vendredi 3 novembre 2017

Masculinisme bienveillant

On va parler un peu de ces deux textes, et .

Je me rappelle avoir lu des articles parlant du sexisme bienveillant, et du sexisme hostile, de la manière dont ils s’imbriquent. Ici, nous pouvons voir un pendant de la toxicité masculine qui fonctionne sur un principe similaire : Le masculinisme bienveillant, celui qui donne l’illusion de s’inquiéter pour les hommes mais est avant tout une marque de haine envers les femmes, le pendant bienveillant du masculinisme que l’on voit plus souvent sur internet, et qui est très lié à celui-ci.

Prenons donc cette histoire. A première vue, ce que l’on voit, c’est Florian, l’homme timide, l’homme fragile, celui qui essaie de surmonter sa timidité et se fait écraser par Eva, femme charmante mais cruelle. Elle est cruelle, elle lui balance le numéro anti-relou parce qu’il était moche et que c’était un boloss. Elle lui file et elle en rit avec ses copines. Elle est l’archétype de la femme tromperesse, celle qui cherche à ridiculiser les hommes, celle qui s’amuse tandis que l’homme subit ses méchancetés, jusqu’à se suicider.

Quand on y regarde de plus près, jamais on ne se demande pourquoi Florian se suicide. On ne questionne pas un seul instant le fait que la masculinité établit comme valeur d’un individu sa capacité à être « haut placé » sur le marché de la drague. Florian veut se suicider car il a compris qu’il « ne doit plus jamais parler à une femme ». Nulle part le narrateur ne questionne le fait que Florian ait fait de la réussite ou de l’échec de sa drague une raison de vivre ou de se suicider. Ça n’est pas pertinent. Florian a su « dépasser » sa timidité, et en échange, on s’est moqué de lui.

Pourtant, en réalité, Florian ne sait pas qu’on s’est moqué de lui. Il ne reçoit que le sms du numéro anti-relou. « Bonjour! Si vous recevez ce message, c’est que vous avez mis une femme mal à l’aise. Avec vous, elle ne s’est pas sentie en sécurité. Ce n’est pas très compliqué : Si une femme vous dit « non », inutile d’insister. Apprenez à respecter la liberté des femmes et leurs décisions. Merci. »
Florian ne sait pas qu’Eva l’a rejeté car « moche et boloss ». Il ne sait pas qu’elle en rit avec ses copines. Ça, c’est le narrateur qui l’indique. Lui n’a que ce message. Et ce message lui fait considérer qu’il doit se tuer. Il considère qu’une femme se sentant mal à l’aise aurait dû se taire plutôt que de lui dire. Il ne considère pas un seul instant qu’il ait fait une erreur, non, il prévoit de se tuer.

Les personnes qui lisent, eux, savent. Le message est clair. Eva est une ordure. Elle est l’archétype de la femme trompeuse, celle qui fait semblant, qui joue avec les sentiments des personnes. En effet, rien dans ses propos n’indiquent un danger qu’elle ait ressenti. Le numéro anti-relou est clairement mis en avant comme un moyen pour les femmes d’humilier les hommes.

Nulle part dans le texte n’est mis en avant la moindre question sur la raison d’être du numéro. Florian est courageux, courtois, gentil, timide, inquiet, il est l’archétype de l’homme fragile qu’une femme doit donc protéger en faisant attention à lui. Quant à elle, elle n’existe pas. Elle n’est pas là en tant qu’individu, elle est là uniquement parce que lui l’intéresse, la façon qu’on exige d’elle qu’elle réagisse est entièrement liée aux intentions de Florian. Elle est son faire-valoir. Vu qu’il a surmonté sa timidité, vu qu’il l’a approché gentiment, elle doit être gentille avec lui. On présente même une femme qui n’a pas été inquiétée, parce que l’idée reste qu’elle n’avait aucune raison de l’être, Florian étant un mec « bien ».

Passons au second texte. Cette fois-ci, on se place du point de vue d’Eva. Mais cette fois-ci, on admet le danger réel. On créé un homme dont on n’a pas un seul instant supposé qu’il était timide, ou gentil. On fait l’agresseur parfait. Mis en déroute… par un homme.
Ce texte qui s’ajoute au premier vient de la même personne et c’est important car il y a deux choses à noter.

D’une part, il pointe un problème qui a été mis en avant par des féministes depuis l’origine du numéro anti-relou, à savoir le danger d’agression par des mecs vérifiant le numéro. Mais surtout, il met en avant qu’un homme vient sauver la femme. Cette fois-ci, il y a la figure du sauveur, et le sauveur, c’est… un homme. On s’attendrait presque à ce qu’il ait été nommé Florian, mais en réalité, c’est plus subtile que ça.
La jeune femme s’appelle Eva. Le même prénom que dans le premier texte. Le même endroit également : à l’attente du train. On a cette fois-ci un jeu double entre les deux textes. Le premier met en scène une femme cruelle, et un homme gentil, le second une femme du même nom, sur un même endroit, un homme cruel qui l’agresse et un homme gentil qui la sauve. Les deux histoires se suivent très bien et font un double jeu vis-à-vis des femmes.

Le numéro anti-relou est une forme d’humiliation du mec bien, et face au mec pas bien, il vous met en danger et seul le mec bien pourra vous sauver. La question implicite, en filigrane, étant « si vous humiliez le mec bien, viendra-t-il vous sauver ? »

Bien évidemment, il n’y a aucun moyen pour quelque femme de distinguer le mec bien du mec méchant. Mais c’est le principe du masculinisme que de ne pas considérer le point de vue de la femme, mais uniquement celui du mec, et, de fait, du mec bien. Qui sait qu’il est un mec bien. Et qui ne doit donc pas subir X ou Y.

La personne qui a fait ces textes aura, dans ses réponses sur twitter, des messages comme « S’il est moche et riche, ça passe » quand on parlera harcèlement. Il parlera « détresse affective », plutôt que de chercher ce qui fait dans la masculinité qu’un homme peut se juger en valeur du fait de l’intérêt que lui portent les femmes. Notez bien : le masculiniste ne questionne JAMAIS la masculinité en elle-même. Florian décide de se tuer, non pas à cause de la masculinité, mais bien à cause de la femme (forcément cruelle). Aux hommes qui l’envoient chier, il n’hésitera pas à répondre « énorme Cuck » ou encore, à la question « C’est bien eux qui font genre de ne rien voir quand une meuf se fait harceler ? » un immédiat « si la meuf est moche faut pas déconner » (on notera d’ailleurs que, dans les deux textes, Eva est caractérisée par sa beauté en premier lieu)


La masculinité exige que les femmes s’occupent des hommes qui souffrent, ne soit pas dure avec eux, voire sortent avec parce qu’ils sont « gentils ». Le mythe du Nice Guy, du friendzoné, c’est avant tout, non pas l’idée qu’une femme ne peut pas dire non, mais bien au-delà de ça, l’idée qu’un homme qui fait certaine chose DOIT recevoir un oui. La femme n’est même pas considérée en tant qu’individu, c’est l’homme. Celui qui surmonte sa timidité. Celui qui est courageux d’oser parler à une femme dans la rue.
Si on replace ça de façon neutre : « un homme surmonte sa timidité et fait peur à une femme dans la rue » subitement, ça paraît beaucoup moins sympathique pour l’homme en fait. Mais ça impliquerait de considérer le sentiment des femmes.

Alors oui, effectivement, des hommes sont en détresse affective. Des hommes sont timides. Des hommes galèrent à trouver le moyen de parler à des femmes. Mais tout cela, ce n’est pas la faute des femmes. C’est avant tout la faute à la masculinité qui considère que parler à une femme, la draguer, est un acte performatif jugeant l’homme, sans prendre en compte le moins du monde la femme en face.

samedi 14 octobre 2017

La manipulation; une définition trop floue, des dégâts trop concrets.

Manipulation (mentale) : pratique visant à agir sur la volonté ou le libre-arbitre d’autrui.
Manipulation : « action d’agir sur quelqu’un de façon suspecte pour l’amener à faire ou penser ce que l’on souhaite »

Voici certaines définitions que l’on peut trouver sur Internet. Le problème avec ces définitions est qu’elles sont assez floues. Est-ce que le fait de tousser pour signaler sa présence est une méthode de manipulation ? Est-ce que le fait de soupirer pour indiquer qu’un sujet nous gonfle et qu’on voudrait le voir changer est de la manipulation ? Le fait d’être aux petits oignons avec quelqu’un pour lui dire ensuite la connerie qu’on a faite est-il de la manipulation ? Où se situe véritablement la limite entre la communication non-explicite et la manipulation ?
Pour ma part, j’aurais tendance à dire que l’on doit considérer manipulation quand celle-ci créé du dégât. En effet, soupirer pour indiquer ne pas vouloir parler de quelque chose peut être un moyen d’éviter un sujet douloureux, mais peut être aussi un moyen de manipulation, particulièrement si c’est adjoint à des colères et des violences si la personne ne fait pas ce que le soupir impliquait (changer de conversation). Dans les deux cas, le soupir a donc une valeur différente. Mais dans un cas, il ne créé aucun dégât, il est une méthode qui protège, qui cherche à éviter le conflit, là où dans le deuxième, il s’inscrit dans un système qui blesse, non pas dans la fuite de conflit, mais dans la menace de conflit.
De plus, ces deux définitions impliquent que la personne qui manipule SAIT qu’elle manipule. « visant » dans la première « pour l’amener à faire ce que l’on souhaite », sont clairement des marqueurs indiquant que les personnes qui manipulent en ont conscience. Or, cette notion créé une diabolisation de la personne qui manipule (on a même le terme « suspecte » dans la deuxième définition), diabolisation qui conduit irrémédiablement à empêcher les victimes de reconnaître la manipulation. Lorsque l’on voit les bons côtés d’une personne, on a d’autant plus de mal à accepter l’idée qu’elle manipule, et, du fait que l’on imagine que cette manipulation ne peut être que volontaire, on bloque un grand nombre de victimes dans la compréhension de ce qu’elles subissent. « Non c’est pas de la manipulation, iel fait ça parce qu’iel a vécu ça, c’est pas pareil, iel fait pas exprès ». Combien de fois avons-nous entendu/pensé ça ? (à tort ou à raison, car la limite entre les deux est parfois savamment entretenu). Parallèlement, lorsque des victimes utilisent des stratégies de manipulation pour se protéger, elles se retrouvent à se ranger, inconsciemment, dans la catégorie des manipulat-eur-rice-s ; alors même que la distinction entre la manipulation qui inflige des dégâts à l’autre, et celle qui permet de subir moins de dégâts soi-même, est fondamentale.

__/!\ précision importante /!__ Je ne nie absolument pas qu’il existe des personnes manipulant volontairement d’autres personnes. J’entends inclure également, par ce biais, les personnes qui n’en ont pas conscience. Le but ici n’est nullement de dédouaner l’un ou l’autre de ces cas, mais bien d’aider les victimes plus efficacement. En effet c’est cette distinction entre « conscient » et « inconscient », « traumatisme/souffrance » et « violence/agression » sur laquelle joue nombre de manipulat-eur-rice-s pour se défendre. En centrant la réflexion sur les dégâts subis par la victime et non sur la conscience de ses actes de l’agresseur-e, on se focalise sur ce qui importe : la victime.
Cela peut également permettre à des personnes sombrant petit à petit dans la manipulation d’apprendre à s’arrêter. La frontière entre la protection face à des traumatismes et la violence envers autrui pouvant devenir flou petit à petit, mais ce sera l’objet d’un autre article. (si j’y arrive)

Je rapprocherai cette analyse des réflexions sur la pédophilie où l’on sait que de nombreuses prédat-eur-rice-s ont été victimes dans leur enfance. Il y a un point où ces victimes sont devenus des prédat-eur-rice-s. L’admettre ne pardonne pas l’acte criminel, mais peut permettre de protéger des victimes.


Je dirais donc qu’une meilleure définition de la manipulation devrait être « pratique qui casse la volonté ou le libre-arbitre d’autrui sur un ou plusieurs sujet ». Le verbe casser induisant bien une violence/des dégâts. Et en supprimant le visant, on admet également la possibilité que la manipulation puisse être inconsciente.


Pour aller plus loin, parlons Gaslighting. Comme l’indique très bien cet article que je vous conseille sur le sujet : le gaslighting est une technique visant à faire douter la victime de la réalité, c’est une méthode extrêmement violente ; l’un des axes principaux étant la négation d’une chose qui est arrivé. Comme dans le film Gas light, où Gregory va faire douter Paula de ses sens mêmes, en lui assurant qu’elle se trompe. On notera ici que l’on est dans une méthode qui ne peut pas se faire inconsciemment, par ailleurs, l’action étant particulièrement complexe, elle nécessite une véritable volonté de nuire à l’autre.
Le fait est, pour autant, que mentir en niant la réalité, n’est pas forcément une technique de Gaslighting. Combien d’enfants vont mentir alors même que ce qu’ils ont fait, ils l’ont fait devant plusieurs témoins et que ce sont ces témoins qui leur en parlent ? Pour autant, on n’accuserait pas l’enfant de Gaslighting pour la simple et bonne raison que dans la quasi-totalité des cas, il y a un rapport de force entre les adultes et les enfants. De même qu’il y a un rapport de force entre Gregory et Paula. C’est ce rapport de force qui la fait douter de la réalité. C’est le fait de l’avoir isolée, de l’avoir séduite, d’avoir pris le contrôle, puis de jouer avec les lumières, alors même que la confiance a été intimement lié à lui, qui fait que le doute naît et grandit.
On pourrait être tenté de considérer qu’un rapport de pouvoir est simplement lié à une oppression systémique, ce qui simplifierait le problème. C’est un facteur bien évidemment, qui peut l’indiquer, mais dans une relation entre deux personnes, il y a plus que des oppressions, et même ces oppressions peuvent ne pas être en sens unique, mais s’entrelacer sur plusieurs axes.
La question est donc : comment reconnaître un rapport de pouvoir entre deux individus au sein d’une relation ?


Ici, on peut parler de la charge mentale et de la charge émotionnelle. Ces deux données à elles seules peuvent très largement permettre d’indiquer un rapport de pouvoir. Mais encore une fois, cela peut fonctionner dans les deux sens. La personne qui contrôle peut soit assumer la majorité/totalité de la charge mentale et/ou émotionnelle, allant jusqu’à empêcher l’autre d’en assumer la moindre portion sous peine de violence, ou, à l’inverse, n’en assumer que très peu, mais exiger qu’elle soit faite d’une certaine manière, sous peine de violence également. Dans les deux cas, la personne n’a pas la possibilité d’assumer cette charge à sa manière, soit parce qu’elle ne peut pas le faire, soit parce qu’elle doit le faire à la manière de l’autre, et subis des violences si elle s’écarte de la case dans laquelle l’autre l’a installé.


On peut, bien évidemment, regarder les différentes oppressions qui distinguent les deux personnes et chercher lesquelles sont les moins prises en comptes ou lesquelles ont le plus de poids dans la relation.


On peut également regarder les modifications qui sont advenues au fur et à mesure du temps. Qui a changé quoi ? (tenue, manière de parler, goûts, activités, hobbies etc.)


Dans chacun de ces cas, l’analyse peut se faire soi-même, en particulier par écrit, afin de garder des données sur le vif, et,précisément, empêcher le gaslighting,mais également, et surtout je dirais, avec une autre personnes, « hors champ » de l’autre, qui peut donc avoir une meilleure vision des changements. Un des points majeurs est également de concevoir précisément la notion de manipulation telle que je l’ai développée plus haut, à savoir le fait qu’il y a dégâts sur l’autre. Dans le cas des changements qui ont eu lieu dans une vie ou dans ses activités, cela peut permettre de distinguer les inévitables compromis qui accompagnent une relation ou le simple fait d’évoluer au contact d’une autre personne, d’une relation de pouvoir. C’est dans la compréhension de cette perte de quelque chose, dans cette « cassure » que l’on peut repérer la relation de pouvoir, et, de fait, la manipulation.


Que la manipulation soit volontaire ou involontaire de la part de l’autre personne fera l’objet d’un autre article, parce que sur ce point, c’est comme concernant les relations toxiques, il y aurait trop de choses à dire. Cependant, il convient de garder une chose à l’esprit : que ce soit volontaire ou involontaire ne change rien au fait que vous avez le droit de vous protéger. Le droit de refuser que cela continue. La définition s’axe sur les dégâts que VOUS subissez, et vous avez toujours le droit de chercher à éviter ces dégâts.


Prenez soin de vous-même avant toute chose.

samedi 30 septembre 2017

Des analogies #1

Fait quelques temps que j'ai remarqué certaines analogies que je trouve assez claire pour expliquer un point de vue. Alors allons-y pour la première: le stylo.

Capitalisme & humanisme: comment expliquer que le capitalisme est un système inhumain intrinsèquement.
Imaginons que le but soit d'écrire. Vous avez pour cela besoin d'un stylo. Il y a deux types de stylo: 1e ou 50cts. Les premiers durent une semaine, les seconds 4jours.
à partir d'ici, il y a deux cas. Cas 1: on ne peut acheter qu'un seul stylo. Cas 2: on peut acheter autant de stylo qu'on souhaite.
Cas 1: on achète le stylo à 1e qui permettra donc de produire pendant 1semaine. (+3jours que le stylo à 50cts)
Cas 2: on achète deux stylo à 50cts qui permettront donc de produire pendant 8jours (+1 jour que le stylo à 1e)

Ici, le stylo représente le/la travailleu-r-se, l'écriture la production du/de la travailleu-r-se, le prix représente les conditions de travail, à savoir le fait que l'on investisse ou pas dans le bien-être du/de la travailleur-se (salaire, difficulté, horaire etc.), que celle-ci "arrête de fonctionner" plus ou moins vite (maladie, mort, accidents etc.)
Comme on le voit, il n'y a que dans le premier cas, cas du plein-emploi, où l'on a un choix très limité du nombre de travailleur-ses embauchables, que la rentabilité va dans le même sens que le bien-être du/de la travailleu-r-se. Dès lors que l'on n'est plus dans le plein-emploi, le bien-être du salarié est un facteur qui pondère la rentabilité, et doit donc, certes, être pris en compte (si l'on avait un stylo à 25cts qui durait 1jour, on ne le prendrait quand même pas, car moins rentable), mais n'est pas une limite absolue, simplement une donnée comme une autre. Si l'on se fout qu'un objet se casse plus ou moins vite, il est inadmissible qu'on se fiche qu'un humain se casse plus ou moins vite

Cette analogie est simple à mon sens, car elle montre rapidement le soucis de la recherche de rentabilité comme but ultime. Cependant, il faut concevoir qu'il y a une différence entre un stylo et un humain qui pourrait être soulevé. Problème 1: un stylo n'a pas d'émotion. En effet, un humain travaille mieux s'il est heureux. C'est une des reproches souvent faits à cette analogie. Cependant, ça ne change strictement rien au problème. Cela implique juste une pondération supplémentaire, un poids plus important au bien-être du salarié, mais cela ne change pas le fait que ce bien-être n'est qu'un facteur limitant de la production et non un but en soi, donc qu'on recherche toujours une balance et non le mieux-être possible.
Problème 2: si on arrive au plein emploi, les deux seront rejoints, le but est donc de l'atteindre. Là encore la notion n'est pas pertinente. Le fait est que dans le cas d'un plein-emploi assuré, la recherche de la rentabilité semble rejoindre la recherche du mieux-être du/de la travailleu-r-se . Mais attention, cela ne signifie pas que l'on va rechercher le bien-être du /de la travailleu-r-se, simplement rechercher le maximum de bien-être pour le maximum de durée. Le fait est que, du fait du plein-emploi, le/la travailleu-r-se pourra refuser un travail, forçant petit à petit les employeur-se-s à proposer le maximum de bien-être. Mais ce n'est qu'une coïncidence, et non une réalité. En d'autres termes, cela ne fonctionnera que dans une théorie utopique, et disparaîtra dès la fin du plein-emploi.

samedi 23 septembre 2017

C'est maintenant que ça se joue et toi tu méprises les autres ?

Pas envie de faire d’introduction fun ou quoi ou qu’est-ce. On va parler de cet article

Parce que mon dieu que ce genre de texte m’insupporte. Allons-y donc pour une petite analyse de texte.

Le titre tout d’abord créé une opposition directe entre d’un côté le caractère majeur de la situation, et de l’autre côté, le caractère mineur, voir ridicule, de la raison de ne pas venir.
Cette distinction est encore présente ensuite, avec trois paragraphes (« ça fait des années véritable casse du travail »), opposé à des « excuses ». Le champ lexical de l’excuse est d’ailleurs utilisé à foison. On « invoque » quelque chose « POUR » ne pas venir. On « se justifie de ne pas se mobiliser », on doit dépasser la « peur » (de la grève, des manifestations, de faire des blocages).
Au milieu de tout cela, une idée profondément méprisante émerge : « l’immobilisme » des individus est la raison de leur absence. Ils sont juste lâche. Ou peureux. Il n’y a, sur ce point, aucune volonté d’en rechercher les causes, non, ce sont juste des caractéristiques intrinsèques à celleux ne se mobilisant pas, lesquelles doivent juste être dépassées, comme ça, pouf.


Quand on en arrive à un petit en-car pour parler des personnes ne pouvant pas se mobiliser, le tout tient en une seule et unique phrase : « Et si tu n’as vraiment pas les moyens financiers de te mettre en grève, des milliers de camarades seront prêts à t’aider afin de t’avoir à leur côté dans la lutte. ».
On notera le mépris immonde envoyé dans le « vraiment », qui renvoie également à la même notion d’excuse déjà présente plus haut. Le tout étant, par ailleurs, complètement balayé d’une simple phrase. « des milliers de camarades seront prêts à t’aider ». Qui ? Où ? Quand ? Non, c’est juste une formule, hein, on va pas non plus donner des solutions concrètes aux personnes dans cette situation, situation qu’on n’a même pas véritablement présenté, on va juste se contenter de leur dire qu’elles existent, et basta, le tout en une seule petite phrase, perdue au milieu des 1500mots de l’article.


Après ce petit interlude, on retourne vers le ton de l’article. Il convient de « dépasser notre petit confort et notre paisibilité immédiate ». Parce que soyons sérieux, la véritable raison, c’est quand même que les gens sont des faignants, et l’on termine en miroir sur le début, avec à nouveau une emphase sur l’importance de la mobilisation.



Parlons plus en profondeur de cet en-car. D’une part, comme d’habitude, la seule raison considérée valable de ne pas manifester est celle d’un manque d’argent. Les femmes inquiètes d’un service d’ordre qui pourrait les agresser ? Pas même l’indication que « des milliers de camarades sont prêts à t’aider ». Les parents avec de nombreux enfants, et en particulier les mères célibataires & précaires ? Non rien. Les personnes en situation de handicaps ? Les diverses personnes en situation de précarité, en plus grand danger de violence policière, ou psychologiquement fragile ? Non, non. La seule raison valable dont on parle c’est celle de l’argent, et encore faut-il que ce soit « vraiment » le cas, et même dans ce cas ultime, on dit qu’il y a une solution, indiquant que quand même, y a toujours moyen, laissant en sous-entendu la même réflexion sur la fainéantise.


Le problème de cet article, c’est que là où le « on » se mobilise, agit, entre dans une dynamique sociale, le « tu » est celui qui invoque des excuses, se justifie, reste dans l’immobilisme et son « petit confort ». Il n’y a, dans cet article, aucune volonté de réfléchir à ce qui se trouve derrière ces « excuses », aucune analyse. La raison est simple : la fainéantise, le confort. La « paisibilité ». C’est curieux, quand je creuse les raisons pour lesquelles des gens ne viennent pas en manif, derrière les « excuses » apparaissent souvent d’autres raisons. Manque de foi dans les mouvements sociaux après des années où les manifs et les grèves ont lamentablement échoué, agoraphobie, terreur face aux violences, manque d’argent, manque de TEMPS, manque d’énergie, et j’en passe et des meilleurs. Mais tout cela, l’article le réduit à une simple et unique phrase, le tout noyé dans une abondance de mépris. Ce qui n’a rien d’étonnant, car cet article n’a pas, en vérité, pour but de convaincre des personnes de venir en manifestation, mais de faire de la congratulation mutuelle entre manifestants.


Soyons honnête, la culpabilisation massive d’un groupe d’individus ne permet pas le ralliement de ceux-ci. On ne va pas se mobiliser parce qu’on se fait traiter de faignants, même enrobé dans de jolies phrases, de même que je n’ai jamais vu de personnes abandonner la manifestation parce que Macron les a traité de fainéants. La culpabilisation ne fait que renforcer le statut quo.
Non, cet article recréé de l’unité. D’ailleurs, il y a tout un passage où le « on » parle du/de la militant.e, et des remparts qu’il reçoit, non pas du « tu » mais bien des « autres ». Ce paragraphe est symptomatique de tout l’article : il est avant tout tourné vers celles & ceux qui se bougent. C’est à elleux que cet article s’adresse. Pour se congratuler de ne pas « rester dans leur petit confort », pour s’applaudir de ne pas « invoquer » des excuses, et on ajoute même une petite phrase caution pour bien montrer qu’on pense à celles et ceux qui ne peuvent pas venir pour cause d’argent. Comme ça, on s’applaudit entre militant de bien penser à tout le monde.
N’oublions pas qui lira l’article, par ailleurs : des militants, des proches de militants, quasiment personne d’autre. La cible soit-disant de l’article ne le verra probablement jamais, et si tant est qu’elle le voit, n’en retirera qu’un rejet pur et simple. On ne cherche pas à la comprendre. On ne cherche pas à l’aider. On est à des années-lumières de proposer des solutions concrètes. On lui crache à la gueule et on la méprise.


Des mots, des mots et toujours des mots, sans solution concrète, sans volonté de réfléchir à ce qui se passe en face. Juste une recherche d’unification supplémentaire, laquelle fonctionne parfaitement par le dénigrement d’un autre groupe.

La culpabilisation n’a jamais pour but de faire bouger le groupe victime, mais de renforcer l’union du groupe agresseur, ici, les personnes qui vont en manif’.



Même pas envie de faire une conclusion, juste que sérieusement, ce genre d’article : c’est non.

lundi 24 juillet 2017

Les relations bancales

Je voudrais étoffer un peu mon article sur sain-e/malsain-e gentil-le/méchant-e, en parlant précisément des couples, et des relations bancales.

Le problème dont je veux parler n’a pas pour but de défendre les abus, mais bien de relever les cas où une relation peut devenir malsaine, sans qu’aucune des deux personnes n’ait été, à l’origine, malsaine. Je parlerai donc ici de contrôle-freak et des éponges-apathiques.
Le terme éponge-apathique est un pur néologisme, mais il résume deux cas que j’ai vu. Éponge ici, fait référence aux personnes ayant une intégrité psychique limitée, donc ayant tendance à copier les personnes avec qui elles relationnent, apathique fait référence à celles ayant des difficultés à agir sans le soutien d’une autre personnes. Ce ne sont pas des jugements de valeur. Si vous avez de meilleurs termes, proposez, moi je n’ai pas trouvé mieux. J’utiliserai donc ces termes dans cet article.
Contrôle-freak, quant à lui, fait référence aux personnes ayant besoin de contrôler leur environnement, et je parle en particulier ici des personnes qui ont eu ce besoin de contrôle comme manière de gérer leur passé, et dont le but n’est pas d’être abusives.
Enfin, je précise que cet article n’a pas pour but d’offrir des clefs pour analyser des relations autre que les votre ou pour analyser quelqu’un d’autres que vous. Ce n’est pas un article pour distinguer relations abusive de relations bancales, c’est un article pour donner des clefs aux personnes qui se sont retrouvées dans ces situations, que ce soit en relations amicales, familiales ou amoureuses, pour limiter les risques dans le futur ou comprendre où et comment un truc a foiré dans une relation.


Passons rapidement sur le danger lorsque ces deux profils se rencontrent. A première vue, ça peut paraître un bon match, mais en réalité, les contrôle-freak comme les éponges-apathiques créent un cercle vicieux extrêmement violent où l’une des personnes finit par avoir un contrôle total sur l’autre. Du côté controle-freak, ça se traduit par une trop lourde responsabilité, l’impossibilité d’aller mal ou de se reposer ne serait-ce qu’un tant soit peu sur l’autre. Côté éponge-apathique, ça se traduit par une incapacité à exister, un enfermement complet et une dépendance absolue.
Le cas le plus extrême étant la destruction de la personnalité, cas pouvant intervenir chez les deux, éponge-apathique perdant sa capacité à exister parce qu’étant tout le temps en attente de l’autre, la personne contrôle-freak perdant la capacité à exister parce qu’obligée de tout faire pour l’autre, mais en rapport à l’autre, forcée non pas seulement à prendre toutes les décisions,mais à prendre les décisions que l’autre voudrait voir prises.
Ajoutons également que des personnes vont passer de l’un à l’autre, parfois précisément à cause de ces relations destructrices. Les murs entre ces deux types de fonctionnement sont assez poreux.

Certains penseront également que la personne malsaine sera fatalement celle qui prendra le rôle controle-freak. Ce n’est pas le cas. Le contrôle-freak peut prendre le contrôle et détruire la personnalité de l’autre, l’enfermant dans son idée de ce qu’elle doit être et l’empêchant, au final, d’exister autrement qu’en tant que « ce que l’autre décide ». La personne apathique peut, quant à elle, « forcer » la personne contrôle-freak à prendre non pas les décisions, mais les décisions qu’ELLE (la personne éponge-apathique) voudrait prendre (en rejetant continuellement la responsabilité des erreurs sur elle par exemple). La personne contrôle-freak se retrouve du coup bloquée, à la fois obligée d’assumer la responsabilité de tout, sans pouvoir prendre réellement les décisions (puisqu’elle doit trouver la décision que l’autre veut). Cela peut amener à une brisure complète.

Ces deux cas évoqués de brisure de la personnalité sont des extrêmes, bien souvent, les deux personnes prennent assez cher, la relation agonise quelques mois, et finit par se terminer assez douloureusement, sans aller jusqu’à une telle souffrance. Ça n’empêche pas que savoir jusqu’où ça peut mener, qu’on soit contrôle-freak ou éponge-apathique est important.



Mais s’il semble assez évident que ces deux profils extrêmes se rencontrant mènent à des relations malsaines, ce qui l’est moins c’est le risque de relations malsaines qui émanent des relations avec l’un ou l’autre de ces types de personnalités.
Les relations avec l’une ou l’autre de ces personnes amènent souvent la deuxième à prendre, précisément, le rôle, plus ou moins volontaire, de l’autre pendant. Et peu importe à quel point la personne a de bonnes intentions, si le couple n’a pas conscience du danger, les rôles finissent très souvent par se reproduire. Ce n’est pas une fatalité, mais malheureusement, c’est une situation qui peut facilement arriver.

Que faire ? D’une part, il faut avoir conscience du danger pour soi et l’autre et prévenir l’autre. Parce que personne ne s’imagine jamais devenir malsain. On ne s’imagine pas pouvoir faire quelque chose contre une relation malsaine. On imagine la relation malsaine comme venant
a) d’une personne malsaine (ce que l’on ne s’imagine pas être, donc ce serait l’autre)
b) de deux caractères incompatibles (ce qui fait que c’est une fatalité, une sorte de pas de bol)
On imagine rarement que l’on puisse du fait de la relation, petit à petit, devenir malsain-e.

C’est aussi un travail à faire sur soi. Prendre conscience que l’on peut devenir malsain-e. Ça rejoint mon article sur la diabolisation, mais globalement, il y a un énorme danger à ne pas prendre en compte le fait qu’une relation, amicale, familiale ou amoureuse encore une fois, ne puisse pas vous rendre malsain-e. Savoir poser des limites au préalable, et surtout, en parler. Si vous vous savez contrôle-freak, il faut parler du risque que l’autre aurait à trop se reposer sur vous. Si vous vous savez éponge-apathique, il faut parler du risque que l’autre aurait à trop prendre le contrôle. Il faut AUSSI parler du risque à trop prendre le contrôle SOI-MÊME, et du risque à trop donner à l’autre les responsabilités.

Communiquer est la clef, c’est tout ce que cet article dit ? Oui et non. Communiquer est effectivement central, mais ici, c’est la nécessité de conscience mutuelle du danger malsain d’une relation entre deux personnes saines qui est nécessaire. Par conscience mutuelle, j’entends donc que chacun en ait conscience, mais que le duo en lui-même en ait conscience également, c’est à dire que ce soit une notion qui soit explicite au sein de la relation. Sans cette conscience mutuelle, qui se confirme par la communication, la communication sur le reste est inutile. C’est par le fait que la relation se construit sur la conscience du danger que ce danger peut être combattu.


Cet article n’est pas suffisant en soi. Il resterait à évoquer les problèmes liés aux oppressions qui déséquilibrent encore plus les relations, mais également, à parler des relations sans aucune personnalité contrôle-freak/apathique-éponge, mais avec des oppressions incitant à cette bancalité. J’espère pouvoir le traiter dans un second article, pour les personnes ayant des troubles psys, ça ne devrait pas poser de soucis particuliers, pour les autres cas, si vous en faites un sur votre blogs je ferai tourner ou le poster ici, ce sera avec plaisir. C’est un sujet que je n’ai pas encore vu beaucoup développé, mais qui me semble plus qu’important.
Il resterait également à évoquer les moyens pour sortir d’une relation qui a commencé à devenir malsaine, et non pas simplement de poser, comme dans cet article, des méthodes pour les relations futures. Sur ce point, je n’ai pas encore d’idées des méthodes. J’y réfléchis pourtant depuis maintenant plusieurs mois.

mercredi 22 mars 2017

Tutoriel

Comme au sortir d’une cinématique
le jeu vidéo reprend
le soleil se lève
midi seulement,


voilà que je reviens
accablé d’histoire
au milieu des mémoires
d’un autre qui fut mien.


Voilà les souvenirs
qui s’épanchent à mes oreilles
Et mon esprit déboussolé
cherchant les contrôles usuels.


Voilà le z qui avance
Et le d qui recule
Les mains entre dans la danse
un soupçon de ridicule
à ne pas comprendre


tout ce temps passé
à exister
pour ne plus savoir
rentrer dans son histoire.


Voilà les réveils
qui pleuvent et qui se brisent
Des silences coutumiers
à se re chercher.


Et l’on parle et l’on rit
Et l’on passe le tutorial
Encore et encore
les années s’envolent.


Avec ce soupir
Qui brûle les idéaux
Qui brouille le reflet
Et brise les désirs.


Voilà, réinventé
Un jour chêne
qui s’enfuit vers son gland
replanté
réincarné
sans mouvement.

samedi 25 février 2017

(Ré)apprendre à aller mal

(tw; idées suicidaires, incluant possiblement, j'ai pas encore écrit, alcool, automutilation, et description des envies)

"C'était plus simple quand j'étais suicidaire"
C'est une pensée qui me vient de temps à autre. Aller mal quand j'étais suicidaire était plus facile, aujourd'hui que je ne le suis plus, je ne sais plus vraiment gérer ça. Être suicidaire avait très nettement ses avantages. Déjà, j'étais suicidaire continuellement, donc les moments où j'allais mal n'étaient que des moments où j'allais "plus mal" que le reste du temps, mais l'impulsion de sauter devant un bus, de monter sur le toit de mon immeuble pour sauter, de partir vers le canal pour m'y plonger pouvant arriver à n'importe quel moment, même quand j'allais très bien, ça n'avait pas tant de puissance quand je sombrais.
Pour rendre ça plus clair, métaphore mathématique: Je passais de -10 de moral à -15. Aujourd'hui, je passe de 2-3 à -6. L'image est foireuse pour divers raisons (mes -6 ne ressemblent pas à mes bons jours, quand j'étais suicidaire, mes envies suicidaires étaient plus une sorte de refrain qui restait continuellement qu'un véritable changement de mon moral) mais elle représente bien l'idée que je veux faire passer: je tombe moins bas, mais de plus haut, et la chute est limite plus rude aujourd'hui. Être suicidaire offre une habitude, et une échappatoire. On prépare les idées, on s'imagine, on s'offre un truc qui dit "si ça devient insupportable, j'ai qu'à sauter. Ou alors, je peux me tuer avec ça, ça, ça, ça"et on fait l'inventaire de tout ce qui peut tuer dans l'appartement. Et finalement, de savoir qu'il y a un moyen de s'en sortir, ça offre des armes phénoménales face à ces moments.
Sauf que voilà, on décide pas d'être suicidaire parce que "c'est plus simple". Faire l'inventaire de ces trucs, je pourrais essayer de le faire encore aujourd'hui, mais ça n'aurait pas la même portée, parce que je sais que je n'en ai plus envie, parce que je sais, qu'au fond, je vais fondamentalement mieux qu'à l'époque.

"Ce qui ne vous tue pas vous rend plus fort". Je hais cette phrase. Mon adolescence et mon collège en particulier ne m'ont pas tué, mais ils m'ont profondément affaibli. J'ai tenu en m'accrochant avec les dents et je me suis fracturé la mâchoire. J'ai hypothéqué mon futur parce que de toute façon, quand on est suicidaire, c'est sans grande importance. Aujourd'hui, j'ai moins d'énergie qu'à l'époque, parce que non seulement j'ai dû l'utiliser massivement alors, mais parce que maintenant, je suis moins enclin à démolir mon futur. Du moins pas autant qu'à l'époque.
Je me rappelle d'une amie qui disait "je ne suis pas suicidaire, donc tout le monde s'en fout que j'aille mal. Pas comme si j'allais me buter bientôt". Faut avouer que dans nos communautés d'entraide, on paraît assez facilement au "plus urgent", à la personne "qui risque de se buter, là, de suite". Et on oubliait un peu celles qui n'allaient pas se buter, mais allaient fondamentalement mal. On allait même jusqu'à supposer que c'était un mal-être pas moins grave.... mais en fait si. Juste qu'on le disait pas comme ça. On préférait le terme "urgent". Encore aujourd'hui, j'entends encore souvent "mais ça va aller, hein, je vais pas me buter". Parce qu'on a vécu si longtemps dans cette situation qu'on relativise même le présent. Parce que, au final, à force de vivre dans l'urgence et le suicidaire, on en a oublié comment on fait pour demander de l'aide pour un truc moins violent. On a même oublié comment on fait pour simplement dire que... aujourd'hui, ça va pas.

On en parle entre nous, à demi-mots, du fait qu'être suicidaire, c'était quand même plus simple. Ou qu'être dans l'autodestruction la plus totale, c'était plus intéressant, parce que maintenant, quand on va mal, on est là, face à notre douleur, et on ne sait pas quoi en faire. Je ne sais pas quoi en faire. Faut réapprendre. Comme après une saleté de maladie, y a la convalescence. Et ça risque de durer longtemps. Parce que j'ai passé des années suicidaires, que j'ai fait mon pacte avec moi-même à l'âge de 16ans, pour me donner une année de plus avant de me buter. Pacte où je me suis dit "si dans un an, je vois que j'aurais mieux fait de me tuer aujourd'hui, si rien n'est arrivé qui me fasse me dire "ok, ça aurait vraiment été stupide de manquer ça", je me tue". Pacte qui est passé de 6mois en 6mois petit à petit. 28 février. 28 août. Jusqu'à il y a quoi ? Deux ans ? Trois ans ? Non. 2ans je dirais. Pas plus. Encore que je peux me tromper. Vu mon rapport temporel pourrave, je peux me tromper. Une décennie au bas mot dans cette situation. Avec des hauts. Avec des bas. Mais avec l'idée suicidaire qui demeure. Et c'est qu'aujourd'hui, des années après, que je me rends compte qu'en effet, va falloir réapprendre à aller mal. Sortir du suicidaire pour réapprendre à aller mal. ça a l'air ironique. Mais en fait, c'est logique.

Prenez soin de vous. Suicidaire ou pas.

dimanche 1 janvier 2017

Bipolarité et toxicité par Jaythenerdkid (traduction #4)

Cet article est la traduction de celui de Jay the Nerd Kid (@jaythenerdkid sur twitter, itsjaythenerdkid sur facebook) dont la version originale (en anglais) est disponible ici: https://www.facebook.com/itsjaythenerdkid/posts/946273982141145 Gardez en tête que si j'ai un bon anglais, la traduction n'est pas forcément parfaite.



Ok, il se trouve qu'en effet, j'ai une chose à vous demander à tous en 2017, et c'est que vous arrêtiez d'amalgamer les comportements malsains d'hommes toxiques avec la maladie mentale.

Je suis bipolaire. Je suis également de temps à autre, selon à qui vous posez la question, une ordure complète. Je pense que tout ceux qui m'ont connu entre 2002 et 2010 peuvent attester que je suis souvent une vraie connasse sans aucune autre raison que parce que je le veux. (Hé, si je pensais que je n'avais *aucun* défaut, ce serait inquiétant, n'est-ce pas ?) J'ai fait des choses au cours de ma vie dont je ne suis pas extrêmement fière. Certaines de ces choses, je les ai faites alors que j'étais maniaque.

Mais voilà: je n'ai pas fait ces choses parce que j'étais maniaque. J'étais maniaque, et j'ai fait ces choses. La corrélation ne signifie pas nécessairement la causalité. Vous auriez dû suivre un peu plus vos cours de statistiques.

Ce que j'ai découvert au cours de ma vie avec une maladie mentale qui baisse mes inhibitions est que la personne que je suis quand je suis maniaque (ou psychotique, ou dépressive, ou que mon TPL/borderline me fait passer une très mauvaise journée) n'est pas une personne différente. C'est toujours moi. J'ai toujours plus ou moins la même personnalité, et (et c'est là le point important) je veux toujours plus ou moins les mêmes choses. Bien sur, les phases maniaques me rendent plus encline à faire des choses que je me serais empêchée de faire autrement, mais cela ne m'a jamais fait faire quelque chose que je ne voulais pas faire, au moins un peu. Cela ne créé pas de nouvelles pulsions, cela rend juste plus facile de réaliser celle qui existent déjà.

Si vous n'avez pas de désir, par exemple, d'abuser d'une femme inconnue sur le net, aucune phase maniaque ne vous fera le faire, parce que vous n'avez jamais voulu le faire à l'origine. Si vous n'avez pas, par exemple, abrité un désir secret d'harceler une serveuse de Starbuck car vous pensez qu'elle vous doit du sexe, alors la phase maniaque ne vous transformera pas subitement en la pire parodie de Casanova. La phase maniaque ne vous transforme pas en une différente personne - elle fait juste émerger des portions de vous qui existaient déjà. Du coup, si vous n'avez jamais été un agresseur ou si vous n'avez jamais été violent, ou si vous n'avez jamais voulu vous jeter du haut d'un pont juste pour savoir ce que ça fait, vous ne ferez probablement aucune de ces choses durant une phase maniaque puisque vous n'avez jamais voulu faire ces choses tout court.

Et c'est là le problème de blâmer le fait d'être bipolaire pour les mauvaises pulsions: cela rend la vie vraiment, vraiment difficile pour ceux d'entre nous qui vivent avec cette condition, et ne sont pas violent ou nocif, de vivre nos vies quotidienne sans faire face à un stigma extrêmement fort. Je n'oublierais jamais ce jour où un de mes collègues - quelqu'un que j'aime beaucoup, aujourd'hui encore, quelqu'un dont je pense qu'elle est vraiment chouette et une bonne personne - m'a dit "tu es bipolaire ? Mais tu sembles si... normale."Quand vous blâmez la bipolarité pour les mauvais comportements, vous aidez à perpétuer l'idée que les personnes bipolaire sont intrinsèquement dangereuses pour elles et les autres, que nous sommes violent-e-s, ingérables, toxiques, que nous sommes des personnes que vous ne voudriez pas autour de vous. Et étant une personne qui a passé des années et des années à me battre contre mes pires pulsions afin d'être une meilleure humaine pour les personnes autour de moi, je ne peux que vous dire ceci: c'est injuste.

La plupart des personnes vivant une phase dépressive bipolaire ne courent pas dans tous les sens pour harceler des femmes ou commettre des crimes violents. La plupart d'entre nous sont juste des personnes qui ont le même genre de désirs ou de pulsions que vous avez parfois. (achète des choses brillantes. Baise un max. Bois tous les verres. Va dans un nouvel endroit. Tente le destin) qui ont juste un petit peu plus (ou beaucoup plus) de mal à ne pas s'y abandonner. Nous ne sommes pas intrinsèquement mauvais, juste intrinsèquement impulsif. Et oui, parfois, nos pulsions sont les mauvaises, parce que les pulsions humaines sont parfois de mauvaises, et malheureusement, nous avons du mal à ne pas nous laisser aller à celles-là également, parce que la phase maniaque ne fait pas de différence entre les trucs funs et les trucs flippants: cela rend juste plus dur d'ignorer la voix qui nous dit "non" et beaucoup plus simple de s'abandonner à la voix qui dit "oui".

Je vais donc vous demander une faveur, mes chéris, juste une résolution pour la nouvelle année, une chose que vous pouvez faire pour moi en 2017. Quand quelqu'un fait quelque chose de mal et qu'il se trouve qu'elle a également une maladie mentale, ne sautez pas automatique sur l'occasion de blâmer le mauvais sur leur maladie. Les gens font de mauvaises choses parce qu'ils veulent faire de mauvaises choses. Ils n'ont pas besoin d'être malade pour le faire, et ils n'ont pas besoin d'être en bonne santé mentale pour ne pas le faire.

Abuseurs, harceleurs, tireur dans les écoles, ils ne font pas ça parce qu'ils sont malades. Ils font ça parce qu'ils ont été élevés dans une société qui les a mené à croire que tout le monde leur doit ce qu'ils veulent, et lorsqu'ils ne le reçoivent pas, ils font un caprice ultra violent. Ce n'est pas de la maladie mentale, c'est du conditionnement, arrêtez d'amalgamer les deux, car lorsque vous le faites, vous sous-entendez que toutes les personnes malades mentales que vous connaissez - et je vous promets que vous en connaissez certaines, même si elles ne vous l'ont jamais dit, puisque beaucoup d'entre nous sont excellents à le cacher - sont, on ne sait comment, pire, on ne sait comment, capable du mal, on ne sait comment inférieur, juste parce qu'ils sont malades, et ce n'est pas juste.

Répondez aux personnes disant de la merde. Ne laissez pas les mauvaises personnes faire de mauvaises choses et se cacher derrière de mauvaises excuses. En l'année 2017, commencez à croire à la responsabilité personnelle. Être bipolaire n'a jamais rendu quelqu'un mauvais, mais le croire fait de vous une ordure.

Bonne année, restez en sécurité. Soyez meilleur-e-s pour vous et meilleur-e-s pour les autres. Soyez meilleur-e-s que ça.

dimanche 4 décembre 2016

Apparté, psychophobie, classe101

j'ai eu beau chercher, je n'ai pas trouvé d'articles basique expliquant pourquoi supposer ou indiquer qu'une personne a une maladie mentale est psychophobe. Je vais donc m'y atteler rapidement. (si ça existe, envoyez, je mettrais celui-ci hors-ligne). Je vais employer indistinctement folie, maladie mentale et trouble psy dans cet article, parce que je commence à douter sérieusement de l'intérêt de les distinguer ou de rejeter l'un d'entre eux.

ça paraît évident que chercher à dénigrer quelqu'un en l'associant à un trouble psy est psychophobe, mais cela dit, il existe un deuxième cas, plus sournois, où l'on effectue cette comparaison: pour expliquer. On retrouve par exemple ce cas dans les articles de journaux concernant Andreas Lubitz, l'homme qui a fait se crasher un avion se suicidant et tuant 149 personnes. On parle de sa dépression. Qu'on souhaite excuser ou expliquer (et ce sont deux choses différentes), on augmente la stigmatisation du groupe, donc on fait de la psychophobie. Parce que cette explication a fait apparaître un grand débat sur le fait d'interdire aux personnes dépressives de travailler dans certains métiers. Et c'est une évidence. Si on excuse ou qu'on explique un comportement par un trouble psy, alors on justifie le fait, si l'on veut éviter ce comportement, de rejeter les personnes avec ce trouble psy.

Le même schéma arrive lorsqu'on se pose la question de si une personne n'a pas une maladie mentale, vu qu'elle fait X ou Y. Les personnes qui font ce genre d'amalgame (au moment où j'écris cet article il y a eu un cas assez visible sur le twitter militant de ce genre de réflexion) n'ont pas volonté de pointer du doigt les personnes avec une maladie mentale, simplement de chercher une explication à un comportement qui leur paraît totalement aberrant. Et c'est bien le problème. L'idée que la folie serait l'explication de dernier recours, lorsque la raison elle-même semble ne plus permettre d'en donner, est profondément psychophobe. Le fait d'avoir opposé raison et folie est une connerie sans nom. (enfin si, psychophobie) La maladie mentale ne retire pas sa raison à un individu, mais surtout, il est inadmissible et particulièrement stupide de se tourner vers la maladie mentale dans le but d'expliquer une action que l'on réprouve et que l'on ne comprend pas parce que... ça n'a aucun sens.

La folie n'a pas à être opposée à la raison. Ce sont deux données totalement différentes, de même qu'on n'oppose pas sentiments et équilibre. Un trouble psy peut apparaître de plusieurs façons. Ce peut être une violence sociale (on notera par exemple le plus grand nombre de femmes souffrant de TCA), ce peut être la réaction d'un esprit face à une situation insupportable (c'est le cas des PTSD qui apparaissent en général quand notre cerveau ne parvient plus à s'adapter à ce qu'il a vécu). Ce peut être encore un problème physiologique, et l'on voit parfois des terrains génétiques propices, j'en passe et des meilleures, le conditionnement peut jouer, etc... Bref, il existe de nombreuses causes, et bien souvent plusieurs se rejoignent. Mais comme vous le voyez, aucune ici n'a de lien avec la raison. La raison peut être opposée à l'irrationnel. Mais la folie se trouve sur le plan de la maladie, du trouble. Personne n'aurait l'idée de supposer le caractère "déraisonnable" d'un corps parce qu'il est tombé malade. Il fait ce qu'il peut avec ce qu'il a. C'est la même chose pour l'esprit. On fait ce qu'on peut avec ce qu'on a.

La folie n'est pas un manque de raison. Et on en a marre d'être les bonnes excuses d'une société insupportablement cruelle et violente. Foutez nous la paix.

mardi 1 novembre 2016

Entraide & militantisme "safe & trigger warning" #2

On continue le petit tour entre monde militant et monde de l'entraide avec "safe" et "trigger warning".

"Safe" a vu son sens drastiquement changer ces derniers temps. A l'origine, le terme était utilisé pour indiquer qu'une personne suicidaire étant en sécurité, donc pas en danger immédiat de se suicider. "Be safe plz". "She's safe" etc. Aujourd'hui, le terme est utilisé pour indiquer qu'une personne ou un lieu reconnaît les violences oppressives et s'efforce de ne pas les soutenir.

Ce glissement s'est fait de manière assez simple. Tout d'abord, Safe s'est vu appliqué à d'autres types de situations que la simple crise suicidaire, et, en particulier, les violences oppressives. De là, une personne safe s'est trouvé être une personne se trouvant dans une situation où l'on reconnaît les violences oppressives et où les personnes s'efforcent de ne pas les soutenir. Puis, petit à petit sont arrivés les lieux cherchant à rendre les gens safe, puis à devenir eux-mêmes safe. Pourtant, ce glissement est on ne peut plus malsain. En effet, là où safe était à l'origine fait pour indiquer l'état de la personne concernée, ce mot est devenu un marqueur pour l'environnement, un adjectif mélioratif pour une personne ou un lieu.

Safe n'est donc plus centré sur la situation d'une personne, mais centré sur ce qu'elle fait pour ceux autour d'elle. Safe devient un marqueur de "je suis quelqu'un de bien", et non plus une appréciation de la situation d'une personne en souffrance. Ce n'est plus un terme objectif, c'est une qualité, un label que les groupes et les personnes s'efforcent d'obtenir. Pourquoi est-ce gênant ? Parce qu'une personne safe au sens originel du mot, c'est à dire n'étant plus en situation de danger immédiat, n'est nullement une personne safe au sens dérivé du terme pour les personnes autour d'elle. Au contraire, la crise suicidaire peut être extrêmement agressive pour les autres. On en arrive donc au point où aucun lieu/personne "safe" au sens dérivé du terme ne met une personne en situation "safe". Safe devient un adjectif coercitif, qui indique qu'en cette zone un individu n'a pas le droit au faux-pas, puisque pour garder le caractère safe du lieu, la personne en sera expulsé ou violemment remise en question (selon le principe d'autoriser la colère des concerné-e-s qui dérive en une survalorisation de la colère, j'en parle ici).

Un milieu safe n'est donc pas safe pour qui que ce soit. Ce n'est pas une notion qu'il envoie à ceux qui en font partie, mais une exigence qu'il leur impose. Ce glissement fait de safe un mot qui est devenu creux, sans réalité autre qu'un avertissement. Et pour cause: les deux définitions du mot ne peuvent pas coexister. Il est impossible qu'une personne soit en sécurité dans un lieu safe puisque TOUT LE MONDE est, d'une façon ou d'une autre, bourré de préjugé et de conditionnement oppressifs. Si l'on rajoute à ça le virilisme se situant derrière l'abus de la colère, on arrive à un mot qui n'a plus de sens, alors même que ce mot est une nécessité.

Pour autant, il ne faut pas considérer que le mot safe ne puisse pas du tout être utilisé dans le milieu militant. Mais il doit être modifié. On n'est pas "safe" sur toutes les oppressions. Une personne en subissant un certains nombres peut se retrouver safe quelque part, mais uniquement si le lieu se préoccupe des siennes, et traite ses réactions oppressives en prenant en compte celles qu'elle subit. Une femme victime de violence qui porte des propos psychophobes dans un témoignage n'a pas à être pourrie parce qu'elle n'a pas utilisé les bons termes, en particulier lorsqu'elle est en état de choc. Une personne ne connaissant pas les codes militants a autant le droit qu'une autre à un soutien. Safe ne peut pas en milieu militant, être un adjectif de toutes les oppressions. Safe nécessite d'être centré sur un domaine précis. Safe nécessite la bienveillance et le refus pur et simple des codes élitistes et virilistes de nos milieux et doit resté centré sur les situations "de crises", même si cette définition peut être élargie aux violences oppressives, le concept de crise, de dégâts subie par une personne doit être au centre de l'idée.

J'ai inclus également Trigger warning dans cet article car ce mot est fortement lié à "safe" dans son acceptation dérivé. Le but étant de ne pas mettre en danger psychique d'autres personnes. Je ne reviendrai pas sur la nécessité du trigger warning (déjà fait ici et même là) mais bien sur la complexité du concept.
Le Trigger Warning est, à l'origine, prévu pour les personnes souffrant de traumatisme, dans le but de leur éviter des reviviscences, à savoir le fait de littéralement revivre une expérience traumatisantes qu'elles ont vécue. De ce fait, les trigger warning ont très rapidement été utilisé dans les milieux de l'entraide, notamment pour indiquer la présence de photos ou de détails décrits. En France, on trouvait d'ailleurs plus facilement la marque attention que TW plutôt visible sur les forums anglophones, le concept restant le même.
Le terme s'est écarté assez rapidement du trauma pour s'élargir à d'autres situations, par exemple les messages difficiles à lire pour les personnes ayant une addiction (par exemple comportant pro-ana, mais aussi simplement des descriptions de l'addiction).

Le danger se trouve, à l'heure actuelle, à plusieurs niveaux. D'une part, à un niveau qui vient de la dépolitisation des questions militantes. En effet, c'est par le fait de rendre si "témoignagesques" les questions d'oppressions que l'on arrive à des notions comme le kink-shaming ou la veganophobie. Or, si un TW racisme a tout son sens (Même au sens premier du concept de Trigger Warning puisque des études indiquent que le racisme cause des problèmes psy) un TW nourriture non vegan comme j'en ai déjà vu, n'en a strictement aucun. Mais ceci, à la rigueur, sera réglé par une "simple" remise en perspective de la réalité des oppressions. C'est une simple conséquence dommageable, mais pas un problème de l'utilisation du TW en milieu militant.

En revanche, le TW en milieu militant pose plusieurs soucis. Déjà on peut voir parfois que le simple fait de mentionner un sujet fait apparaître un TW. Là, on a bien une déviation de sens. La mention simple d'un sujet ne nécessite pas de TW. En effet, le TW mentionne le sujet. Si la simple mention d'un sujet est trigger, alors le TW l'est aussi, et il est inutile. Comme pour "safe", trigger warning est devenu un label, là où c'était un concept qui avait un but: éviter de faire du dégâts psychiques aux personnes tombant sur le texte. C'est plus devenu "je vais parler de ce sujet".
Il y a une raison à ça: dans un monde militant twitterien, notamment, où l'on commence un sujet sans trop savoir forcément jusqu'où l'on va aller, il est difficile d'indiquer un TW dès le début. Et le faire en plein milieu de tweet peut revenir à les cacher du fait du système qui ne fait apparaître que le premier et les quelques dernières réponses. Mais cela pose un soucis: la dilution du TW dans un océan qui font que les personnes concernées peinent à savoir si un sujet va simplement mentionner un sujet ou s'il va y être décrit.

Tout comme "safe", le concept du TriggerWarning n'est pas mauvais du tout pour un milieu militant où il faut apprendre à prendre soin de soi. Mais précisément, le trigger warning doit être retravaillé, modifié. Il doit être précis, ciblé, et surtout pesé. Avant le Trigger Warning, on peut très largement indiquer les sujets abordés par un résumé rapide ou par des mentions entre crochets. Le Trigger Warning doit reprendre sa place de message d'avertissement aux personnes en situation de fragilité psychique.

Safe et Trigger warning, pour conclure, sont révélateurs, à mon sens, d'un milieu militant qui récupère des concepts (intersectionnalité, safe, trigger warning, gaslighting, dogpiling, pervers narcissique) et les utilise de façon automatique, avec un effet de mode, sans les expliquer suffisamment, ce qui conduit à leur dilution petit à petit jusqu'à ce qu'ils n'aient plus de sens et que celleux qui en sont à l'origine soient obligés de monter au créneau pour gueuler un bon coup. Leur trajectoire sont révélateurs d'un milieu militant qui se remet peu en question, et utilise des concepts avant même d'avoir réussi à comprendre leur utilité, par effet de mode.

lundi 31 octobre 2016

Entraide & militantisme "Nos identités sont politiques" #1

J'ai hésité à balancer un bon gros titre en mode troll "votre identité est politique foutez-nous la paix", ou un truc du genre, mais d'une part, j'ai rien trouvé qui me plaisait, d'autre part, le débat est déjà largement assez clivé pour ne pas commencer dans le brutal. (croyez-moi, c'est pas facile, le troll étant ma méthode pour désamorcer toute angoisse face à des réponses agressives, je me sens très nu en écrivant ce texte sérieusement). Ce billet est le premier d'une série de 3-4 qui vont traiter de la rencontre entre les milieux militants et les milieux de l'entraide sur Internet. A l'heure actuelle, j'ai prévu "nos identités sont politiques",; "espace safe & trigger warning", "concerné vs non-concerné", avec un doute sur un quatrième. Bref, ce billet est plus une introduction à la suite, plus des questions et des pensées que je pose

Nos identités sont politiques. Cette phrase, je l'ai lu ça et là depuis un bail dans le milieu militant, sans bien savoir d'où elle venait. Le dernier mot est celui qui est important. Politique. Soit on le prend dans son sens "pratique du pouvoir" soit on le prend dans le sens de cadre général d'une société. En général, c'est la deuxième idée qui est considérée, c'est à dire qu'être femme indique une organisation sociale qui agit sur un individu. Au final, une oppression.

Récemment, cette phrase a été beaucoup utilisé pour parler des identités de genre et des orientations sexuelles, et principalement pour critiquer les divers termes apparaissant ces dernières années. Un mot avait retenu mon attention: caedsexuel, les personnes ayant eu une attirance sexuel et n'en ayant plus suite à un trauma. Se scindent deux camps en général. "Nos identités sont politiques" vs "Mon ressenti est pertinent" pour faire dans le grossier. Pour les premiers, ces mots sont malsain car divisent la lutte, voire découlent d'une idée libérale qui finit par noyer la lutte social dans une recherche individuelle. Pour les autres, le ressenti d'un individu est quelque chose qui a trop été mis de côté et nécessite d'être pris au sérieux. Je caricature, les arguments sont divers et variés et je rejoint régulièrement les camps d'un point de vue ou de l'autre. Pour moi, le problème, vous vous en doutez après avoir lu l'intro, vient du fait que le milieu militant a rencontré un autre milieu, celui de l'entraide.

Quand cette rencontre a-t-elle eu lieu ? Je sais que c'était dans les 6-8dernières années. Il y a dix ans, je naviguais sur les réseaux d'entraide, et le militantisme en était complètement absent. Ce n'était pas formellement interdit dans aucune charte, simplement ça ne s'y trouvait pas. Petit à petit, j'ai pu voir les premières incursions. Aujourd'hui, dans le milieu militant, je retrouve régulièrement des personnes issus des réseaux d'entraide, que ce soit sur les réseaux anglophones comme francophones. Or, ces deux milieux, bien que complémentaire ce qui a conduit à cette rencontre, étaient singulièrement différents. Cela a contribué à causer des soucis sur les forums d'entraide qui ont encore du mal, à l'heure actuelle, à se définir clairement une ligne de conduite politique (certains refusent toute analyse politique, d'autres au contraire ont intégré ces données à leur règlement, d'autres font un peu moit-moit etc.), de même que les milieux militant ont été scindés entre des analyses de classes et des réflexions individuelles.

Revenons à Caedsexuel. Ce mot a-t-il une utilité politique ? Permet-il de distinguer deux classes d'individus avec un rapport de pouvoir entre l'un et l'autre ? Non, en effet. C'est d'ailleurs une sous-catégorie d'asexuel, (je ne l'ai pas pris pour rien) donc, socialement parlant, ne permet pas une réflexion ou un appui à une lutte. Mais individuellement, ce mot est extrêmement important. Il permet à une personne de se construire, de supprimer l'étiquette "monstre" que la société lui colle. Elle peut permettre à une personne de se supporter un jour de plus au moment où elle en serait incapable. Celles & ceux qui considèrent que le fait que ça n'ait pas d'utilité politique rend le terme aberrant sont de nouveau dans ce syndrome du martyr que j'ai déjà évoqué. Depuis quand une identité doit-elle avoir un intérêt politique pour exister ? Parce que "nos identités sont politiques" ? C'est une aberration, un serpent qui se mord la queue. Le monde de l'entraide n'a pas attendu le monde du militantisme pour créer des mots, donner des étiquettes qui permettent bien souvent de nous sauver, de nous dire "tu as le droit d'exister", à nous, qui en doutons depuis un bail. Pour autant, supposer que ce terme a un intérêt politique est, là aussi, dangereux. Parce que justement, ces étiquettes ne sont pas politiques, et une lutte de classe nécessite une délimitation claire de la classe. Ce qui nous amène au véritable problème: comment distingue-t-on une identité politique d'une qui ne l'est pas ?

Je n'ai pas de réponse à cette question. Mais il faut se la poser. Si je m'identifie comme agenre, je suis cis pour autant. J'ai utilisé un terme "cis" (a contrario de "trans") pour une notion politique (deux mots, s'excluant l'un l'autre, définissant l'un en zone de pouvoir, l'autre en zone d'oppression point à la ligne), et un autre (agenre, homme, femme et tout un tas d'autres possibles) pour une notion individuelle. C'est une méthode qui peut marcher. Mais elle n'existe pas, par exemple, pour l'orientation sexuelle (à ce que je sache). Le danger de vouloir refuser les termes sous prétexte qu'ils ne sont pas politique est justement de s'enfermer dans la position du martyr, d'empêcher toute entraide, et du coup, de perdre ses forces (voire de mettre en danger les autres). Cracher à la gueule des personnes qui se définissent comme caedsexuel c'est meurtrier. Le danger de ne pas distinguer l'individuel du politique est justement, de transformer une lutte en une entraide individuelle. Non, aider une personne en pleine crise psychotique, ce n'est pas être un-e "allié-e". Ce n'est pas militant, c'est individuel. C'est important, sans aucun doute, et ça peut se porter à votre crédit si vous voulez savoir si vous êtres quelqu'un de bien. Mais c'est pas un acte militant. Cet acte peut découler de votre militantisme, mais il n'est pas militant en soi.

L'une des différences avec une identité au sens militant du terme, une identité politique est que l'on n'a pas le moindre choix. C'est une dichotomie avec d'un côté les individus en position de pouvoir et de l'autre celleux en position d'opprimé. A l'inverse, on peut parfaitement ne pas avoir envie de chercher un mot pour une donnée de son identité, lorsqu'on parle de l'individuel. C'est au choix de chacun, c'est d'ailleurs bien son but. Là où le but du militantisme est de donner une vision claire d'un système politique, de canaliser le plus possible les capacités dans le vue d'une lutte sociale, donc de prendre plein d'individus et d'en faire un tout, le but de l'entraide est d'offrir une case "je suis légitime" au maximum d'individu, de combattre le concept de la monstruosité de façon pragmatique. (oui, pragmatique, idéalement on pourrait dire "pas besoin d'étiquette pour avoir le droit d'exister" mais dans les faits, ces étiquettes sont très souvent nécessaires)

On voit donc que d'un côté, la ligne politique est à la fois très pragmatique (lutte de classe, réduction des identités à un schéma le plus large possible pour une action sociale) et idéaliste (non prise en compte des individualités, supposition qu'on peut se passer de sous-catégorie au nom de l'idée d'une société meilleure), là où l'autre camp, sur le ressenti est également pragmatique (prise en compte des individualités, recherche d'aide à tout un chacun en se basant sur la réalité) et idéaliste (manque de notion politique, idée trop centrée sur l'individu, non-prise en compte du contexte social). Ces deux mondes pour autant, sont complémentaires, nous n'avons simplement pas encore trouvé la bonne balance. Le monde du militantisme a besoin de l'entraide, pour permettre aux individus de ne pas se sacrifier. Saviez-vous que la durée moyenne de militantisme est de 5ans ? C'est Sophie Labelle qui avait parlé de cette durée, d'où sa volonté de créer une bande dessiné pour la "génération suivante". 5ans, c'est court. Je crois également que d'autres militant-e-s de longue date avait dit que le sacrifice avait été lourd, et qu'iels ne s'étaient pas assez protégés. L'entraide permettra sans aucun doute de renforcer les individus, de limiter leur épuisement. Parce que oui, ça épuise. De l'autre côté, le monde de l'entraide a besoin du militantisme. Parce qu'on ne peut pas nier les violences systémiques qui touchent des individus. On ne peut pas agir comme si les traumatismes n'étaient que des données individuelles. La dimension politique est nécessaire pour justement comprendre et apporter un soutien.

On n'est pas ennemi. On a juste du mal à comprendre qu'on regarde la même merde de deux côtés différents.

jeudi 28 juillet 2016

Volée musicale #10

Tellement de choses à rajouter...

Take me to Church, principalement pour la performance de Sergei polunin Secret par The pierces (j'aime assez également le mix de Nightcore) You're so creepy, la reprise de Nightcore. (je la préfère à l'original de Ghost town) Genesis de Grimes Fade de Alan Walker Racaille de Kerry James. Oui je sais, je change complètement de registre, mais je n'avais pas encore parlé de Kerry James je crois. Y a aussi vivre ou mourir ensemble, le plus connu lettre à la république Et puis je vais terminer par Astrix. Je vais choisir Beyond the senses vu que je l'écoute en ce moment. Beaucoup à découvrir.

faudra que je me penche sur le prochain pour mieux le faire qu'une simple liste sans âme. J'aime bien parler des artistes, écouter plusieurs chansons au moins, en recommander 2-3 mais là ça faisait trop longtemps que je ne l'avais pas fait, je risquais d'attendre et d'en oublier.

mercredi 29 juin 2016

Milieu militant, débat et méthode du choc

On va poser rapidement les bases de ce que j'appelle méthode du choc. c'est un procédé rhétorique visant à provoquer un choc chez la personne en face pour lui faire prendre conscience du mal-fondé de sa position ou de ses propos. La méthode est simple, on fait un amalgame entre cette personne et une ou plusieurs autres que les deux désapprouvent. Un exemple typique de méthode du choc est très courant dans les films/séries et c'est le "tu ressembles à papa/maman" venant d'un membre d'une famille à un autre, ce qui fait réagir la personne et l'aide à se remettre en question. La définition étant posée, voici le problème.

La méthode du choc est celle qui intervient lorsqu'il y a manque d'arguments, et surtout trop de mauvaise foi (considérée ou réelle) de la part de l'autre. C'est une méthode "ultime" afin de briser la réticence d'une personne à tout nouvel argument. En bref, c'est la fin de l'argumentation et du débat. C'est un complet all-in. Soit ça marche, soit c'est terminé, il n'y a plus de véritable retour en arrière, le débat sera stérile.

Le problème de ce procédé rhétorique est que pour fonctionner il faut une base commune forte en terme émotionnelle ou de valeurs, et qu'il nécessite un très faible nombre d'individus impliqués. La méthode du choc n'a aucune place dans un débat avec des dizaines ou des centaines de personnes. Lorsque ceci advient, le choc en question est complètement dilué et il se trouvera forcément au moins une personne qui ne se remettra pas en question, ce qui va faire poursuivre les dissensions... avec une brisure quasi-définitive vu qu'il n'y a plus d'arguments après.
D'autre part, si la méthode en question est trop utilisée, elle perd son caractère choquant et au lieu de permettre à des individus de réfléchir, elle fait au contraire baisser le caractère choquant d'une situation. C'est ce qui s'est produit avec le nazisme et le point godwin. Petit à petit, on en est venu à ne même plus faire attention aux nazis, et à oublier qu'il y en a toujours ça et là. Le fait que le nazisme ait été continuellement utilisé comme méthode de choc, l'a transformé petit à petit en ce point godwin, lequel contribue très largement à la perte de lutte contre le nazisme.


A l'heure actuelle, dans le milieu militant, la méthode du choc est de plus en plus utilisée. Une personne met en parallèle les Non-binaires et les mascus qui grimpent au grue. Qu'est-ce sinon cela ? L'analogie n'a pas été faite par hasard. Le but était bel et bien de faire réagir, de faire "buger" car dans le milieu le second est vu comme négatif de façon commune. De l'autre côté, on insulte de terf, qui, vu que l'on a affaire à une discussion interne au milieu trans, est du même ordre d'idée. Mais ça ne marche pas. Ces actions sont des abandons purs et simples du débat. Alors on peut venir gueuler au tone-policing tant qu'on veut, y a un moment faut distinguer le fait de dire qu'une chose ne tient pas du débat et vous dire de ne pas le faire. Vous faites ce que vous voulez. Mais ne venez pas dire que vous débattez dans ce cas-là. Si vous considérez que c'est votre manière de vous défendre, pas de soucis (encore que j'aimerais bien comprendre comment un long texte rationnel et posé puisse se justifier d'avoir un accès de rage arhum) mais ça n'est pas du débat et à moins que votre adversaire ait des alliances avérées avec des mascus la comparaison est totalement déplacée dans le milieu militant.

La méthode du choc, encore une fois, possède plusieurs avantages. D'une part elle peut permettre, justement, de couper les ponts émotionnellement avec une personne lorsque celle-ci dépasse une ligne en lui posant une sorte d'ultimatum basé sur un vécu commun ou des pensées qu'on suppose commune. De plus, elle peut permettre de faire réagir la personne en face sur cette même base, du fait du rejet et du choc qu'elle implique. Mais c'est avant tout une stratégie d'échec du débat, complètement all-in et focalisée sur l'émotionnelle, ce qui n'a aucun sens sur Internet face à des dizaines ou des centaines de lecteurs, et en a encore moins lorsqu'ensuite on rationnalise (ce qui est extrêmement courant) cette pensée en développant l'analogie pour la justifier. Evidemment, cet article vient du débat en cours sur les non-binaires et les exemples en sont tirés parce que... j'ai une mémoire de merde et que j'en ai pas d'autres qui me viennent. Mais à chaque gros débat interne la méthode du choc est réutilisée. Des personnes avec des troubles psys avaient déjà été insulté d'être de "vrai psys d'HP" dans un large débat qui avait eu lieu je ne sais plus où concernant le droit de forcer une personne à prendre des médocs. Peu importe où vous vous situez dans ce débat, c'est contre-productif de réagir ainsi. On peut admettre et assumer la non-productivité, mais c'est rarement le cas. Le fait de rationnaliser ensuite son argument est une des nombreuses preuves que bien souvent, on suppose qu'on est productif et on se refuse à ne pas l'avoir été.
On peut dire de la merde sous la colère. On peut aussi considérer qu'on a le droit. Je ne suis pas ici en train de faire la morale sur x ou y et je ne vise clairement pas les personnes qui ont tenu ces propos. Je dis juste: faut assumer et rester cohérent. Si le but était d'être constructif, faut s'excuser et pas continuer. Si c'était des propos de colère, on peut s'excuser ou, si l'on l'est toujours, les assumer et assumer le refus de débat. Simplement: restons cohérent.

lundi 23 mai 2016

Les mots ne sont pas si importants

Pendant mon mois de repos, j'ai réfléchi à pas mal de choses. Cela faisait un bout de temps que j'étais un peu gêné par la manière dont, dans certains milieux militants que je fréquente, on s'attache au langage et à sa déconstruction. Il faut dire aussi qu'autour de moi, il se trouve des personnes auxquelles je tiens profondément qui sont plus que sceptiques à ce sujet, dont certaines, qui, tout simplement, ont abandonné toute idée de militantisme ou même d'information du fait d'un état psychique trop fragile et des réactions trop violentes, ou simplement de l'incapacité à résister à la pression à l'idée qu'un mot mal placé puisse complètement anéantir toute une pensée.



j'ai vu à plusieurs reprises des cas où la reprise sur les mots était fait à des personnes n'ayant aucun lien avec le militantisme, et ce, de façon directe voire même virulente. Ça ne peut (quasiment) pas marcher. L'idée que le langage sert l'oppression suppose de nombreux prérecquis. Il faut tout d'abord s'ôter de l'esprit que l'oppression est une affaire de bons ou de mauvais sentiments, d'amour ou de haine, bref, de relations interpersonnels, et concevoir qu'on a affaire à un fait social qui s'intégre dans chaque aspect de nos vies et modifie constamment les existences de tous les individus au travers de micro et de macros agressions depuis des siècles. Une fois qu'on a réussi à sortir de cette idée, on peut commencer à discuter du fait que les mots sont importants, et qu'il serait utile de chercher à s'occuper du langage pour limiter le conditionnement dont celui-ci est responsable.
Réagir immédiatement à un propos, hors milieu militant est, à mon sens, délétère. Les mots sont importants, mais uniquement du fait d'une certaine base de réflexion que l'on possède. S'attaquer à eux frontalement avant de s'attaquer au reste, c'est risquer un rejet pur, simple et définitif. Je dis bien de façon directe, parce qu'il y a de nombreuses méthodes indirectes qui permettent de le faire. « Nan mais il faudrait le foutre en HP lui. » « Hé, l'HP c'est pour aider des gens qu'en ont besoin. Fous le dans une poubelle lui plutôt. » c'est une façon indirecte, et relativement efficace.
Lorsqu'on parle efficacité des réactions en situation hors-militants, l'une des premières réponses reçues est « tone policing » et « j'attends juste de la décence. ». Là encore, j'y retrouve le syndrome du martyr dont j'avais parlé dans un ancien article. Des personnes n'hésitant pas à foncer dans le tas, et subissant, de ce fait, un énorme get-back dans la gueule, mais satisfaites d'une certaine radicalité. Il n'y a pour autant rien de mal à parler de ce qui fonctionne le mieux, rien de mal à chercher à se ménager dans ses rapports avec les autres, sans pour autant laisser passer tout et n'importe quoi. Mais bon, ça, j'ai envie de dire, chacun son problème au final. Le truc qui me chiffonne est un peu plus costaud en fait.


l'idée que les mots sont vecteurs d'une oppression vient, justement, du fait que l'on parle de la construction du langage et du caractère global d'une oppression, et non, simplement d'un rapport entre des individus. A partir de là, si on utilise un terme opppressif d'un texte pour le critiquer ou le dénigrer, on fait, je pense, un contre-sens pur : on ramène le global à l'individuel.
C'est d'ailleurs la première des défenses utilisées par celles et ceux qui emploient ces mots. « Mais je ne le pensais pas comme ça. » Et c'est vrai. Il est évident que rare sont les personnes qui pensent à des troubles psys quand, face à quelque chose d'étonnant iels s'écrient « c'est dingue ». De même, les personnes pensant à une vulve en s'écriant « quel con » ne sont pas la majorité. Parce que nous n'apprenons les raisons d'existence et l'étymologie des mots que des années après les avoir découvert pour la première fois. Nous fonctionnons par mimétisme dans notre apprentissage.

Est-ce que cela veut dire que toute réflexion sur les mots est sans intérêt ? Au contraire, justement. Il y a nécessité de créer des alternatives au langage et à son conditionnement, nécessité de l'étudier, le décortiquer etc. Mais on parle ici du langage de façon social, pas individuel. Si on dénigre une personne ou un propos pour un terme, au final, on agit comme si c'était l'individuel le problème, et non le systémique, donc on utilise le fait que le problème soit systémique et non individuel pour rejeter la faute sur l'individu et non le système. Le serpent se mord la queue.

Le langage est important, les mots, pas tant que ça.

mercredi 13 avril 2016

Tu es psychophobe. Oui. Comme tout le monde en fait.

J'ai lu ceci aujourd'hui. Outre le fait que je suis on ne peut plus d'accord avec cet article pour la simple et bonne raison que ce genre de pression, si elles avaient plus d'influence sur moi (typiquement si j'étais une femme), aurait un impact catastrophique sur ma santé mentale, le fait de me plier à quelque chose qui ne passe pas étant... bah une cause de brisure psychotique. Mais bref.

Il y a un point sur lequel je voulais revenir en fait: le paragraphe sur "Une personne qui ne couche pas avec des personnes X est-elle X-ophobe". Plus précisément sur l'idée même de "personne x-phobe". Cette idée me gêne en fait. Pour son caractère profondément définitif. Une personne est. Elle n'est pas "en train d'être". Elle est. ça sent fort la vérité générale, et l'absolu. ça sépare le monde en deux, entre les personnes qui le sont et celles qui ne le sont pas et ça met en place un schéma d'instabilité précaire face au brevet de "non-Xphobe".

Or, à partir du moment où l'on est né-e dans cette société, on subit un conditionnement sur chaque axe d'oppression. J'avais déjà parlé de ce qui se déconstruit dans cet article, et si on peut exiger d'une personne de remettre en question un préjugé lorsqu'elle est face à une preuve de son aberration, un conditionnement, c'est bien plus profond. ça s'insinue dans notre construction personnelle, et jusque dans nos traumatismes parfois. Il y a, bien évidemment, une différence fondamentale entre le conditionnement, et le fait de rationaliser ce conditionnement, comme en parle Lau dans son article d'ailleurs. Je parle bien ici du conditionnement en lui-même.

Dans certains milieux militants, il est assez fréquent de voir une sorte d'omerta envers une personne parce que "elle est psychophobe" ou autre. (j'ai même déjà vu ça envoyé dans la gueule d'une personne qui avait des troubles psys et personnellement ça m'enrage) Et j'avoue que ça me gonfle. D'une part, ça fige l'individu dans son passé, sans aucune possibilité d'évoluer. D'autre part ça créé ce système de brevet "pas psychophobe" alors que nous sommes TOU-TE-S conditionné-e-s par la psychophobie. Personne ne peut délivrer un tel brevet, et celui-ci peut être retiré à tout moment. Il est donc attribué "par défaut" aux personnes, et pouvant être retiré à la moindre erreur. C'est un système ultra-violent, et j'avais déjà parlé du fait que je connaissais divers personnes qui avaient indiqué que les milieux militants et surtout les milieux dit "safe" étaient plus violents pour elles que leur vie personnelle, et clairement pas des personnes du bon côté de la barrière en terme de violence de la société.

Bon, je dresse un tableau ultra sale, il faut être honnête. Beaucoup de militant-e-s se contentent de pointer que tel action/propos/pensées etc. est oppressive, et c'est, à mon sens, beaucoup plus sain. Certes, on me reprochera que ça câline l'oppresseur dans le sens du poil, sauf que je ne parle pas uniquement d'oppresseur ici, d'autant moins que je ne compte plus les fois où j'ai vu des ALLIE-E-S venir balancer ça à des concerné-e-s. Une femme noire musulmane anti-voile qui se prend "t'es islamophobe" par un blanc ? Déjà vu. Une femme qui se fait engueuler par un mec sur son slut-shaming ? Déjà vu. Un type avec un trouble bipolaire & de l'anorexie qui se fait balancer qu'il est psychophobe ? Pareil. Vous me direz "iels le sont peut-être". Non, iels le sont. Comme vous d'ailleurs. En revanche en balançant ça à des concerné-e-s, ce que vous faites, c'est littéralement faire peser sur elleux le poids de la violence qu'elleux subissent. Niveau immondice, ça se pose là je trouve.

On est tous psychophobes. Point. La société l'est, on vit dedans. On est conditionné, point à la ligne. Occupons-nous de ce qui peut l'être, pas de qui l'est.

lundi 4 avril 2016

Cis et agenre

Agenre et cis. Ces deux mots, très souvent, posent soucis. Soit on les utilise pour nier le fait que je sois agenre, soit pour nier le fait que je sois cis. Pourtant, ces deux données sont parfaitement cohérentes, étant donné qu'elles font parti, dans mon cas, de deux oppressions différente. Entendons-nous bien, dans cet article, je vais parler de mon cas personnel. Il n'est nullement question de dire aux autres personnes qu'elles ont à se considérer ainsi, simplement d'expliquer mon point de vue me concernant sur ce sujet.

Je suis cis. Mon corps ressemble à celui que la société considère comme étant celui d'un homme. Je ne suis pas gêné lorsqu'on me genre au masculin, je ne ressens, socialement parlant, aucune violence dans le fait qu'on me genre de cette manière. Au téléphone, on me genre au féminin (je n'ai jamais saisi pourquoi, mais c'est constamment le cas lorsque je suis démarché), le reste du temps, on me genre au masculin. Lorsqu'on parle du taux de meurtre des personnes trans', je ne me ressens pas comme faisant parti de cette statistique. Socialement parlant, j'ai l'intégralité des privilèges cis. Je n'ai pas peur lorsque j'utilise des toilettes publiques, personne ne me pose de questions sur mes parties génitales, je n'ai pas besoin de la moindre action sur mon corps pour être validé par la société dans le genre qu'elle m'a assigné, et je ne ressens pas le besoin d'être validée par la société sur le fait que je sois agenre. Les médecins ne me posent aucun soucis lorsque je vais en voir un-e etc. Bref, quel que soit l'article qui parle des privilèges cis, je les ai tous. Pour moi, qui effectue une analyse de classe entre d'un côté la classe oppresseur et de l'autre la classe oppressé-e, il n'y a pas de doute que je me situe dans celle des oppresseurs.

Pour autant, je suis agenre. Je suis quasiment incapable de m'identifier à un personnage masculin. Dans mes jeux vidéos, j'abandonne en moins de quelques heures les personnages masculins que je tente de jouer, là où les personnages féminins sont ceux que je peux jouer durant des dizaines voire des centaines d'heures. Dans mes livres, je me sens bien plus proche des personnages féminins, Georgia Mason (feed), lisbeth salander (millenium) et d'autres encore m'ayant fortement "imprimé". Si le personnage principal est un homme, je me vois à côté de lui. Alors pourquoi agenre ? Parce que cette identification, j'en suis certain, aurait été l'exacte opposée si j'avais été assigné femme à la naissance. Ce n'est pas une identification de ressenti, mais de contrebalancement. J'ai longtemps pensé que c'était assez cissexiste comme ressenti, se basant encore une fois sur les organes génitaux pour contrebalancer. Sauf que je n'ai pas forcément d'information sur ce point, dans mes romans / mes jeux vidéos et surtout...
le fait que je sois agenre est dû à ma neuroatypie, non à une gêne vis-à-vis de mon genre assigné à la naissance. C'est le concept même du genre que je n'ai jamais fondamentalement saisi. Tout comme nombre de conventions sociales, j'ai appris avec le temps, à m'y adapter, mais ce n'est rien de plus que de l'adaptation. Dire ou répondre à "comment allez-vous" le matin à ses collègues rentre dans le même schéma. Je ne comprends pas l'intérêt de cette question que l'on se pose sans véritablement avoir envie de connaître la réponse. Mais j'ai appris que c'était ce qu'on attendait de moi, et je m'y adapte. Le genre qu'on m'a assigné à la naissance est dans ce cas également. Pendant longtemps, j'ai corrigé les personnes au téléphone qui me genrait au féminin. Non que ça me gênait de l'être, mais simplement parce que je savais que la société attendait de moi que je le fasse. De même que je faisais des cadeaux aux personnes à leurs anniversaires. Et sur ce point, d'ailleurs, faire des cadeaux aux anniversaires était infiniment plus douloureux pour moi que d'être genré au masculin. C'était une angoisse constante, et lorsque je m'en suis libéré aux alentours de mes 16ans (en indiquant à ma famille que je ne demandais plus de cadeaux pour mon anniv et n'en ferais plus), ça m'a fait un bien ahurissant.
La raison en est simple: faire des cadeaux implique de ma part que je prenne énormément de temps et d'énergie, à un moment donné, pour m'adapter à ce que la personne en face souhaite et à ce que la société accepte. C'est un travail énorme et usant vu qu'il doit être fait à une période donné avec une deadline, et que seul un des quatre types de cadeaux (tels que je vois les cadeaux), est considéré comme valide. A l'inverse, être genré au masculin ne me gêne pas, et je me genre au masculin plus souvent qu'au féminin, simplement parce que ça, je l'ai intégré avec l'apprentissage de la langue.

Je me considère donc comme agenre et cis. Ceci n'a pas vocation à dire aux autres personnes agenres qu'elles n'ont pas légitimité à se considérer trans, mais simplement à expliquer mon point de vue sur le sujet. Agenre est une donnée d'identification personnelle, une sensation d'incompréhension vis-à-vis de ce concept, qui se trouve englobé dans un très grand nombre d'autres concepts dont je n'arrive pas à saisir l'utilité/le fonctionnement/l'intérêt du à ma neuroatypie, Cis est une donnée politique qui permet d'analyser une situation sur l'axe du cissexisme. Il va de soi, je le rappelle ici, que ceci est une considération personnelle et qu'au grand jamais elle n'est une réflexion sur toutes les personnes agenres.

mercredi 30 mars 2016

Jean mich du PMU vs les tapotes sur l'épaule entre concerné-e-s

Oui, les personnes qui ont eu ces propos se reconnaîtront. Non, je vais pas les nommer, mais oui, je vous cible très joyeusement. Bon, soyons honnête, vous n'êtes pas les seules visées. Vos propos sont assez récurrents dans les milieux militants et cette opposition entre ces deux types de militantisme m'énerve depuis un bail. Vos propos auront simplement été la goutte d'eau, le mépris (que ce soit un mépris dédaigneux ou un mépris compassionné) qui me fait réagir.

Parce que pour moi, cette opposition n'a aucun sens. Ce ne sont pas deux militantismes, ce sont deux facettes de la réalité du militantisme, et l'on ne peut faire l'un sans l'autre.
Si l'on considère que le militantisme se trouve uniquement dans le travail de conviction, alors on reproduit le système oppressif en centrant la lutte sur les dominant-e-s, en oubliant les personnes opprimées. En considérant que les "tapotes sur l'épaule entre concerné-e-s" et l'entraide ne sont pas du militantisme, on oublie le but premier de celui-ci: une vie meilleure pour les opprimé-e-s. Lorsque Mrs Roots publie Care et femme noire: gérer sa colère pour vivre mieux il est évident que ce qu'elle dit est profondément militant, et pour autant, cela n'est pas le moins du monde tourné vers les blancs. L'article ne cherche pas à convaincre qui que ce soit, il est là pour améliorer la qualité de vie des femmes noires. Mépriser ça en le considérant comme n'étant pas du militantisme, mais simplement de l'entraide ou du soutien, c'est à nouveau considérer que la vie des opprimé-e-s n'est pas ce pour quoi on lutte.

A l'inverse, considérer qu'il est hors de question de militer auprès de Jean Mich du PMU, c'est d'une part, un propos qui sent très fort le mépris de classe, mais également, oublier que les individus qui n'ont pas de conscience des violences systémiques ne sont pas forcément des dominants dans chaque axe d'oppression. En ayant cette idée, on met de côté tout le conditionnement de la société en exigeant une certaine "décence", en oubliant totalement que ce que l'on appelle décence (remise en question, écoute des concerné-e-s etc.) est quelque chose qui s'apprend, dans une société où l'on est conditionné à l'inverse (la base étant l'idée de l'universalisme qu'on nous enseigne tout petit). C'est également oublier qu'on ne lutte pas uniquement pour les personnes militantes. Cette pensée se traduit très souvent par l'idée que toute personne ayant des propos oppressifs est un mec cis het, blanc, bourgeois, neurotypique et valide, ce qui n'a non seulement aucun sens, mais en plus dépolitise totalement le problème. D'une part, en considérant que la "déconstruction personnelle" est du militantisme (spoiler: non. C'est de la décence découlant d'une prise de conscience, mais ce n'est pas du militantisme, vous n'allez pas changer le monde parce que vous avez changé, et l'individualisation de l'oppression est une dépolitisation complète. Votre microcosme s'en trouvera peut-être changé, et c'est très bien, mais ça n'a pas de possible portée politique sur l'ensemble de votre classe contrairement, par exemple, à l'article de Mrs Roots), d'autre part en créant un "vilain méchant", méthode de diabolisation / déresponsabilisation dont j'ai parlé ici. C'est pas parce que vous êtes pas blanc que vous ne pouvez pas être misogyne, pas parce que vous êtes une femme que vous ne pouvez pas être psychophobe etc. (oui, dit comme ça, c'est évident, mais c'est ce que l'image du "mec cishet blanc NT valide bourge" renvoie).

Entendons-nous bien, je ne dis pas que pour être militant, il faut allier ces deux types de militantisme et que celleux qui ne font que l'un ou l'autre sont des mauvais militants. Je dis que ces deux militantismes sont nécessaires, que chacun-e devrait pouvoir choisir le sien, et qu'aucun ne devrait mépriser l'autre.

mardi 22 mars 2016

"Folie douce" est un terme psychophobe

Petit article rapide pour décortiquer le terme "folie douce", parce que j'ai déjà vu des personnes l'employer, concernées ou pas. Ce terme ne doit pas être utilisé.


Folie douce, pour désigner les troubles "légers"

Le terme léger ici fait référence aux troubles dont l'impact sur l'entourage est faible. Je l'indique d'ailleurs entre guillemets à cause de ça. Ce terme place l'entourage de la personne au centre de la réflexion. La personne est d'ores et déjà déshumanisé puisqu'on ne s'occupe pas de sa propre souffrance, mais bien de l'impact que celle-ci a sur les autres. C'est un premier biais par lequel on traite les personnes ayant des troubles psys comme étant un danger pour les autres, et non, en priorité, des victimes. Un trouble psy ne devrait pas être analysé en fonction de l'impact qu'il a sur autrui, mais avant tout en fonction de l'impact sur la personne elle-même, de la souffrance que ça lui cause. La souffrance causée à autrui est un élément que l'on peut analyser, mais ça n'est pas l'élément central, et certainement pas celui qui permet de catégoriser les différents troubles.

Folie Douce, pour parler des personnes "qui ne font de mal qu'à elles-mêmes"

De plus, la folie douce, ce sont tout ces troubles où l'on n'hésitera pas à dire "mais elle/il ne fait de mal qu'à elle/lui-même". Cela fait une distinction entre, d'un côté, les "bons fous" et de l'autre les "mauvais". Et ce sont celles et ceux qui subissent le plus la psychophobie (celles et ceux qui sont violents, ou qui sont difficiles à vivre pour l'entourage) qui en prennent le plus dans la tête, tandis que celles et ceux qui le subissent le moins, peuvent se protéger un peu plus. (cette situation est visible dans de nombreuses situations d'oppression d'ailleurs, et n'est acceptable nulle part)

Folie douce menace suspendue au-dessus de la tête de toutes les personnes ayant des troubles psys

Enfin, Folie douce est une menace. C'est un moyen d'indiquer à une personne ayant des troubles psys qu'elle doit s'adapter à la violence qu'elle subit, sinon elle tombera dans la "folie dure" / "folie violente", terme qui n'est d'ailleurs jamais utilisé, mais tout le temps impliqué. C'est une véritable épée de damoclès au-dessus de chacun & chacune d'entre nous. Une action qui déplaît à quelqu'un, et l'on peut sortir de cette "zone protégée". Protection qui donc, encore une fois, est totalement liée à la manière dont l'entourage vit le trouble psy d'une personne. Folie douce, c'est dire à quelqu'un "attention, je viens de te protéger, mais je peux te retirer la protection à tout moment".

Bref, Folie douce, folie dure, même combat.

dimanche 20 mars 2016

Individualisme, ressenti, les travers de la lutte militante contre la psychophobie

Je suis en colère. Pour celleux n'étant pas au courant, blogschizo a publié cet article. Suite à celui-ci, des personnes du groupe en question sont venu s'indigner que les témoignages avaient été récupéré et déformé sans l'autorisation de leurs auteurs.

Plusieurs choses posent problème ici. D'une part, le terme témoignage n'a pas de sens. Un témoignage est un propos attestant de la réalité d'un événement ou d'un propos. J'insiste bien que cela atteste de la réalité d'UN événement ou d'UN propos. Un témoignage est donc quelque chose de fondamentalement individuel. Si deux personnes peuvent avoir des témoignages similaires, elles n'ont pas le même. Les propos rapportés dans l'article ne relève pas du témoignage. En effet, cela n'atteste pas de la réalité d'un événement spécifique, les phrases sont des indicateurs de réflexions courantes. Et ce n'est pas du verbiage de parler de ça, parce que c'est majeur. Si les témoignages de tout un chacun leur appartiennent pleinement, c'est parce qu'ils sont individuels. Ceci est un témoignage: https://blogschizo.wordpress.com/2011/04/16/19-janvier-1996/. Il est daté, les propos sont ceux de la personne elle-même, bref il y a tout un ensemble de données individualisant le propos. Si je parle trouble psychotique et que je dis que j'agressais une personne dans mon sommeil, je fais un témoignage. Si je dis qu'un trouble psychotique peut se traduire par une agression, je ne fais pas un témoignage. Je fais un constat d'une réalité. Pour autant, les deux phrases peuvent, dans un certain sens, faire référence à mon vécu, mais seule la première est un témoignage et de ce fait, je ne peux exiger la « paternité » que de la première.

Les propos rapportés dans l'article ne sont donc pas des témoignages. Aucun d'entre eux n'est suffisamment rare (j'en ai vécu 21 sur 24, plusieurs personnes ont indiqué des ratios similaires, avec une personne en ayant vécu 23 sur les 24) ni suffisamment individuels (pas de noms, d'indices clair sur les émetteurs/récepteurs etc.). Parallèlement, en parlant de "propos déformés", on voit bien que les personnes ont senti (consciemment ou pas) que ce n'était pas leurs propos. Elles sont parties du principe que c'était les leurs du fait de l'introduction, et elles ont poursuivi avec cette idée en tête. Or, la phrase en question est un banal moyen assez cheap d'introduire un sujet. On peut trouver ça sur tous les blogs. On peut voir cette technique utilisée ici par exemple. Je ne commets aucune violence contre cette personne, alors même que moi je donne une information sur elle (son âge). Et si on peut comprendre l'erreur originel de croire que c'est une compile, une simple explication le démonte et ça devrait terminer la discussion. Sauf que... non.

Et là je vais en venir au coeur du sujet et c'est quelque chose qui, dans le militantisme contre la psychophobie, me faisait ronger mon frein depuis quelques temps j'ai l'impression, même si je n'en avais pas conscience. Le militantisme contre la psychophobie est rongé par un manque d'analyse systémique, une réutilisation des codes des autres mouvements militants et centré sur le ressenti et la colère avec un manque flagrant de bienveillance les uns envers les autres.

Le ressenti d'une personne est très important dans de nombreux mouvements militants, mais dans le milieu contre la psychophobie, nous sommes les premiers à savoir que prendre au sérieux un ressenti, ce n'est pas lui dire "amen", au contraire, cela peut être prendre le temps de faire une analyse de la situation afin de vérifier si le ressenti est basé sur une réalité, ou sur une appréciation erronée de celle-ci. Mais ce n'est pas ce qui est visible un peu partout. Un peu partout, on voit le ressenti comme étant "la réalité", à laquelle la personne en face est donc obligée de s'adapter quand bien même ça n'ait strictement aucun sens face à ce qui a été produit. Ce faisant, les product-eurs-rices de contenu se voit dans une situation extrêmement précaire où iels sont dépossédé-e-s de leur contenu au profit du ressenti de leur lect-eur-rice-s, les plaçant dans une position où iels ne peuvent pas produire du contenu de qualité, simplement prier que quelqu'un n'en ressente pas une violence. Et cela, en sus, s'adjoint au problème de la surlégitimité de la colère.

J'en avais déjà parlé dans l'article sur prendre soin de soi, mais un des effets pervers de la légitimation de la colère a été la création d'un lien colère <-> souffrance, qui s'est transformé en double lien où la façon dont on évalue la souffrance d'une personne est liée à la colère dont elle fait preuve. Cette surlégitimité de la colère, quand elle est dirigée à l'encontre des dominant-e-s, j'avoue que je m'en tamponnerais le coquillage avec un poil de lama, mais dès l'instant où elle se dirige vers des concerné-e-s, elle en devient franchement dangereuse.

La lutte contre la psychophobie est une lutte dans laquelle se trouvent de très nombreuses personnes extrêmement fragiles. Crise d'angoisse, dissociation, déréalisation, dépersonnalisation, crise suicidaire, j'en passe et des meilleurs. Nous sommes continuellement rappelés que nous ne sommes pas capables, par le monde médical, par nos familles, par la société en général. La bienveillance entre personnes ayant des troubles psys n'est pas simplement une bonne idée, c'est un acte militant nécessaire, en particulier envers les personnes ayant des troubles psys lourds, car leur voix ne sont tout simplement pas écoutées. En dépossédant les créat-eur-rice-s de leur contenu et en oubliant toute forme de bienveillance à leur égard tout en justifiant la colère, tout ce que l'on créé, c'est une silenciation des rares personnes qui offrent les premières plates-formes de contenu solides indépendantes du monde médical.

De plus, S'il est peut-être possible dans d'autres mouvements militants d'accepter une violence à l'égard des personnes concernées (ça me perturbe perso mais admettons), on ne peut nullement réutiliser ce code dans la lutte contre la psychophobie. On n'a juste pas le temps, on n'a pas la force et surtout, on n'est pas assez. Combien de blogs abordent les problèmes de santés mentales avec une analyse politique ? Moins d'une dizaine en France je dirais. Dans le paysage des blogs, il y a même des maladies mentales qui ne sont tout simplement pas représentées. Blog sur la dissociation de personnalité ? Blog sur les personnes mythomanes ? Cherchez, moi j'ai pas trouvé. J'ai des témoignages, ça et là, sur des forums, bien planqués, rien de consistant. Sospsychophobie ? Je ne sais pas quel âge elle a mais moins de 4ans. La Mad Pride ? Elle a eu 2 éditions à Paris. Nous devons lutter contre l'injonction à la médication, contre l'injonction à la non-médication, contre les abus psychiatriques, contre la déshumanisation, contre l'utilisation de nos existences comme défense de la suprématie patriarcale et blanche, pour nos droits à décider pour nous mêmes, contre les mépris des auto-diagnostics et nous sommes si peu, si désorganisés, si brouillons, si jeunes, en quelque sorte, dans nos luttes (on fait très peu de liaisons avec les associations de lutte de nos parents par exemple, et pourtant elles existent, tant de choses reste à faire on est l'embryon d'un mouvement militant) que l'on ne peut pas se passer de bienveillance les uns à l'égard des autres. Refuser la bienveillance au nom du droit à la colère, c'est considérer que l'individualité d'un ressenti prime sur l'action commune face à un système.

La bienveillance entre concerné-e-s et particulièrement à l'égard des créat-eur-rice-s de contenu est plus que vital, sinon, on aura simplement un magnifique désert de contenu. Ce sera safe et sans possibilité pour qui que ce soit de ressentir un abus. Mais ça pue. Oh, soyons clair encore une fois, je ne nie pas qu'on pouvait, à l'origine, avoir l'impression d'un abus en voyant l'article. Mais dès l'instant où il a été mis en évidence que les propos ne sont pas individuels, que la majorité des personnes les ont vécu, il y a un travail de réflexion à faire, travail de réflexion et d'analyse qui est asphyxié purement et simplement par ce doublé colère-ressenti. Mon ressenti est la vérité, j'ai droit à la colère, mais colère est mon ressenti, donc ma colère est la vérité, point final, ce que tu as produit n'est pas pertinent, et une analyse est inférieur à mon ressenti.

Un ressenti doit toujours être pris au sérieux. Mais prendre au sérieux un ressenti, ça peut aussi être démontrer que celui-ci ne s'appuie pas sur la réalité.

dimanche 13 mars 2016

Responsabilité et sexisme

Responsabilité et sexisme. Ça fait sacrément pompeux comme titre mais j'ai rien trouvé d'autre, donc on va faire avec. Ce dont je veux parler ici se retrouve dans les relations amoureuses comme amicales entre un homme et une femme.


Pour expliquer ce rapport à la responsabilité, je vais partir de cas concret pour aller vers des situations plus abstraites. Je vais donc parler, en premier lieu, des tâches domestiques. Il est entendu cela dit qu'il est admis que les « ouin ouin, on fait le bricolage », c'est de la connerie. Nous discutons ici entre personnes cherchant véritablement à déconstruire les conditionnements sexistes de la société, notamment dans le partage des tâches domestiques. Je prends cet exemple notamment parce qu'étant donné que c'est mon travail (même si je fais plus dans l'industriel, j'ai fait aussi dans le domestique), j'ai une vision un peu plus « ordonnée » et professionnelle de ce que sont ces tâches, qui, d'après moi, et de ce que j'en ai vu, peut aider à analyser la situation.

J'ai demandé, il y a quelques jours, à des personnes, de me lister les différentes tâches domestiques qui leur venait à l'esprit. Les réponses étaient assez similaires, avec, cependant, légèrement plus de connaissances de la part des femmes (j'ai mis de côté les personnes non-binaires cependant, d'une part parce que je parle relation entre homme & femme, d'autre part, parce que les résultats étaient très divers). Cependant, même chez les personnes qui détaillaient très précisément les tâches, une tâche n'a JAMAIS été citée, celle de la gestion.

La gestion est une tâche dont m'avait parlé un de mes chefs d'équipe, qui est très souvent, d'ailleurs, divisée en deux, la première étant la gestion du matériel, échouant à tous les travailleurs, la seconde la gestion des tâches, échouant aux chefs d'équipe. La gestion du matériel, c'est vérifier le manque de produit, le ranger, prévoir s'il faut en acheter ou le nettoyer si on ne peut le nettoyer de suite. La gestion des tâches, c'est savoir ce qui doit être fait et préparer quand ça doit l'être, vérifier que ça a été fait etc.

Dans les tâches domestiques, la gestion du matériel c'est beaucoup de choses. Vérifier que le panier à linge sale (quand on en a un) n'est pas cassé, vérifier qu'on a tous les produits pour faire le ménage, la lessive, la vaisselle. La gestion des tâches, ça peut être de faire attention au temps, parce que si on ne peut étendre la lessive que dehors et qu'il va pleuvoir durant trois jours en fin de semaine, va falloir s'adapter. Ça peut être collecter les différentes informations sur le ménage/lessive/vaisselle/cuisine/frigo pour établir la liste de courses etc.

Or, cette gestion, de ce que j'ai pu remarquer chez plusieurs couples hétérosexuels, incombe ultra-majoritairement aux femmes. L'exemple de la pluie qui va tomber est un que j'ai vu, où j'ai vu une femme signaler à son mari qu'il fallait qu'il fasse la lessive le jour-même vu qu'il allait pleuvoir le lendemain (gestion des tâches). A l'inverse, j'ai déjà vu, dans ma famille, l'homme ne pas faire la lessive car il n'y avait plus de produits, vu qu'il avait replacé la bouteille vide sur le haut de la machine lors de la dernière. (pas d'inventaire de matériel)

De manière générale, même dans les situations où l'on trouvait une répartition à peu près équivalente en terme de tâches domestiques, l'intégralité de la gestion, qui est un travail quotidien, et plus une attention aux détails qu'un véritable « acte » en lui-même, est extrêmement déséquilibré. Faire une tâche domestique, c'est un acte qui va durer un certain temps. Faire attention, c'est une attitude du quotidien, et c'est là toute la différence entre les deux. Pour atteindre un véritable partage des tâches, il est donc nécessaire qu'en tant qu'homme, nous fassions plus attention, en ce domaine… et en beaucoup d'autres.


Nous avons vu que la gestion, c'est de l'attention, mais ça n'est pas que ça, et pour montrer le second point, je vais revenir sur un tips que j'ai lu sur la toile anglophone (désolé paumé le lien), pour les hommes souhaitant combattre le sexisme et qui était « faites attention à vous, n'attendez pas qu'on exige de vous que vous alliez chez le médecin ou qu'on vous rappelle de prendre vos pilules pour le faire ». Ce passage m'avait semblé étrange à première lecture, mais le fait est qu'en regardant autour de moi, je vois énormément d'hommes qui ne vont chez le médecin qu'une fois tanné plusieurs jours par leur mère-femme-sœur-petite-amie-meilleure amie. C'est là encore une attention, mais également une responsabilité qui est laissée aux femmes. Bien souvent, ce sont elles qui vont accompagner la personne jusqu'à parfois prendre même les rendez-vous pour elle, leur rappeler la date quand celle-ci approchera etc. La gestion, c'est donc à la fois de l'attention et de la responsabilité. Et cette responsabilité rend bancale un paquet de relations hétérosexuelles.

Beaucoup de mêmes sur le net font référence à cette situation que l'on voit régulièrement, un un homme demandant ce qui ne va pas, une femme répondant « tu devrais savoir ce qui ne va pas », et tout le monde rit de cette situation qu'on a vu régulièrement. A ceci prêt que ça n'a rien de drôle. Les relations hétérosexuelles sont très largement empreintes de ce manque d'attention des hommes, au point où le fait qu'un homme repère un changement chez une femme peut être considéré comme un compliment, même quand c'est aussi évident qu'une nouvelle coupe de cheveux. Les mêmes qui sont capables de repérer instantanément si les icones sur leur ordinateur ont été déplacés, rappelons-le, et c'est quand même nettement moins important et très révélateur que le problème est bien un manque d'attention et pas un manque de capacité. De la même manière, les dates d'anniversaires oubliées. Certes, tout un chacun peut les oublier, mais le fait est que ce sont plus souvent les hommes qui oublient ces points. Vous me direz qu'on n'est pas forcé d'apprécier cette tradition et j'approuve totalement cette considération. En revanche, si vous le faites une fois qu'on vous l'a rappelé… c'est que ce n'est pas un problème de refus de la tradition, mais bien de faignantise et de report de responsabilité sur l'autre (souvent une femme encore une fois).
Niveau responsabilité affective, on pourrait parler également du fait de chercher à obtenir du soutien moral sans le rendre, établissant, là encore des relations complètement déséquilibrées. C'est d'autant plus malsain qu'un des conditionnements féminin est celui de prendre soin de l'autre, il suffit donc très simplement de ne pas lutter contre cette situation pour qu'elle s'installe petit à petit. (ce point, d'ailleurs peut aller au-delà des relations hétérosexuelles, et on pourrait revenir aux relations entre une personnes ayant des troubles psys et une personne n'en ayant pas, et également à d'autres relations d'amitié, mais ce n'est pas l'objet de ce billet, en fait, ce point fera l'objet d'un autre billet, le billet prévu à l'origine, mais que je n'arrivais pas à faire sans cette introduction, vu que je vais élargir le propos au-delà du sexisme, et parler psychophobie/neurotypisme mais aussi relations abusives, manipulation etc)



Maintenant, la question reste : comment faire attention ? Hé bien, en terme de tâches domestiques, je pense qu'il est assez nécessaire, au début, de se prendre du temps, en début et en fin de journée, pour jeter un coup d'oeil à toutes les tâches et faire celles nécessaires. Pourquoi prendre du temps encore une fois et pas de l'attention ? Parce que l'attention, ça ne se prend pas. Le temps, si. L'attention, elle viendra petit à petit que vous prendrez l'habitude. Quand vous aurez fait des lessives à 10h du soir, fondamentalement blasé parce que grmblblbl je veux paaaas, bah vous allez rapidement prendre le pli d'aller checker en passant si vous avez 3-4minutes à un moment. Arrivera même un moment où vous saurez qu'il y a de la lessive à faire, sans même avoir été regardé, simplement parce que vous vous souviendrez de la dernière (vous serez passé quand elle était en cours/étendu/autre) et que vous aurez pris l'habitude du temps entre deux machines. Et surtout, la principale différence avec la situation du célibataire, est que vous allez faire les choses à un moment qui peut vous gonfler, mais les faire quand même. Et c'est là, de ce que j'ai vu dans pas mal de situations, la différence principale entre les hommes et les femmes quand iels passent du statut de célibataires à « en couple ».

En termes de relations amoureuses & amicales, là, y a pas de secret, au début, va falloir se poser la question tous les jours je pense. 5-10min à la fin de la journée concernant les discussions avec des femmes. De qui a-t-on parlé ? Qui a initié la conversation ? Qu'est-ce que vous avez appris sur l'autre ? Il est sans doute aussi possible de vérifier auprès des femmes que vous côtoyez pour savoir comment elles voient la relation, mais c'est avant tout un travail à faire soi-même puisque justement, le but n'est pas d'accomplir X ou Y action qui finirait par donner le badge, mais de faire attention en continu, de désapprendre ce schéma foireux d'irresponsabilité. Ça reste quelque chose qui va prendre du temps, car là où faire une action est simple, basique, aisé pour qui a de la bonne volonté, ce genre de travail qui s'attaque à un conditionnement social peut être beaucoup beaucoup plus long.

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