. Dans les temps anciens, pour protéger les oppresseurs, on invoquait le démon qui les avait pris. Le démon s'est juste, peu à peu, vu remplacé par la science, et on invoque désormais la maladie mentale.
La maladie mentale a toujours été un outil pour séparer la population. Séparer la population entre ceux qui tuent et les gens normaux. Séparer les tueurs qui sont du groupe oppresseur (qu'on explique par la folie) et ceux qui sont d'un groupe opprimés (qu'on expliquera par une essentialisation du groupe opprimé).


Cette séparation est extrêmement dangereuse. Premièrement, elle permet à la société de ne pas se remettre en question sur son système. C'est un individu, avec tel problème psy. Le problème psy est considéré comme une fin. On étudiera ni les raisons de son apparition, ni la manière dont il est traité socialement. On se permet simplement d'excuser l'acte en le justifiant par la maladie mentale.
Ce faisant, on stigmatise la dite maladie mentale. Car si on excuse un acte par la maladie mentale, alors ça signifie que la maladie mentale en question = cet acte. La première réaction, donc, est la politique de respectabilité. « Tous les insérer ici le nom de la maladie ne font pas ça ». Mais c'est une mauvaise réaction. Au contraire, il faut refuser littéralement que l'on excuse un acte par la maladie mentale. La maladie mentale n'est pas une excuse. La maladie mentale permet de savoir s'il faut aider une personne après une violence. La maladie mentale permet d'étudier la manière dont on aurait pu l'aider avant l'acte de violence. Mais la maladie mentale n'excuse en aucun cas l'acte de violence.



Prenons le cas du co-pilote de l'A 320. La première réaction a été de chercher un attentat terroriste en demandant s'il était musulman, arabe, à « nom à consonance pouvant laisser penser à un attentat suicide ». Première réaction : on cherche le bouc émissaire parmi le groupe opprimé le plus violenté actuellement. On découvre ensuite qu'il est blanc. Immédiatement, on passe au trouble psy.
Notez ici que personne ne s'est jamais demandé si les frères Kouachi avaient des problèmes psys. Si Andreas s'était appelé Mohammed, personne n'aurait jamais demandé s'il avait des problèmes psys. C'est donc bien ici qu'on cherche une raison à l'acte. Dans le cas d'Andreas, la raison est trouvé : la dépression.
Que se passe-t-il ensuite ? Hé bien il se passe RTL et des personnes indiquant en direct qu'elles trouvent « grave » qu'une personne ayant des antécédents de dépression grave puisse être embauchée. Et voilà comment de l'excuse d'un individu on aboutit à la stigmatisation de toute une population.
Évidemment, en face, ça commence à bouger. Et la réaction est bien « mais les dépressifs dans la majorité ne font de mal qu'à eux-mêmes ». C'est une réalité. Mais là encore, c'est faire une distinction entre les dépressi.f.ve.s qui ne font du mal à elleux-mêmes et celleux qui font du mal aux autres aussi.
La dépression n'a ici, aucun foutu intérêt. La dépression peut être indiquée pour savoir comment aider la personne. Et que la personne soit violente ou pas, elle a droit à de l'aide. Ici, la personne est morte. Il n'y aura pas d'aide. La dépression peut être indiquée dans des études pour aider d'autres personnes. Ici, on parle de journalistes. Pas d'études. La dépression n'est là que pour justifier l'acte. Et c'est ça qu'il faut combattre.

La maladie mentale n'excuse pas la violence.
La maladie mentale peut justifier l'aide à apporter.
La maladie mentale peut justifier une modification des structures et pointer du doigt la violence sociale.
La maladie mentale n'excuse pas la violence.



Je vais parler un peu de mon cas, puisque j'ai la « chance » d'être au trois quart d'un côté, à un quart de l'autre. Je dis à un quart, car c'est un épisode de ma vie qui ne devrait pas se reproduire.
Entre mes 20 et 22 ans, j'ai été sujet à plusieurs crises psychotiques qui avaient toutes le même schéma. 1 heure après m'être endormi, je me réveillais en train d'étrangler ma petite amie en hurlant à la mort (jusqu'à devenir aphone), avec un bleu sous un de mes ongles. Je ne reviendrai pas sur les raisons de ces crises, elles ont été clarifiées par la suite, ce qui ne m'empêche pas, cinq ans plus tard, de continuer à avoir des pics d'inquiétudes aléatoirement lorsque je m'endors à côté d'une personne après une engueulade ou dans une situation de tension, bien qu'il n'y ait aucun risque que ça se reproduise.
A l'époque, j'ai été mis sous antipsychotiques, ce qui a limité la fréquence des crises sans pour autant parvenir à les faire disparaître. Je ne suis donc pas, de par cet épisode de ma vie, dans « ceux qui souffrent ne font du mal à personne ». J'ai fait du mal. J'ai traumatisé une femme au point qu'elle n'arrivait même plus à être présente, même éveillée quand je dormais, au point qu'elle faisait des cauchemars chaque nuit. J'ai fini par vivre ce que j'appelle mes « six mois de vampire », où je rentrais au petit matin dormir chez mes parents, et revenait le soir pour passer la soirée avec elle et veiller la nuit afin qu'elle se sente en sécurité.
J'ai également blessé cette personne. Physiquement parlant, son cou avait des bleus. En disant « les fous ne font du mal qu'à eux-mêmes » ou même « la majorité des fous ne font du mal qu'à eux-mêmes », c'est moi aussi que vous renvoyez à l'étiquette « mauvais fous ». Attaquez-vous au problème. Le problème est qu'on considère que ce soit une excuse.


Je ne veux pas qu'on excuse mes violences par mes troubles psys. J'estime déjà d'une part que seules les personnes avec qui je compte avoir une relation proche ont à m'excuser ou pas. Les autres ont à fermer leur gueule parce qu'elles ne l'ont pas vécu ni ne risquent de le vivre. Et j'estime que ces personnes peuvent m'excuser ou pas. Je ne vois pas comment j'aurais pu considérer comme injuste que A. rompe à cause de ça (notre rupture n'eut pas lieu à cause de ça). Peut-être sur l'instant, comme toute rupture que l'on trouve injuste parce qu'on est encore amoureux.se. Mais pas par la suite.
La question n'est donc pas « est-ce que j'ai des troubles psys ». La question est : est-ce que je suis sincèrement désolé de ce que j'ai fait. Est-ce que j'essaie que ça ne se reproduise plus. Est-ce que je refuse d'agir ainsi et est-ce que je me bats pour que ça n'arrive plus ?
Ça, ce sont des raisons d'excuser mes violences. Mais mes troubles psys ne le sont pas. Tout au plus sont-ils un indice (et je dis bien indice et non preuve) de ma bonne foi. Rien de plus. Si une personne utilise ses troubles psys pour justifier sa violence, cette personne est une ordure. Point barre.



Qu'il y ait des troubles psys ne faisant de dégâts qu'à la personne elle-même, c'est tout à fait exact. Ils ne sont pas les seuls. N'oubliez pas que quand vous dîtes « je ne fais de mal qu'à moi-même », ce que vous faites, c'est accentuer la violence subie par celleux qui font aussi du mal aux autres.

L'oppression c'est pas un statut on/off, t'es opprimé.e/t'es oppresseur.e. C'est une échelle, et vous pouvez être sacrément privilégiés au sein d'un groupe opprimé. A vous de refuser la division et de refuser de vous rehausser en écrasant les autres.
Ou à vous de la perpétuer, et vous étonnez pas en ce cas de vous en prendre plein la gueule.

mercredi 4 mars 2015

Fessée; pourquoi vous me saoulez

"Il faut écouter les concernéEs".

Combien de fois je vois ça quand on en vient à des discussions sur la maltraitance des enfants...
Puis, dans le même temps, ces mêmes personnes expliquent qu'une fessée est de la maltraitance.
Ce qui fait de moi une personne concernée.
Une personne concernée qui n'est pas d'accord avec eux.
Une personne concernée à qui on dit de fermer sa gueule, à qui on hurle dessus que c'est honteux de venir parler de sa vie alors que des personnes en meurent. (Résumons: VOUS me mettez dans le même sac que les enfants battus à mort par leurs parents et VOUS venez me reprocher ensuite de parler de mon vécu ? VOUS vous foutriez pas de MA gueule par hasard ?)
Une personne concernée à qui l'on va doctement expliquer sa vie, lui donner des informations avec condescendance, voire commencer à psychanalyser pour expliquer que tel ou tel défaut provient de la violence subie.

Dans le genre foutage de gueule et hypocrisie crasse, vous saoulez.

Oui, j'ai été fessé et giflé dans mon enfance. C'était un châtiment qui pouvait advenir pour diverses raisons que je ne justifierais pas ici parce que ce n'est pas le but de ce billet. Je n'ai aucun soucis, aucune rancune, pas le moindre petit début de sentiment d'injustice vis-à-vis de ces châtiments. Je n'ai pas l'impression que mes parents aient jamais utilisé ça par facilité, et j'irais même jusqu'à dire que pour certains cas, je leur en suis plus que reconnaissant. Et puisque je suis concerné dans ce débat, j'aimerais qu'on me respecte dans ma pensée.
Quand on vient m'expliquer que ma peur de la violence / mes problèmes de mémoires temporels / ma bizarrerie (SI) vient de là, c'est une violence. (bande de trace de pneu, vous croyez pas que j'y ai réfléchi avant pour les deux premiers ? / le troisième je vais éviter d'y répondre, je deviendrai cruel)
Quand on vient m'expliquer que je dois fermer ma gueule parce que "moi j'ai été battu à coup de ceinturons" alors que je réagis à une personne disant que "fessée = maltraitance" c'est une violence.

Quand, en fait, vous considérez que vous n'avez à écouter les concernéEs que si celleux-ci sont dans votre camp, c'est une violence. Vous voulez mettre dans le même sac de "maltraitance" l'intégralité des fessées, gifles, coups de ceinturons, de pieds et autres ? Très bien, mais alors arrêtez de taire les personnes qui ne pensent pas comme vous.


Voir partout des personnes gueuler que les défenseurs des fessées sont toujours "côtés oppresseurs" et jamais "côté victimes", c'est d'un mauvais goût douteux. Quand on a vécu des fessées & des gifles et qu'on se signale comme n'étant pas contre, on se fait basher la gueule comme le cafard arrivé dans un trois étoiles avant un passage de goûteur Michelin.

Silencier les "mauvaises" voix chez les concernéEs, et n'écouter que celles qui vont dans votre sens, pour ensuite utiliser le silence que vous avez vous-même créé comme argument pour votre cause... L'hypocrisie devient presque un sport là.


Serait peut-être temps de se regarder dans le miroir, hein.


PS: Les réactions condescendantes à la "t'es une victime qui intériorise la violence" c'est aussi un excellent moyen de silencier les voix dissidentes hein... Just sayin'.

dimanche 22 février 2015

Les bons coins du net #2

On reprend quelques emplacements à ne pas oublier.

Déjà anglais http://poorlydrawnlines.com/ un site d'humour absurde bien sympathique avec notamment le très connu

Je poursuis avec Assignée garçon petit blog bien sympathique sur la transidentité. Vraiment à suivre. (régulièrement des nouveaux dessins)

Ensuite, je retourne à naumasq que j'ai découvert quand on cherchait une image pour notre groupe facebook d'échanges de recette végé/vegan (groupe interdit au militantisme on parle recette, venez si ça vous intéresse au passage). (l'image choisie:

Je continue avec une BD en anglais, leftycartoons qui est absolument géniale. C'est fin, c'est réfléchi, c'est clap clap fort. (petit TW, vu que les sujets abordés sont les oppressions, donc ça peut être dur selon les pages)

Je termine avec unedoucemaison.blogspot.fr, un blog en image plus que sympathique, et qui fait du bien à lire.

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