dimanche 28 février 2016

La surlégitimité du discours médical

J'ai choisi ce titre pour bien annoncer la couleur car j'ai parfaitement conscience que, mal écrit, cet article pourrait être utilisé pour basher les auto-diagnostics, ce que je ne souhaite absolument pas. Mon propos est, de toute façon, valable autant pour les diagnostics que les autodiagnostics, et ne vise nullement les personnes dont je parlerai, mais bien le système social psychophobe qui accorde aux médecins une capacité de nuisance sur les personnes ayant des troubles psys proprement phénoménale. (j'en parlerai peut-être dans un autre article, mais les témoignages sont légions sur le net, donc cherchez si vous en doutez)

Je voudrais parler ici de tout ces mots que l'on voit trop utilisé. Je ne parle pas ici de la personne se disant bipolaire parce qu'elle a eu une saute d'humeur, mais bien de diagnostics & auto-diagnostics posés sur des personnes avec des souffrances réelles. Anorexie, dépression, PTSD, pervers narcissique, ces mots sont extrêmement courants, et parfois largement à tort. Je me rappelle une amie au lycée qui parlait d'elle-même en tant qu'Anorexique, alors même qu'elle souffrait, certes, de TCA, mais pas d'anorexie. (elle alternait, durant des phases de plusieurs semaines/mois, l'hyperphagie, l'anorexie et l'orthorexie). Les témoignages sur les pervers narcissique sont légions, et moi-même j'utilise régulièrement le terme PTSD pour parler de mon rapport aux dentistes & à mes dents.

Le danger face à ce genre de situations est non seulement d'apporter une mauvaise réponse à un véritable problème, mais également d'invisibiliser et de noyer complètement dans un même terme des situations extrêmement différentes. Pour autant, encore une fois, ce ne sont pas les personnes utilisant ces termes que je pointe du doigt, mais bien la surlégitimité du monde médical. Si j'utilise PTSD vis-à-vis de ma famille quand je parle de mon rapport aux dentistes, ce n'est pas pour le plaisir, mais bien parce que c'est un terme suffisamment connu, et avec un poids médical suffisamment fort pour que me soient évités les sempiternelles remarques psychophobes de "mais mets toi un coup de pied au cul" "c'est pourtant pas compliqué" "ça va aller, c'est rien." "C'était il y a longtemps.". Je n'ai pas envie d'entendre ça quand, une semaine avant le passage chez le dentiste, je deviens quasi incapable de manger et de dormir, quand je part dans de la déréalisation parfois plusieurs fois par jour durant ce temps et que j'en viens à me murger pour stopper les crises d'angoisses. Oui, ce que je vis peut être extrêmement violent. Est-ce un PTSD ? Je ne sais pas en fait. Les symptômes du PTSD vont bien au-delà de ça, non pas dans les crises, mais plus dans la vie de tous les jours. Je n'ai pas d'altération de ma perception de moi-même qui soit durable, ni d'extrême difficulté à accorder ma confiance (encore que je me refuse à retourner dans un cabinet et vais à l'hôpital désormais, mais cela reste plus lié à une conception rationnelle de la sécurité, vu le monde présent à l'hôpital). Je suis capable d'en parler en cet instant, de réfléchir à cette époque, sans m'effondrer totalement. Je ne dis pas que ces points sont nécessaires pour un PTSD, simplement qu'ils me laissent à penser que ce n'en est pas un. Et au final, ça n'a pas tant d'importance que ça. Je ne me suis pas auto-diagnostiqué de PTSD. Je n'ai pas été diagnostiqué d'un PTSD. Mais j'utilise le mot PTSD par mécanisme de défense.

De la même manière "pervers narcissique" permet de donner un poids médical à la dénomination d'une personne, de "légitimer" la souffrance dans laquelle la victime se trouve, mais dans de nombreux cas, on a plus à faire à une ordure manipulatrice qu'à un pervers narcissique. Mais malheureusement, dans un système où l'on fait des médecins, et particulièrement dans le domaine psy, des espèces de demi-dieu, il est très difficile de simplement dire "une ordure manipulatrice". Ce mot ne porte ni poids médical, ni les mille témoignages que l'on peut voir ça et là, à la télé ou sur Internet.

L'amie dont je parlais utilisait anorexie en sachant pertinemment que ce n'en était pas, tout comme j'utilise PTSD en sachant pertinemment que ce n'en est pas. Ici, nous avons des cas assez clair d'auto-défense face au système psychophobe qui nous entoure. Mais j'aimerai parler également des cas où l'on a un mauvais diagnostic, que celui-ci soit fait par soi-même ou par un professionnel. La surlégitimité du médical brise complètement toute capacité à analyser en profondeur un soucis, et à remarquer les distinctions. Au contraire, on se retrouve face à des personnes allant jusqu'à se couler dans un diagnostic. Ce système, bien entendu, ne dure qu'un temps, car il apporte des réponses à des problèmes créés, et aucune aux véritables merdes.

Je ne vais pas terminer cet article en disant qu'il faut vous détacher des diagnostics. Ce serait assez indécent de ma part, que ce soit parce que je les utilise comme moyen de protection, mais également parce que j'ai, moi-même, passé des années à en chercher un, autant auprès de psy qu'en m'analysant moi-même, et bien que mon dernier psychiatre m'ait aidé à en faire le deuil, ça reste quelque chose dont je sais pertinemment l'importance que cela peut avoir pour quelqu'un. Simplement, n'hésitez pas à continuer à lire, à continuer à analyser. L'étiquette, le diagnostic, offre sans aucun doute des clefs, mais elles restent des clefs normatives, des clefs globales. Si vous l'utilisez comme moyen de vous protéger des réactions psychophobes... j'ai envie de dire, faites comme bon vous semble.

Et ne grognez pas sur une personne dont il vous semble qu'elle n'a pas le bon diagnostic. Encore une fois, qu'elles se soient auto-diagnostiquées, ou qu'elle l'ait reçu d'un psy. La psychophobie, c'est aussi une pression terrible à mettre un mot médical, pour légitimer la souffrance d'une personne. Si vous ne connaissez pas la personne, fermez votre gueule. Si vous la connaissez bien, réfléchissez, analysez. Vous avez une meilleure idée ? Proposez. Mais rappelez-vous avant toute chose que c'est pas notre faute si l'étiquette a une place si importante dans nos vies. C'est votre système de merde qui l'exige de nous.

lundi 15 février 2016

Gentil-le et méchant-e, sain-e et malsain-e

C'est la troisième ou quatrième fois en quelque mois que j'ai pu repérer l'amalgame fait entre "sain-e/malsain-e" et "gentil-le/méchant-e", aussi j'ai décidé de faire un petit article sur la question.

J'aimerais déjà mettre en avant la différence pure et simple entre sain-e/malsain-e et gentil-le/méchant-e. Gentil-le/méchant-e renvoie à des intentions, sain-e/malsain-e renvoie à un état de fait. Concrètement, l'acide est malsain pour le corps, mais il n'est ni gentil ni méchant. Voilà, une fois que ça c'est posé, je vais maintenant détailler le problème que pose la conception bon/méchant.

Gentil-le/méchant-e met les intentions en première ligne. Dans la langue français, on a deux proverbes qui sont complètement contradictoires, "c'est l'intention qui compte" et "l'enfer est pavé de bonnes intentions". Je pense très sincèrement que le second proverbe est pertinent, mais que le premier ne l'est pas. Si l'intention compte, ce n'est pas elle qui compte, je veux dire qu'il n'y a pas QUE l'intention qui compte, ce que le premier proverbe dit. On peut retrouver l'idée de ce proverbe dans beaucoup de réactions face aux propos oppressifs. "je ne suis pas sexiste, j'ai épousé une femme" ou encore "je ne suis pas raciste, j'ai un ami noir." Ce que la personne signifie ici c'est "je ne suis pas méchante". Et c'est bien là ce qui se passe quand on réduit l'oppression à une intention, on se retrouve avec d'un côté les "méchants X" (insérez ici le nom de l'oppression) et de l'autre les "gentils pas X". Sauf que c'est pas comme ça que ça se passe.

Cette dichotomie se trouve également être celle qui sous-tend la désignation de "victime" et de "coupable" , je renvoie à mon article sur la diabolisation ici. Victime = gentille. Coupable = méchant. Je vois des sourcils se lever en mode "il va pas nous faire le coup de la victime qui l'a cherché quand même !". Non. Au contraire. Et c'est justement cette relation immédiate qui se fait dans l'esprit que je veux attaquer. Qu'une victime soit gentille ou méchante, qu'un coupable soit gentil ou méchant, ça n'a pas à entrer en ligne de compte. Un-e pédophile peut être extrêmement gentil-le, s'iel couche avec un enfant, iel est malsain-e. On peut considérer sa méchanceté comme une circonstance aggravante, mais en plaçant la considération au centre de la question on créé une dichotomie gravissime, car les victimes de pédophilies développent, dans de très nombreux cas, des tendances pédophiles à leur tour. Or, en créant cette dichotomie, il est impossible de s'occuper des tendances malsaines qui peuvent apparaître chez un enfant victime. Parce qu'on tient absolument et à tout prix à conserver l'idée qu'iel est gentil-le, donc pas méchant-e, donc ne pouvant être que d'un seul côté: victime, on créé un cercle vicieux.

De la même manière, dans de très nombreux cas de manipulation, la personne coupable utilise ses propres traumatismes pour justifier ses violences, se plaçant dans le camp "victime" donc dans le camp "gentil-le" qui donc, lui permet de ne pas être considéré-e comme "coupable" / "méchant-e". Avec la considération du sain-e/malsain-e, cette dichotomie vole en éclat. Quel que soit le passé de quelqu'un, s'iel est malsain-e avec l'autre, iel l'est. Point.

J'ai eu des personnes qui me disait qu'au final, je ne faisais que changer un mot pour l'autre, mais ça n'est pas le cas. Car sain/malsain n'est pas l'équivalent de gentil-le/méchant-e. Gentil-le/méchant-e indique le fait qu'on est du bon côté ou du mauvais. Une personne gentille, il faut l'aider, il faut l'apprécier, il faut lui apporter du soutien. une personne méchante, il ne le faut pas. A l'inverse, rien ne dit qu'il ne faille pas apporter du soutien à une personne malsaine. Sain et malsain n'ont pas cette "barrière" à mon sens, qu'a gentil-le/méchant-e. Une personne méchante, c'est le méchant de l'histoire qu'on nous racontait enfant. Iel est comme ça point. Malsain-e fait référence à un état de fait. Cet état de fait peut changer. Une personne saine peut devenir malsaine. Une personne malsaine peut devenir saine. Il n'est donc pas question de dire "toi t'es malsain-e dégage de ma vie" avec un automatisme, simplement d'être capable de poser un mot sur ce que l'on vit, et non sur les intentions de la personne qui nous le fait vivre, et de pouvoir ensuite, juger en son âme et conscience, de ce que l'on va faire, en ayant une vision claire de la situation.

De plus, sain-e/malsain-e ne s'applique pas qu'à des individus. Une relation peut être malsaine, sans qu'aucun des deux individus ne le soit en lui-même. Avec la dichotomie gentil-le/méchant-e, on se retrouve dans de véritables drames où des groupes d'amis peuvent s'entre-déchirer, chacun-e cherchant quel parti est le bon, et lequel est méchant là où il peut n'y avoir que deux individus profondément incompatibles l'un envers l'autre. On m'a objecté que considérer la situation de cette manière risquait de voir des cas où, face à une personne abusive, on aurait la défense de "c'est la relation qui est malsain-e, donc bon, je reste pote avec les deux". J'ai envie de dire... ce genre de réactions a déjà lieu à l'heure actuelle. A l'inverse, face à des cas de relations malsaines, on a des déchirements terribles qui peuvent être extrêmement douloureux. Donc d'un côté, ça existe déjà, de l'autre, ça peut aider. Me semble mieux.

Combien de parents sont profondément gentils et profondément abusifs envers leurs enfants. Je regardais Skins saison 3 et je revois la mère d'Emy chercher à tout prix à l'empêcher de vivre tranquillement sa relation amoureuse, parce qu'homosexuelle. Cette mère est-elle méchante ? Non. Elle est malsaine. Là encore, méchant-e pose un soucis, le fait que l'on ne sait pas, lorsqu'on est face à ce genre de violence, quoi penser. Ma mère m'aime, et pourtant elle me fait du mal. On n'est pas méchant avec quelqu'un qu'on aime (en général). Donc elle est gentille. Et pourtant j'ai mal. La dissonance cogne et empêche de regarder la situation clairement. Ma mère m'aime, elle me fait du mal. Elle est malsaine. De suite, la situation est plus claire. Oh, je ne dis pas qu'agir sera simple, mais à mon sens, ce sera moins dur vu que la vision de la situation est claire, là où, dans l'autre cas, on doit saisir la situation.

Je terminerai par un petit témoignage personnel. J'ai été dans une relation abusive pendant à peu près deux ans. Celle avec qui j'étais était-elle malsaine ? Oui, sans aucun doute. était-elle méchante ? Je ne pense pas. Même des années après, je ne le pense pas. Elle pouvait l'être par moment. De la même manière, ma relation avec mes parents a été malsaine à une époque. Je dirais même qu'iels ont été malsain à certains moments. J'en ai même coupé les ponts et passé plusieurs mois sans leur donner la moindre nouvelle. Et puis nous nous sommes retrouvés, et la relation est saine. Des relations (amour/amitié & co, hein) malsaines, à divers degrés, j'en ai vécu plusieurs. Des personnes malsaines, j'en ai rencontré quelques unes. J'en ai même vu qui sont devenues saines, et d'autres saines qui sont devenues malsaines. Mais cette manière d'analyser la situation me permet sincèrement d'avoir une réponse plus adaptée.

mercredi 10 février 2016

Dogpile

Note: Cet article est vieux. Il doit avoir un an, et a pourri sur mon ordi sans que j'ai la foutu moindre idée de la raison. Je le reposte aujourd'hui; il va bien avec mon dernier article qui parlait du vol de parole, puisqu'ici aussi, il y a le problème des alliés agressifs, qui ont des réactions malsaines.

Le dogpile est une forme de violence très courante sur la toile où un grand nombre de personnes vont envoyer, sur une courte période de temps (une journée, quelques heures ou quelques minutes) un très grand nombre de messages agressifs, insultants ou argumentatif à une ou deux personnes. Il se définit surtout par l'immense fossé qui sépare le nombre d'individus participant au dogpile (10-20-30 et +) et le nombre de personnes le subissant (1, 2 parfois 3 mais très rare).

J'aimerais revenir en détail sur la violence terrible que constitue un dogpile, bien supérieur à ce qu'on pourrait croire. En effet, le dogpile est une forme de harcèlement qui peut complètement démolir une personne, et pourtant, dans le milieu militant, le dogpile est vu comme un acte totalement logique, acceptable et même parfois encourageable.

Pourquoi le dogpile est-il si violent ? Tout simplement parce que la personne n'a pas le temps de réfléchir lorsqu'elle se trouve face à un dogpile. Le nombre de messages augmentant, et le nombre de protagonistes également, la personne est soumise à un stress constant et renouvelé (une seule personne envoyant un 50 messages est bien moins stressant que 25 personnes en envoyant 2 chacun) qui l'empêchent de prendre du recul sur la situation. Cela implique donc qu'elle va tenter de répondre sans avoir le temps de répondre, donc faire des erreurs, voire être agressive face au stress qu'elle subit. Cela va causer une montée en violence de ses interlocuteurs.
J'insiste sur le fait que, le nombre de personnes étant important, le dogpile cause un stress important aux victimes. Cela empêche, sur les réseaux sociaux, de bloquer la personne, mais surtout, en renouvelant continuellement les informations donne l'impression d'être cerné, et empêche littéralement la personne de réfléchir.

Le dogpile est une forme de harcèlement violente, mais c'est, avant tout, une forme de harcèlement perverse pour de nombreuses raisons, en particuliers au sein de la sphère militante.
La première de ces raisons, est qu'aucun des individus participant au dogpile n'agit de façon inacceptable. Si certains peuvent avoir un peu franchi la ligne en étant agressifs ou insultants, c'est bien le groupe dans sa globalité, et non ses individus, qui créé le dogpile. Envoyer 4 tweets à une personne pour lui dire « tu dis de la merde, ferme ta gueule » n'a pourtant pas du tout le même impact selon qu'on est le 40ème à en envoyer 4 en 5minutes, ou qu'on est le seul. De ce fait, aucun individu ne remarque la violence qui pèse sur la personne, et le stress qui en résulte, les maladresses, les erreurs voire l'agressivité, sont immédiatement considérés comme étant de sa faute.
Ce qui amène la deuxième raison : le victim-blaming. Le dogpile est une forme de harcèlement entièrement basée sur le victim-blaming. Dans le milieu militant encore plus, étant donné que le dogpile apparaît principalement quand un-e militant-e a des propos oppressifs. C'est en effet la victime qui va continuellement être « la cause » de la montée de la violence. Il faut bien garder en tête que la majorité des personnes si ce n'est toute, au sein du dogpile, n'ont pas volonté de harceler, comme indiqué plus haut ; aucun n'abuse particulièrement par ses messages. C'est donc le stress qui va amener la victime à être agressive à un message, ou à n'en pas comprendre un, ou à faire une erreur sur un autre. A chaque fois que cela se produira, une portion des membres du dogpile (ou tous) lui tomberont dessus en augmentant d'un cran leur violence. C'est donc la victime qui semble, à chaque fois, être le point d'ancrage de la violence. C'est elle qui s'énerve, c'est elle qui a fait l'erreur etc.
Enfin, une troisième raison, et je parle ici des milieux militants est que, durant la plupart des dogpile, se mêlent, au sein d'un dogpile, personnes concernées blessées, alliés militants et ordures qui passaient par là. Or, du fait du stress engendré par la violence du dogpile, il est quasiment impossible pour la victime de différencier les personnes concernées blessées et encore des alliés militants ou encore ces deux derniers des ordures qui décident de venir démolir quelqu'un comme ça. je précise que j'ai déjà vu des ... Des Dogpile, beaucoup en ont vu, y ont participé même, sans s'en rendre compte parfois. C'est ce qu'ont subi Myroie ou l'Elfe sur twitter. C'est ce que des abolos peuvent subir dans des groupes non-abos, et ce que peuvent subir des non-abos dans des groupes abos. C'est aussi une des méthodes d'agression des membres du gamergate, un groupe masculiniste ultra violent s'attaquant aux femmes dans les jeux vidéos.
Si j'en parle, ce n'est pas pour faire un pseudo-effet godwin, mais pour une raison très précise : Les gamergate ont, depuis le début, tenter d'utiliser les méthodes des « social justice warrior » contre elles-mêmes. Leur première tentative à été de faire passer Zoe Quinn, leur principale ennemie, pour une violeuse, en répandant la rumeur sur la sphère militante tumblr.
Par la suite, ils ont créé le HT #notyourshield pour essayer de diviser les militant-e-s en donnant l'illusion que ceux-ci étaient en contradiction avec le principe d'écouter les concerné-e-s (on sait aujourd'hui que si certains comptes sont de vrais, un gros paquet sont faux) et pire, que les concerné-e-s étaient méprisés. (voir image) http://i2.kym-cdn.com/photos/images/original/000/823/986/b4c.jpg https://pbs.twimg.com/media/B05IUAACEAAtvka.jpg:large (on notera que sur cette image, la personne a tenté de reprendre le vocabulaire militant, sans même le comprendre, ce qui fait qu'on a « completely normal human being » qui rend totalement ridicule l'image. Et oui, cette image est vraiment des gamergate).
Comme je le disais, les gamergate ont continuellement essayé de reprendre les méthodes des SJW. Et parmi celles-ci, il y a le dogpile dont ils ont usé et abusé, jusqu'à créer de nombreux faux comptes twitter pour augmenter le nombre de personnes agressant durant les dogpile.
Ce qui avait mené à la rédaction de cette image : Cette image rappelle qu'on ne peut pas, dans le même temps, se désolidariser d'un groupe violent, tout en demandant exactement la même chose que lui, sans le combattre réellement.


Pour revenir au dogpile en milieu militant, on ne peut pas, à la fois gueuler sa colère en laissant des mascus arriver, sans les combattre. Or à l'heure actuelle, on n'y fait pas gaffe.
Dans le milieu militant, que ce soit twitter ou facebook, en tout cas dans celui que je fréquente, les dogpile sont, dans le meilleur des cas, considérés comme bénin, dans le pire encouragés et toute critique de leur violence est indiquée comme étant du tone policing. La colère des concernéEs est légitime. Je ne vais pas revenir sur ce point, parce que certes, on pourrait le développer et y réfléchir, mais je ne pense pas que ce soit nécessaire en fait.

Parce qu'à mon sens, le problème n'est pas qu'il y ait des concerné-e-s en colère face à une violence. Le problème majeur n'est même pas les ordures qui viennent taper sur la personne, parce que de toute manière, ils taperont tous le temps sur tout ce qu'ils peuvent. Le problème majeur, ce sont les allié-e-s qui gueulent.
Le droit à la colère des concerné-e-s n'empêche pas qu'à chaque dogpile, il y a un grand nombre de non-concerné-e-s qui s'impliquent, et gueulent, parfois plus fort encore que les concerné-e-s. « Plus blessé que les blessés, l'allié en carton. »
Non seulement, ces non-concerné-e-s n'ont aucun droit à être en colère, c'est de l'appropriation pure et dure, mais en plus, en étant en colère, ils ne font pas leur taff d'allié, à savoir prévenir la personne victime de Dogpile de façon à ce qu'elle puisse se déconnecter, lui proposer d'en parler en privé, au calme et surtout, intimer aux autres allié-e-s participant au dogpile de fermer leur gueule, voire rentrer dans le lard des ordures qui passent pour les détourner.
Parce que là est le point du dogpile : la victime n'a pas le temps de remarquer qu'elle devrait juste dégager, se déconnecter, et prendre du temps. Elle est prise dans un tourbillon. Réussir à comprendre qu'on est victime de dogpile d'une part est très compliqué, étant donné que le concept est très récent, mais d'autre part, ne suffit pas à réussir à s'en sortir, car le victim-blaming fait qu'on veut se défendre, se justifier, comprendre etc.
Il est littéralement impossible d'arrêter un dogpile. Celui-ci s'essouffle en quelques minutes/heures. Les personnes concerné-e-s sont blessées, leur colère est complètement légitime, et chercher à les faire taire serait du tone policing. Cela dit, s'il est impossible d'arrêter un dogpile, il est possible de le limiter comme je l'indiquais, et c'est ça, le taff des alliés. Un taff qui, à l'heure actuelle, n'est quasiment jamais fait. (je me compte dedans d'ailleurs)


Je voudrais également revenir sur une particularité des dogpiles en milieu militant, à savoir le fait que régulièrement, les personnes y participants ont des propos oppressifs à leur tour, et pas n'importe quel propos oppressif, la majeure partie du temps, des propos traduisant un mépris de classe complet. De manière générale, des propos oppressifs durant un dogpile, je pense qu'il y en a, ayant vu des propos psychophobes durant un dogpile récemment, donc je suppose que les autres peuvent s'y trouver aussi, sans que j'en ai de certitudes, mais le mépris de classe, en revanche, est quasi-systématique. On se moque de l'orthographe d'une personne, on se moque du fait qu'elle n'ait pas compris un point. On la bashe sur une formulation pourrave, comme si ce n'était pas un privilège que d'être capable de ne pas faire de fautes, comme si ce n'était pas un privilège que de maîtriser convenablement la langue française. On me dira « oui mais on se moque chez une personne qui sait normalement » et je répondrais : « et les personnes qui ne savent pas, quand elles voient ça, elles font quoi ? Elles comprennent qu'elles sont une méthode de dénigrement. Et elles se taisent. »

Tout ça pour dire qu'à mon sens, il faut vraiment qu'on admette que le dogpile est une forme de harcèlement extrêmement violent

dimanche 7 février 2016

Prendre soin de soi

Prendre soin de soi est important. Cela semble aller de soi, pour autant, dans le militantisme, cette idée est profondément sous-estimée. Il y a tout d'abord, dans le milieu militant, une tendance viriliste à être solide, puissant-e, à tenir dans la durée face aux micros-agressions, à la mauvaise foi et aux agressions tout court d'ailleurs. Ce virilisme ne naît pas d'une volonté d'être meilleur que les autres (même s'il peut s'y adjoindre) mais plutôt d'une volonté de combattre un système cherchant à briser, et donc à se montrer inbrisable, ce qui offre la sensation de le « battre » là où bien souvent, on se retrouve plus face à des moulins à vent insupportables. Il y a le fait aussi que prendre soin de soi, ça veut dire aussi parfois partir un peu en arrière, prendre du temps pour soi. Or cette idée de prendre du temps pour soi se retrouve face à l'idée couramment répandu que seuls les privilégiés peuvent se le permettre. Qu'une femme ne pourra pas prendre de temps pour elle sans vivre de misogynie. Ce qui est vrai.

Pour autant, est-ce qu'il faut imaginer qu'il ne faut pas prendre de temps pour soi, comme dans une sorte de solidarité ? A cette question beaucoup répondront « non », mais agiront « oui ». Prendre soin de soi, cela signifie aussi être indulgent vis-à-vis de soi-même, et cette idée entre en contact avec la considération que les personnes concernées sont les plus à même à s'exprimer sur un sujet. Aucune contradiction ? Certes, pas en apparence. Comme auparavant, cela glisse vers la considération que cette indulgence proviendrait du statut de privilégié, et donc qu'elle n'est pas acceptable. Là encore, le virilisme s'exprime dans cette volonté de perfection.

Prendre soin de soi est sous-estimé à trois niveaux. Le premier, est son impact sur sa propre capacité à être militant. Le second est son impact sur la capacité des autres à l'être. Le troisième est son impact en terme d'oppression.

Lors de sa venue à Bordeaux, Sophie Labelle (créatrice de la BD assignée garçon) avait parlé du fait que le militantisme dure en moyenne 5ans chez les personnes, ce qui créé des générations extrêmement courtes, s'enchaînant les unes derrières les autres. C'était la raison pour laquelle elle avait voulu créer quelque chose à transmettre. Je pense également que le manque de soin envers soi-même peut fortement jouer dans cette difficulté à tenir dans la durée. Face à toutes ces violences, on est chêne ou roseau. Soit on tente d'être inbrisable, et on finit par s'effondrer et arrêter, soit on prend du temps pour plier et on peut sans doute tenir plus longuement. Le fait de ne pas prendre soin de soi, qui est directement lié au virilisme, est un facteur de destruction de la personne.

Cela a, de fait, plusieurs impacts. Le premier étant l'effet « martyr ». Sur des forums d'entraide, on l'a déjà vu à de nombreuses reprises, cet instant où deux personnes se lient très fortement dans une relation de co-dépendance, où l'une est censée sauver l'autre et l'autre être sauvée. Dans ces relations, celle qui sauve se retrouve souvent entraînée au fond, et, de ce fait, devient agressive vis-à-vis de celle qu'elle est censée sauver, la faisant plonger plus encore, etc... De la même manière, l'agressivité des militant-e-s peut atteindre des sommets. Je ne suis pas ici, je le précise, en train de pointer du doigt l'agressivité en elle-même de façon globale, mais en train d'inviter chacun à réfléchir sur sa propre agressivité, à voir dans quelle mesure celle-ci est salutaire, ou dans quelle mesure elle est la conséquence d'un manque de soin de soi, et de cet effet martyr de la cause. Sur ce point, d'ailleurs, j'aimerais mettre en avant qu'en légitimant la colère des personnes concernées, on a établit un lien colère ↔ souffrance, qui, dans un système viriliste, invite à être en colère pour légitimer sa souffrance, ceci s'ajoutant donc à l'effet martyr. Mais encore une fois c'est une question à laquelle je ne peux répondre que pour moi-même, et c'est bien le but de cet article, inviter à l'introspection. Cet effet martyr a pour conséquence à la fois une auto-destruction de la personne, mais également une violence envers d'autres personnes, et je ne parle pas ici de personnes privilégiées, mais bien de personnes subissant la même oppression, qui, face à la violence, vont se détourner pour, elles, prendre soin d'elles.

Le troisième point, est, à mon sens, le plus important de tous : le côté oppressif qui découle de ces schémas. De ce dont je parlais au paragraphe précédent découle le fait que, dans une société qui est violente vis-à-vis d'individus, en ne prenant pas soin de soi, au final, en créant des modèles de rejets de la société qui sont des modèles de martyrs, modèles qui rebutent d'autres personnes concernées, on recréé le schéma social qui veut que celleux s'opposant à l'ordre établi vont le payer, et on confirme cette idée qu'il faut plier l'échine ou souffrir. Ne pas prendre soin de soi en tant que militant est une recréation des violences de la société.

Parallèlement à cela, il y a une dérive que je remarque également : le vol de la places des concernés. Dans ce schéma extrêmement violent, où l'individu prend pas mal dans la gueule, il est fréquent de voir deux choses se produire. Tout d'abord, de la colère vis-à-vis de propos oppressifs d'une oppression que l'on ne vit pas, et également une pseudo-radicalité consistant à tirer une fierté militante de dégager de son entourage les personnes non-safe.

J'étais persuadé d'avoir écrit un article sur mon rejet de la colère chez les alliés, mais je ne le trouve plus, aussi vais-je en parler ici. Si je pense que la colère peut être parfaitement légitime chez une personne concernée, je pense qu'elle est totalement inacceptable chez une qui ne l'est pas, et que c'est là aussi que l'on peut voir la différence entre allié-e-s et complices, les premiers montrant leur présence, les seconds travaillant à faire avancer les choses. Le fait de se mettre en colère face à quelque chose que l'on ne subit pas, c'est aussi un vieux relent de cette idée d'universalité, qu'on est tous humain. Comme j'en parlais plus haut, le lien souffrance ↔ colère est ici inversée, la colère servant de méthode de légitimation de la souffrance, souffrance qui n'est pas là. Parce que nous ne parlons pas, quand nous parlons de la souffrance légitimant la colère, du dégoût du jour, de la douleur, mais bien des agressions constantes qui martèlent une vie comme un refrain, bref, de la souffrance d'une personne concernée, et pas d'une personne qui ne l'est pas. Ici encore, le but n'est pas de pointer toute personne se mettant en colère concernant une oppression qui n'est pas la sienne, mais de délégitimer cette colère. S'il peut arriver à toute personne non-concernée de s'énerver, là où une personne concernée en a le droit, une personne ne l'étant pas fait une erreur, erreur qui peut être excusée selon la personne en face, mais qui reste une erreur. (Pour la petite réflexion perso, je pense que notre cerveau cherche un moyen de prendre soin de lui, mais n'y arrivant pas, il utilise un moyen détourné, car il est plus facile de débattre d'une violence qu'on ne vit pas que d'une violence qu'on vit, de cette manière, on arriverait à se "protéger" de façon fucked-up, un peu comme l'AM peut être un moyen de se protéger d'envie suicidaire, et la colère étant déjà un moyen de protection en soi, on arrive à écran total double protection. (désolé il est 22h30 je suis réveillé depuis 3h30))

La pseudo-radicalité consistant à tirer une fierté militante de dégager de son entourage les personnes non-safe est également très souvent indiqué comme étant fait parce que ne pouvant plus supporter la personne. On la retrouve dans la « blague » de dire à quelqu'un « dégage le/la » quand la personne vient demander un avis/un conseil sur la manière de gérer une violence de la part de proches. On est pourtant dans un milieu où l'on SAIT que les blagues sont souvent un moyen de coercition, mais ces blagues ne sont jamais pointées du doigt. Les personnes indiquant directement leur fierté à dégager les autres sont rares, mais beaucoup font référence à leur difficulté à gérer les propos X/Y d'une personne, ce qui fait qu'au final, elles agissent comme si elles souffraient autant que si elles étaient concernées.

N'y a-t-il aucun cas où la colère face aux propos d'une personne ne justifie de la dégager ? Bien évidemment que si. Lorsqu'on débat d'un sujet qui nous tient à coeur, il peut arriver qu'on s'énerve, surtout si la personne en face a des propos insupportables, est méprisante, insultante ou autre. On peut dégager quelqu'un parce qu'on ne supporte plus sa mauvaise foi. On peut également la dégager pour prendre soin de soi, justement. Encore une fois, l'idée ici n'est pas de dire « tout ça est mauvais », mais d'inviter à réfléchir sur le sujet, d'inviter à analyser la manière dont le virilisme dans le milieu militant, et l'absence de soin de soi sont dangereux, à tous les niveaux.

Prenez soin de vous, c'est vital pour vous et pour le militantisme. (et ça fait mal au système, dash 3 en 1)

mardi 26 janvier 2016

"les meilleurs années de ta vie";

C'est en discutant avec un mec de 16ans, il y a quelques mois, que j'ai pensé à écrire cet article. Maintenant il me trotte dans la tête. Ce ne sera pas un article long. On lui avait répété que "tu vis tes meilleures années", et ça lui donnait juste envie de se buter si ça devait être pire après.

Ce mythe de "l'adolescence comme les meilleures années", il suffit de demander "pourquoi ?" et on aura la réponses "pas de factures à payer. La possibilité de sécher les cours. Pas de besoin de travail. Pas d'impôts. Pas la peur du chômage" etc.

C'est exact que l'adolescence ne pose pas ces questions. Mais elle en pose d'autres. A l'adolescence, on se construit psychiquement parlant. On nous demande de nous projeter dans l'avenir alors que nous n'en avons pas forcément la capacité, on nous demande de définir qui on est pour trouver un travail, alors que l'on est parfois incapable de le savoir. Si se construire psychiquement est la portion la plus simple de la vie d'une personne, et la plus dure est celle de s'occuper des factures et des impôts, alors cette personne est une sacrée chanceuse.

Petit point témoignage. Je vivais, à l'époque où j'étais adolescent, dans une famille de classe supérieure, et je suis maintenant dans des emplois précaires. L'argent n'était pas un problème pour moi à cette époque, il en est devenu un depuis plusieurs années. Depuis que je suis devenu "adulte" (cet espèce de bouton on/off qu'on presse et qui subitement devrait nous changer complètement et qui est, en réalité, une pression sociale nouvelle nous obligeant à faire semblant jusqu'au jour où on a oublié qu'on faisait semblant), j'ai vécu les premiers décès de personnes proches de moi, que ce soit une amie très proche, ou des membres de ma famille, j'ai connu la précarité et le fait de se dire "merde, ampoule morte, va falloir que je rogne sur la bouffe pour en racheter", j'ai eu de sérieux problèmes de dents avec des pulpites en cascade qui m'ont laissé à demi-inconscient de douleur, j'ai été victime de harcèlement à mon taff, j'ai eu une fracture de fonctionnement interne assez majeure mais si je devais choisir la pire année de ma vie, ça resterait celle de mes 14-15ans.
Je ne pense pas avoir été dans un état plus suicidaire que durant cette année. Ce n'était même pas que j'étais suicidaire en fait, j'étais brisé. Je ne savais rien de qui j'étais, je vivais un harcèlement scolaire qui avait duré depuis 3ans, je sentais mon schéma psychique s'effondrer continuellement, je me voyais comme un monstre, une erreur de la nature ou un déchet selon les bons et les mauvais jours. Je ne savais pas qui j'étais, je ne savais pas pourquoi j'étais là, je ne voyais strictement rien d'intéressant dans le futur. Je ne riais plus véritablement (j'avais désappris à le faire durant le collège pour réussir à contrôler quelque chose), je vivais dans mes rêves que je contrôlais quasi à la perfection depuis près de deux ans.

Pour autant, il y a des personnes qui ont eu une adolescence difficile qui tiendront ce genre de discours sur "les meilleures années". J'ai tenu ce genre de discours à une époque, jusqu'à ce que je remarque son aberration. J'y vois une raison toute simple, cette idée aberrante du "j'ai été jeune, t'as pas été adulte". Cette phrase, beaucoup d'adultes me l'ont donné, mais c'est une belle connerie. Si l'on a été jeune, on ne l'est plus, et cela pose trois problèmes.
D'une part, les souvenirs d'une personne sont faux. Ils sont reconstruits continuellement par notre cerveau, avec des modifications, des embellissements, des adoucissements etc. De ce fait, beaucoup oublient ce qu'était leur adolescence, et les difficultés qu'ils ont traversé.

La deuxième connerie, c'est qu'ils ont été jeune à une autre époque. Je ne peux pas connaître, moi, qui ait à peine 28 ans, ce que vivent véritablement des adolescents de 12ans, parce que nos chemins et la société dans laquelle on grandit, ne sont pas les mêmes. J'avais 13ans le 11 septembre 2001 et 17 pour les émeutes de 2005. Ils ont eu leur enfance qui s'est fait avec tout ça comme de l'Histoire. J'ai vu internet naître durant mon collège, facebook existait déjà pour eux. Cela rend nos expériences fondamentalement différentes. Que sais-je du harcèlement en ligne et de son impact sur un adolescent ? Rien que ce que l'on m'en dit. Je ne l'ai pas vécu. Quand j'étais adolescent, ça n'existais pas, parce qu'on n'avait pas un accès illimité à l'internet (hormis le dernier jour de chaque mois). Dans quelle mesure cela change-t-il les rapports avec ses camarades de classe ? Je pouvais leur échapper hors des cours, mais avec ce système, le peuvent-ils encore ? Je ne sais pas. De la même manière des personnes nées il y a 50ans sont incapables d'appréhender le monde dans lequel j'ai grandis et ce que j'ai vécu.

La troisième connerie, c'est que si l'on est encore en vie, alors on a probablement dépassé les merdes qu'on a vécu à l'époque. Essayez de vous souvenir de l'époque où vous ne saviez pas écrire ou lire. Pour beaucoup d'entre vous, il nous reste quelques souvenirs ça et là de cette époque. Mais le sentiment de ne pas savoir écrire ou lire ? Inconnu. Parce que nous avons dépassé cette époque. C'est une bonne analogie de ce qui se passe quand on arrive à se construire, on ne se souvient plus véritablement de ce que c'était que de se construire. Être construit est désormais base de l'existence, donc on n'arrive plus à se remettre dans cette espèce de tornade qu'était notre esprit quand il n'arrivait pas à se trouver de bases.

Alors sincèrement, petit message aux adolescent-e-s qui flippent à l'idée que ce soit "les meilleures années", à la fois par peur qu'après ce soit pire et par peur de les manquer et d'avoir toujours un train de retard, je vous dirais pas que ce sont les pires années de vos vies, ni que ce sont les meilleurs, je vais pas balancer du "ça ira mieux plus tard" qui m'insupporte, en revanche, si quelqu'un vous dit qu'il sait ce que vous vivez car il est adulte et a été ado ou que ce sont vos meilleures années, souvenez-vous que cette personne dit de la merde et qu'iel n'en sait foutrement rien. Je vais pas vous dire de répondre quoique ce soit de cet article, parce que franchement, je me rappelle très bien les regards méprisants des adultes et le côté insupportable que ça avait quand j'essayais de leur répondre quoique ce soit. Juste sachez-le.

Et pour les adultes qui lisent ceci, fermez-la concernant l'adolescence des autres. Que la votre ait été difficile ou facile, si ce n'est pas pour apporter du soutien, fermez la.

lundi 14 décembre 2015

Les élections et le FN, quelques chiffres

J'avais commencé une analyse complète de la montée des idées d'extrême-droite, mais je me suis rendu compte que je n'avais pas du tous les outils nécessaires pour appréhender des événements qui se sont produits avant ma naissance, car c'était bien dès 1981 que je devais débuter mon analyse. Plutôt que de raconter n'importe quoi, je préfère faire une analyse rapide des résultats des élections depuis 1995. Je ferai un second article sur les liens visibles entre les idées de la droite ainsi que de la gauche et celles de l'extrême droite, et, si j'y proposerai des hypothèses sur les origines de ces liens, gardez en tête que ce ne seront que des hypothèses, beaucoup d'événements étant bien trop anciens pour moi.
Je précise que les pourcentages indiqués tiennent compte de l'abstention et ne sont donc pas ceux que vous trouverez sur le net.

Il me faut donc parler de 2002 avant tout, et replacer un peu dans son contexte, avec 1998, et les élections régionales où la droite peut l'emporter dans 12 régions, si elle s'allie avec le FN. Chirac s'y oppose fermement, mais cela n'empêchera pas 5 président d'accepter les voix d'extrême-droite pour gagner. Cet épisode marque un tournant car il y a une véritable panique dans le système politique français. Deux des trois présidents ne parviendront pas au bout de leur mandat, poussé à la porte de ce fait. De l'autre côté, le FN ne sort pas vainqueur, étrangement, de ce qui semble une réussite, car il s'y effectue une scission qui fait s'effondrer les scores du FN aux élections européennes de l'année suivante (il ne conserve que 6 de ses 11 sièges).
En 2002 donc, le FN de Jean-Marie Lepen est considéré comme un parti qui va devoir batailler avec Bruno Megret et son mouvement national républicain. On l'imagine affaibli, mais en réalité, il récupère la quasi totalité des votes d'extrême-droite. Avec deux millions de plus d'abstentions, le FN conserve un score similaire à celui de 1995 et passe au second tour. Cet événement est un traumatisme pour le parti socialiste. Un appel à l'union nationale est lancé pour faire reculer l'extrême-droite, Saez chante fils de France, des manifestations anti-FN ont lieu un peu partout etc.
Pourtant, quand on l'analyse en détail, ce ne sont pas les abstentions qui posent un soucis, mais bien avant tout la dispersion des voix. Chacun des trois grands partis d'alors (RPR, PS et UDF) perd un très grand nombre de voix (près de 7 millions de voix de moins cumulés entre ces trois partis). Trop de candidats au premier tour, une élection indiqué comme « prévue d'avance », et bam. en 2002, les gros partis font 15 millions de voix, les petits 13 millions.

I] le vote utile et l'effondrement des petits partis

2002 est un tournant, car c'est le début du « vote utile », et de la dislocation des petits partis.
Aux législatives, la même année, le PS reste stable, alors que le RPR grimpe en flèche. Le FN perd 1 million de voix par rapport à ses résultats de 97, et l'UDF a son score divisé par trois. Et même si l'on considérait ces deux baisses pour combler le gain du RPR, l'abstention est plus importante, et il reste encore plus d'1,5 millions de voix qui ont été gagné par le RPR: les petits partis ont payé le prix fort.
Cet effondrement est encore plus visible pour les élections régionales de 2004. Là où il y avait, ça et là, des alliances dès le premier tour, c'est désormais le fait de n'être que du PS qui est l'exception, avec à peine deux régions où le candidat n'était que celui du PS (auvergne et Corse). La même trajectoire se remarque à droite. Même schéma aux élections européennes. 1 millions de votant supplémentaires par rapport à 1999, mais +1,1 millions au PS, +600,000 à l'UMP et +600,000 au FN. Les petits partis, quant à eux, prennent l'eau.
Les présidentielles suivront le même schéma. Auparavant, les petits partis suivaient une logique plutôt linéaires en terme de voix (1995, en dehors de Jacques cheminade, chacun des 8 autres concurrents obtient plus d'un million de votes par exemple), désormais, seul les gros partis et la LCR parviennent à plus d'un million.
La fracture est grande, là où beaucoup de parti flirtaient avec le million, cette fois-ci, soit on est bien au-dessus (1,5 millions pour la LCR) soit bien en-dessous (800,000 pour De Villiers).
Aux législatives de 2007, l'effet s'accentue. L'UMP écrase le reste de la droite en prenant plus de 80 % des voix de toute la droite (il n'en prenait que 35-45 % avant 2002). Le PS écrase la gauche en prenant 75 % de toutes ses voix. L'UDF remonte légèrement, sans pour autant revenir à avant son état d'avant 2002.

La notion de vote utile devient si présente que désormais, on ne parle plus, aux élections régionales, de candidat UMP, mais de candidat de la « majorité présidentielle », et de candidats de « l'union de gauche » ou « parti socialiste et alliés »
En 2012, c'est l'apogée du vote utile. Les partis sont désormais divisés entre les gros partis (PS, UMP, FN, FdG, Modem) et les petits. La différence entre le plus faible des gros partis et le premier des petits partis est désormais de 2,4 million.
Il y a, de fait, moins de candidats. 16 étaient présent en 2002, 12 en 2007, et plus que 10 en 2012. De fait, un graphique montre assez clairement l'évolution des répartitions de votes entre les gros et les petits partis. Par gros, j'entends ici les partis se détachant clairement des autres par un fossé important.


II] le FN et ses résultats.

Le FN a toujours eu des résultats variant selon le mode de scrutin. Sa moyenne la plus basse est aux européennes avec en général moins de 5 % de vote. Viennent ensuite, coude à coude, les législatives et régionales avec 6,71 % et 7,29 % respectivement et enfin, les présidentielles avec une moyenne de 11,42 %.
En 2014, le Front National a fait une percée importante aux élections européennes. Il a quasiment QUINTUPLE son nombre de vote (passant de 1 million à 4,7) et passant à 10 % de vote.
Nous voici en 2015, et à une élection, où, d'ordinaire, le FN fait environ 7% et entre 2 et 4 millions de voix, le voici faisant 6 millions au premier tour et 6,8 au second, confirmant sa montée avec 50 % de voix en plus que la moyenne usuelle et le triple de voix par rapport à 2010. Ajoutons à cela que c'est la première fois dans son histoire que le FN fait plus de voix au second tour qu'au premier des élections régionales. Avec 13,74% de vote supplémentaire au second tour, le FN gagne 11,75 % de voix supplémentaire.

Parlons-en d'ailleurs de l'abstention. Il est courant, depuis quelques temps, de dire qu'elle « fait le jeu du FN ». Est-ce, pour autant, réellement le cas ? Une analyse rapide de l'abstention depuis 1995 indique l'inverse. A chaque pic de chute de l'abstention répond un pic de hausse des bulletins du FN indiquant que les abstentionnistes votent également FN en grand nombre.

Conclusion rapide :
Le paysage politique français s'est racorni depuis 2002. Les petits partis se sont effondrés laissant place à trois partis majeurs, PS, UMP (désormais LR) et le FN.
Depuis 2014, le FN est en hausse majeure en France, et l'on rejette la faute sur les abstentionnistes, contre toute logique au vu des réalités électorales. Beaucoup de militants blâment une droite trop à droite, et une gauche également à droite. Si tel était le cas, alors il n'y aurait plus d'oppositions politique en France. En vérité, c'est et ça n'est pas le cas tout à la fois.
En tout cas, une chose est certaine, le paysage politique français est désormais plutôt désertique, dévoré par le vote utile et le barrage contre le FN, barrage qui semble tenir de moins en moins. Dans un prochain article, j'essaierai d'analyser les liens entre les idées de la droite comme de la gauche et celles du FN.

dimanche 13 décembre 2015

La génération chochotte t'emmerde

Cet article fait référence à celui-ci; une interview de Bret Easton Ellis, un des auteurs que j'apprécie vraiment concernant les "millenial", la "génération Y" qu'il surnomme la "génération chochotte".

Sans aucun doute pourrais-je faire un jeu sur ce texte et présenter ta génération avec ce petit oeil cynique et condescendant, mais vois-tu, tu as raison, je suis hypersensible, et je le revendique. Le cynisme de ta génération lui a permis de collecter les richesses qui lui ont été filée, tout en refusant toute forme de responsabilité. Le cynisme n'est rien de plus que le masque que tu as mis sur ta lâcheté et ton refus d'agir de quelque manière que ce soit, à l'instar des personnages de tes romans qui se laissent sombrer dans un ennui suicidaire et sans lendemain. Qu'il est facile de se déclarer blasé et de regarder ceux qui se débattent avec l'oeil froid.

Qu'il est aisé d'exiger des autres qu'ils "reconnaissent la réalité du monde" quand cette réalité signifie "j'ai eu une vie relativement simple, et vous allez en chier pour avoir la moitié". Qu'il est facile de cracher à la figure d'une souffrance dont on n'a aucune idée de ce qu'elle signifie, puisque vous êtes nés dans un monde où la vidéo-caméra apparaissait à peine, et qu'Internet n'a intégré vos vies qu'une fois que vous étiez adultes, parfaitement formés. Qu'il est impressionnant de voir que même un suicide n'est pas suffisant pour que vous vous remettiez en question.

Et sans doute est-ce cela qui caractérise le plus la génération X dont vous faites partis: une incapacité à se remettre en question, et la sensation, comme l'expliquait Vsauce, d'être plus intelligent que les anciennes générations et plus sages que les nouvelles. Cette incapacité à saisir l'évolution de la société et le changement majeur qu'a été internet dans nos vies, le fait d'opposer le cyber harcèlement aux "violences bien réelles". Bien sur, vous ne pouvez juger Internet qu'au travers de vos yeux d'adultes, car adolescent, cela n'existait pas, n'est-ce pas ? En vérité, vous pourriez aussi ne pas juger et admettre votre ignorance. Mais voilà, admettre l'ignorance, c'est comme avoir des émotions, c'est sortir du "blasé cool", ça n'est pas du tout votre tasse de thé. Car la réalité est là: le monde dans lequel nous évoluons n'est pas le votre. Plutôt que de le juger avec vos yeux, vous feriez mieux d'écouter. Mais là encore, ça n'est pas votre tasse de thé.

Que vous voyez notre génération comme "confiante et positive" a été le coup de grâce je crois. Peut-on véritablement être aussi aveugle et imbu de soi-même que l'on se trompe à ce point sans même un seul instant laisser sous-entendre que l'on puisse se tromper ? Ma génération n'est pas confiante. Ma génération n'est pas positive. Ma génération est terrifiée. Terrifiée par le monde anéanti par les BabyBoomers et que votre génération a laissé couler, tranquillement installé dans son fauteuil de blasé et de cynique. Nous sommes hypersensible, mais comme toujours, vous jugez que cela vient d'un narcissisme que vous rejetez sur les Babyboomers. Et vous, au milieu, comme toujours, cool, blasé, cynique, vous n'y auriez aucune part ? Ô l'arrogance des couards m'impressionnera toujours. Ma génération est hypersensible car elle hérite d'un monde en ruine, tenu d'une main de fer par les Babyboomers et la génération X, aucun des deux n'ayant la moindre envie de s'occuper des ruines et nous sommes en larmes devant le travail que vous nous laissez et l'impuissance que nous avons à y faire quoique ce soit car c'est vous qui avez le pouvoir.

Nous nous montrons comme positif, à l'image de la chanson, que vous ne connaissez sans doute pas, car Française "Alors on danse" de Stromae. Nous n'avons pas le choix, si nous ne sommes pas positif, nous nous effondrons. Nous nous montrons confiant, non par narcissisme, mais par nécessité. Parce que vu l'état du futur que vous nous laissez, on a intérêt à le faire, sinon on va se décourager. Alors forcément, on s'accroche au maximum. On veut des like. On veut de l'attention. Oh, et, important, on s'en cogne de la votre. On veut nos like, notre attention, celle entre nous, de la génération Millenial. Peut-être ça ce qui vous donne l'impression qu'on est narcissique: on ne pense pas d'abord à vous.

Qu'il est fascinant de voir que pour votre génération, il y a ce besoin quasi maladif du négatif. Quand je lis que vous vous inquiétez de ce qui va arriver à la culture si on arrête de parler du négatif, je comprends à quel point il y a un fossé entre vous et moi. Ne comprenez-vous que vous nous en avez gavé du négatif ? Gavé, jusqu'à ce que nous soyons à deux doigts de nous noyer, et que c'est précisément à cause de votre négativité, de votre cynisme et de votre cool blasitude, que nous cherchons le positif. Vous êtes le négatif du passé, et vous avez pourri le futur également, main dans la main avec les Babyboomers. Oui, nous essayons de nous concentrer sur le positif, oui, nous avons besoin du positif, parce que ce que vous nous léguez, je le répète, ce sont des ruines.

En vérité, ce qui m'énerve avec vos propos, c'est qu'ils sont exactement et profondément le problème de votre génération. Une incapacité à toute forme de remise en question, une sensation d'être en dehors du monde et de n'avoir rien causé, d'être un simple observateur capable de juger ceux d'avant, ceux d'après, et même sa propre génération, mais résolument "en dehors" de tout ça, alors que vous, peut-être encore plus que les Babyboomers, êtes responsables de ce que nous sommes devenus. Vous nous regardez avec ce petit sourire condescendant et dîtes nous apprécier au final. Je ne pourrais pas vous renvoyer l'ascenseur. Je ne vous hais même pas de nous avoir laissé un monde de merde, vous en aviez reçu un de merde, présenté comme étant fait d'or. Mais oui, je vous hais d'avoir abandonné toute volonté de vous battre. Je vous hais de cacher votre lâcheté sous des dehors cyniques et désabusés. Et plus que tout, je vous hais d'être condescendant vis-à-vis d'une génération qui décide de batailler pour sortir du carcan vicié dans lequel vous et les babyboomers nous avez plongé.

lundi 7 décembre 2015

La sécurité, première des libertés (Lepen; 1992; Valls; 2015)

La formule a fait bondir un peu partout. Notre premier ministre a utilisé des termes qui venaient du FN. Mais, comme souvent, on s'arrête à cette diabolisation du FN (déresponsabilisation) qui empêche de voir le danger de cette formule.

La sécurité n'est pas une liberté. Je sais, ça choque, tant le mot "liberté" est à la mode actuellement, un mot tordu dans tous les sens qui finit par n'en avoir plus aucun. Liberté d'expression devient obligation d'écouter voire même obligation de fournir une tribune. Liberté de penser devient liberté de discriminer etc.
La liberté n'est pourtant pas la seule chose qui existe. Notre slogan "liberté, égalité, fraternité" l'indique bien. Ni l'égalité ni la fraternité ne sont, d'ailleurs, des libertés. Sinon on aurait écrit "liberté, liberté, liberté", et on s'appellerait les états-unis. Désolé, je digresse.
Je pense qu'il est temps de rappeler ce qu'est une liberté. Et, si l'on cherche un peu partout, on pourra, sans aucun doute trouver des définitions complexes sur la possibilité "d'action ou de mouvement sans contrainte", ou la "possibilité d'agir selon sa volonté seule". Hé bien, je vais faire simple pour ma part. La liberté est un droit, un droit particulier en ce sens qu'il vous est accordé par une autorité. Je dis bien "accordé". En d'autres termes, la liberté c'est simplement le fait de dire "tu peux, je ne t'en empêcherai pas."
Vous êtes parfaitement libre de gravir le mont blanc. Peut-être n'en avez-vous pas la condition physique, mais vous en avez la liberté. La sécurité, quant à elle ne peut pas être "accordée". On n'accorde pas à quelqu'un la sécurité; On peut s'assurer de faire en sorte que la personne vive en sécurité, mais on ne peut pas lui accorder.
La sécurité se garantit plus ou moins, comme l'égalité, mais elle ne s'accorde pas, car la sécurité n'est pas du fait unique de l'état. Là où la liberté a été remise à l'état (il créé des lois qui les limitent et donc en fait la définition), l'insécurité ne vient pas seulement de l'état. Si l'état pourrait accorder la sécurité face à ses propres forces de l'ordre, il ne pourrait pas, en revanche, accorder cette sécurité dans la globalité. Il peut juste travailler à la garantir.

Voici donc pourquoi, basiquement, la sécurité n'est pas une liberté. Mais ce n'est pas qu'un simple jeu de sémantique. En disant que la sécurité est la première des libertés, on invite à considérer que limiter les libertés pour garantir la sécurité n'est, au final, pas limiter les libertés, puisque, la sécurité en étant une, alors on ne fait que transvaser d'une liberté à l'autre. Or, justement, ce n'est pas le cas. La sécurité n'est pas une liberté, et lorsque l'on limite les libertés pour sécuriser, on ne fait pas que transvaser, on supprime bien des libertés. Et ce n'est pas un hasard que ce genre de propos ressorte actuellement, alors que la France entre dans une terrible ère sécuritaire.

Parlons en d'ailleurs de cette ère sécuritaire. Le mot "sécuritaire" fait peur à certains, à d'autres pas, mais j'aimerais attirer votre attention que l'état, comme la plupart des individus, confondent sécurité et soumission. A l'heure actuelle, en France, un peu partout, des millions de personnes acceptent de devoir ouvrir leurs manteaux et leurs sacs pour aller faire leur courses. Or, cette mesure n'offre aucune sécurité. L'individu qui a l'intention de faire une attaque au fusil mitrailleur ne va pas juste attendre que l'agent de sécurité, désarmé, remarque l'arme au fond du sac. Ce n'est donc nullement pour lui que ces actions sont là. Elles sont là pour nous. Pour nous apprendre la soumission, pour nous apprendre à obéir aux ordres et à ne pas rechigner puisque c'est pour "notre sécurité".
La soumission a ceci de pernicieux qu'elle offre un confort donnant l'illusion de la sécurité. En nous remettant entièrement dans les mains de l'autre, en montrant continuellement patte blanche, nous remettons la responsabilité totale de notre vie dans les mains d'un état, et, en lui accordant beaucoup de pouvoirs, nous supposons que cela nous protège, peu importe à quel point les mesures offrent ou pas cette sécurité.

Pour conclure, je dirais qu'il ne faut pas considérer le discours de notre premier ministre comme une idiotie, mais bien comme le révélateur de cette politique autoritaire qui est celle de la France. Nous courbons la tête, nous ouvrons nos manteaux, nos sacs, et nous nous soumettons, chaque jour un peu plus, à un régime de plus en plus violent. Nous avons été ciblé car nous étions supposés la démocratie la plus faible de l'occident.

Ils avaient raison.

dimanche 29 novembre 2015

Le danger d'être "féministe" chez un homme

tw; viol; manipulation note: je n'ai pas trouvé de meille...

Je mets féminisme entre guillemets dans le titre, mais c'est avant tout parce que, même si j'ai déjà parlé du fait que féministe & pro-féministe sont des définitions assez malsaines chez un homme, je veux parler ici de la globalité de l'action et de la réflexion vis-à-vis du féminisme se développant chez un homme, lorsqu'il soutient cette cause.

On voit, régulièrement, des individus, hommes féministes, indiqués comme ayant violé quelqu'un. Le dernier exemple en date ? James Deen révélé par Stoya sur son compte twitter. A cet instant-là, on peut remarquer une scission très forte dans le camp des hommes, à savoir ceux qui vont le défendre, et ceux qui vont la soutenir. Cette scission, je n'en parlerai pas, car là, on est face à un cas d'école de foutage de gueule, de culture du viol et tout ce qui va avec. Mais, et c'est le problème ici, très souvent, on passe sous silence l'espèce de consensus qui se met en place, à savoir que "not all men". Un "not all men" très insidieux, car il se déclare sous la forme de l'idée que cet homme a utilisé le féminisme pour pouvoir être protégé de ses comportements abusifs.

Il y aurait donc, d'une part, les bons hommes qui s'intéressent à la cause, et les mauvais qui entreraient dans le but de l'utiliser pour se défendre. Cela me semble extrêmement manichéen, et surtout, totalement absurde. Bien évidemment, il y a, sans aucun doute, ça et là, des hommes qui agissent ainsi, mais ils ne sont pas aussi nombreux. Les cas de viols au sein même des milieux militants ou de personnes en vues dans ces milieux sont légions. Ils sont beaucoup trop nombreux pour qu'on suppose, de base, que tout ces individus étaient juste là "pour infiltrer".

C'est un not all men. C'est une manière de rejeter la faute sur certains hommes, sans questionner la masculinité en elle-même, afin de protéger les autres hommes militants. Or, regardons les faits. La masculinité nous enseigne à être égoïstes & égocentriques, à rechercher ce qui peut nous être utile, à faire ce que l'on peut pour nous-mêmes. Quant au féminisme, il nous apprend l'intégralité du pouvoir que nous possédons. Là où, auparavant, ce pouvoir était au mieux inconscient au pire complètement ignoré, (ou l'inverse, d'ailleurs, au pire inconscient etc.), cette fois-ci, ce pouvoir, nous apprenons à le connaître. Là où nous croyions savoir que le viol était condamné par la société, nous découvrons que celui-ci ne l'est pas tant que ça et qu'il existe un grand nombre de cas où la société tolère parfaitement le viol.

Nous apprenons également le consentement, mais avec une forte liste de questions qui peuvent aisément être retournées pour se transformer en manipulation. J'ai déjà lu "elle avait dit oui" de la part d'un homme se disant féministe, pour justifier qu'il n'y avait pas eu viol. Et cela ne m'avait pas particulièrement choqué. Or... à bien y réfléchir, cela prouve que ce mot est recherché pour se dédouaner d'être un violeur. Le but n'est toujours pas de n'avoir pas violé, mais de ne pas être considéré comme un violeur. Il n'y a pas de recherche sur ce qui a pu merder. Est-ce que j'ai utilisé une technique du pied dans la porte ? (je vous renvoie à cette vidéo d'Horizon-gull très claire sur ce sujet) Par exemple proposer un massage alors que la personne a déjà dit non au sexe, puis le rendre peu à peu érotique pour la faire "changer d'avis" en demandant, petit à petit, si elle va bien. (je vous conseille la vidéo qui vous expliquera comment cette technique du pied dans la porte est utilisée pour manipuler beaucoup de monde, et comment elle fonctionne sur les esprits)

Le fait est, également, que l'on fait toujours l'erreur de croire que prendre conscience de ses privilèges est suffisant. Comme je l'expliquais dans un précédent article, le privilège, le préjugé et le conditionnement sont trois choses différentes. Le premier ne peut pas être déconstruit, le second nécessite juste de prendre conscience, mais le troisième, souvent amalgamé au second, est beaucoup plus complexe à supprimer. Et nous sommes conditionnés à la culture du viol, à nous défendre de ne pas être des violeurs tout en n'accordant pas d'importance au consentement. Rechercher un "oui", juste pour avoir la possibilité de supprimer le mot "viol" de notre esprit est un pas dans le malsain, un pas qui peut, sans aucun doute, déclencher toute une série de fonctionnement malsain.

Comme l'explique Gull dans sa vidéo, ce sont nos actes qui déterminent la manière dont nous nous percevons, et non la manière dont nous nous percevons qui détermine nos actes. Or, si nous agissons de façon à simplement supprimer le mot "viol", nous tombons, peu à peu, dans un schéma de manipulation pour obtenir un "oui", pour obtenir une excuse, qui peut, au fur et à mesure, nous inciter même à refuser le non. Est-ce que James Deen est une ordure qui a utilisé le féminisme pour se protéger des accusations de viol, ou est-ce que, petit à petit, sa façon d'agir pour obtenir le consentement l'a transformé en une personne qui ne s'en préoccupait plus ? Je ne peut pas répondre. Sommes nous tous, hommes, des James Deen en puissance ? Je dis oui.

Je dis que nous sommes tous des violeurs en puissance et que ce n'est pas le fait de militer, ni le fait de s'informer qui permet de nous sortir de cette situation, mais bien la seule et constante remise en question. Remise en question qui commence par cette question nécessaire: "ais-je déjà violé ?"

Cette question, le but n'est pas que vous y apportiez une réponse, ni même que vous alliez demander cette réponse à votre ou vos partenaires. Tout d'abord, vous ne pouvez y répondre vous mêmes. Et parallèlement, demander "est-ce que je t'ai déjà violé ?" à une femme (note: j'indique femme ici, car la culture du viol est plus présente dans le rapport homme -> femme que dans le rapport homme -> homme, cela dit, la difficulté de répondre oui à cette question est très importante chez un homme également) incitera immédiatement au "non" parce que la culture du viol invite, dans l'immense majorité des cas, à répondre "non" par le lourd poids que signifie "violeur" sur un homme. Il est extrêmement difficile de dire à quelqu'un qu'on aime, ou qu'on apprécie qu'il nous a violé. Point. Ici, le but de cette question est de s'inciter à réfléchir en profondeur aux diverses situations sexuelles dans lesquelles on s'est trouvé, de les étudier sous l'angle à la fois du consentement et de la manipulation, notamment, encore une fois, en s'appuyant sur la technique du pied dans la porte analysée par Horizon-gull (si vous avez pas compris qu'il faut aller voir cette vidéo MAINTENANT, je sais plus quoi faire, relisez cet article après, il va pas s'envoler)

Si votre première pensée est "mais comment je fais alors pour être certain du consentement", c'est que là encore vous ne cherchez pas à vous améliorer, mais bien à trouver un point X qui vous permette de dire "j'ai atteint ce point, donc c'est bon, je suis pas un violeur", non, justement, à ne pas l'être. Nous sommes dans une société avec une culture du viol. Il est à la fois nécessaire d'en montrer la gravité, mais aussi de réfléchir à celui-ci comme à un fait banal, car, malheureusement, c'est ce qu'il est. Il n'est pas possible de répondre à cette question. En revanche, chaque homme, peut, individuellement, analyser les rouages de son esprit et chercher à comprendre comment il fonctionne. Il n'y a pas de moments où nous pouvons décréter être déconstruit de nos conditionnements. Il y a des moments, ou, parfois, on peut supposer qu'on a réussi à s'en défaire, mais (et j'ose l'expression car je l'ai vécu/la vis), c'est comme la dépression, on peut, parfois, s'en voir sorti, mais on ne sait jamais si cela va revenir ou pas, avant que beaucoup de temps ne se soit passé sans qu'elle n'ait repointé son nez.

Cessons de faire comme si ces hommes militants qui violent étaient fondamentalement différents de nous. Cessons ce not all men insidieux qui n'a pour but que de nous rassurer dans notre rôle de "pas violeur et engagé avec raison dans la cause". Parmi ces hommes, certains ont, sans aucun doute, utilisé le féminisme dès le début, mais combien sont comme nous, s'étant simplement bercé de l'illusion que "maintenant je connais mes privilèges" et donc d'être des hommes "déconstruits" et donc "pas des violeurs" ?

Il est temps de réfléchir, dans son coin, pour savoir comment on fonctionne, non pour s'attacher à nouveau l'étiquette "pas violeur" en se donnant l'illusion d'avoir creusé un peu plus, mais déjà en acceptant l'étiquette "peut-être violeur", et en analysant la manière dont la masculinité affecte nos relations, et particulièrement celles avec notre/nos partenaires.

vendredi 23 octobre 2015

être adapté, comment le neurotypisme a affecté ma vie

Ces derniers temps je réfléchis de plus en plus à la façon dont le neurotypisme a affecté ma vie, et il y a un point que j'ai remarqué. Face à de nombreuses oeuvres, et surtout des oeuvres vidéos, il se trouve des passages que je ne peux pas regarder. Littéralement. Cela me plonge dans un profond état d'angoisse, de honte, et je me cache. C'est le cas du programme "la connasse", c'est le cas de nombreuses situations dans Dr Who, notamment ma quasi incapacité à voir les saisons du dernier docteur, malgré mon amour de la série. c'est le cas, en fait, de nombreuses situations dans de très nombreux films, et dans la majorité des séries.
J'ai longtemps cherché à connaître la raison de ces moments où je ferme les yeux, mets les doigts dans mes oreilles voire chante pour ne plus entendre ce qui se passe, bref, de ces moments où je me coupe entièrement de ce que je suis en train de regarder, me forçant parfois à m'éloigner quand je suis en compagnie d'autres personnes. J'ai fini par comprendre le problème: conditionnement.

Je fonctionne, et ce, depuis toujours, de façon assez différente, peu en adéquation avec le monde tel qu'il est formaté. Le conditionnement le plus fort me concernant étant celui-ci: "adapte-toi". Il faut que je m'adapte, que je m'insère dans cet espèce de sarcophage de fer pour être accepté. Cette importance de s'adapter a été nécessaire car le fonctionnement du reste du monde me semble complètement aberrant. Comme je le dis toujours, je viens "d'out of nowhere" (de nulle part). très tôt, j'ai appris qu'il fallait que je sois adapté à ce monde, qu'être bizarre, c'était mal et qu'il fallait le cacher. Or, ma neuroatypie a un point particulier: émotionnellement, je suis incapable de différencier réalité de fiction. Ce n'est pas un problème rationnel, mais bel et bien émotionnel, qui a conduit à de nombreuses créations de souvenirs et une énorme difficulté à les différencier des faux (j'y reviendrai dans un autre article), ainsi qu'à de complètes immersions dans les oeuvres que je découvrais, films, chansons, séries, peinture, livres etc. Je ne ressens pas cette différence; De plus, je m'insère extrêmement facilement dans les individus que je vois dans des séries. Leurs inadaptations (?) face à ce qui est demandé socialement deviennent mienne. La honte et la peur ressurgissent, et je dois m'éloigner de la situation, en bouchant mes oreilles et en fermant les yeux.
Ce conditionnement n'est pas, je pense, étranger, aux diverses ruptures dans mon schéma de personnalité. La première ayant eu lieu aux alentours de 5ans, et faisant apparaître une personnalité extrêmement rationnelle, froide, tout en enfouissant une personnalité assez exubérante au fur et à mesure des années. Ce conditionnement n'est pas plus étranger aux crises psychotiques qui ont ponctué mes deux premières années de fac. A force d'être terrifié à faire quelque chose d'adapté, j'ai fini par me laisser sombrer dans une relation complètement toxique au nom d'un idéal amoureux, de ma difficulté à discerner mes émotions de celle de l'autre, et, surtout, l'importance d'être adapté.

Où est-ce que j'en serai sans neurotypisme ? Franchement, je n'aurais sans aucun doute rien à voir avec celui que je suis aujourd'hui. Si on m'avait pas cogné la gueule régulièrement sur la façon dont il fallait agir, sur l'importance du "bon sens", qui devenait, fatalement "il faut que tu analyses extrêmement vite la situation pour saisir ce qu'ils attendent de toi car sinon, tu n'as pas de bon sens, et tu es donc une merde" dans la tête de l'enfant de 5ans. Ces regards complètement ahuris face au fait de ne pas saisir ce qui est du "bon sens".
Sans neurotypisme, est-ce que j'aurais appris, plus tôt, à repérer que j'aimais faire des choses manuelles ? Est-ce que j'aurais pas essayé de me conformer à l'image ultra-intellectuelle des boulots de ma famille ? Sans neurotypisme, est-ce que j'aurais vécu ces deux années avec des crises terrifiantes ? Parce que si c'est ma neuroatypie qui m'empêche de véritablement ressentir mes émotions, c'est le neurotypisme qui m'incite à faire des choses que je n'aime pas, afin d'être adapté. Le neurotypisme allié à la masculinité, sans aucun doute, les deux se conjuguant de façon malsaine as fuck.

Je ne sais pas où j'en serai sans neurotypisme. Je sais où j'en suis en l'ayant vécu, je sais que je galère encore à m'en échapper. Comment faire pour réussir à regarder ces moments ? A dégager cette sensation de "tu es une merde" qui m'envahit dès l'instant où je vois ces situations ? Aucune idée. Peut-être d'ailleurs un point qui me vient depuis un bail. Arrêtez de croire qu'on sort d'un conditionnement juste parce qu'on l'a remarqué. Sincèrement. Arrêtez.

samedi 17 octobre 2015

"pas tout blanc" [harcèlement scolaire et ailleurs]

(tw: harcèlement scolaire, dépression, TS)

J'ai connu le harcèlement scolaire pendant 4 ans, l'intégralité de mon collège. J'ai mis du temps à nommer ça ainsi, ou même à en parler sérieusement. Je reste évasif parce que je l'ai subi, et j'y ai participé. Je reste évasif parce que je garde encore une certaine honte de ce que j'ai fait pour moins subir, à savoir dévier la violence sur quelqu'un d'autre. Je reste évasif la plupart du temps parce qu'il n'y a pas eu de violences physiques (hormis la dernière année), juste une violence morale, récurrente, constante. Je reste évasif, enfin parce que j'ai une mémoire terrible et que je n'ai quasiment aucun souvenir de ces événements, aussi et surtout parce que, pour la majorité, c'était des micro-agressions sans la moindre importance, parce que je sais que la réponse que je recevrai, c'est celle que j'ai reçu à l'époque "sois pas si sensible", "c'est pas bien grave" etc.

Je suis entré en sixième, je ne saurais dire que j'étais en très bon état psychique, mais assurément ça allait plutôt bien. J'avais quelques amis au primaire. Je me sentais déjà complètement en dehors du reste du monde. J'avais déjà cette sensation d'être un alien (au sens quasiment strict du terme, l'idée d'avoir volé le corps d'un garçon et d'y grandir était un jeu récurrent que j'avais depuis très longtemps) et de devoir me cacher, mais je pense que ça allait encore. Comme dit, j'ai peu de souvenirs. C'était un collège privé, catholique, blanc (je précise ce dernier point parce que je vois régulièrement du racisme dans la dénonciation du harcèlement scolaire, donc à celleux qui tenteraient ça: dégagez et bouffez votre vomi).

Sur la photo de classe de 6ème, j'ai percé avec des épingles deux visages. Le premier, je le reconnais, c'était un garçon, A., qui était à la tête de la classe, et qui décidait, tout simplement, qui se ferait pourrir par les autres. Pas de violence comme je l'ai dit, juste des moqueries, des blagues, de la mise au ban, etc. La deuxième, J., je ne m'en souviens pas. Ma mère m'a expliqué que je la haïssais encore plus férocement que lui. Comme dit, je n'ai aucun souvenir, mais les épingles sur ses yeux ne mentent pas. Notre classe était une classe "Européenne" c'est à dire qu'on apprenait deux langues dès la sixième. ça signifiait également qu'on se considérait comme "l'élite". A la fin de l'année, la classe était devenue tellement insupportable que décision a été prise de nous séparer. La sixième bleue est devenue cinquième verte et cinquième bleue. Une moitié dans chaque classe.

Grossière erreur qui oublie que lorsque des supérieurs font ça, ils admettent leur défaite. Deux classes ont été ruinées cette année-là. En quatrième, ils ont réuni la classe. Je ne vais pas parler des trois premières années, parce que j'en ai très peu de souvenirs comme dit, et que la violence a véritablement pris un tour durant la dernière année du collège. Je me rappelle cela dit très clairement un événement. Une "blague" des surveillantes sur l'état de mes bouquins (basiquement me regarder droit dans les yeux et me demander lors du retour des bouquins pourquoi les miens étaient aussi détruit alors qu'ils étaient en bon état) qui m'a fait fondre en larmes et inventer une agression hors de l'école pour justifier d'être "trop sensible". Autant dire que les surveillantes comme les profs n'étaient pas vraiment d'une grande aide. En fait, dès le début j'avais compris qu'il fallait quelque chose de "sérieux" pour ne pas avoir comme réponse "c'est pas grave" "faut pas t'embêter pour ça" etc. J'ai compris par la suite que c'était faux en fait. Quelque soit ce qui se passait, ils ne foutaient rien. J'étais persuadé que si j'avais suffisamment de propos insultants, de saloperies dites sur mon compte, alors elles bougeraient. Alors j'étais presque content quand il y en avait. Je me disais que ça allait bientôt finir. ça doit finir, non ? Y a bien un moment où y en a trop et ils doivent bouger en haut. Ils n'ont pas bougé. Pire encore, ça a été utilisé contre moi. Bah oui, je cherchais.

Durant mes trois premières années de collèges, ce qui m'a véritablement sauvé la vie, c'était le théâtre. J'y étais arrivé en sixième ou en cinquième, je ne sais plus, dans une troupe remplie de personnes géniales. Chaque semaine, j'attendais les quelques heures de théâtre, un endroit où, en plus d'être accepté, je pouvais être un peu plus moi-même. Au début, la prof, kiki, m'avait dit de ne pas faire de "blagues d'adultes" parce qu'elle avait peur que les autres ne m'acceptent pas. M. a fait plus qu'accepter, elle ripostait. Mon premier crush. J'étais totalement asexuel à l'époque (je l'étais jusqu'à mes 18-20ans), en ce sens que je ne ressentais pas d'attirance physique, pas le moindre désir, mais romantiquement parlant, c'était présent. Bref, la troupe. Je n'ai que peu de photo, mais je me rappelle de beaucoup de noms. Elles m'ont sauvé la vie (je dis elles parce que bon, en terme de mecs, il y en avait très peu, je crois qu'on était deux la première année, et cinq la dernière). En troisième, étant donné que j'étais un peu plus jeune que les autres, et je ne sais plus pour quels autres raisons, on m'a mis dans un autre groupe. J'ai donc perdu le seul truc qui me permettait de m'accrocher toutes les semaines.

J'ai commencé à tomber malade, toutes les semaines, tous les lundis matins, ou en tout cas régulièrement. En sus de cela, il y avait un nouveau dans la classe. Je ne me rappelle plus son nom. Pour se faire une place, il a commencé à se moquer également. A la fin de l'année, il m'avouera qu'il l'avait fait parce que c'était lui ou moi. Je ne lui en veux pas, j'avais tenté de faire pareil en cinquième, et j'avais tenté également en troisième. La violence a augmenté. L'un des autres bouc-émissaire de la classe s'est pris un croc-en-jambe dans les escaliers. Il saignait. Je me rappelle encore voir les autres de la classe rire en continuant à monter. ça, ça n'était encore jamais arrivé. Aucune sanction ne sera prise. Est-ce qu'il en a parlé ? Est-ce que les profs en ont rien eu à foutre ? Je ne sais pas.

Moi pour ma part, je me rappelle très bien du sale coup fait par V. En cours de technologie, elle m'avait demandé de sortir avec elle. J'avais attendu un peu ne sachant pas quoi répondre (n'ayant d'ailleurs quasi aucune idée de ce que ça signifiait en pratique). A la récréation, elle avait demandé à un garçon, A., incapable de lui dire non car dingue d'elle, de tourner autour de nous deux, le temps qu'elle l'appelle. Alors, quand je lui ais dit que j'étais pas prêt, elle m'a coupé, l'a hélé et a dit qu'elle avait finalement accepté d'aller avec lui. Des mecs de la classe sont arrivés m'ont tapoté dans le dos en mode "ahhh, pas de bol" et se sont barrés en se marrant. Je suis allé voir A. après, parce que j'avais bien vu que c'était un stratagème. Il s'est excusé immédiatement, très mal à l'aise. Je lui en veux pas. J'en ai jamais reparlé avec V. Je ne lui en veux pas non plus. Elle n'avait pas vraiment le choix dans cette classe. Elle était la plus "adultes" de toutes les femmes, donc celle qui était également en danger de se faire pourrir. En fin d'année, elle m'a invité à danser. Je l'ai pris comme une manière de s'excuser. Avec le recul je me demande si on invite quelqu'un à danser pour s'excuser d'avoir monté une fausse demande à sortir ensemble... Sans importance.

Les heures de cours étaient insoutenables à cette époque. Il ne se passait pas une demie-journée sans qu'on me fasse bien comprendre que j'étais de la merde. Que ce soit en continuant à se moquer de mon accent en allemand, car j'avais un accent correct et que la prof en avait un mauvais. Et je précise, en SACHANT que j'avais un accent correct et la prof un mauvais. ça avait été clarifié. Un jour, j'ai craqué, j'ai sauté à la gorge d'un de mes camarades et j'ai tenté de l'étrangler. Je me suis arrêté avant. La prof principale nous a convoqué tous les deux et a fait ce qui se fait continuellement dans ce genre de cas: un "c'est pas bien" adressé indifféremment aux deux. "j'ai perdu patience et j'ai tenté d'étrangler S." je lui ai expliqué. Le lendemain, cette phrase était répétée par pas mal de garçons de ma classe. Cela dit, suite à cet incident, même si la violence a eu un pic juste après, elle a largement baissé par la suite, ce qui m'a fait découvrir un autre mensonge: "la violence ne résout rien". Mon vécu indique le contraire. Elle a clairement calmé les choses.

J'ai tenté d'apporter un couteau en classe. But ? Poignarder A. Ma mère l'a vue, et m'en a empêché. Je me demande si j'ai voulu qu'elle le voit, ou si j'aurais été jusqu'au bout. J'aurais certainement fini poignardé comme elle l'a dit, vu le gringalet que j'étais à l'époque (ce qui n'a que peu changé d'ailleurs). Pour sortir mon épingle du jeu, j'ai commencé à me moquer d'un autre. J'avais tenté en cinquième sans grand succès, en troisième ça a mieux marché. Tellement mieux qu'il m'a balancé un bon gros coup de pied à la jambe un jour qui a laissé une marque.

Voilà, je peux pas raconter beaucoup plus de ce qui s'est passé, parce qu'au final, l'immense majorité des violences étaient sans la moindre importance. Des rires plus appuyés quand on se trompait, des rires quand on avait juste, des blagues, des moqueries, des soupirs, le fait d'être continuellement choisi en dernier durant les mises en place d'équipe en sport, alors même que j'étais dans le top de ma classe à ce niveau-là, le professeur qui tente de me forcer à faire de l'escalade et me hisse de force à trois mètre du sol alors que les autres se foutent de moi ostensiblement, mais surtout, toutes ces petites choses qui n'ont aucune importance, toute ces gouttes d'eau qui remplissent le vase, mais qu'on ne peut pas dénombrer parce qu'on les oublie.

En fin de troisième, j'étais dans un état lamentable. Suicidaire comme pas permis. Sans volonté, sans espoir. Quand on m'a proposé de changer d'établissement car dans mon établissement, au lycée, j'allais avoir la même classe, j'ai haussé les épaules. Ils l'ont fait. En seconde, j'ai décidé de ne me lier qu'avec des mecs, de rester le plus possible éloigné des filles car je ne voulais, en vérité, ne me lier avec personnes. J'avais prévu que ce soit ma dernière année, alors il n'y avait aucun intérêt à prendre le risque de voir quelqu'un le remarquer. ça a bien marché, et même si l'année était cent fois meilleure, j'étais quand même suffisamment détruit pour ne pas vouloir continuer à vivre, hormis le fait que je me suis à nouveau retrouvé dans le groupe de théâtre que je n'avais plus l'année d'avant. On a fait une sortie pour aller voir une pièce je crois, à Paris. Après cette sortie, j'avais prévu de me tuer. Le retour était tardif, juste à côté du canal, je savais que je pouvais tranquillement m'y noyer avant qu'on ne repère ma disparition. J'ai toujours été extrêmement doué pour ne pas me faire remarquer. Dans certains taffs on m'a même appelé le fantôme. J'ai finalement décidé de ne pas le faire, en faisant mon "pacte", celui de vérifier un an plus tard si quelque chose avait valu le coup de vivre ou pas. Je me suis donné un an, plutôt que de regarder un an en arrière. Ma pensée était que si je m'étais tué avant ce soir-là, ça aurait été vraiment stupide de ne pas l'avoir vécu. Je me souviens encore qu'on avait joué au loup sur une aire d'autoroutes. Que j'avais été le dernier à ne pas avoir été attrapé. Que c'était L., une femme que j'adorais profondément et dont j'étais même, sans doute, légèrement amoureux à l'époque, qui avait réussi à m'attraper sans que je le veuille. Avec un câlin.

J'ai fait ça tous les ans. Je ne vais pas les détailler en long et en large. Puis tous les six mois après en avoir eu trop besoin. 28 février, 28 août. Je n'en ai pas manqué. Jusqu'à il y a un an et demi. Je suis entré en sixième, j'avais quoi ? Onze ans et demi. J'en suis ressorti avec quinze ans et demi. J'ai passé ensuite plus de dix ans à compter les raisons de ne pas me buter. Ne venez pas me bullshiter sur le fait que c'est pas grave, que ça fait pas trop de dégâts. Y a quelques jours, près de chez moi, à Custines, au nord de Nancy, Kilian s'est suicidé, alors ça y est, on en reparle. Et comme d'hab, les mêmes réflexions arrivent. "on manque d'effectif" "on manque de moyen". Et comme d'hab, on a l'impression qu'il y a une erreur dans le système, et une erreur qui a pour origine l'argent. ça ne vous rappelle pas un truc ça ?

Alors une bonne fois pour toute: arrêtez avec cette ineptie concernant l'argent. Arrêtez de croire qu'il y a une erreur dans le système. Le système n'a pas d'erreur, il est conçu exprès pour que ces violences s'y installent. Ces morts, ce sont des meurtres du système pour s'assurer que les violences oppressives se poursuivent. Regardez les personnes violentées. Vous trouverez des gros, des neuroatypiques, des trans, des noirs, des handicapés, des homos, des bis, des queers, des femmes, des personnes avec des troubles psys etc. etc. ça et là, bien sur, vous trouverez peut-être un homme blanc cishet bourge valide neurotypique et bienportant (en tout cas bienportant AVANT que le harcèlement se mette en place), mais la proportion est ridiculement faible. Parce que l'idée comme quoi "les gamins trouveront toujours quelque chose" c'est de la connerie. La société leur explique très clairement vers quoi et vers qui se tourner, et ensuite iels trouvent quelque chose. C'est au collège qu'on apprends les codes de la vie d'adultes. C'est là que moi j'ai appris à serrer la main et faire la bise au lieu de juste dire "salut" en arrivant. C'est là que les codes de la virilité masculine se mettent en place. C'est là qu'on imite les adultes, et si l'école peut être aussi violente, que ce soit au primaire, au collège ou au lycée, c'est parce qu'elle reflète la réalité de notre société, à plus petite échelle, avec moins d'hypocrisie. Si on la voit plus c'est parce qu'on regarde ces suicides et on se dit "ô mon dieu il était si jeune". Et quand on voit le suicide d'un employé... on ne cherche pas plus loin.

Face à ce genre de violences, la réaction est toujours la même: chercher à peser le pour et le contre, à "écouter les deux parties". Et puis, il ne faut pas oublier qu'on a très souvent affaire à des personnes qui ne sont pas "tout blanc non plus". Combien se sont pris ces mots parce qu'iels ont essayé de dévier la violence sur quelqu'un d'autre ou l'ont réussi ? Le victim-blaming à son apogée. On met l'enfant dans une situation où il doit subir et serrer les dents, et ensuite, s'il fait le moindre pas de côté, la moindre erreur, s'il met en place la moindre stratégie de survie, on le considère de fait comme responsable des violences subies, ce qui permet de s'en laver les mains. Je dis l'enfant, mais ça se passe de la même manière en entreprise. Le même schéma, encore et encore. L'avantage de ne rien faire, c'est qu'on ne se sent pas responsable de ce qui arrive. Socialement parlant, l'idée de non-assistance à personne en danger n'existe pas. Elle est obligatoire légalement pour cette même raison: on ne considère pas, socialement parlant, que le fait de ne rien faire puisse être mal. Ne rien faire est vu comme de la neutralité, et la neutralité, comme étant bonne. Bullshit. Dans une situation de violence, la neutralité, c'est être du côté de la violence.

ça a été le truc le plus violent que j'ai vécu. Me rendre compte que ce n'était pas une erreur du système, mais qu'il était conçu comme ça. Que c'était volontaire. Que ça avait pour but de formater les enfants afin qu'ils deviennent comme les adultes. Me rendre compte que parmi les personnes qui me pourrissaient la vie, y en avait qui tiraient leur épingles du jeu, et y avait d'autres qui, si c'était pas moi, c'était eux. Me rendre compte que moi-même, j'ai pourri la vie d'un ou l'autre pour en prendre moins dans la gueule.

Je me souviens que Jaythenerdkid avait dit qu'il était nécessaire de parler de son vécu. Que si elle en parle autant, c'est pour faire avancer les choses, pour que les gens aient moins honte, et qu'on arrête d'être dans ce mutisme constant. Parce que si ça aide une seule personne, si ça empêche une seule personne de se tuer, ou même de se blesser, alors ça vaut le coup. J'approuve cette idée. Si vous en avez l'énergie. Parlez. Témoignez. Racontez. Et si vous ne l'avez pas, lisez, écoutez. Prenez soin de vous.

vendredi 11 septembre 2015

Psychophobie & Trigger warning, here we go again

Je vais faire une petite analyse rapide de texte, parce qu'apparemment, y en a encore qui croient que c'est de l'anticapitalisme que de rejeter les TW. Faisons donc une rapide analyse de ce texte: Pourquoi les Triggers warnings sont réellement aussi controversés; explication. Le texte est psychophobe as fuck; je préviens.

La première partie explique rapidement l'argumentation avancée par les personnes s'opposant au TW, à savoir que cela va empêcher les professeurs de faire certains cours et ne préparera pas les étudiants au monde réel en les rendant trop fragile ( "Critics argue that warning students that what they're studying could be "triggering" will make professors less likely to teach sensitive material and render students too emotionally fragile to deal with the real world." )

On peut d'ores et déjà rappeler à quel point cet argument est absurde en reprenant la comparaison faite avec les DLC, les panneaux sur la route etc. Tous pourraient recevoir la même argumentation à base de "mais si on les mets, les gens ne vont pas être habitués à la nourriture du monde réel, dans les champs, et on les rendra trop fragile. Cela empêchera certains magasins de vendre des produits qui se périment vite etc." Cet argument n'est rien d'autre que l'idée que les personnes avec des traumas psys sont fragiles, faibles, et qu'il faut les endurcir. Il découle directement du mépris social envers les problèmes psys vu comme étant une faiblesse et non des maladies.

L'article, d'ailleurs, passe complètement à côté de cette analyse et saute direct sur sa première réflexion: en réalité, le problème ne serait pas celui-là, mais le fait que les étudiants sont vus de plus en plus comme des clients et leurs exigences vont dans ce sens. ( "they're also increasingly seen as paying customers, and they're starting to act like it.") En d'autres termes, le fait que des individus demandent à ne pas être mis en danger est considéré, par l'article, comme le fait qu'ils veuillent agir comme des clients. La liaison entre l'anticapitalisme et la psychophobie est faite insidieusement: les étudiants ne devraient pas se voir comme des clients, ils devraient donc fermer leur gueule et ne pas chercher à survivre. On se rend bien compte, donc, dès la fin du premier paragraphe que l'auteur ne prend pas du tout la mesure de ce qu'est un traumatisme.

La seconde partie balance du bon gros "science bitch" en indiquant que le fait d'éviter les trigger n'est pas un système sain ("But avoiding triggers isn't considered a healthy coping mechanism for people with PTSD; in fact, it's a symptom of the disorder") mais un symptôme du PTSD. Je vais analyser chaque phrase du paragraphe, car c'est le moment clef indiquant à quel point l'auteur parle de son point de vue de bienportant. Ici, l'idée glissée est que éviter les Trigger n'étant pas sain mais un symptôme, alors il faut chercher à ne pas les éviter. La phrase suivante ("A core purpose of therapy is making it possible for individuals to reduce their sensitivity to triggers.") met en avant que c'est même le but de la thérapie que de chercher à réduire la sensibilité aux triggers. On met donc en avant l'utilité des situations trigger. Puis "And there's no scientific evidence that trigger warnings help people avoid panic attacks or flashbacks in the short term — mostly because the issue hasn't been studied." on sort l'idée finale, à savoir qu'il n'y a aucune preuve scientifique que les TW aident les gens à éviter les attaques de paniques ou les flashback, en mettant entre parenthèses le fait que c'est parce que ça n'a pas été étudié. Qu'est-ce que cela signifie ? 1) vouloir éviter les triggers c'est mal. 2°) l'important c'est de se désensibiliser 3°) en plus, rien ne prouve que ça aide.
Vous avez saisi ? Oui, ce paragraphe laisse indiquer qu'en fait, les trigger warnings seraient eux-mêmes des symptômes de la maladie. En faisant l'amalgame entre Triggers (l'événement) et Triggers warning (l'information), en glissant l'idée que la thérapie elle-même cherche à désensibiliser, on rejoint l'argument du premier paragraphe sur le fait que ça rendrait les gens trop fragiles, et on appuie l'idée qu'en fait, les personnes qui demandent des TW sont des personnes fragiles qui se complaisent dans leur problème (puisque cherchant à éviter les trigger alors que la thérapie incite à s'y désensibiliser).

La suite reste dans un ton similaire. On notera l'emploi du terme "upset" pour parler d'une situation qui trigger une personne ("There's no consequence to skipping a blog post if you think it's going to upset you.") avec un très joli euphémisme qui permet de montrer une fois de plus que franchement, c'est beaucoup de bruit pour pas grand chose. (pour ceux qui voudraient dire que upset signifie "bouleversé" également, je vous invite à changer "upset you" par "make you attempt suicide" et relire la phrase. Elle n'aura pas du tout la même portée. Upset reste quelque chose d'abstrait, et c'est pas pour rien que c'est là, la personne qui écrit ça semble n'avoir aucune idée de ce qu'est une crise de ce genre)
On a ensuite une rapide opposition entre les pro et les contre, comme si c'était juste un débat avec le magnifique "mais les gens qui n'ont pas de PTSD pourrait l'utiliser", ("making them ripe for misuse by students who don't have PTSD."). Quel problème avec cette pensée ? Oh, elle est très simple, elle est là pour créer, une fois de plus, une image "idéal de personne avec PTSD" et une suspicion sur toutes les personnes réelles qu'on rencontre. Le fait de mettre les deux analyses côte à côte laisse indiquer que ce sont deux réflexions de poids similaire alors que d'un côté, on a des personnes parlant de se préparer à la violence, de l'autre des personnes venant chouiner sur des hypothétiques personnes qui utiliseraient les TW pour leur compte personnel. (on appelle ça l'argument de la pente savonneuse)

Par la suite, l'article parle rapidement des divers campus où les TW ont été mis en place, notamment d'un, où il a été demandé aux professeurs que les matériaux pouvant être trigger deviennent optionnels, à moins de le justifier. Les professeurs le virent comme le fait de trop de politiquement correct (" Its litany of possibly "triggering" material was mocked as overly politically correct. "). On notera qu'une fois de plus, le combat contre les TW ne se fait pas dans l'idée d'aider les personnes en danger, mais uniquement dans un combat contre le politiquement correct etc. Jamais, dans ces réflexions, n'est mis en avant le moindre intérêt pour les personnes mises en danger, seulement la liberté du corps enseignant.

Poursuivons; l'article met en avant deux contradictions qui se mettent en jeu dans ce débat. La première est le fait que les étudiants ne doivent pas être infantilisés, mais ne sont pas non plus vu comme des adultes. ("College students are nominally adults, and so they shouldn't be infantilized. But they're also not seen as fully grown up, which is why college is relentlessly depicted, including by colleges themselves, as a coming-of-age experience. "). Le lien est, ici, directement fait entre les TW et l'infantilisation. Juste avant, d'ailleurs, l'article avait mis en avant que les TW sont courants pour deux types de catégories, les enfants et les clients ("Trigger warnings, in other words, aren't uncommon for two groups of people: paying customers and children. ") Ici, donc, on met en avant l'idée que les étudiants sont mis dans la première catégorie si on les avertit, et on utilise tranquillement l'âgisme pour mépriser les TW.
Dans le second point, on s'attaque au côté client et au fait qu'ils peuvent demander des changements pour être plus heureux ou confortable. "Consumers can demand changes to the experiences they're paying for in order to make them happier or more comfortable." puis on met en avant que ce n'est pas le but de l'éducation. Vous avez remarqué ? On était dans "upset" il y a quelques paragraphes, désormais on est dans le "happier" ou "more comfortable". Petit à petit, on glisse à nouveau vers l'idée que ce sont des caprices, des choses sans grand intérêt qui interfèrent avec la grande et sainte mission de l'enseignement qui prépare au monde réel. Ce mot "uncomfortable" sera désormais utilisé pour parler des problèmes de la situation. Car oui, on parle désormais d'un simple problème de confort.


Au final, l'article se conclut sur cette pirouette: le problème serait qu'on parlerait juste de "confort des étudiants" et que celui-ci n'est pas pertinent face au fait d'enseigner. On notera que dans les derniers paragraphes on aura eu "happier" "more comfortable" "happiness" "comfort" "feel" "uncomfortable". Puis, dans le dernier on voit "Anxiety of Triggers warning" qui renverse complètement la balance. D'un côté, on a celles et ceux qui demandent du confort, de l'autre on a des enseignants anxieux. Ce ne sont plus les personnes demandant des TW qui sont anxieux. Elleux veulent du confort. Ceux qui sont réellement anxieux ? Les enseignants s'y opposant. Renversement complet des valeurs.


Et on voudrait me faire croire que le texte n'est pas psychophobe ? Ce texte est, justement, extrêmement bien écrit, avec une évolution en son sein. D'abord il se présente comme une réflexion, non pas sur les trigger warning, mais sur la controverse autour d'eux, donc quelque chose de parfaitement objectif. Il appuie cette idée en présentant les deux points de vue, en faisant une explication sur ce que sont les PTSD, et en faisant intervenir la science elle-même contre les TW. Puis, petit à petit, l'article se laisse aller, on passe à de l'âgisme pour essayer de démolir les étudiants demandant des TW, puis on les montre comme de vilains capitalistes, et enfin, le final, dans la dernière partie où on les présente, en fait, comme des personnes capricieuses et où on renverse totalement la situation en faisant des opposants aux TW des personnes "anxieuses" face à des personnes intéressées par leur confort.

Ce texte est immonde, et j'en ai marre de voir relayées des bouses pareilles.

mercredi 9 septembre 2015

Préjugé, conditionnement, privilège, Qu'est-ce qui se déconstruit ?

Le préjugé est l'attitude adoptée par manque d'information
Le conditionnement est le fait de ne pas rechercher l'information
Le privilège est le fait de ne pas avoir besoin de l'information

C'est comme ça qu'on m'avait expliqué la chose. On a un préjugé. On le découvre. On combat le conditionnement en allant chercher l'information et on accepte son/ses privilèges.

Mais en vérité, ce schéma est très incomplet.
En effet, ce schéma ne s'applique qu'à une pensée consciente et dirigée. Exemple : cet homme a fait ce massacre car il a des troubles psys. Préjugé face à manque d'information, conditionnement car aucune recherche d'information, privilège de la personne n'en ayant pas. Mais face à des données plus diffuses, comme le fait d'accorder moins d'importance à la parole d'une femme, on a un préjugé mouvant (sur telle ou telle donnée, telle ou telle raison sera donnée pour moins y croire), un conditionnement constant (la parole d'une femme est soumise à caution) et un privilège constant également (le fait de ne pas en souffrir).
Considérer comme un privilège de ne pas voir une situation, c'est confondre privilège et conditionnement. De nombreuses personnes avec des troubles psys ne voient pas la psychophobie. De nombreuses personnes avec des troubles psys sont psychophobes. On parle souvent d'intériorisation, mais ça implique forcément qu'une personne qui ne voit pas n'est pas forcément une personne qui ne subit pas. Ce n'est pas un privilège que de ne pas voir. Le privilège, c'est de ne pas en souffrir. Ne pas voir, c'est un conditionnement.
On peut déconstruire les conditionnements tout comme on peut déconstruire les préjugés. Mais les conditionnements sont bien plus complexes. Contrairement à un préjugé où il suffit d'apporter une information sérieuse, le conditionnement, lui, ne peut pas s'en satisfaire, vu qu'il n'est pas dirigé. On pourrait dire que le préjugé est la peur, et le conditionnement, l'angoisse, la première est facile à combattre, il suffit de l'analyser. La seconde est beaucoup plus complexe car elle met en jeu des ressorts invisibles.

Or, bien souvent, dans les réflexions de déconstructions, on suppose qu'il suffit de « voir » l'erreur pour la corriger. Mais ça ne marche que pour le préjugé, et en aucun cas pour le conditionnement. Et c'est là, d'ailleurs, le second point que je voulais aborder, la différence entre reconnaître son erreur et se remettre en question.
Reconnaître son erreur est à la portée de n'importe qui. Se remettre en question, en revanche, est beaucoup plus complexe. Un exemple typique que je vois chez des hommes est de remarquer qu'ils ont interrompu une femme. Excuse. Fin. Et pas seulement fin dans la discussion, mais fin de la réflexion. On prend comme acquis, de par les études féministes sur le sujet, qu'un homme va interrompre plus facilement une femme, donc c'est la raison, j'ai trouvé. Fin.
Sauf que c'est un conditionnement. Un conditionnement suppose des rouages qui se créent au sein de l'esprit de la personne. Et un questionnement nécessaire à se poser. Pourquoi ais-je pensé interrompre à ce moment-là ? Qu'est-ce qui m'a semblé logique en cet instant ? Quel était le soucis ? A quoi ais-je pensé ? Si on ne fait que remarquer et s'arrêter là, on a reconnu son erreur, mais on la recommencera plus tard, vu qu'on n'a effectué aucune remise en question.

Et quand bien même on ait compris le rouage du conditionnement, rien n'indique qu'on soit capable d'arriver à le détruire. L'idée qu'il suffit de « voir l'erreur » pour réussir à la supprimer est très naïve. Et c'est là que l'idée de « personne déconstruite » // « personne safe » pose problème, car elle suppose donc qu'il est possible, pour tout le monde, de supprimer tout conditionnement. Or, certains conditionnements ont été renforcés par des traumatismes. Ça ne les rend pas plus juste pour autant, ça ne les rend pas plus acceptable, en revanche, cela les rend beaucoup plus difficile à combattre. Et là où, quand on parle d'un système à unique hiérarchie, il était assez facile de pointer du doigt les dominants, dans un système avec de multiples axes d'oppressions, la réalité devient de suite plus complexe, et ce sont des traumatismes liés à des violences oppressives qui peuvent soutenir des conditionnements oppressifs. L'idée de « personne déconstruite » devient alors très gênante, puisqu'au final, paradoxalement, elle ne prend plus en compte les différentes oppressions, mais simplement une sorte d'idéal hors de toute réalité.

Quand à déconstruire ses privilèges, une fois que l'on a établi la différence entre conditionnement, préjugé et privilège, je trouve que cette notion n'a pas de sens. On peut déconstruire ses préjugés. C'est assez facile. On peut essayer de déconstruire ses conditionnements. C'est plus difficile, et parfois, en fait, ça ne marche pas. On ne peut pas déconstruire ses privilèges car ceux-ci sont du fait du regard de la société sur un individu. Il est impossible pour un homme de déconstruire le fait qu'il ne vivra pas de harcèlement de rue. Il est impossible pour un-e neurotypique de déconstruire le fait d'obtenir un emploi/une promotion plus facilement qu'un-e neuroatypique.

Cette réflexion peut sembler déprimante pour certain-e-s, mais j'aimerais attirer votre attention sur deux points. Premièrement, si elle l'est pour vous (déprimante), demandez-vous dans quelle mesure vous cherchiez avant tout un moyen de vous « placer du bon côté de la barrière » et non de changer les choses. Dans quelle mesure le terme « déconstruit-e » ne signifie-t-il pas « cookie de sorti du système oppressif pour un-e dominant-e » ? Deuxièmement, cela signifie aussi que le travail est beaucoup plus complexe qu'il ne semble de prime abord. Il ne suffit pas juste de voir ses erreurs. Il s'agit de les comprendre. Il ne suffit plus de dire « les hommes interrompent les femmes plus souvent » mais surtout « pourquoi l'ais-je fait ? Quel a été le cheminement ? Comment le stopper ? », en somme, comprendre le conditionnement derrière l'acte, et travailler sur la source et non la conséquence.

mardi 8 septembre 2015

Volée musicale #9

Troooop de musique à faire découvrir, donc là je liste juste.

Ayo ft Youssoupha: Fire
Julia Zahra: Empire State of Mind
Kollektivet: I'm just standing here (with my incredibly long penis)
Elastic Heart Sia // Madilyn Bailey & KHS (version piano)
I was made for loving you Tori Kelli ft Ed Sheeran
Imany T'es beau
Imany You'll never know
Cleo Higgins don't let go
Cleo Higgins Leave me alone
Kollektivet: 2manybuttons
Jali: Española
Jali: 21 grammes
Nargiz Zakirova; please forgive me
Nargiz Zakirova: The House of rising Sun
Wu mochou Bad Romance
Sigur ros: The rains of Castamere - GoT song
Mathieu Cote: en titubant

mercredi 2 septembre 2015

éloge de l'inconstance

On parle souvent du « droit à l'erreur », rarement du « droit au changement ». Or, ce sont deux choses profondément différentes. Le droit à l'erreur vous permet de garder votre constance malgré un accroc, le droit au changement torpille la constance. Ce que j'entends faire ici, c'est à la fois parler du droit au changement, mais aussi du droit à l'inconstance, et du droit à la différence sous un angle lié aux autres et j'ai pu remarquer que ce n'est pas facile, car, dans beaucoup de cas, on utilise le mépris que l'on a pour la différence pour défendre l'inconstance, le mépris que l'on a pour l'inconstance pour défendre le droit au changement, et l'on méprise le droit au changement pour défendre le droit à l'erreur, dans une sorte de cascade qui, au final, fait de sacrés dégâts.

(Précision : dans cet article, je ne parle pas d'oppression mais de conditionnement et de préjugés issus de conditionnement, il est donc tout à fait possible que certains fassent parti d'une oppression tandis que d'autres non. S'il n'y avait que préjugé et conditionnement dans les oppressions, on serait franchement tranquille)

Lorsqu'on parle de constance et d'inconstance, l'image du premier mot est une chose rectiligne, un choix unique et définitif, celui du deuxième est l'idée d'un mouvement constant entre un choix et un autre. On peut, déjà, remarquer le côté pervers de cette situation, à savoir que si l'on imagine un choix binaire, mais qu'en réalité il peut avoir d'autres réponses, les autres réponses seront considérées comme inconstantes. Les exemples typiques de ces cas ? Les switchs (En BDSM les switch ne se définissent ni comme soumis-es ni comme dominant-e-s), ou les bisexuels/pansexuels qui ont une réponse différente que « mon genre / le genre opposé » et sont donc vu comme fatalement « inconstant », et donc, incapables de fidélité notamment. On va même, dans le cas des switch, jusqu'à leur demander assez couramment ce qu'iels sont « aujourd'hui », comme s'iels devaient choisir à tout prix (très bon article sur le sujet d'une switch  ). On voit bien, ici, qu'au-delà de l'inconstance, c'est le fait que ce soit une réponse « différente » de soumis-e/dominant-e ou hétéro/homo qui pose problème. (on retrouve ça aussi lorsqu'une personne ne se définit ni comme homme ni comme femme, que ce soit fluide, agenre, non-binaire etc.)

Mais le fait est, également, que la constance n'est pas forcément bonne. Dans un couple, être constamment ensemble est très souvent destructeur. L'eau croupit, pour faire une métaphore. La constance n'est pas ce dont est fait la nature. Pour autant, on nous la présente continuellement comme une chose saine, une chose positive, et l'inconstance est toujours négative. Cela semble sortir de cette idée binaire que l'on a du bien et du mal, séparé de manière précise, ce qui fait que la constance côté bien est bonne. Mais cette notion est totalement absurde car le bien et le mal ne sont pas, dans la vie, délimités de façon aussi stricte. Des individus peuvent avoir raison de s'unir pour un point et de s'opposer les uns aux autres sur un autres, sans pour autant que l'inconstance de leur alliance soit quelque chose de négatif, bien au contraire. Mais dans l'image binaire bien/mal, il n'y a qu'un seul bon chemin, et de ce fait, on ne peut avoir aucun droit à l'inconstance. La haine de l'inconstance se lie donc au mépris du changement et de l'erreur.

D'une part, ces deux notions sont constamment amalgamées. Lorsqu'une personne se revendique childfree plusieurs années, puis finit par avoir un enfant, elle est souvent montrée comme traître, comme une personne n'ayant jamais été childfree. « être » quelque chose, c'est avoir une constance dans cet être. D'autres diront qu'elle a fait « une erreur » de se « croire » childfree, là où, si c'est possible, il est également tout a fait possible que la personne ait évolué, donc que ses envies aient changé sans pour autant que ce soit une erreur de s'être revendiquée childfree. De la même manière, il est courant que des ami-e-s s'éloignent au fil du temps, sans que l'amitié ait été une erreur. De ce côté-là, on aura souvent des personnes approuvant, mais pour autant, l'image que « les véritables amitiés sont celles qui durent » est profondément implantée dans nos esprits. On peut également rappeler les propos courants pour les adolescents de « c'est une passade » comme si le fait qu'une chose ne soit pas destinée à durer soit, en soi, preuve qu'elle ne mérite aucune considération et n'a aucun intérêt. La constance est positive. Le changement, l'erreur, l'inconstance restent négatives.

Le problème avec ce conditionnement, est qu'il arrive fatalement au point qui fait mal : la remise en question implique reconnaître son erreur et changer. Elle est donc, de manière vicieuse, considérée comme négative, malgré tout ce que l'on dit de l'importance de reconnaître ses torts. Non, notre société est bâtie sur le fait qu'il ne faille pas les reconnaître. Pour être précis, notre société est bâtie sur l'idée qu'il y a d'un côté le bien, de l'autre le mal, d'un côté les personnes faisant des erreurs, de l'autre, les personnes n'en faisant pas, même si l'on répète continuellement que l'erreur est humaine. Lorsqu'on ne reconnaît pas son erreur, on prend le parti de conserver sa constance. Et étant donné que nous sommes des animaux sociaux, beaucoup d'autres personnes sont autour, mais beaucoup ont également ce même réflexe de vouloir refuser l'erreur, afin de se protéger également lorsqu'ils l'ont fait ou risquent de la faire. « je te protège pour me protéger car nous sommes dans le même cercle »
Ce schéma créé fatalement des cultes de la personnalité. Des individus qui semblent extrêmement constants, et que l'on va donc vénérer, autant à l'extrême-droite qu'à l'extrême-gauche, et jusque dans les milieux militants, qu'ils soient dans les assocs, sur FB ou sur twitter. C'est ainsi qu'on voit la création de notion comme « safe » ou « déconstruit », que des personnes sont d'abord hissées sur un piédestal, puis, jetées à terre après que l'on ait mis en lumière des propos datant de plusieurs années, voire des propos de relations de la personnes. Ce dernier point est important, on va jusqu'à exiger d'une personne de répondre des actes de ses relations. Ça semble, de base, logique, et ça l'est en parti, mais l'effet pervers est que cela renforce la cohésion de groupe face à ces considérations, puisque toute remise en question d'une personne implique celle des personnes avec qui elle est en relation. Coupable par association, cela fait que la remise en question est encore plus complexe, puisqu'il faut, à la fois dépasser ses propres blocages, mais aussi des blocages sociaux liés à toutes les personnes autour de nous, ce qui sclérose encore plus la situation.

Au final, la haine de l'inconstance, le fait de vouer un quasi-culte à la constance, ça empêche de se poser des questions, ça empêche de tester, de faire des erreurs, de se tromper, et donc, d'avancer, de se trouver. Considérer qu'une chose n'a pas de valeur sous prétexte qu'elle n'a pas duré, c'est, au final, soutenir un système qui refuse la remise en question. Mieux vaut être constant dans l'erreur qu'inconstant. Ça craint.

samedi 22 août 2015

Rapports de pouvoirs entre hommes & femmes l'exemple de la conf neocast de Pouhiou / Ginger Force / Charlie Danger

Cet article n'a pas pour but de démolir Pouhiou, soyons clair. D'une part parce que je parle ici de sexisme et que je ne considère en aucun cas avoir le droit de basher quelqu'un sur ce sujet n'étant pas une femme, d'autre part, parce qu'étant un homme cis, je trouverai assez aberrant de basher quelqu'un alors que je ne sais aucunement si je serai différent de lui. Là n'est donc pas mon propos, en revanche, ce que j'aimerais mettre en valeur, c'est comment, dans une situation où l'on a deux femmes et un homme, les trois conscient-e-s des enjeux du féminisme, on se retrouve quand même avec une position de pouvoir et de prise d'espace massive de la part de l'homme.

J'analyse cette vidéo selon trois angles relativement simples. D'abord, la présence de chacun des trois protagonistes, ensuite, le clivage que l'articulation des temps de parole créé, et enfin, le rapport de pouvoir qui se trouve visible, plaçant l'homme au sommet. Il est plus que probable que je n'ai pas tout remarqué, mais ça me semble déjà assez édifiant. Sans aucun doute, il sera possible d'expliquer un ou l'autre des points indiqués, mais j'aimerais attirer votre attention sur le fait que le biais mettant en valeur les hommes est toujours expliqué par une raison « spécifique », mais reste, cependant, toujours le même, les raisons étant souvent, en vérité, des excuses. Enfin, les timers que j'indiquerais sont là pour vous donner une idée d'où trouver les infos dans la vidéo, ils ne sont pas parfaits. J'ai dû la visionner un bon paquet de fois, et je l'ai donc fait en *2 de vitesse ce qui limite la précision à ce niveau-là.

Je présente cela dit la vidéo, elle se trouve ici et se divise en plusieurs parties. Première partie, une mise en scène sur le sexisme qui va environ de 0:38 à 4:35. S'en suit une explication jusqu'à 6:30 puis une seconde mise en scène qui dure de 6:30 à 8:30 ; avec, ensuite le débat qui s'installe de 8:30 à 23:35. On a ensuite une vidéo de Pouhiou qui dure de 23:35 à 30:53 puis une réflexion sur la vidéo jusqu'à 36:45 avec l'arrivée, ensuite des questions/réponses. Je précise donc que, pour l'analyse du temps de parole, je n'ai pas pris en compte les mises en scènes, puisqu'elles étaient factices. Je n'ai également pas pris en compte la vidéo de Pouhiou, même si j'y reviendrai.



Le temps de parole est très largement en faveur de Pouhiou. sur les 25min 45sec analysées, il parle 12min et 45 secondes, soit environ 49 % du temps contre 6min 13 pour Ginger Force ( environ 24%) et 6min 47 pour Charlie (environ 26%). Il parle donc, à lui seul, quasiment autant qu'elles deux réunies. Pour autant, il n'y a pas que cette donnée à prendre en compte. En effet, quand on écoute la vidéo, on peut avoir tendance à croire que Charlie Danger parle moins que Ginger Force, alors que l'analyse indique l'inverse. C'est parce que si le temps de parole a une certaine importance, le temps de silence en a une encore plus grande. Dans cet article de les mots sont importants il est même indiqué que l'on analyse la durée du temps de parole des femmes par rapport au silence.
J'ai donc analysé les silences de plus de cinq secondes dans cette vidéo pour chacun des trois. (Le silence est rompu dès qu'il y a manifestation sonore (rire, « hm » et autre).) Or, justement, les silences de Charlie danger sont beaucoup plus long. Son plus long temps de silence est de 6 minutes 17 secondes (4:35 – 10:52) là où le plus long temps de silence de Ginger Force est de 3min 40 (9:11 – 12:51). Pouhiou, quand à lui, a pour plus long temps de silence 57 secondes. (15:07 – 16:04 ; le silence étant rompu par un « hm » à l'adresse de Charlie danger). En terme de moyenne de durée de silence, c'est encore plus visible. Ginger Force est à 2 minutes et 1 secondes de moyenne durant ses temps de silence. Charlie Danger à 2 minutes et 39 secondes. Pouhiou, quant à lui est à 23 secondes.

Ces données semble étonnantes, mais il faut saisir que l'intégralité de la conférence est divisée entre d'un côté Pouhiou et de l'autre Ginger Force & Charlie Danger. En effet jamais, au long de la conférence, Charlie Danger ne succédera dans son temps de parole, à Ginger Force, ni Ginger Force à Charlie Danger. A chaque fois, il y aura une intervention de Pouhiou. Le plus proche instant étant à 21:20 quand Pouhiou fait « seulement » une mini-intervention de 2sec pendant que Charlie Danger passe le micro à Ginger Force. Et ce micro, parlons-en. En effet, Pouhiou en a un, portable, Charlie Danger & Ginger Force en ont un, à deux. Cela renforce ce clivage homme – femme, mais surtout, donne beaucoup plus de présences à Pouhiou qui peut intervenir quand il le souhaite, là où Ginger Force comme Charlie ont dû à plusieurs reprises attendre de récupérer le micro (à 15:07 par exemple, Ginger Force doit s'incliner car elle n'a pas le micro, et c'est Charlie Danger qui peut intervenir). C'est d'ailleurs pour cette raison que les rapides interventions de Pouhiou sont aussi nombreuses et aussi visibles, et que son temps de parole en est drastiquement augmentée, alors que son temps de silence en est réduit à peau de chagrin.
Ce clivage se voit également avec la manière dont l'espace est occupé, puisque, sur 19 minutes et 6 secondes où il y a AU MOINS une personne debout, Pouhiou se trouve l'être 13 minutes et 49 secondes, soit 72 % du temps, contre 22 % du temps pour Ginger Force et 19 % pour Charlie. Ça ne fait pas 100 % car, en effet, j'indique bien « au moins », puisqu'à plusieurs reprises, lorsque l'une des deux intervenantes parlera, Pouhiou restera debout, là où, quant à elles, elles seront bien plus enclines à s'asseoir lorsque ce sera son tour.

Ce clivage n'est pas non plus dénué de rapport de pouvoir. Que ce soit le micro, qui donne donc toute latitude à Pouhiou d'intervenir dès qu'il le souhaite, ou le temps debout, tout indique la prise de pouvoir complète de Pouhiou durant la conférence. Je reviens à nouveau à l'article de LMSI.net concernant les « réponses minimales » ou « confirmations minimales ». Ce sont de minuscules interventions (des « hm » des « d'accord » etc.) qui ponctuent le discours pour signifier qu'on a écouté / entendu / qu'on valide l'intervention.
Je ne vais cependant pas faire l'analyse de l'article concernant la différence entre les confirmations minimales masculines et féminines, non parce que je n'y adhère pas, mais parce qu'en l'occurrence, si l'on est face à un discours, on n'est pas face à une discussion, et, de ce fait, l'analyse me semble plus complexe à mettre en place.
En revanche, une chose est certaine, ce sont les validations de la part de Pouhiou qui font que son temps de silence est drastiquement inférieur à celui de Ginger Force & Charlie Danger. En tout et pour tout, Pouhiou valide 22 fois les discours de Charlie Danger & Ginger Force, là où seule Ginger Force valide à 2 reprises le discours de Charlie Danger, et qu'aucune des deux femmes n'émet de sons lorsque Pouhiou parle. (à une reprise Ginger Force aurait pu en émettre un, mais n'ayant pas de micro, il n'est pas audible, juste visible ; là encore, le micro pour deux créé un rapport de pouvoir)
De plus, rappelons que dans le temps de parole, je n'ai pas compté la vidéo de Pouhiou qui a été diffusée, soit 7min 10 de pouhiou, seul, visible, parlant, ce qui ferait, en la comptabilisant, qu'il aurait près de 70% du temps de présence. Mais en sus de ça, Pouhiou est également celui qui articule l'intégralité du débat, celui qui le gère. C'est lui qui commence la conférence, lui qui introduit le rapport entre LGBT-phobie et sexisme, lui toujours qui met en place la diffusion de la vidéo, lui encore qui reprend la parole après la fin, et lui, une fois de plus, qui d'un mouvement des mains, indique l'arrivée des questions/réponses.



De manière générale, cette conférence est l'exemple typique d'une situation où un homme prend l'espace, tant en terme de pouvoir que de présence, et devient, au final, le centre de l'attention dans une discussion sur le sexisme. Il y aurait d'autres choses à en dire sans aucun doute, notamment en analysant les tournures, (on pourrait notamment revenir sur la formulation du « est-ce que tu te rends compte aussi que... » de 14:30 qui est une formulation d'une condescendance complète) mais je voulais me concentrer sur cet axe de présence → rapport de pouvoir. Il est certain qu'on pourra sans doute trouver dix milles raisons pour justifier que la situation se soit passée ainsi, le fait est que, malheureusement, on trouve toujours dix milles raisons qu'une situation précise se passe comme toute les autres, et qu'il faut admettre que bien souvent, ces raisons sont des excuses.
Je ne suis pas en train de dire que la conférence était mauvaise, c'est pas non plus mon rôle. Ce que je mets en exergue ici, c'est la façon dont peuvent se recréer les systèmes de pouvoirs. Il n'existe pas de personnes « déconstruites », il n'y a que des personnes en cheminement (et même ce concept est très gênant, prochain article sur le rapport social) et ce cheminement ne peut pas être arrêté. Ce n'est pas les réflexions évidentes de sexismes qui posent problème. Celles-là sont balayées rapidement par notre esprit (la première chose à laquelle on pense, c'est le conditionnement, la seconde, c'est nous, je ne sais où j'avais lu ça). L'exemple donné par Pouhiou de la pensée « une bière c'est pas féminin », c'est cool d'y penser, mais ça n'est pas majeur parce qu'on le sait immédiatement, dans l'instant même où elle survient. En revanche, vérifier qu'on ne prend pas trop l'espace, fermer sa gueule en particulier sur les validations sonores de discours, ça impacte nettement plus la réalité qu'une pensée sexiste tellement visible qu'elle saute aux yeux avant même qu'elle ne soit vocalisée. Il y a nécessité d'analyser a posteriori sa manière de faire, d'être, parce que sans ça, on ne parvient à modifier que les choses évidentes et non le problème de fond.

samedi 1 août 2015

volée musicale #8

Je commence par crucified Barbara. Déjà j'adore le titre du groupe, et le titre des chansons. Je l'ai découverte par To kill a man. Il y a aussi everything we do que j'aime bien.

Ensuite, il y a leïla et les Cocus. Je suis juste *_* en écoutant le refrain. J'apprécie également tout particulièrement rue du Miracle et c'est dégueulasse, reprise de Marie Cherrier que je préfère à l'originale, quoique l'originale soit plus torturée.

j'ai aussi découvert Anouk Aïata avec Pourquoi regardes-tu la lune ?
J'ai découvert aussi Less minded à un concert. You wanna et does that étant les seules chansons disponibles sur le net, mais elles sont plutôt chouettes.

Je continue avec une bande son de jeu: Room of Angel dans SIlent hill qui est juste *___*

Je passe ensuite à Meytal Cohen, avec deux reprises (je n'ai pas encore trouvé d'original de leur part), à savoir Toxicity de SoaD et Smell like Teen spirit de Nirvana

Et je termine par Christine and the Queens. It est une chanson géniale, et de manière général, tout l'album est chouette, je conseille aussi Saint Claude

vendredi 31 juillet 2015

Journal d'une anorexique-boulimique; le combat d'un ange par Cindy C.

Cet article a été publié sur Coup de Gueule de Lau mais semble avoir été bloqué par FB sans qu'on sache pourquoi. Je le republie donc ici, d'autant que C. reste une personne qui m'a profondément marqué, l'une des personnes les plus fantastiques que j'ai jamais rencontré, une de ces personnes dont on sait, intuitivement, qu'elles occupent une place qui ne sera jamais comblée. C. ou J. comme je l'appelle tous le temps, c'est le petit trou dans mon âme. Pas une douleur à hurler. Pas une impossibilité de vivre sans elle. Mais un trou. Petit, là. Définitif. Un truc qui reste.


NOTE IMPORTANTE :
Pour une raison obscure, Facebook refuse de partager correctement cet article.
Apparemment, c'est un problème qui arrive régulièrement avec des articles issus de Wordpress, parfois Facebook en bloque le partage sans raison apparente. L'autre hypothèse est qu'un filtre particulièrement chatouilleux trouve qu'il y a trop d'occurrences de termes relatifs aux TCA dans cet article...
Du coup, si vous voulez le partager sur Facebook, vous aurez un message qui vous indique que le partage de ce lien n'est pas possible "parce qu'il comprend des contenus qui ont été signalés comme abusifs". Toutefois, vous pourrez quand même en partager le lien, mais il n'y aura pas d'aperçu, de vignette qui apparaitra.
Mais n'hésitez pas à le faire tout de même : promis, aucun lien dans cet article ne mène à un site pourri qui va coller 15 virus sur votre ordi !


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Un article un peu particulier...

Pas un de mes habituels coup de gueule, pas un grognement sur la société, pas tellement un truc revendicatif et militant...

Mais un hommage, et un besoin de faire connaitre un livre.
"Journal d'une anorexique boulimique, le combat d'un ange", son auteure n'en a jamais vu la publication.
Son auteure, Cindy, c'est une amie à moi.
Oui, c'est.
Même si elle est morte depuis bientôt trois ans, je ne peux pas parler de notre amitié au passé, parce que c'est toujours là, c'est toujours présent, c'est toujours vivant pour moi.

Cindy, connue sur le net, devenue une amie IRL, avec qui j'ai passé des heures au téléphone, des heures à refaire le monde, des heures à s'entraider dans les coups durs. Cindy. Bien plus que "une anorexique boulimique" pour moi.
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Cindy, dont on a regardé la descente aux enfers sans rien arriver à faire pour l'enrayer.
Cindy avec qui ont avait prévu de manger une fondue au fromage "le jour où elle serait sortie de ses TCA".
Cindy qui s'est donnée la mort le 19 octobre 2012 un peu avant 19h, laissant un cratère dans la vie des personnes qui l'aiment.

Après sa mort, ses parents se sont retrouvés face à une foule de "pourquoi" ? Au travers de leurs échanges avec ses amis, ils ont appris l'existence des blogs tenus par Cindy.
De ses textes sur des forums, aussi. Ils ont aussi retrouvé, dans les affaires de Cindy, des bouts de cahiers, de journaux intimes, et l'ébauche d'un roman largement autobiographique qu'elle avait commencé à écrire et jamais pu terminer.

Ses textes, ses parents ont décidé de les sortir de l'anonymat d'internet, pour en faire un livre.
Pour que le message de Cindy soit entendu.
Pour que ses coups de gueule contre la psychiatrie déshumanisée et déshumanisante ne restent pas sans écho.

Cindy voulait aider. Faire bouger les choses.
Elle était étudiante en psycho, et voulait en faire son métier.
Cindy, au quotidien, elle était toujours là pour les autres, de son mieux, laissant ses propres difficultés de coté pour écouter et soutenir les personnes autour d'elle qui en avaient besoin.

Si ce livre peut aider ne serait-ce qu'une personne, ne serait-ce qu'une famille, ou, pourquoi pas, ne serait-ce qu'un professionnel à mieux comprendre...

Alors un bout de ce que Cindy voulait faire de sa vie sera réalisé au travers de ce livre.


"Il y a des âmes errantes dans les couloirs, des espoirs cachés au creux des sillons tracés par les larmes. On a oublié nos identités au profit de matricule, un numéro personnifié. Les craquements des pas retentissent dans les couloirs déserts, refuge des perditions de corps inanimés. Mon corps a subi les affres de mes désastres, la bouffe a eu ma raison et ma gueule s’est refermée d’un coup de mâchoire fatal sur la vie. [...]
Je garde cette immense rage contre le cortège médical qui pensait stupidement qu'en endormant les symptômes sous une panoplie de médicaments le problème serait réglé !
Je garde cette rage contre moi-même pour avoir eu la stupidité de tomber dans cette merde et de m'évertuer à continuer !"

 Cindy C. - "Journal d'une anorexique boulimique, le combat d'un ange"


Pour commander le livre sur le site des éditions L'Harmattan : c'est ici Si vous avez envie d'aider à faire connaitre ce livre, vous pouvez faire tourner cet article, ou partager la page facebook que nous avons créé dans ce but. Merci pour elle. Et merci pour ses parents.


Tu me manques, Cindy.





samedi 25 juillet 2015

Entre développement personnel et destruction intégrale.

Je me rappelle que suite à cet article des personnes avaient critiqué cette phrase « Parce que depuis quelques temps, le militantisme commençait à m'apporter de moins en moins de choses. » qui indiquait que je considérais le militantisme comme un apport personnel et non une lutte, un « stage de développement personnel »)


J'ai tout d'abord supposé, en horreur que les personnes n'avaient pas compris ce que je voulais dire par là. En effet, à mon sens, le but du militantisme est d'aller vers un monde plus juste, un monde meilleur. Par là-même, il me paraissait assez aberrant que le militantisme rende une personne pire. Via cette phrase, je voulais dire que le militantisme commençait à me rendre pire, et plus malsain qu'avant, ce qui me semblait fondamentalement en contradiction avec son principe premier, et non qu'il ne me faisait pas me sentir mieux dans ma vie, comme j'ai supposé qu'elles le comprenaient.

Et puis… je me suis demandé si c'était pas moi qui passait à côté de quelque chose au final. Alors j'ai renversé ma pensée, et je suis parti du principe que ces personnes avaient raison. Pourquoi ne pourrait-on pas devenir pire par militantisme ? On perd beaucoup à force d'ouvrir les yeux sur la violence tout autour de soi. On perd des amis, on perd des bons souvenirs, on perd des livres et des films, on perd une tranquillité d'esprit, alors pourquoi ne pourrait-on pas, soi-même, perdre de la valeur, devenir pire ? Et dans quelle mesure, refuser cette idée ne serait-il pas égocentrique ?

J'y ai vu, cependant, un problème. Je ne crois pas qu'une personne puisse agir de façon désintéressée. Le mythe du chevalier solitaire à fond dans sa lutte, désintéressé, du lucky luke, du lorenzaccio qui détruit jusqu'à son intégrité pour parvenir à ses fins, m'a toujours paru beaucoup trop simpliste. Cela dit, en réfléchissant au Lorenzo de Musset (résumé simple et résumé très détaillé) (personnage qui m'a fasciné durant mon adolescence), j'ai remarqué que ce n'était pas contradictoire au final. Une personne peut tout à fait se valoriser tout en se brisant. Elle peut donc devenir pire, sans pour autant agir de façon désintéressée.

A partir de là, est-ce qu'il n'y a pas une forme d'égoïsme à refuser cela, à chercher absolument à vouloir devenir meilleur plutôt qu'à chercher à faire avancer la lutte ?

J'ai passé un peu de temps là-dessus. Ce que je vois se dessiner, petit à petit, sont deux visions drastiquement différentes. La première, centrée sur la lutte, avec, à son extrême, le fait de rendre l'individu/son intégrité accessoire voire dispensable. La seconde, centrée sur l'individu/son intégrité, avec, à son extrême, le fait de rendre la lutte accessoire voire dispensable.

Si les deux extrêmes sont profondément malsains sans même que j'ai besoin de m'arrêter dessus pour l'expliquer, en revanche, j'ai mis du temps à chercher à étudier les deux schémas de pensées, l'un par rapport à l'autre. Dans un cas, on s'occupe d'un changement global dans l'espoir que cela amène un changement des individus dans l'autre, on cherche un changement à l'échelle du microcosme (la personne, ses relations etc.), dans l'espoir que, petit à petit, cela amène un changement global.

Au final, je ne sais lequel est plus pertinent que l'autre, mais je sais une chose : en tant que NA, ce que l'on a exigé de moi, depuis que je suis bébé, c'est que je m'adapte, que je m'oublie, et que je fasse en sorte de fonctionner dans une société aux règles absurdes et incompréhensibles. Alors, non, je ne prendrai pas le chemin où l'on s'occupe d'abord du changement global, et oui, je centrerai ma réflexion militante sur moi et mon entourage. Parce que je suis « un homme neuroatypique à qui l'on a appris qu'il devait se modifier, se briser, se conformer, s'adapter au monde autour de lui », faire en sorte de m'occuper de moi, et de ne pas me perdre dans les autres, leurs attentes et celle de la société ou celle du militantisme, c'est une nécessité.

Du fait de ma neuroatypie, je dois faire l'équilibre entre le militantisme et la protection de ma propre intégrité, chose vitale, parce qu'on ne fait pas changer les choses si on ne les change pas chez soi. Ce n'est pas que je centre mon militantisme sur moi, c'est que je lui appose une limite du fait de la situation particulière qu'est celle d'être né avec un fonctionnement psychique différent, d'être complètement inadapté à la société.

Entendons-nous bien, ce n'est pas que je recherche à aller mieux via le militantisme, c'est que je refuse de me détruire à cause de lui. La nuance est de taille, mais elle est nécessaire. Et le simple fait que je passe encore des paragraphes entier à essayer de justifier que je refuse de me laisser détruire par le militantisme prouve qu'il y a encore un sacré travail à faire, car je n'aurais jamais dû avoir à ressentir la nécessité de le faire. (je ne le reproche à personne et à tout le monde à la fois, ce conditionnement reste une vraie saleté chez moi, et le rapport entre neuroatypie, masculinité et conditionnement sera l'objet d'un prochain billet)

Cela dit, ça me travaille. Car quelque part, ces personnes… elles avaient raison. Partiellement raison, une raison qui ne me fait pas changer de chemin, mais me fait comprendre pourquoi j'emprunte celui-là, mais partiellement raison quand même. Comme quoi...

samedi 11 juillet 2015

Une pensée pas encore aboutie

Cet article a mis longtemps a émergé, et j'avoue que la seule manière de l'écrire me semble être de raconter le cheminement de ma pensée. Parce qu'elle est arrivée (le chemin est-il fini ? J'en sais rien), à ce que je considère qu'il faille, en tant qu'homme, que l'on fasse exactement l'inverse de ce que je pensais qu'il fallait faire à l'origine.

Il m'apparaissait, à l'origine, qu'un homme devait absolument apprendre à ne pas se centrer sur lui-même lorsqu'il commence à militer. En effet, la masculinité étant basée sur une idée d'égocentrisme, il fallait pouvoir s'en dégager. C'est pour cela que j'abondais dans l'idée du terme "féministe" qui centrait sur une lutte à laquelle on ne gagne rien, puis sur pro-féministe, pour signifier la différence avec la situation des femmes, et ne pas se mettre en avant.

Cela dit, petit à petit, le terme pro-féministe semblait poser problème. Le premier soucis s'est vu avec les diverses viols & abus commis par des mecs profems, que ce soit la prise de contrôle du groupe des copines de Causettes sur FB avec son lot de violences misogynes à l'égard des membres actives du groupes de la part des mecs dirigeants de Causettes, les viols commis par des mecs profems, etc, mais aussi, récemment, l'article de CPOEF "si proches, si loin" dans lequel elle décrit le fait que les hommes profem lui semblent bien plus insupportables que les hommes n'ayant aucune connaissances du sexisme. Je cite Il est plus facile d’être féministe auprès des bonhommes néophytes de ma cambrousse que des connards « éclairés » des milieux libertaires.

ça en dit long sur le soucis. Et au final, je pense qu'il y a deux choses qui posent soucis et se rencontrent. D'une part, à l'heure actuelle, le mouvement militant (sur twitter et facebook, et même dans les assocs) recherche une certaine cohérence, à savoir que si chacun milite pour ce qu'il/elle vit, il/elle cherche à ne pas opprimer les autres. Or, si l'on se dit profem, on indique donc une supériorité de la lutte contre le sexisme face aux autres luttes. Racisme ? Transphobie ? Validisme ? Psychophobie ? Pourquoi profem particulièrement ? (gardons-le en tête, j'y reviens après)

D'autre part, le fait que la masculinité n'est pas égoïste, elle est, avant tout, égocentrique, et la petite différence entre les deux est gigantesque.

Je m'explique. L'égoïsme consiste à tout ramener à soi, à tout faire pour soi etc. L'égocentrisme, contient l'égoïsme, mais d'une manière plus vicieuse, car l'égocentrisme peut s'occuper des autres, mais dans la recherche de quelque chose pour soi. Lorsque l'on note que la masculinité est égocentrique et non égoïste (la figure du white knight est égocentrique), alors le fait de se définir pro-fem, prend tout son sens. Le fait de défendre le droit des femmes est valorisé socialement. Certes, lorsqu'on le fait réellement, lorsqu'on signale que ça c'est sexiste à ses potes ou sa famille, on peut se prendre des réflexions de réflexions, et encore, dix fois moins que les femmes qui le font, le fait de se déclarer pro-fem, en réalité, n'attire de violence que de la part d'une frange très faible de masculinistes, mais attire le respect d'une grande proportion de la population. Car défendre les femmes, pour un homme, c'est totalement patriarcal. "S'abandonner" dans une lutte tel le chevalier errant désintéressé est célébré. Or, se dire "profem" tout comme "féministe" c'est indiquer qu'on défend les femmes. C'est non seulement un appel au cookies, mais au final, c'est plus valorisé socialement et patriarcal. Agir, pointer le sexisme, là, ça peut être mal vu (et encore une fois, mille fois moins qu'une femme le faisant), mais se dire profem, c'est bien vu.

De ce fait, se définir pro-fem, et de manière générale, ne pas se centrer sur soi dans sa déclaration de militantisme (dont le concept, en soi, est fort criticable, d'ailleurs, je me demande même, en cet instant, si le fait de se déclarer quand on est homme n'est pas, en soi patriarcal), je pense que c'est, paradoxalement, patriarcal. Cela ne signifie nullement qu'il ne faille pas relayer, militer, parler aux proches, écouter, mais cela veut dire que pour court-circuiter ce système, je pense qu'il faut, avant tout, se centrer sur la ou les oppressions que l'on vit, + la masculinité.

Je n'ai pas le temps de revenir sur la masculinité, ce billet est un billet de pensée, et je n'arrive pas à poursuivre, mais je reste persuadé que la masculinité est trop peu étudiée, trop floue dans notre esprit, et que sans une réflexion profonde pour en définir les contours, il est impossible, pour un homme, de chercher à détruire le malsain qu'elle a implanté en lui.

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