lundi 6 juillet 2020

#PasEnMonNom Quelque chose ne va pas

Article précédent: violence intramilitante
Premier article du sujet: introduction

C’est long ce que j’écris. 4300 mots et ça continue de monter apparemment. Mon point reste le suivant : la radicoolitude prend de plus en plus d’espace dans le milieu militant. Par radicool, j’entends le fait de pousser un concept pertinent à l’extrême, ou de valoriser les concepts radicaux sans prendre en compte les dégâts collatéraux que ceux-ci peuvent engendrer. Le terme est violent. Je sais. Je n'ai pas encore pris le temps de le détailler. Les radicaux et les radicools n'ont rien à voir. Faudra que je prenne le temps de l'expliquer en détail. Quelque chose ne va pas. C'est simplement ça ce que je veux dire. Quelque chose ne va pas.
La libération de la colère est une chose vitale. La rationaliser, considérer que la colère est militante, et valoriser la colère comme la violence dans les milieux militants, ça c’est malsain.
Le fait de chercher à lier des oppressions afin de pouvoir prendre en compte les personnes qui en vivent plusieurs est quelque chose de fondamental. L’afroféminisme le montre très bien. En arriver à créer un amalgame gigantesque de toutes les oppressions qui finit par exclure des luttes toute personne n’étant pas en accord sur un sujet ou un autre… c’est malsain.
Le fait de pouvoir nommer les violences ordinaires est vital. Mais taxer de transphobe aussi bien une personne refusant de dire « iel » et une personne appelant à la mort des trans’, c’est malsain .
Le fait de refuser d’oublier les personnes qui se sont battues violemment pour acquérir des droits est majeur. Elles ne doivent pas tomber dans l’oubli. Rejeter les méthodes pacifiques, c’est malsain.
Donner la parole aux concerné.e.s, c’est nécessaire. Trop de fois voit-on encore des experts en rien qui viennent parler du vécu de personnes, alors que ces mêmes personnes concernées sont silenciées continuellement. En finir par exiger l’outing d’une personne ou juger le fait que la personne soit ou pas concernée en fonction de ses propos, voire invalider le fait qu’elle soit concernée du fait de ses propos, c’est malsain.
Se refuser à l’injonction d’être toujours dans le dialogue, de devoir expliquer mille fois les choses, c’est nécessaire. Trop de temps est perdu à ça, et on peut vouloir s’occuper de s’aider entre nous. Considérer que l’on peut insulter ou espérer qu’une personne subisse des violences parce qu’elle n’a pas nos idées, c’est malsain.

Comment est-ce qu’on fait pour sortir de cette ambiance de radicool ? J’en sais rien. Ce serait sans aucun doute très intéressant de pouvoir faire revenir dans le militantisme celles et ceux qui n’ont pas les codes de la colère, qui ne supportent pas la violence, ou qui ne sont, simplement, pas en état psychique de pouvoir la gérer. En d’autres termes, les plus fragiles et les plus faibles. Parce qu’être faible, c’est pas un reproche qu’on devrait faire à quelqu’un, mais un constat qui devrait inciter à les protéger, à leur donner à eux, plus encore qu’aux autres, un endroit pour exister, et certainement pas à décider à leur place d’à quoi cet endroit devrait ressembler, quels devraient en être les codes etc. Ne supporter la colère ou la violence ne devrait pas être synonyme de rejet des milieux militants. Et on a beau dire que ce n’est pas le cas aujourd’hui… Dans les faits, c’est le cas. Et #PasEnMonNom le montre particulièrement bien.

Je me sens obligé de préciser un paquet de choses, et c’est assez révélateur du malaise que j'ai à écrire cet article, de l'inquiétude de me tromper, de cette sensation qu'il faut gérer tous les angles pour être parfait dans ma réflexion. Peut-être ne l'est-elle pas. Sans doute même. C'est en construction. Elle dit la même chose. Elle crache le même concept, la même sensation : quelque chose ne va pas.
Beaucoup des personnes ayant posté dans le #PasEnMonNon ont dit des trucs avec lesquels je suis en désaccord. En fait, y a même des trucs qui m’énervent comme pas permis.
Quand je vois des messages parlant d’hystérisation du mouvement, ça m’insupporte. Quand je vois un mec qui se définit comme libéral, ça m’énerve. Littéralement, ça m’énerve. C’est quelqu’un à qui je m’oppose. Quand il écrit « le progressisme, un concept que je chérissais tant, a-t-il perdu l’esprit », je commence à sentir de la fumée s’échapper de mes oreilles.
Le fait de parler des militants comme des gens qui sont en train « pervertir la lutte » m’énerve. Parce que le mot « pervertir », ça a une sale connotation dans ma tête. Tout le passé. Toute l’extrême-droite aussi. Ça parle de lynchage. Ça parle des mecs qui ont légalisé l’avortement, des hétéros qui ont légalisé le mariage homosexuel, des cis qui ont retiré la dysphorie de genre des maladies mentales, ça m’emmerde.
Mais…
Mais…
Mais…
Y a quand même un truc qui me chiffonne intérieurement. Cette sensation de malaise. Pourquoi des gens pour lesquels on dit se battre se séparent de nous ? C’est trop facile de dire « c’est pour se protéger en jouant au "bon LGBT" face au "méchant militant" » ou « ils comprennent pas. » ou encore « ils sont privilégiés, ils abandonnent la lutte » ou « ils profitent de nous »
Pourquoi des gens ont-ils peur ? Pourquoi, comme je l’écrivais dans les milieux safe une anomalie du milieu militant, une femme grosse, pauvre, bi, victime d’abus et avec des problèmes psys longs comme le bras, trouve-t-elle le milieu militant « trop violent » ?
Pourquoi y a-t-il des personnes parmi les plus fragiles, des personnes qui en ont pris plus dans la gueule que ce que la majorité d’entre nous ne peut que serait-ce concevoir, qui ne se sentent pas à l’aise ?
Quelque chose ne va pas.
Je n’étais pas ironique en parlant plus tôt dans cette conclusion. C’est probablement ça qui m’énerve et me bouffe à ce point. Ces concepts, je ne peux que les valider. Je ne peux que les considérer comme légitimes. Et pourtant, j’ai ce sentiment étrange. Ce sentiment simple :

Quelque chose ne va pas.

#PasEnMonNom violence intramilitante

Article précédent: dilution et essentialisation dans le milieu militant
Premier article : Introduction

A tout ce qui a été dit précédemment s’ajoute également une violence militante globale. Le fait que beaucoup de personnes parlent de leur « peur » de s’exprimer en est révélateur, et cela fait longtemps que ça a été signalé. Les méthodes du milieu militant comportent des problèmes similaires aux concepts centraux : l’idée est bonne, mais la réalisation est bien souvent poussée à l’extrême. 

La libération de la colère, en soi, est une bonne chose. Il est évident que vivre dans une société où l’on peut être discriminé.e, violenté.e, abusé.e ou tué.e du fait que l’on soit noirs, femmes et/ou handicapés, ça peut légitimement énerver. Il est évident que la colère, voire la rage, ne peut pas, sainement, rester cloitrée à l’intérieur de l’esprit d’une personne. Il faut pouvoir l’exprimer. Pour autant, la libération de la colère a été poussée à l’extrême. La colère est devenu un outil militant. La colère n’est plus seulement légitime, elle est légitimisante parce qu'elle est considérée comme l'indicateur de la souffrance, et que la souffrance est légitime. Chacun pourra remarquer que les coups de gueules sont les moments où l’on reçoit le plus de « fav », de « rt » et de réponses. Les coups de gueules, la colère, sont vus comme l’expression de la souffrance. Or, si la colère peut être l’expression de la souffrance, elle n’en a pas l’exclusivité. Mais pour autant, c’est la colère qui donne le plus de validation d’un propos dans le milieu militant. (sur ce sujet, article de moi-même : les milieux safe : anomalie du milieu militant ? ) (chapitre 2 sur la colère) 

Ce sont donc les personnes qui sont le plus en colère, ou qui connaissent le mieux les codes de la colère, qui sont les plus valorisées dans la majorité des cas. Les personnes ne supportant pas la colère ou la violence verbale sont mises de côté. Peu écoutées, et encore moins prises en compte. On entre ici dans un côté quasiment « virilisant » du milieu militant. Colère & violence. 
Je rajoute en effet « violence », car on peut voir aussi un phénomène de fétichisation des violences comme outil militant. Stonewall en est un bon exemple. Et peu importe que les marches des fiertés aient été majoritairement pacifiques depuis lors, on revendique la violence de cette époque comme « le moyen qui a permis d’avancer ». Le champ lexical de la résistance, de la force et de la faiblesse, sont extrêmement présents. On parle de « collaborer » pour ceux qui participent au #PasEnMonNom « Vous savez qu’ils vont continuez à vous tabasser, vous insulter et vouloir vous retirez des droits même si vous collaborez » (image 1). Un autre mentionne des « serpillères prête à se coucher » et dit « Mais c’est bien, continuez à vous taire et à vous cacher » (image 2). Un autre enfin parle de « comportement de faible » (image 3) 

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(image 1)
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(image 2)
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(image 3)


Au final, cette virilisation du milieu militant a une conséquence assez banale : là où les moyens violents de lutte contre les oppressions systémiques sont majoritairement oubliés ailleurs, dans les milieux militants, ce sont les méthodes pacifiques qui sont oubliées. C’est le compromis qui est une erreur. La radicalité est considérée comme une vertu, peu importe les dégâts qu’elle cause sur son passage, que ce soit face à des personnes ne supportant pas la violence, ou parce que les concepts poussés à l’extrême perdent leur sens. 

Les méthodes utilisées face aux personnes ayant une voix dissonante sont d’ailleurs particulièrement glauques. Pour le #PasEnMonNom, beaucoup font référence à la transphobie de la créatrice (ou supposée créatrice, en effet, le premier tweet était d'une autre personne (image 3bis) ) du hashtag ou aux personnes d’extrême-droite s’y étant engouffrées. On peut lire par exemple « Si j’étais une personne qui témoigne sur le #PasEnMonNom et que les droitards venaient me féliciter de mon # intelligent, je me poserais peut-être des questions mais bon... » (image 4). A l’inverse, rares sont les personnes indiquant qu’elles se posent des questions sur le fait que tant de LGBT+ se retrouvent dans le hashtag. Certains utilisent le fait que « Valeurs actuelles » ait fait un article sur le sujet pour discréditer les personnes ayant posté dans le hashtag. 
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(image 4)
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(image 3bis)

On peut trouver beaucoup de cherrypicking, ainsi que de véritables gymnastiques intellectuelles. Quand une personne écrit « Je ne souhaite jamais de mal aux gens mais vous mériteriez de vous faire frapper à cause de votre orientation sexuelle et de l’homophobie systémique pour que vos neurones se remettent en place » (image 4bis), certains défendent les propos en indiquant les « précautions langagières » et le « conditionnel » pour dire « qu’il ne leur veut pas de mal ». (image 5) Oui, certains peuvent aller jusqu’à défendre. On pourrait m’objecter que je fais du cherrypicking ici aussi. Ce n’est pas totalement faux. Précisons donc que je ne dis pas que cela représente le milieu militant. En revanche, je pense que les extrêmes montrent un problème général du milieu. Ici, je prends un message particulièrement véhément, l’un des pires postés contre les personnes participant au #PasEnMonNom. Mais il est à noter qu’au sein du milieu militant, la personne possède un compte de plus de quatre mille abonnés et n’a été call out sur cet immondice par quasiment personne (nota bene: oui, beaucoup de fachos lui ont craché à la gueule, beaucoup de personnes ayant participé au #PasEnMonNom ont gueulé, mais aucun de ses followers ou presque, c'est ce point-là que je mets en avant). C’est là où je pointe le problème général : la colère de la personne a été considérée comme suffisamment légitimisante pour que l’immense majorité du milieu militant ne lui ait offert aucune contradiction.
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(image 4bis) je l'avais oublié m'emmerdez pas, je fous des bis ou des ters)
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(image 5)

On peut remarquer aussi beaucoup de notions faisant penser au « camp du bien ». Dans un long message, une des personnes parlant sur le hashtag fait mention de cette violence et de cette supériorité morale. « Pour eux, la fin justifie les moyens parce que des gens meurent, parce qu’ils sont convaincus d’avoir l’ascendant moral et que leurs ressentis individuels priment sur toute forme de logique rationnelle. » (image 6) Cela peut sembler caricatural. Mais en ce cas, pourquoi d’autres en parlent-ils également ? « Ces sectaires qui cloisonnent la lutte LGBT, qui se battent entre eux pour enfin savoir qui est le plus vertueux » (legitimite1) 
 
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(image 6)
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(image 7)

De fait, des méthodes utilisées dans les discussions font aussi fortement penser à ce « camp du bien. ». Ce serait ceux qui font le travail, qui se battent pour « les droits des autres ». Il paraît évident que ceux n’étant pas en accord avec eux ne se battent pas. Ce sont des hypocrites. « Sans cette communauté vous n’auriez pas la moitié du respect et des droits dont vous jouissez aujourd’hui. » avant d’ajouter « soyez reconnaissants » (image 8). Cette notion que ce serait seulement les militants d’un seul type qui agiraient mêle deux points. D’une part la certitude de la vérité (déjà évoqué par les champs lexical de l’éducation etc.), et d’autre part, celle de l’essentialisation, où l’on ne parvient même pas à considérer que les autres puissent eux aussi lutter, et où l’on considère de base qu’ils sont hypocrites ou lâches. Le fait d’accuser les personnes s’y trouvant d’être privilégiées est un thème récurrent. J’ai déjà expliqué en quoi cette notion n’a plus de sens lorsqu’on commence à s’occuper de toutes les oppressions, mais il faut noter ici le point majeur : c’est une accusation. On va dire que les personnes pensent quelque chose parce qu’elles sont privilégiées. Comme si cette information suffisait à justifier la non-pertinence de leur pensée. « C’est que des LGBTQ+ privilégiés qui ont obtenu suffisamment de droit pour se permettre d’arrêter la lutte » (image 9) 
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(image 8)
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(image 9)

On peut aussi voir des personnes faire un lien direct entre les personnes témoignant dans #PasEnMonNom avec l’extrême-droite. « Bientôt la team Pasenmonnom va dire que l’écriture inclusive c’est un truc d’islamiste contre l’égalité homme-femme ». (image 10) Ici, on assiste aussi à une dilution des concepts. On associe des LGBT+ qui parlent de leur malaise et des problèmes qu’ils ont avec le militantisme LGBT+, et l’extrême-droite. Plus tôt dans l’année, on pouvait lire « n’importe quel LGBT sensé te dira ACAB » (image 11). Ici aussi, essentialisation, mais surtout, avec le « sensé » on peut noter toute une notion de condescendance vis-à-vis de ceux n’ayant pas le même avis. extreme_droite.jpg
(image 10)
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(image 11)

Article suivant: Conclusion; quelque chose ne va pas

#PasEnMonNom Dilution et essentialisation dans le milieu militant

Article précédent: introduction

Un point qui semble être assez visible est un problème politique : une ligne politique générale. Cette ligne politique comprend de nombreux concepts qu’il faut apprendre, connaître, mais aussi des luttes extrêmement diversifiées, allant du racisme à la grossophobie, de l’homophobie au validisme, du sexisme à la psychophobie, de la transphobie à la lutte des classes. 
Du fait que des personnes vivent plusieurs oppressions et que ces oppressions se conjuguent pour former des intersections plus complexes que leurs simples sommes, on en vient à avoir une ligne politique générale mêlant toutes les oppressions, avec un avis unique et peu de place si ce n’est aucune pour la dissension. 
L’idée est bonne : afin de ne pas exclure quelqu’un, il vaut mieux chercher une lutte générale et cohérente plutôt que des luttes dispersées qui ne parviennent pas à prendre en compte les spécificités individuelles. Le souci est que, de ce fait, on exclut les personnes n’ayant pas le même avis non pas sur un sujet, mais sur l’un des mille sujets considérés au sein de ce tout : on exclut donc beaucoup plus de monde de cette manière. De plus, en ayant une ligne politique précise qui s’organise autour de l’intégralité des oppressions, arrivent des idées comme celle du « laxisme » avec « nos propres membres » (image 1). La communauté LGBT+ n’est plus le rassemblement des personnes LGBT+ mais le rassemblement avec, en vue, l’intégralité des autres luttes. Bien sur, tout le monde dira qu’on ne demande pas aux personnes de militer pour tout. En revanche, on leur interdit de ne pas être en accord sur l’un ou l’autre de ces sujets. 
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Il paraît assez évident qu’on ne peut pas considérer que la communauté LGBT+ est le nom pour toutes les personnes LGBT+ si on parle de « laxisme » ou qu’on écrit « le # PasEnMonNom il est à vomir, ça confirme bien que nos prides doivent être politiques et sans ses grosses merdes ». (image 2). Cela explique aussi qu’une personne ne puisse même pas comprendre les dissensions politiques « comment tu peux être en désaccord avec des gens qui se battent pour tes droits et contre l’oppression systémique MDR » (image 3). D’ailleurs, cette incapacité à considérer qu’une opposition politique puisse être réfléchie et construite se voit dans de nombreux messages. Que ce soit supposer que les personnes sont privilégiées, supposer qu’elles font ça pour l’approbation des cishet ou des fachos, supposer qu’elles sont transphobes sont des réactions venant du même concept interne de « cohésion politique » qui fait que certains vont jusqu’à dire à des trans’ qu’ils n’ont rien à faire dans la « communauté ».(image 4) 

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Cette idée de ligne politique générale dilue très largement les combats. Un autre concept dans le milieu militant qui en est aussi révélateur est l’usage du mot « problématique ». Celui-ci a été introduit pour ne pas avoir à préciser transphobe, homophobe, sexiste, validiste, psychophobe, grossophobe, raciste, etc. Faut avouer que c'est assez utile. C’est un mot parapluie pour désigner l’un, l’autre ou plusieurs de tous ces termes. Le problème est que « problématique »… C’est intellectuel. Ce n’est pas un terme, à l’origine, portant une valeur de jugement moral. « Problématique » ne permet même pas de savoir précisément ce à quoi on fait référence, ni même d’en connaître la gravité. Au final, « problématique » renforce la ligne politique générale en permettant de rejeter toute personne étant, dans un domaine ou un autre de cette grande famille des oppressions, du mauvais côté de la pensée. 
Dans son message sur le #PasEnMonNom une personne en parle très bien : « Pourtant, j’ai régulièrement été qualifié d’homophobe et de transphobe, parce que je me définis politiquement comme libéral et que j’ai un regard plutôt bienveillant sur le président Macron. Mon scepticisme quant à la notion de racisme, d’homophobie ou de transphobie systémique tout en reconnaissant la nature viciée de certaines de nos institutions me vaut d’être qualifié par le même terme qu’on utiliserait pour quelqu’un ayant appelé à la mort des trans » (image 5)
 
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image 5

En effet, cette dilution du terme peut se voir aussi ainsi : des actions ou réactions totalement différentes se retrouvent classées de la même manière, déjà au sein de chaque oppression, puis encore plus par le parapluie « problématique ». On peut d’ores et déjà concevoir qu’avec un tel panel d’oppressions, un tel nombre de concepts divers et variés, et des termes aussi violents pour celles et ceux ne rentrant pas dans la case, pourquoi des personnes ont parlé de leur peur du milieu militant et de sa violence, ou du soulagement d’avoir un endroit où s’exprimer. 
Il faut également noter l’aberration que devient le concept de « privilégié ». Dans une oppression systémique, le privilège est relativement simple puisqu’il y a d’un côté les privilégiés et de l’autre les opprimés. Lorsque l’on commence à considérer l’intégralité des oppressions, de fait, la quasi-totalité des individus devient privilégié. La notion elle-même perd son sens. Si les femmes handicapées, noires, trans, bi, malades mentales, grosses, autistes et pauvres existent sans aucun doute, personne ne considère que ce sont les seules à ne pas être privilégiées. Pour autant, techniquement, c’est à cette conclusion que l’on devrait aboutir. De là, la notion de « privilégié » devient floue, aberrante, sans fondement politique sérieux. (en d’autres termes : sans possibilité d’effectuer une réflexion politique puisqu’elle recoupe la quasi totalité de la population) 


On peut retrouver cette notion de vérité unique derrière certains concepts récurrents. Le champ lexical de l’éducation par exemple. « faites vos propres recherches et éduquez-vous » (image 6) Le champ lexical de l’éducation est très courant dans le milieu militant. On « éduque » l’oppresseur ou on « s’éduque » sur un sujet. En d’autres termes : la vérité est là. Elle est unique. Elle ne se débat certainement pas, et il y a un rapport hiérarchique immédiat : ceux la possédant peuvent enseigner aux autres (ou pas, et dans ce cas-là, les autres devront « s’éduquer » eux mêmes). Bien sur, il y a des désaccords qui peuvent naître ensuite, mais tout désaccord n’a aucun droit d’avoir lieu avant cette base, dont on a vu qu’elle était gigantesque. 
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On trouve également des références à un côté « ingrat » et « profiteur » des personnes avec lesquelles on est en désaccord. Ainsi, on trouve « Vous me donnez la gerbe à cracher sur les gens qui se battent pour VOS droits » (image 7) « Vous venez juste profiter des droits que vous avez acquéri grâce aux personnes que vous jugez extrêmistes » (image 8) ou encore « vous méritez tellement pas qu’on se batte pour vos droits » (image 9). Cela sous-entend un concept clair : les personnes qui se battent sont celles qui sont en accord avec ces concepts. Donc fatalement, toute personne s’y opposant ou n’étant pas en accord est une personne qui ne se bat pas mais profite. Ça peut aller jusqu’à exiger la reconnaissance « oui il y a des dérives. Des excès. Comme dans tout mouvement. Soyez reconnaissants. » (image 10) ou encore « appeler ça être extrêmiste est une piètre tentative de dévaloriser un mouvement quand on a peur de devoir lui donner ce qu’il réclame » (image 11).
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Cette notion de vérité unique entraîne un autre problème : l’essentialisation. Dans les milieux militants, le concept de « concernés » est fondamental. Ce sont les personnes concernées par une oppression qui sont les plus à mêmes d’en parler. Ce concept est, bien évidemment, très bon à bien des égards. Mais comme tout concept, poussé à l’extrême, il devient toxique. 

En effet, les concepts de base étant considérés comme des vérités, on arrive rapidement à juger du fait qu’une personne soit concernée ou pas d’une oppression en fonction de ses paroles, ou à modifier ses propos. Ainsi, une personne peut dire à une autre « t’es complètement malade » ou encore « Vous êtes complètement tarés », puis s’excuser quand la personne lui indique qu’elle est autiste (image 12). Ce genre de comportement est relativement fréquent et conduit notamment à des outings forcés de personnes qui, souhaitant s’exprimer sur un sujet, n’ont pas d’autres choix que de donner des informations qu’elles ne souhaiteraient pas forcément donner. On force des personnes à s’outer et on modifie la manière dont on s’adresse à elles en fonction de ces informations. La personne est donc ramenée à son statut de concernée, essentialisée dans le fait que cette information est majeure dans une discussion sur une oppression. 

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Cette essentialisation, on la voit ailleurs, d’ailleurs. Dans le #PasEnMonNom, beaucoup parlent de leur volonté d’avoir le droit non pas à la différence mais à l’indifférence. Cette notion est très peu abordée dans le milieu militant, et pour cause. D’une part, elle rentre en contradiction avec le fait même de survaloriser la pertinence de la parole des concerné.e.s. Pour se faire, il faut revendiquer être concerné.e. Quiconque ne le fait pas perd donc une portion de ses droits à s’exprimer sur un sujet. La fierté est valorisée. Fortement. Il y a une quasi injonction à revendiquer le fait d’être concerné.e. C’est d’ailleurs cette essentialisation même qui va faire que, face à un discours ne correspondant pas au discours général, la personne peut être considérée comme n’étant pas concernée, en l’absence d’informations contraires. En d’autres termes : out toi, ou tu ne seras pas considéré.e comme légitime à parler. C’est le fait que tu le sois qui te donne le droit de parler, donc il faut le revendiquer. 
Pourtant, de nombreuses personnes ne souhaitent pas se revendiquer ainsi. Des personnes avec des troubles psys ne souhaitent pas s’outer parce que ça reste une douleur individuelle, parfois autant ou plus que sociétales. Des gays n’ont pas envie de s’en revendiquer, précisément car cela fait partie de leur vie intime. Il peut y avoir mille-et-une raisons. Et toutes ces personnes, du fait de la survalorisation de l’étiquette et du concerné, seront automatiquement mises au ban des discussions, ou forcées à se faire du mal en s’outant. 

article suivant: violence intramilitante

#PasEnMonNom Introduction

Sur twitter est né un hashtag assez intéressant hier, et j’avais envie d’en parler parce qu’il m’a permis de mettre le doigt sur un paquet de trucs qui me tournaient dans la tête depuis sans doute un bail. Le hashtag en question c’est celui-ci : #pasenmonnom. Petit retour sur ce qui en est à l’origine. 

Samedi dernier a eu lieu une pride militante à Paris. On pouvait y trouver un espace non-mixte entre personnes racisées, et des slogans tels que « ACAB », « Gouines contre l’hétérosexualité », « solidarité avec les meufs trans en taule » « être LGBT+ ne fait pas disparaître le privilège blanc ». Un tweet indiquait « La pride c’est pas seulement la fête. C’est aussi montrer notre soutien aux sœurs + frères LGBT+ racisé-e-s, sans papier, handicapé-e-s, TDS. Cette pride radicale et politique avec tête en non-mixité, loin des chars AirFrance, En Marche ou FLAG est primordiale. Pigalle 16h » avec un drapeau LGBT où se retrouve, sur le côté, cinq bandes en triangle, noire, brune, bleue, rose et blanche.
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Suite à cela, un hashtag a été lancé par des personnes LGBT. Au début se désolidarisant de la pride en elle-même, le hashtag a depuis été repris pour pointer plus généralement la toxicité du milieu militant et ses dégâts. Comme on s’en doutait, le hashtag a été largement repris également par l’extrême droite, ce qui fait que beaucoup de témoignages ont été dilués. Pour autant, il y a matière à se poser des questions sur le milieu militant (Au minimum d’internet) quand on voit la diversité des personnes intervenant dessus. Lesbienne, bi, trans, racisé.e.s, handicapé.e.s, anciens militants, voire même militants sur le terrain, et j’en passe et en oublie sûrement. Les réactions à ce hashtag sont aussi, à mon sens, assez révélatrices du problème qu’il dénonce. Voici quelques points.

Beaucoup ont parlé de leur peur dans ce hashtag. Je précise : des LGBT ont parlé de leur peur vis-à-vis du milieu militant. Peur de parler : « Je suis trans et j’ai peur d’exprimer la façon dont je vis ma transidentité à cause des extrémistes LGBT+, ARRÊTEZ DE PARLER EN MON NOM ALORS QUE JSUIS PAS D’ACCORD AVEC VOUS #PasEnMonNom ») (Image 1). Certains ont peur de perdre des amis : « Je suis quelqu’un de très ouvert mais je peux plus donner mon avis sur des sujets polémiques car j’ai des amis d’accord et des amis qui le sont pas » et plus loin « la moindre opinion ne fait qu’apporter le malheur sur ton entourage ». (image 2) D’autres indiquent qu’ils vont « muter » les sujets par peur des réactions. Certains commencent par « je vais peut-être me faire éclater par certains » ( image 2 bis). On trouve aussi « tous ces gens, silencieux parce qu’effrayés par leurs semblables (on reste une même espèce!), et je m’y inclus parfaitement dedans, ont retrouvé leur voix » (image 3).

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image 2bis NB: je l'avais oubliée faites pas iech
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Cette peur se double d’un soulagement à trouver un lieu où s’exprimer, de sentir, dans le partage d’un même vécu la légitimité de celui-ci. « Aujourd’hui, après avoir découvert le #PasEnMonNom, je me suis découvert une légitimité nouvelle. J’ai ENFIN compris qu’il était normal, acceptable, défendable qu’en tant qu’homme gay, je puisse refuser d’être assimilé à ces gens » (image 4).
On trouve aussi « De plus en plus de jeunes LGBT se sentent anormaux car trop LGBT pour notre société… et trop modérés pour les assocs extrêmistes qui prétendent nous représenter.

  1. Pasenmonnom est l’occasion de se rendre compte que nous ne sommes pas anormaux et que nous ne sommes pas seuls » (image 5) ou encore « enfin un hashtag pour moi... » (image 6)

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Beaucoup pointent du doigt l’extrémisme des milieux militants. « exactement pour ça que je me tiens de plus en plus loin de la commu… j’ai beau être trans et non-hétéro, j’ai aucune envie d’être associée à toute cette merde » (image 7) ou la sensation d’être « enfermé » par le militantisme « Je ne veux pas être mis dans une case, je ne veux pas être réduits à ma transidentité, je ne me bats pas pour mon droit à la différence, je me bats pour mon droit à l’INDIFFERENCE » (image 8) ou encore « je suis transgenre, je suis fatigué d’être perçu comme une victime en raison de mon genre. » (image 9)
Certains mettent également en avant les dégâts que cela leur a causés. « la seule chose dans ma vie qui m’a empêché de me sentir bien dans ma sexualité, c’est la communauté LGBT+. Votre mentalité de victime pousse les gens qui ne sont pas comme vous à se cacher sous peur d’être vus comme des hystériques » (image 10) ou encore « j’ai cessé de militer il y a des années quand j’ai senti monter cette hystérisation et cette radicalisation des débats & opinions » (image 11)
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Il serait trop simple de faire du cherry-picking sur certaines phrases ou certains mots de ces messages pour les discréditer. De supposer que les termes hystéries sont des manifestations de privilèges ou autre. Quand des personnes aux profils aussi divers se retrouvent dans un hashtag, à partager de la peur, du rejet et du soulagement à pouvoir s’exprimer, c’est qu’il y a un malaise profond derrière. On ne peut pas juste évacuer le problème sous une notion de privilège : quelque chose ne va pas.

Les réactions à ces messages ont été extrêmement diverses. J’évacue rapidement le point auquel tout le monde s’attend : évidemment que l’extrême-droite a bondi dessus. Mais tout comme ce hashtag n’avait pas vocation à parler à l’extrême-droite, mais bien au milieu militant, je me concentrerai sur les réactions au sein du milieu militant. Et il est assez clair que les réactions justifient à elles seules le hashtag : Quelque chose ne va pas.

On trouve beaucoup de personnes jugeant que celles & ceux postant dedans étaient privilégiés, ce qui expliquerait qu’ils & elles pourraient « abandonner la lutte ». « Rarement autant dégoûté par un # que le #/pasenmonnom. C’est que des lgbtq+ privilégiés qui ont obtenus suffisamment de droit pour se permettre d’arrêter la lutte et cracher sur nous plutôt que d’obtenir l’égalité pour nous tou.te.s
Vous nous faites hontes » (image 12).
On les suppose blanc « que des blancs centristes et des LGBT de droite sur #pasenmonnom vous grave tiep » (image 13) (alors même que plusieurs ont signalés être arabes ou noir) ou ne cherchant qu’à défendre les LGB cis et blanc « j’ai lu les tweets du # Pasenmonnom et tt ce que j’ai entendu c’est « ouin ouin on veut défendre que les LGB blanc et cis nous :’(  » (image 14) alors même que dedans se trouvent plusieurs trans dont un tenant la seule permanence trans’ de son département (image 15).
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Ce qui est plus inquiétant encore, est le fait que certaines personnes ayant parlé dans le hashtag reçoivent des messages beaucoup plus violents. « Ta pas le droit de faire partie de cette commu. T’aurais traité les femmes qui on commencer la pride d’extremiste. Ferme la et dégage » (image 16) envoyé à un jeune adulte trans. On trouve aussi deux messages extrêmement inquiétants. « Le problème que la communauté LGBTQI+ a en ce moment c’est que nous avons été trop laxiste avec nos propres membres. » (image 17) ou encore « MAIS VOUS ÊTES MALADE ? Je ne souhaite jamais de mal aux gens, mais vous mériteriez de vous faire frapper à cause de votre orientation sexuelle et de l’homophobie systémique pour que vos neurones se remettent en place. Vous me dégoûtez. #PasEnMonNom ». (image 18) Il est inquiétant de voir de véritables appels à la violence ou des concepts de « laxisme » au sein des « membres de la communauté LGBTQI+ » comme si ladite communauté avait une ligne directrice et qu’elle n’avait pas été correctement gouvernée.
Certains ne comprennent pas le concept même de la critique « Comment tu peux être en désaccord avec des gens qui se battent pour tes droits et contre l’oppression systémique MDR » (image 19). De nombreuses insultes fusent « dumby », « grosses merdes » « serpillères » etc.
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Quelque chose, clairement, ne va pas. Maintenant que j’ai posé (un peu) le sujet de la discussion, on va passer à une petite analyse de quelques points qui, ce me semble, se retrouvent au sein des « discussions » du #PasEnMonNom.

Article suivant: dilution et essentialisation dans le milieu militant

mardi 2 juin 2020

Vidéo "Pourquoi avorter est-il si souvent interdit dans l'histoire" un faux travail de recherche

La vidéo des revues du monde dont je souhaite parler s’intitule « pourquoi l’avortement est-il si souvent interdit ». Elle est disponible ici : https://www.youtube.com/watch?v=XR3...
Avant toute chose, je souhaite préciser ceci: j’aime beaucoup la chaine « les revues du monde », et je dois dire que je ne juge pas le travail effectué sur les autres vidéos. Je peux simplement dire que lorsqu’il est marqué « il y a un gros travail de recherche » alors que 90 % des informations de la vidéo sont tirées de quelques pages wikipedia… je trouve ça abusé.

En effet, il m’a fallu un peu moins de trois heures pour pouvoir tracer l’immense majorité des informations de la vidéo. Elles proviennent soit de l'article anglais history of abortion soit de l'article français histoire de l'avortement soin d’un article de blog d’actuelmoyenâge : https://actuelmoyenage.wordpress.co.... Elles proviennent également de 3 pages liées directement à celles-ci, j’entends par là, de page qui ont un lien cliquable dans le texte. L’intégralité des données prend environ 10 pages word, alors même que je me suis limité à une présentation assez austère. J’ai donc décidé de publier ma recherche en deux temps, une première pour expliquer mon but et mes conclusions, la deuxième pour avoir les infos « brutes » de mes recherches. La deuxième partie est disponible ici .

Entendons-nous bien, je ne reproche pas à la vidéo de me faire découvrir du wikipédia. Sans cette vidéo, je n’aurais probablement jamais lu ces deux articles wikipédia. Je n’aurais pas fait de recherches sur l’avortement, et je n’aurais pas appris tout ce que j’ai appris au fur et à mesure que les questions s’enchaînaient ? Quid des civilisations natives des Amériques ? Quid de l’afrique précoloniale ? Quid du Japon ou de la Chine qui ne sont pas abordés ici. Au final, j’ai appris beaucoup de choses, et j’en suis content. Ce qui m’énerve, c’est que la vidéo soit présentée comme étant un gros travail de recherche, alors qu’il n’en est rien et que l’on peut avoir des soupçons sérieux sur le fait que même les sources données par la vidéo n’ont pas été consultées. Ça ça me choque. Ça, ça me fait me demander si toutes les vidéos de la chaîne sont du même style. Ça, ça me donne l’impression d’avoir été pris pour un cake.


Bien sur, on pourrait supposer qu’un article correctement écrit sur un sujet, même sur wikipedia, montrera des similarités avec un travail de recherche. Cependant, entre similarité et copié-collé, il y a un monde, et c’est ce que je veux mettre en avant. On peut voir ce travail comme deux choses. La première est le fait que l’immense majorité des informations n’apporte strictement rien de plus que d’un article de blog, deux articles wikipedia et trois autres apparentés. En d’autres termes, quand bien même ces informations ne viendraient pas de ces sources, on ne peut pas appeler ça « de grosses recherches » si on ne fait pas mieux que quelques pages wiki. La deuxième, concerne les sources, le fait que certaines n’aient pas été consultées comme le fait que 50 % d’entre elles (8 sur 17) sont retrouvables sur les 2 pages wikipedia & l’article de blog. Ça aussi, vous trouverez le détail dans le deuxième article.

L’un des points les marquants est, à mon sens, la première information donnée par la vidéo, à 2min et 7secondes, qui est fausse. Le code de Hammurabi ne condamne pas l’avortement. Il condamne l’homme qui, en ayant frappé une femme lui fait faire une fausse couche. Cette erreur vient du wikipedia français sur l’histoire de l’avortement. Elle n'est pas présente sur le wikipedia anglais d'ailleurs, uniquement sur le français. Mais ce qui est encore plus agaçant, c’est que la vidéo des RDM met un lien vers une transcription du code de Hammurabi dans ses sources. Lien dans lequel on peut voir, à la page 43, que le wikipédia français dit de la merde. En d’autres termes, la source n’a pas été consultée pendant l’écriture, mais a été plus que probablement ajoutée a posteriori.

Rendons à César ce qui lui appartient, toute la portion située entre 12:30 et 14:10, je n’ai pas pu la retrouver dans les pages wikipedia. C’est la seule portion de la vidéo, environ une minute quarante. Il y a donc bien eu un travail de recherche. Sur cette portion-là en tout cas. Mais le problème, c’est que tout le reste, hormis parfois une date (les lois vedic ne sont pas datées dans la page qui les cite par exemple), jusqu’à la structure des phrases parfois se ressemblent. On peut également parler des images. L’image d’en-tête de l’article d’actuelmoyenâge est utilisée dans la vidéo à 10:15. Un moment où, précisément, elle cite quasiment l’article. Bref, je vous laisse aller lire les informations brutes, elles sont ici.

J’espère, du fond du coeur, que ce n’est pas le cas des autres vidéos, que cette vidéo est orpheline, que l’inspiration manquait, que ça déconnait quelque part. Parce que j’adore les Revues du Monde. J’ai pas vérifié les autres vidéos. Faudrait le faire, mais j’avoue que j’ai clairement une flemme intergalactique. Autant il m’a fallu 3h pour retrouver les sources, autant il m’en a fallu plutôt 15-20 pour savoir comment les mettre en page, les présenter, couper l’article originel en deux etc. Donc bon. Si d’autres s’en sentent l’envie. J’aimerais bien savoir que c’est une vidéo orpheline. Sincèrement.

Cette vidéo a donc la quasi totalité de ses informations qui proviennent d’un nombre très faible et extrêmement facilement trouvable de page wikipédia et d’un article de blog. Certaines des images sont les mêmes. Une erreur de la vidéo provient d’une erreur de wikipédia. Plus de 50 % des sources de la vidéo proviennent également du wikipedia. Bref, je pense qu’on peut clairement dire que cette vidéo n’est pas le fruit d’un gros travail de recherche.

Analyse chronologique de la vidéo "Pourquoi avorter est-il si souvent interdit dans l'histoire"

Je ne savais pas très bien comment faire cet article. La vidéo est longue, dense, et c’est un plagiat quasiment intégral. Je vais donc effectuer un travail sans trop de détail pour éviter que l’article ne fasse 800pages. Ça va se faire de la manière suivante :
citation de la vidéo
citation du texte wikipedia
lien du wikipedia
commentaire rapide si besoin

« par exemple le code de Hammurabi, un texte juridique babylonien daté à environ 1750 avant Jésus Christ et probablement l’un des plus vieux textes abordant légalement la question, il sanctionne très fermement l’avortement »
« le Code de Hammurabi daté d'environ 1750 av. J.-C. interdit l'avortement »
histoire de l'avortement - wikipedia français
Ici, on pourrait me dire « t’abuses ». Sauf que je cite ça car cette information du wikipedia français est FAUSSE et que pourtant elle a été reprise dans la vidéo. J’ai remarqué ça car le wikipedia anglais ne le mentionne pas. En fouillant, via la page « history of abortion law debate » on voit noté que le code d’hammurabi sanctionnait l’agresseur d’une femme qui aurait subi une fausse couche et la punition de l’agresseur. Ici donc, la vidéo donne une information fausse, qui semble tiré du wikipedia français ayant cette erreur. Note plus tardive: on peut remarquer également que la source de la vidéo sur le code de hammurabi... aurait suffit à montrer cette erreur. Donc la source n'a pas été consultée, et le wiki français probablement que si.


« la seule preuve existante de la peine de mort à l’encontre de femmes qui avortent se trouve dans la loi Assyrienne, dans le code d’Assura en 1075 avant Jésus christ. la peine de mort était donc une pratique assez rare en mésopotamie, et elle n’est executée que lorsque une femme avorte contre la volonté de son mari »
« The only evidence of the death penalty being mandated for abortion in the ancient laws is found in Assyrian Law, in the Code of Assura, c. 1075 BCE, and this is imposed only on a woman who procures an abortion against her husband's wishes »
History of abortion wikipedia anglais premier chapitre 3ème phrase
La structure de la phrase est littéralement la même.

« en Inde, en -1500 les lois védiques s’inquiètent du soucis de conserver la semence des mâles des trois castes supérieurs. Les tribunaux religieux imposent donc diverses peines aux femmes jugées coupables »
« The Vedic and smrti laws of India reflected a concern with preserving the male seed of the three upper castes; and the religious courts imposed various penances for the woman »
history of abortion premier chapitre, première phrase
On peut dire qu’il y a ici une datation qui n’est pas présente sur wikipedia.


« une des premières traces d’avortement consenti prescrit et provoqué remonte au 16ème siècle avant Jésus Christ avec un des plus vieux traités médicaux à savoir le papyrus d’Eber »
« The first recorded evidence of induced abortion is from the Egyptian Ebers Papyrus in 1550 BCE »
history of abortion dernière phrase du premier paragraphe du premier chapitre

« Y sont abordés de nombreuses thématiques y compris concernant des problèmes gynécologiques comme la vaginite, l’endométrie ou encore le prolapsus de l’utérus. On y trouve des recettes contraceptives ainsi que abortives »
« Le prolapsus de l'utérus est mentionné. Des recettes sont données contre des états inflammatoires de la vulve, vaginite, endométrite »
Wikipedia sur le papyrus d'Ebers
On fait un petit détour par la page wikipedia du papyrus d’Ebers. Aucune information supplémentaire à wikipedia.

« Les techniques employées sont alors variées, allant de la fumigation vaginale à l’application locale de mélanges réputés pour ces effets »
« Une vingtaine d'autres (préparations vaginales, ovules, fumigations...) sont destinées à faciliter l'accouchement et l'expulsion du placenta. »
Wikipedia sur le papyrus d'Ebers
Ici, la première fois qu’une information nouvelle est donnée. Si les techniques sont les mêmes, le wiki indique, lui, que c’est pour aider aux accouchements. Donc, il y a probablement un travail de recherche qui a été effectué pour pouvoir confirmer que cela servait aussi à des avortements.

« Autrement dit il était rare que l’on procède à une opération. »
« Many of the methods employed in early cultures were non-surgical »
History of abortion 1er chapitre, 2ème paragraphe, 1ère phrase

« on a retrouvé des traces archéologiques de telles opérations mais elles n’étaient absolument pas monnaie courante »
« Archaeological discoveries indicate early surgical attempts at the extraction of a fetus; however, such methods are not believed to have been common, given the infrequency with which they are mentioned in ancient medical texts »
History of abortion 1er chapitre, 3ème paragraphe (phrase orpheline)

« On recommandait aux femmes de faire des activités à risques comme l’escalade ou le sport intensif ou alors on prescrivait des remèdes à bases de plantes souvent irritants avec une application locale. On peut également citer des méthodes physiques plus dangereuses et pourtant couramment employées, comme par exemple le fait de se priver de nourriture, le versement d’eau chaude sur l’abdomen... »
« Physical activities such as: strenuous labor, climbing, paddling, weightlifting, or diving were a common technique. Others included the use of irritant leaves, fasting, bloodletting, pouring hot water onto the abdomen, and lying on a heated coconut shell.6 «
History of abortion 1er chapitre, 2ème paragraphe, 2ème phrase


« Ou alors plus courant encore, tout ce qui va concerner les méthodes d’application de pression sur le ventre comme le fait de le frapper, de faire une pression trop forte sur celui-ci avec une ceinture ou encore les saignées »
« Physical means of inducing abortion, including battery, exercise, and tightening the girdle were still often used as late as the Early Modern Period among English women »
History of abortion 1er chapitre, 2ème paragraphe, dernière phrase
A noter qu’elle parle des saignées, celles-ci étaient mentionnées juste avant avec « bloodletting », il a juste été décalé.

« On retrouve de nombreuses représentations de méthodes plus que discutables comme ici dans le temple d’Angkor Wat un bas relief mettant en scène un massage abortif »
« One of the bas reliefs decorating the temple of Angkor Wat in Cambodia, dated c. 1150, depicts a demon performing such an abortion upon a woman who has been sent to the underworld »
History of abortion 1er chapitre, 4ème paragrahe, dernière phrase.
Même si la photo ressemble sacrément à celle de wikipedia, il suffit de taper sur google « angkor wat, bas relief, abortion, et on a cette image de partout, donc ça n’est pas lié, mais en revanche, toutes les infos viennent bien de wikipedia.

« Il est même peu probable qu’il y ait eu une quelconque forme de punition contre cet acte »
« it is thought unlikely that abortion was punished in Ancient Greece »
History of abortion 2ème chapitre, 1er paragraphe.
Ce n’est qu’une phrase, on ne va pas dire la même chose de mille manière différente. Mais c’est pour noter que cette information là n’est pas différente du wiki. Je note aussi les informations qui sont différentes. Spoiler : elles sont rares.

« hypocrates avait interdit l’utilisation de certains procédés avortif comme l’introduction d’un pessaire contenant divers remèdes comme du poivre ou de la myrrhe »
« The Oath, ascribed to Hippocrates, forbade the use of pessaries to induce abortion. »
History of abortion chapitre « attitude towards abortion » 3ème paragraphe
« Dioscorides said it could be administered by mouth, or in the form of a vaginal pessary also containing pepper and myrrh »
History of abortion chapitre : Greco-roman world 2ème paragraphe, dernière phrase.

« Ces objets auraient été proscrits car dangereux et conduisant à des ulcers vaginaux »
« Modern scholarship suggests that pessaries were banned because they were reported to cause vaginal ulcers »
Phrase suivant la précédente dans le wiki anglais sur l’histoire de l’avortement.

« le serment d’hypocrate interdisait cette chirurgie bien plus dangereuse que de nos jours et qui relevait d’une profession très distincte de celle de docteur »
A nouveau ici, certes, on peut rapprocher cette phrase d’une du wikipedia anglais, m’enfin, ça c’est logique quand la page wiki est assez développée. Les informations se trouvent au même endroit sur le wikipedia anglais. Tout ce qu’on peut noter c’est que l’on n’apprend rien de plus que le wikipedia anglais ne donne.

«un autre médecin grec du deuxième siècle, soranos, reconnaît deux catégories de médecins, ceux qui refusent de pratiquer l’avortement, pour des raisons souvent de dangerosité, et citant le serment d’hypocrate, et la sienne, celle des médecins qui recommandent l’avortement lorsque la vie de la mère est en danger à cause du bébé »
« Soranus acknowledges two parties among physicians: those who would not perform abortions, citing the Hippocratic Oath, and the other party, his own. Soranus recommended abortion in cases involving health complications as well as emotional immaturity, and provided detailed suggestions in his work Gynecology »
History of abortion, même chapitre « attitudes toward abortion »
La construction de la phrase est la même.

« Pour preuve, l’avortement était tellement répandu que la plante utilisé comme avortif, à savoir le silphium avait pris la première place dans l’industrie locale, au point que la monnaie de l’époque était généralement frappé avec un relief de celle-ci »
« The ancient Greeks relied upon the herb silphium as an abortifacient and contraceptive. The plant, as the chief export of Cyrene, was driven to extinction, but it is suggested that it might have possessed the same abortive properties as some of its closest extant relatives in the family Apiaceae. Silphium was so central to the Cyrenian economy that most of its coins were embossed with an image of the plant. »
History of abortion Chapitre : Greco-roman world, 2ème paragraphe presque entier.



« Aristote il explique par exemple que pour déterminer à partir de quand l’avortement est considéré comme immoral, il faut attendre ce qu’il appelle les premiers signes de vies. Avant ça l’embryon il est pas considéré comme un être humain et donc selon lui ça n’est pas un meurtre. »
« T]he line between lawful and unlawful abortion will be marked by the fact of having sensation and being alive."38 Before that point was reached, Aristotle did not regard abortion as the killing of something human »
History of abortion chapitre : attitudes towards abortion, 2ème paragraphe
Les deux phrases s’enchaînent strictement de la même manière

« Les stoïciens quant à eux ils pensaient que le fœtus il était végétal, pas humain, jusqu’au moment de la naissance. Il n’y avait donc pas une grande opposition morale »
« The Stoics believed the fetus to be plantlike in nature, and not an animal until the moment of birth, when it finally breathed air. They therefore found abortion morally acceptable »
History of abortion attitude towards abortion, première phrase

« Bien qu’au début de la rome antique celui-ci est plus réprimé car cette décision priverait le père de son droit à disposer de son enfant »
« Punishment for abortion in the Roman Republic was generally inflicted as a violation of the father's right to dispose of his offspring. »
History of abortion attitude towards abortion antépénultième paragraphe, première phrase

« Comme le suggère le poète lysias »
« However, a fragment attributed to the poet Lysias "suggests that abortion was a crime in Athens against the husband, if his wife was pregnant when he died, since his unborn child could have claimed the estate »
History of abortion greco roman world, dernière phrase premier paragraphe
Il est cité dans la vidéo, mais le wikipedia signale, lui qu’il parle du crime… a athènes, elle semble le placer à Rome même s’il y a probablement vécu, ça reste un grec. Bref


« Cependant en raison de l’influence du stoïcisme, les romains ils ne considéraient pas le fœtus comme une personne et donc l’avortement n’était pas puni comme homocide »
Because of the influence of Stoicism, which did not view the fetus as a person, the Romans did not punish abortion as homicide
History of abortion attitude towards abortion, antépénultième paragraphe, deuxième phrase
Littéralement la même construction de phrase.

« L’interdiction de celui-ci n’était donc pas commune et lorsqu’un empereur légiférait l’interdit c’était surtout pour atteinte aux droits parentaux, résultant en une punition temporaire d’exil pour la personne jugée coupable »
« Although abortion was commonly accepted in Rome, around 211 CE emperors Septimius Severus and Caracalla banned abortion as infringing on parental rights; temporary exile was the punishment »
History of abortion attitude towards abortion, juste après la citation précédente.


« En revanche les choses se sont un poilounet compliqué avec l’arrivée de l’interdit morale incarnée par l’expasion du christianisme dans la rome antique »
« Attitudes began to change with the spread of Christianity. »
History of abortion C’est la phrase suivant la phrase précédente.
A nouveau, la même construction se repère.

« Une compilation juridique datant du troisième siècle nous renseigne : ceux qui donnent un abortif ou une potion d’amour, donnent un mauvais exemple. Et ils sont généralement punis en étant envoyés dans les mines ou sur une île et le texte indique que dans le cas où une mort résulterait de cet acte, donc par exemple la mère meurt en prenant l’avortif, alors celui qui lui a donné recevrait la peine de mort »
« The 3rd-century legal compilation Pauli sententiae (attributed to Julius Paulus Prudentissimus) wrote: "Those who give an abortifacient or a love potion, and do not do this deceitfully, nevertheless, because this sets a bad example, the humiliores those of a lower status, e.g., free... will be banned to a mine, and the honestiores those of higher status, e.g., patri... will be banned to an island after having forfeited (part of) their property, and if on account of that a woman or man perishes, then they Pharr: the giver will receive the death penalty. »
History of abortion c’est le paragraphe suivant.
On voit dans l’ordre 3ème siècle. La citation. Les deux condamnations, et la peine de mort pour celui qui donne l’avortif si la femme meurt. L’ordre de la phrase est strictement identique.

« Toute ces restrictions ne semblent pourtant pas empêcher les femmes qui ont besoin d’avorter. L’avortement est donc proscrit sauf dans les très rares cas où il est pratiqué pour sauver la vie de la mère comme l’explique Tertulien un théologicien chrétien du Iième et IIIème siècle »
« Tertullian, a 2nd- and 3rd-century Christian theologian argued that abortion should be performed only in cases in which abnormal positioning of the fetus in the womb would endanger the life of the pregnant woman »
History of abortion chapitre christianity, 2ème paragraphe
Je note également que la première phrase prononcée semble étrange. Elle est assénée, cette fois-ci, sans preuve. Soyons clair, elle est juste, mais elle paraît étrange. Elle l’est moins, je trouve, quand on remarque que la phrase « Despite this, abortion continued to be practiced "with little or no sense of shame ». Cette phrase se trouve juste après le paragraphe sur la compilation juridique, et juste avant l’ouverture du chapitre « christianity ». Je ne dis pas que c’est une preuve, mais simplement, ça ajoute encore du soupçon à mon avis.

« Saint Augustin se questionnait par exemple au 4ème siècle sur le caractère vivant du fœtus. Il dit : la question peut être étudiée très attentivement et discutée par les hommes érudits bien que je ne sache pas s’il est de notre pouvoir de la résoudre : a quel moment l’enfant commence-t-il à vivre dans l’utérus »
« And therefore the following question may be very carefully inquired into and discussed by learned men, though I do not know whether it is in man's power to resolve it: At what time the infant begins to live in the womb »
History of abortion Christianity
Vous me direz ici : c’est une citation, logique qu’elle soit identique. Vous avez raison, je mets juste en avant que l’information donnée dans la vidéo se trouve aussi sur wikipedia. Ici, c’est pour montrer la faiblesse, la rareté des informations de la vidéo qu’on ne trouve pas en quelques secondes sur le net.

« en 1115, le leges henrici primi, un traité qui formalise toutes les coutumes locales de l’angleterre médiévale considère l’avorterment comme un crime après que les premiers mouvements du bébé ait été ressenti »
« The Leges Henrici Primi, written c. 1115, treated pre-quickening abortion as a misdemeanor, and post-quickening abortion as carrying a lesser penalty than homicide »
History of abortion chapitre christianity avant dernier paragraphe « quickening » ce sont les mouvements du bébé ressentis.

« Charles Quint dans son traité, le place vers 4mois, mais d’autres personnes comme le pape Sixt Quint condamnent toute forme d’avortement peu importe l’âge du fœtus »
« La Constitutio Criminalis Carolina, édictée par Charles Quint en 1532, fixe au milieu de la grossesse le moment de l'animation du fœtus, c'est-à-dire dès que la mère perçoit ses mouvements Néanmoins, le pape Sixte Quint condamne de façon formelle l'avortement, quel qu'en soit le terme » histoire de l'avortement 3ème paragraphe
On passe sur le wiki français. Là encore, rien n’indique que ça a été copié, et ça peut venir d’ailleurs. Mais l’information est pour autant extrêmement facile à trouver, et existe aussi dans le wiki, à portée de main.

A partir de cet instant, on note que le wikipedia français, très pauvre, n’a plus d’informations à donner sur le moyen-âge. Le wikipedia anglais, plus riche, est aussi extrêmement pauvre. Cependant, un article d’un blog, trouvable en quelques secondes sur google, semble lui aussi donner… toutes les informations manquantes. Cet article c’est celui-ci :
actuel moyen age

« Pour les médecins du moyen-âge, l’avortement ce n’est rien de plus que la sortie de l’embryon avant le terme de la grossesse
« L’avortement n’est rien d’autre que la sortie de l’embryon ou du fœtus avant le temps que la nature avait décidé pour lui. »
actuel moyen age chapitre « avortement ou fausse couche », citation de Michel savonarole


« Ce n’est que bien plus tard que les deux cas vont se distinguer linguistiquement ce qui a laissé plâner le doute jusqu’au XIXème siècle »
« Ce double-sens a également longtemps existé en français : jusqu’au XIXe siècle, on emploie surtout le terme générique d’« avortement » plutôt que le mot « fausse-couche », pourtant attesté dès le XVIIe siècle. »
Source : juste après la précédente.
A ajouter d’ailleurs que l’image qui se trouve présentée dans la vidéo à cet instant précis… est l’image d’en-tête de l’article d’actuelmoyenâge.

« Ce doute il était très souvent utilisé par des femmes pour justement cacher des interruptions volontaires de grossesse »
« Ce flou sémantique présente l’avantage de laisser dans l’ombre la question d’une expulsion volontaire ou non du fœtus »
Toujours le même article, cette phrase suit la phrase précédente

« Si une femme perd un bébé selon les textes, c’est qu’elle a pas été assez rigoureuse dans sa grossesse »
« lorsqu’elle n’est pas accusée d’avoir volontairement tué l’enfant qu’elle portait, elle est souvent blâmée pour son insouciance et son manque de précautions. »
Même article, chapitre suivant « la faute de la femme »


« Bernard de gordon, un professeur de médecine du XIIIème siècle décrit les remèdes avortifs, l’hellébore noire, la pulpe de coloquinte, le concombre sauvage. Mais il met directement en garde les jeunes femmes interessées : Que quiconque se garde cependant sous peine d’un châtiment éternel d’enseigner un breuvage mortel ou avortif »
« Voici ce qui procure l’avortement : l’hellébore noir, la pulpe de coloquinte, le concombre sauvage, le fiel de taureau, la poix liquide, la myrrhe, l’ase fétide, la férule gommeuse. Que quiconque se garde cependant, sous peine de châtiment éternel, d’enseigner un breuvage mortel ou un remède abortif !
Professeur à l’université de médecine de Montpellier dans les années 1280, Bernard de Gordon semble très clair vis-à-vis de l’avortement. »
actuel moyen age
Certes, il s’agit d’une citation, c’est normal que ce soit similaire. A nouveau, je note la ressemblance frappante avec l’article, dans le fait qu’il n’y ait pas d’informations que l’on n’y trouve pas.

« Les médecins de l’époque, issus d’une coûteuse formation académique bien évidemment interdite aux femmes, ils semblaient donc très clair sur la question »
« Professeur à l’université de médecine de Montpellier dans les années 1280, Bernard de Gordon semble très clair vis-à-vis de l’avortement. »
Même source
En fait, même phrase, mais il est à noter que même les termes sont similaires « semble très clair ».

« Pourtant les remèdes ils étaient cités, malgré l’interdiction de les utiliser, ce qui peut sembler assez contradictoires. Un petit peu en mode « bon alors si tu veux faire une bêtise voici exactement comment procéder mais surtout ne le fais pas »
« Mais à bien y regarder, ces quelques lignes sont paradoxales. Fournir une liste de substances abortives, puis condamner fermement ceux qui voudraient s’en servir, a en effet de quoi surprendre ! »
Même source, juste après la phrase précédente

« Cette ambigüité en vérité, elle est probablement dû au fait que les médecins de l’époque, sous l’aura de l’Église, ils n’avaient pas le droit, ils ne pouvaient pas inciter les femmes à avorter. »
« En réalité, ce court paragraphe illustre assez bien l’attitude ambiguë des médecins médiévaux vis-à-vis de l’avortement »
Juste après la phrase précédente.
Ça fait quand même beaucoup d’enchainements logique et de phrases similaires les unes après les autres, et surtout, encore une fois, pas la moindre information qui ne se trouve pas dans l’article !

« Les jeunes femmes interrompant volontairement une grossesse étaient considérées commes des femmes de petites mœurs qui avait commis le péché de chair et qui en plus n’en assumaient pas les conséquences »
« La femme qui avorte est souvent présentée comme une dépravée, qui doit assumer seule les conséquences du « péché de chair ». »
Cette phrase se situe plus bas dans l’article d’actuel moyen age.

« A cause de cette vision particulièrement véhémente, du peu de ressources médicales disponibles et des châtiments réservés aux coupables, nombreuses femmes mourraient en tentant d’avorter de façon clandestine »
« Derrière ce jugement moral, une réalité tragique, et encore tristement actuelle : l’avortement clandestin, dont l’issue est souvent fatale à la femme. »
Pareil.
C’est la conclusion du chapitre la faute de la femme. Ici, on note qu’il y a des informations sur les châtiments, non indiqués dans l’article. Avec une recherche d’image. En revanche, de là à dire qu’on a une « information »… c’est vague quand même. Quand on voit la précision du reste...

« Quelques cas échappent cependant à ce qui reste malgré tout une pratique commune. Certains médecins médiévaux un petit peu plus tardif par exemple, ils recommandaient exceptionnellement l’arrêt volontaire d’une grossesse si la mère était vraiment en danger de mort »
« L’interdit de l’avortement a toutefois pu être contourné. Ainsi, au XIIIe siècle, Guillaume de Salicet, moine dominicain et auteur d’ouvrages de médecine et de chirurgie, reconnaît que si cet acte n’est pas recommandé par la loi,
Il est cependant nécessaire pour le bon fonctionnement de la science médicale, à cause du danger qu’une grossesse pourrait produire chez une femme en mauvaise santé, faible, ou qui est trop jeune. »
Source : actuel moyen age, début du chapitre « une forme d’avortement thérapeutique »
A noter que l’enchaînement entre la phrase précédente, et celle-ci est donc exactement la même que dans l’article d’actuelmoyenage

On arrive maintenant sur la partie où il est difficile de dire avec certitude que c’est du plagiat. En effet, j’ai pu retrouver d’énormes similarités avec un entretien de Colette Arnould paru dans axellemag Maintenant, là, on peut dire que c’est de la recherche quelque part. Parce que RIEN ne lie cet article aux autres articles wikipedia, ni même à actuelmoyenage.

«Contrairement à une croyance commune l’époque de la chasse aux sorcières ne remontent pas au moyen-âge mais après celui-ci, entre le 15ème et le 17ème siècle »
Cette information est réelle. Elle ne provient pas de wikipedia, en tout cas pas de ceux sur l’avortement.
Une minute 30 passe, pendant laquelle des informations sont données, et elles ne sont pas directement reliées, en tout cas pas de ce que j’ai pu voir, à actuelmoyenâge, ou aux articles wikipedia. Il faut le reconnaître, si, certes, on peut faire référence à l’entretien dans axellemage… ce serait un peu abusé, car au final, les structures de phrases ne se ressemblent pas, et des informations supplémentaires sont données dans la vidéo sur certains points.

Cependant, une fois ce temps écoulé, ça ressemble à nouveau à l’article français de wikipedia :
« On remarque que dans ce cas de figure on parle des femmes esclaves ici NB, l’avortement il était davantage sollicité par les femmes qui ne souhaitaient surtout pas transmettre ce statut héréditaire et la vie de misère à de possibles enfants. »
Anna Maria Sibylla Merian (1647-1717), au retour de son voyage au Suriname, rapporte, concernant Caesalpinia pulcherrima, que « les esclaves indiennes et africaines utilisent les graines de cette plante pour avorter, afin que leurs enfants ne naissent pas esclaves, comme elles »
histoire de l'avortement 4ème partagraphe
Pourquoi noter cela alors qu’au final, elle va plus loin ensuite. Simplement parce que si elle développe le sujet d’une façon que wikipedia ne fait pas, juste après, elle va arriver au XIXème siècle, et passer sur le wikipedia des « faiseuses d’ange », wikipedia qui est linké dans l’article sur l’histoire de l’avortement. Cette phrase, en elle-même, n’a donc aucune valeur, elle est utile parce qu’elle rajoute au soupçon sur la suite.
Il se passe ensuite quelques minutes où elle donne plus d’information sur le statut des femmes esclaves, et termine par le fait que plus il y a fécondité, plus l’avortement est refusé aux femmes.
« Multiplier les grossesses, c’est multiplier les risques, l’avortement devient donc un moyen pour les familles de limiter le nombre d’enfants et les femmes mariées y recourent davantage »
« les femmes mariées y recourent de plus en plus souvent afin de limiter la taille de leur famille »
histoire de l'avortement Juste après la précédente citation
« Par conséquent les techniques utilisées était plus que douteuses avec des méthodes dangereuses comme l’injection d’eau savonneuse dans l’utérus ou le fait de curer celui-ci à l’aide d’une aiguille à tricoter »
« Ces interventions se pratiquaient illégalement, dans la clandestinité, souvent par des méthodes dangereuses (injection d'eau savonneuse dans l'utérus, pose de sondes dans le col, aiguilles à tricoter, massages etc.). »
wiki français sur les faiseuses d'anges première phrase du chapitre Histoire
A noter qu’à 15:43 quand elle dit « méthode dangereuse » apparaît une image qui ressemble à s’y méprendre à l’image à gauche de cette page : curetage
Cette page wikipedia est liée à la page « histoire de l’avortement », dans une phrase se trouvant juste après celle sur les faiseuses d’anges.


J’aimerais également rajouter ceci, concernant les sources de la vidéo.
La première source est une image de la stèle du code d’Hammurabi.

La deuxième source citée est le transcript du code d’Hammurabi.
Ce même code dont elle dit qu’il punit l’avortement en début de vidéo. Or, dans ses propres sources, on peut trouver, à la page 43… le fait que la condamnation soit pour la personne ayant agressé une femme et lui ayant fait perdre son enfant et pas pour la femme !

Troisième source : le code d’Assura.
Cette source se trouve sur le wikipedia anglais History of abortion c’est la note numéro 4, relative au code d’Assura.
La 4ème citation est celle d’un livre d’Arlette Gautier, genre et biopolitique :
https://journals.openedition.org/le...
Cette citation est donnée dans la page française wikipedia. C’est la note numéro 1.

La source sur l’inde est la suivante :
https://web.archive.org/web/2012090.../RRBv8n1_2010_Damian_EN.pdf
Cette source se trouve dans https://en.wikipedia.org/wiki/Histo... c’est la note numéro 2

Egypte
Première source : Richard-Alain JEAN, Anne Marie LOYRETTE, « L’avortement en Égypte ancienne. Quatre hypothèses papyrologiques.
Note : pas trouvé dans les wikis.

Deuxième source :
« - Une étude comparative des méthodes employées : Devereux, G (1967). "A typological study of abortion in 350 primitive, ancient, and pre-industrial societies". In Harold Rosen (ed.). Abortion in America: Medical, psychiatric, legal, anthropological, and religious considerations. »
Note numéro 6 de wikipedia.en history of abortion :
https://en.wikipedia.org/wiki/Histo...
Troisième source :
https://web.archive.org/web/2007062...
Note numéro 9 de history of abortion : https://en.wikipedia.org/wiki/Histo...

Source sur la rome antique :
https://books.google.fr/books?id=fV...
Note numéro 17 de la page anglaise : https://en.wikipedia.org/wiki/Histo...
Texte du poète lysias :
https://www.oxfordreference.com/vie...
Pas trouvé sur les wikis celle-ci.

Textes juridiques sur l’avortement dans la rome antique trouvé via : Hopkins, Keith (October 1965). "Contraception in the Roman Empire". Comparative Studies in Society and History.
Citation 50 sur le wiki anglais : https://en.wikipedia.org/wiki/Histo... Moyen-âge :
Les deux premières sources je ne les ai pas trouvés.
La troisième se trouve être citée dans l’article d’actuelmoyenage
https://actuelmoyenage.wordpress.co... Les deux liens renvoient sur la même page)

ère moderne :
Je n’ai pas trouvé de lien pour les deux sources de l’ère moderne.

mercredi 18 décembre 2019

I'm not sure I care

Toutes ces blagues
Toutes ces idées
Toutes ces pensées
Ces silences et ces années envolées
Cassées, écrasées, insensibles
Désolées
Désolé
Des sols écartelés

Voilà
On s'attend à des morts
Y a des mots
Et un monde qui continue de tourner
Infatigable
Et voilà
Les trous petits à petits
Dans nos réalités
Qui parlent plus
Qui encensent encore et encore
Nos imaginaires

Et voilà
On a pas eu assez de temps
On était pas assez nombreux
On voyait pas assez longtemps
On écrasait nos adieux.

Laisse moi tomber
Les années passées
Ont été insensibles
A la beauté
Les années pensées
Ont façonné l'horreur
Et l'image
De la réalité.

Voilà
Y avait pas mille moyens de parler
Pas mille solution pour écouter
Reste juste
Que tout ceux là sont morts
Et que tout ceux-là ne sont plus.
Voilà
Une société
civilisée
Libérée

Voilà qu'on y croit parfois
Mais on se réveille
La voiture est vide
Les courses sont faites

Ils parlent encore de leurs distances
De leurs pensées vulgaires
Des leurres qui passent encore et encore
On parle comme jamais
On pense comme on est. On voit ces chemins qui ne seront jamais empruntés. Et quoi donc ?Les bandes blanches devant les yeux. Y a xdu beau, on t'a dit. Surtout, y a du mieux.
T'avais la tête écrasée le plancher
du poivre dans les yeux
Le cercueil fait de tes os
Regarde
On a ôté le poivre
Tu n'as pas le droit
à la rage
Tu n'as pas le droit.
On a fait quelque chose.

Alors crève maintenant.
C'est ta faute.

lundi 29 juillet 2019

« Le truc qui pourrit les débats » retour sur une vidéo de la Tronche en biais.

Soyons clair, ici, mon but n’est pas de m’attaquer à la Tronche en Biais, mais bien de pointer ce qui, à mon sens, manque à la vidéo, ce qui, à mon sens, est un mauvais point de la vidéo, et ce qui, à mon sens, est pertinent. La vidéo dure 6min et se trouve ici pour celles & ceux ne l’ayant pas vu : Le truc qui pourrit les débats

Le premier point qu’il me faut amener, est le fait que la vidéo parle, dès le début, des biais internes au débat, sans aborder, à mon sens, un problème majeur se trouvant en amont : le débat en lui-même.


D’une part, si l’on veut débattre, il faut avant tout vérifier que la personne en face le souhaite également. Sur internet, il n’est pas rare de voir des personnes venir débattre avec d’autres, sans que celles-ci aient jamais indiqué qu’elles souhaitaient débattre. Il n’y a débat qu’à partir du moment où les deux partis se sont entendus implicitement (exemple : une section nommée « débat » sur un forum) ou explicitement (question posée, réponse reçue). C’est là, à mon sens, la première grosse erreur sur internet qui veut que l’on suppose que tout individu postant quelque chose veut voire même doit se soumettre au débat.

D’autre part, il n’y a pas « un » débat, mais « des débats » avec des caractéristiques différentes. Un débat entre deux individus hiérarchisés l’un envers l’autre ne peut pas être conduit de la même manière, en particulier pour celui se trouvant du bon côté de la barrière, qu’un débat entre deux individus égaux. Or, les hiérarchies sont extrêmement nombreuses. Elles peuvent être de l’ordre du règlement (professeur > élève, patron > employé, administrateur > membre) du social (homme > femme, notoriété > anonyme), du contextuel (trois personnes défendant un avis et une en défendant un autre) voire même intime (non victime de violence conjugale > victime de violence conjugale). Ces différentes hiérarchies ne s’excluent même pas les unes des autres, et sont parfois spécifiques au débat, parfois pas. Parallèlement, en particulier sur internet, il est très difficile de connaître ces hiérarchies. Pour autant, si elles peuvent ne pas exister pour l’un des partis, elles peuvent exister pour l’autre, sans que le premier le sache. Il est donc nécessaire, avant tout, de savoir si l’on se trouve dans un débat, et de garder à l’esprit qu’il est bien possible que la personne en face soient dans une situation hiérarchisée, laquelle peut engendrer des réactions violentes, des incompréhensions ou des erreurs de jugement.

Il faut également savoir prendre en compte le médium de ce débat. Un débat sur un forum (écriture en différé) n’aura pas le même fonctionnement qu’un débat à l’oral. Un débat à deux n’est pas la même chose qu’un débat à six. Un débat n’est pas le même dans un lieu public que dans un lieu privé ou dans un lieu semi-public.



Une fois que l’on est certain que l’on se trouve dans un débat et que l’on a pu analyser les divers hiérarchies entre les membres de ce débat, tout en conservant en tête que l’on n’a pas toutes les données, et que l’autre non plus, on peut arriver à l’argument de l’illusion de transparence (1:11)

Cet argument est pertinent amha, vérifier ses propres arguments, voire si l’on a été clair, vis-à-vis de soi-même, mais également avec une confirmation de la personne en face, est nécessaire pour pouvoir continuer. Vérifier également cela pour les arguments de l’autre, afin de vérifier qu’ils collent aux mieux avec sa pensée est aussi nécessaire.

Même chose avec le sophisme génétique (2:20), qui nécessite donc de bien séparer l’appréciation que l’on a de la personne de ce que la personne dit. Je suis également entièrement d’accord avec le fait de vérifier les intentions de la personne en face et en particulier de ne pas baser les intentions de la personnes sur ce qu’elle a dit exclusivement, puisque, du fait de l’illusion de la transparence, on peut se méprendre sur ce qu’elle voulait dire, et se méprendre donc sur ses intentions. Pour autant, sur ce point, il ne faut pas non plus supposer que l’intention d’une personne soit suffisante pour justifier ses paroles. Dans sense8, rien n’indique que la mère de Noomi ait de mauvaises intentions. Pour autant, elle va lobotomiser sa fille. L’intention d’une personne peut être un appui pour reprendre son analyse sur ce qu’elle a dit ou fait, mais c’est au final sur les actes et les discours d’une personnes et non sur ce qu’elle veut dire ou veut faire qu’il faut se baser. Le fait de questionner l’intention peut permettre de vérifier que le discours ou les actes ne sont pas en accord avec la pensée. Mais cela ne doit pas avoir pour conséquence que ce discours ou ces actes soient excusés du fait de l’intention ou de la pensée, mais changent s’ils ne sont pas en accord avec la pensée.



Je suis également assez perplexe concernant l’analyse sur les sentiments et le fait d’avoir tort ou raison d’être vexé ou blessé. D’une part, l’idée que l’on considère que si l’on a été blessé, alors la personne en face a voulu blesser est, à mon sens, une grossière erreur. Si l’on peut avoir ce sentiment, on peut tout aussi bien considérer que la personne n’a pas même voulu blesser, mais se trouve dans un tel état d’indifférence face à un sujet qu’elle ne se rend même pas compte de la violence de ses propos, ce qui peut être encore plus douloureux & violent. Lorsque Macron dit qu’il connaît la galère car il a donné des cours quand il était étudiant, beaucoup de monde (je ne dirais pas tout le monde car ce n’est jamais le cas) ne pense pas qu’il cherche à blesser ou heurter, mais plutôt qu’il se situe à de telles années-lumières de la condition de certaines personnes que c’en est offensant et violent.

De plus pour la première fois de la vidéo, il n’y a pas de présentation de l’opposé, à savoir que la personne en face peut avoir raison d’être vexé ou blessé. Ce qui est très souvent peu considéré dans un débat, alors même que les données hiérarchiques dont je parlais plus haut peuvent très largement influencer ce point. S’il est pertinent de se demander si l’on a raison d’être vexé ou blessé, il est également nécessaire de se demander si l’on a été vexant ou blessant, sans se préoccuper, précisément, de nos intentions, mais en cherchant à comprendre, avant tout, les raisons de la personne en face.



On arrive ensuite au point qui est, personnellement, le plus gênant de la vidéo. La « communication non violente » ou la rationnalisation et la factualisation des ressentis. Si l’on peut supposer, de prime abord, que cela permet de mieux gérer une discussion, en vérité, cette méthode pose deux problèmes majeures.

Premièrement, la personne qui rationnalise et factualise ses ressentis, contrairement à ce qui est dit dans la vidéo, ne se positionne pas comme n’étant pas accusatrice. Au contraire, c’est avant tout, du fait de la dissociation entre le ressenti et la rationalité/le fait, une action manipulatrice au conséquence particulièrement grave. D’une part, parce qu’un ressenti n’en équivaut pas un autre. Ce n’est pas qu’il y ait une échelle mais plutôt un arc-en-ciel de ressenti, et toute rationalisation équivaut à découper le ressenti. D’autre part, cela peut amener à faire s’égaler deux ressentis totalement différents (parce que l’un est justifié et l’autre pas, cf paragraphes sur avoir raison ou pas d’être blessé/vexé – blessant/vexant) ou totalement inégaux (PTSD vs vexation) ou à conséquences différentes (ressenti de la personne hiérarchiquement supérieure dans le débat vs ressenti de la personne hiérarchiquement inférieure dans le débat). Enfin, le fait de dire « je ressens ceci lorsque tu dis cela » ne change absolument pas le caractère accusateur, le « lorsque » indiquant une liaison entre les deux, et chacun ayant un biais de transparence vis-à-vis de lui-même, ce biais fait de « je ressens ceci » une conséquence de « tu dis cela ». Si, parfois, cela peut suffire, en particulier si la personne s’est mal exprimée et peut le repérer assez vite, dans de nombreux cas, ça ne fait que rendre implicite (et donc plus violente) l’accusation.

Deuxièmement, la factualisation et la rationnalisation du ressenti offrent à la personne le présentant en premier un « high-ground » moral, le sentiment, la blessure étant considéré comme une faiblesse, et la rationalité comme une force. Cela peut considérablement augmenter le déséquilibre entre les partis ou le créer purement et simplement.

La communication non-violente est un concept qui part sans aucun doute d’un bon esprit, mais chaque fois que je la vois défendue, je ne peux m’empêcher de considérer qu’elle est avant tout une tentative d’enfermer l’émotionnel dans des cases, de chercher à le faire pénétrer dans le monde « tout-rationnel » du débat. Mais si certains débats philosophiques peuvent être « tout rationnel » ce n’est pas le cas de nombreux autres types de débats. Dans ceux-ci, l’émotionnel ne doit pas, à mon avis, être enfermé, écrasé dans ce mode de communication dit « non violente » qui, en l’état, l’est en réalité beaucoup plus.


La plupart des gens sont gentils (4:58), et je suis entièrement d’accord avec cette idée. Mais à mon sens, la gentillesse, la volonté de ne pas blesser, ne sont pas suffisantes pour excuser la blessure. Elles peuvent être un point d’appui pour la surmonter, ou l’éclaircir, pour excuser, en fonction des actions de la personnes, mais elles ne sont pas, en elles-mêmes, suffisantes.

« Prendre de la hauteur » (5:18) qui ponctue la vidéo me semble assez important, mais je dirais, en particulier prendre de la hauteur vis-à-vis de sa propre rationalité, et vis-à-vis de l’émotion de l’autre. S’il est bien de ne pas s’énerver, il est aussi important de chercher à comprendre pourquoi l’autre s’est énervé, et, surtout, l’un des biais les plus courant, de ne pas considérer que le fait de ne pas s’être énervé est une donnée positive. Ne pas s’être énervé quand l’autre s’est énervé ne signifie pas que l’on sait mieux débattre, mais peut souvent signifier, au contraire, que l’on n’a pas su débattre, que l’on n’a pas su prendre en compte les hiérarchies du débat, ou que l’on n’a pas su vérifier que l’on se trouvait dans un débat, ou que l’on a juger notre contribution au débat sur la base de nos intentions, et non de nos paroles.



Un débat se fait à deux, en prenant en compte toutes les données externes au débat, et en gardant à l’esprit qu’il existe un grand nombre de données que l’on ne possède pas qui doivent pour autant être gardées à l’esprit afin de ne pas appuyer une hiérarchie dont on n’a pas conscience, et/ou blesser une personne sans le vouloir.

Être gentil et avoir de bonnes intentions est sans aucun doute un bon début, mais il est impossible et même dangereux de s’arrêter là. Si l’enfer est pavé de bonnes intentions ce n’est pas uniquement parce que l’on peut faire de mauvaises choses avec de bonnes intentions, mais aussi parce qu’on peut refuser d’accepter qu’on les a faites, refuser de modifier ses actes & ses paroles du fait des bonnes intentions se trouvant derrière.


Je remercie la Tronche En Biais qui m'a permis, grâce à cette vidéo, de mettre le doigt (toute la partie sur l'externe au débat, mais d'autres également) sur de nombreux problèmes que j'ai repéré sur le net sans avoir pu les formuler. C'est en n'étant pas en accord avec quelqu'un que l'on peut véritablement comprendre ce que l'on pense.

mardi 26 février 2019

Insupportable [mentions trash]

"Pourquoi tu ne dessines que des horreurs ?"
Hélène montra un morceau de papier et le posa sur la bibliothèque à demi effondrée qui tenait à peine, affalée sur le dossier de son fauteuil. Elle regarda Miya qui semblait terminer un croquis, assise en tailleur sur le sol, l'œil vide, comme toujours lorsqu'elle était concentrée. Ses cheveux bruns se déplaçaient librement devant ses yeux sans qu'elle y prête attention. Après un silence de quelques minutes, elle posa sa feuille, toucha sa bouteille d'eau sans la regarder, l'ouvrit, la porta à ses lèvres et bu. Puis, elle écarta les mèches vers ses oreilles et releva la tête vers Hélène.

Celle-ci alluma une cigarette qu'elle commença à fumer nonchalamment, sans la quitter des yeux. En cet instant, elle savait que Miya ne tolérerait pas qu'elle repose la question ou qu'elle l'appuie d'une quelconque réflexion. "Si j'aborde un sujet, c'est que j'ai réfléchi à ce que je voulais dire, et j'attendrai ta réponse le temps qu'il faudra. Et réciproquement." Cette manière de faire lui avait coûté bien des amis, la colère qui pouvait résulter de ce faux-pas étant surprenante, absurde, et particulièrement agressive. Hélène avait pu voir en direct l'une des nombreuses ruptures de Miya où celui qu'elle voyait à l'époque (Henri ou Jacques ? Elle avait un doute, les deux se ressemblaient tellement...) avait même préféré prendre la fuite. Les voisins avaient même appelé la police, craignant qu'il ne se soit passé un drame. Au final, il n'y avait pas eu même une assiette cassée, mais une Miya aphone, et elle-même qui avait dû gérer la situation, tant la police que les affaires de son ex dont nombres étaient encore dans l'appartement. Elle l'avait revu (ça devait être Jacques, elle se rappelait de ses CD de Queen, et Henri n'achetait jamais de CD) quelques jours plus tard pour lui rendre ses affaires. Ils étaient même restés en contact quelques mois. Ils n'avaient jamais parlé de cette soirée. Elles non plus d'ailleurs.


"J'imagine que c'est parce que mon esprit est une horreur." répondit-elle finalement. "ça dépend de ce que je dessine en fait. Si ce sont mes bandes dessinées, c'est que j'ai une question existentielle à laquelle j'essaie de répondre. ça peut être "Si l'on peut faire le bonheur d'autrui, a-t-on le droit de décider pour lui ?" ou "Est-ce dans la nature des humains d'être immonde les uns envers les autres, ou est-ce un construit social ?". Ou même "Est-ce que l'injustice est inadmissible ?". Mais pour des petits dessins orphelins, ou des petites séries, ça peut être des fantasmes que j'ai, des terreurs qui me viennent. Je les pose sur le papier, et je m'y plonge, je m'y enfonce. Quand je dessins, je dépose mon âme à travers le crayon. C'est pour ça que ça me fatigue autant.
Je suis cette personne se noyant dans un marais alors que sa main se referme sur un mirage qu'elle avait cru être une rive. Ce n'est pas clair. Oui, c'est une angoisse à l'idée qu'alors que je me noie en moi-même, ce que je suppose être mon salut ne serait en fait qu'un mirage. Que je me trompe sur ce qui ne va pas chez moi. Que je n'aille pas dans le bon sens. C'est pour ça que je l'ai dessiné. Mais c'est aussi que je deviens littéralement cette personne. Je fusionne avec. Je sens le marais à mesure que je le dessine. Je sens l'horreur et le vide dans la main. Je sens les poumons qui se resserrent. J'ai du mal à respirer quand je dessine. Je dois faire des pauses, je dois prendre le temps, parce que sinon, j'ai la tête qui tourne. Je dois faire attention, car sinon, je suis tellement happée dans le papier que je ne sais même plus qui je suis quand je donne la dernière touche. Je perds pied, totalement.
Je ne dessine que des horreurs... je ne sais pas si ça t'es arrivé, d'avoir tellement mal que tu te fais mal ailleurs, volontairement ? Parce que cette douleur-là, au moins tu la décides. Et c'est plus supportable. Je crois que c'est plus supportable de me plonger dans ces horreurs que de subir celles de ce monde. Elles, au moins, je peux en sortir une fois que j'ai terminé mon dessin. Je peux pas sortir de ce monde."

Elle s'arrêta, attrapa une cigarette et l'alluma. Ses doigts tremblaient légèrement. Hélène avait pratiquement achevé sa propre cigarette et l'écrasa. Elle hésita entre plusieurs questions. "C'est si horrible que ça le monde ?" lui vint en tête, mais elle la rejeta immédiatement. Ce n'était pas le point majeur. "ça te fait si mal de dessiner ?" fut rejeté aussi. Elle ne remettait pas en question ce que Miya lui disait. De plus, elle n'avait aucun voyeurisme dans le glauque, aucun intérêt particulier à chercher à connaître les tourments des autres. C'était peut-être pour ça que Miya et elle s'entendaient si bien. Miya ne cherchait pas à régler ses problèmes et réciproquement. Si elles avaient besoin l'une de l'autre, ce qui était assez rares, il n'y avait qu'à demander. Elle finit par se décider pour une réponse.


"Je crois que je me suis trompée. C'est pas ton esprit ou tes dessins qui sont horribles. C'est le monde. T'arrives juste pas à le supporter."
Cette fois-ci, Miya répondit immédiatement. Cette question, elle avait dû l'aborder souvent, tant son discours se déroula rapidement, fébrilement, avec une rage contenue.
"Je n'veux pas le supporter. Elid, violé par son oncle pendant ses dix premières années, Oldas, tabassé à quinze ans parce qu'il n'avait l'air assez masculin. Vudil, qui s'est fait tabasser, enfermé par ses parents dans la cave jusqu'à l'âge de dix huit ans, violé à la maison, violé en classe, torturé. Elkar, tabassé par son mec pendant dix ans qui a fini par se jeter sous un train. Polsi, avec son chat qui s'est fait torturé et tué par sa meuf, avec sa tête laissé sur le lit à son réveil. Et au-delà de ça, dans le plus simple. Que des entreprises entières puissent miser sur la misère des gens pour les faire bosser. Quand un mec doit signer un papier confirmant qu'il a pris ses vacances, mais doit quand même venir bosser, et qu'il le fera parce que sinon ce sera l'OQTF, le retour à son pays où il sera exécuté, juste parce qu'il a pas encore eu l'asile politique. Ou Elisi, tu te rappelles ? Celle qui a fait piquer son chat parce qu'elle ne voulait pas déménager avec. Ou ces patients mis sous camisole chimique, juste parce que c'est plus simple de les gérer. Ces parents qui parlent d'éducations bienveillantes mais qui humilient leurs enfants. Ces personnes qui devisent sur ce que les SDF devraient faire de la thune qu'ils leur donnent et s'indignent s'ils vont acheter de l'alcool. Ceux qui trouvent supportable que des gens crèvent de froid. Ceux qui trouvent supportable ce monde, qui n'ont pas la rage au cœur et le souffle court. Je veux pas le supporter ce monde. Si je le supportais, c'est moi que je supporterai plus. C'est infantile qu'on me répond. En grandissant, on apprend à accepter ce qu'on ne peut pas changer et à changer ce qu'on ne peut pas accepter. Ce genre de foutaises. J'emmerde l'adultat. Je ne supporte pas ce monde. Je ne veux pas le supporter."


Elle attrapa une feuille de papier d'une main et essuya vainement les larmes qui coulaient sur son visage avant de se remettre à dessiner avec férocité. Hélène la regarda, bouche bée. En cet instant, elle avait envie de la prendre dans ses bras, de l'embrasser. De lui dire que tout irait bien. Mais elle savait que c'était inutile. Tout irait bien. Déjà elle voyait un petit personnage, un bras détaché de son corps, naître sur le papier, et les débuts de ce qui semblaient être des cloques ou des déchirures dans son dos. Elle regarda à nouveau le dessin de l'homme dans le marais, les yeux grands ouverts, étincelants, une seule larme de rage qui luisait au coin de ses mâchoires serrées, rejointe par les miasmes noirs du marais qui l'engloutissait, alors qu'autour de sa main s'évaporait la rive, un faux soleil se transformait en nénuphar.

Elle se leva, et alla accrocher le dessin au-dessus de la cheminée.

mercredi 20 février 2019

Condamner une violence sans soutenir la victime

Récemment, Alain Finkielkraut a été victime d’une agression antisémite. Je vais poser pour base à ce sujet que le caractère antisémite est convenu. Comme base, je vais également poser qu’Alain Finkielkraut est raciste au dernier degré, avec une médiatisation importante, et une islamophobie avérée. Ces points ne sont pas négociables, tout désaccord dessus implique l’inutilité (à mon sens, vous faites ce que vous voulez) de poursuivre la lecture.
Comme souvent dans ces cas-là, des condamnations de l’agression sont visibles, mais souvent précédées ou suivies d’une précision sur le fait que l’on ne soutient pas la personne ou que l’on n’est pas en accord avec ses idées.
Cette position, je la tenais moi-même et il n’est nullement question ici de faire la morale à qui que ce soit, simplement de partager une pensée qui m’est venue récemment : je pense que cette façon de faire est malsaine.

Il existe deux types de violences, les violences abstraites et les violences concrètes. Les violences abstraites visent une catégorie d’individus, les violences concrètes visent un ou plusieurs individus précis. On ne peut pas, cependant, les séparer l’une de l’autre aussi facilement, car les premières entraînent & promeuvent les secondes. Il n’est pas question non plus de les hiérarchiser, mais simplement de marquer la différence majeure entre les deux : l’individualité.

Lorsqu’un groupe social est attaqué, il est aisé de marquer ou pas le soutien à ce groupe, puisque l’on n’a pas à tenir compte des spécificités de ses individus, mais bien de la globalité du groupe. Pour faire clair : Lorsque Georges Bensoussan gerbe ses propos raciste sur l’antisémitisme tété au sein de sa mère dans les familles arabes, peu importe qu’un ou plusieurs arabes soient des ordures, le seul et unique point commun de tous les individus du groupe est de subir le racisme de ces propos ; il est donc facile de condamner ses propos tout soutenant les arabes.
Lorsque l'on parle de violences concrètes, c'est, comme je le disais, une personne qui est visée. Celle-ci, contrairement à un groupe, a des caractéristiques personnelles. En dehors du fait qu'elle soit une victime, elle est énormément de choses. La difficulté advient lorsque cette personne perpétue elle-même des violences (abstraites ou concrètes), et c'est là que survient la condamnation sans soutien à la victime.
Pourtant, plus j'y pense, plus il me semble que ce type de condamnation est, comme je le disais, malsaine. En effet, une violence, concrète ou abstraite, à une ou des victimes. On ne peut pas résumer l'agression à l'agresseur seul. La condamnation d'une violence est liée à l'agresseur, le soutien, lui aux victimes. Or, en effectuant une distinction, et en ne soutenant pas des victimes du fait de ce qu'elles sont en dehors de cette situation, on effectue une catégorisation entre « bonne victime » (que l'on soutient) et « mauvaise victime » (que l'on ne soutient pas). On peut tortiller la vérité en se disant que l'on ne fait pas la division entre bonne et mauvaise « victime » mais entre bonne et mauvaise « personne », mais vu que dans cette situation, les deux réfèrent à la même entité, j'y vois plus un jeu sur le mot qu'une réalité.

Cette catégorisation est, à mon sens, du même ordre que le victim-blaming. Dès lors que l'on fait un distinguo entre deux types de victimes, quelle qu'en soit la raison, on offre un soutien à celles & ceux qui, eux, vont utiliser ce distinguo pour amoindrir la gravité de la violence, ou la responsabilité de l'agresseur, et aux extrêmes qui iront jusqu'à justifier la violence par les actions de la victimes. Toutes ces positions se basent, précisément, sur cette distinction entre bonne et mauvaise victime, sur un jugement de la personne qui modifie la manière dont on agit vis-à-vis d'elle.
Voilà pourquoi je pense qu'une condamnation d'une violence concrète doit également, comme une condamnation d'une violence abstraite, s'accompagner d'un soutien aux victimes, quelles qu'elles soient.


Je me doute qu'à cet instant, de nombreuses personnes lisant ceci se demandent si je pense qu'une victime d'une personne doit offrir son soutien à son agresseur si celui-ci est aussi victime de quelqu'un d'autre. Il n'en est rien.
En effet, la position que j'émets ci-dessus est une position rationnelle, une position basée sur l'éthique. Mais la souffrance d'avoir été victime est à la base du droit à l'exception. On ne devrait, à mon sens, même pas exiger d'une victime qu'elle condamne cette violence. Que j'apprenne que des bully de mon collège ont été battus durant ces années-là, il me sera impossible de les soutenir, et même probablement très difficile de condamner ces violences. Pour autant, ce n'est pas contradictoire avec cette position, car, étant victime, j'ai droit à l'exception, du fait de ce que j'ai subi.

On pourrait objecter que les alliés doivent également suivre ce même chemin, par solidarité avec ces victimes. Mais à mon sens, on est là plus dans un acte performatif, un acte qui dit « regardez comme je suis un bon militant » que dans un véritable acte militant. Je commence à penser que le fait d'agir de cette manière revient à confisquer la souffrance des victimes, non pas en se plaçant à leur côté, mais en prenant leur espace. Une victime a le droit de refuser de soutenir. Elle a le droit même de refuser de condamner. Les alliés, eux, n'ont pas ce droit. De même qu'une victime a le droit à la colère, mais que l'allié doit la refuser particulièrement pour ne pas prendre la place d'une souffrance qu'il ne vit pas, de même une victime a le droit de ne pas soutenir ou de ne pas condamner, mais l'allié, lui, ne l'a pas. C'est là toute la complexité et l'inconfortabilité de la position de celui qui lutte contre une violence qu'il ne subit pas.

On pourrait objecter qu'en soutenant sans condamner le reste de la personne, on met à mal les victimes de celle-ci. Mais je répondrai d'une part qu'une personne n'est pas un instant et qu'elle a largement les moyens de condamner les actes ou les propos de quelqu'un ailleurs qu'au moment où celle-ci est victime. D'autre part, je pense que dans ce choix presque cornélien, il y a plus d'intégrité, et moins de performatif (qui est une véritable gangrène du milieu militant) et moins d'ouvertures aux abus à une condamnation ET un soutien, qu'à l'inverse. Ne pas confisquer l'espace des victimes, ne pas offrir plus de terrain à du victim-blaming, sont la base du travail militant de celui qui ne subit pas une violence. Il est celui qui doit expliquer posément quand tout son être est en fureur face à un acte, car il est celui qui a la possibilité de se reposer, contrairement aux victimes. Il est celui qui doit chercher à trouver une place qui ne soit ni celle des victimes, ni celle de ceux soutenant l'oppression. Iel est traître à son groupe social qui doit constamment chercher à faire ce qui fonctionne pour baisser les violences, là où les victimes ont le droit à la rage, à la souffrance, à la fureur, à l'inefficacité.

samedi 13 octobre 2018

Les chevaliers blancs

On dit souvent que les amis sont ceux qui sont là dans les meilleurs moments et dans les pires. « If you don’t handle me at my worst, you don’t deserve me at my best » (si tu ne me supportes pas dans le pire, tu ne me mérites pas dans le meilleur) Le fait est que dans les meilleurs moments, beaucoup de personnes sont présentes, dans les pires moins, voire beaucoup moins. Mais on oublie que l’inverse peut aussi arriver, et est bien plus pernicieux.

Le chevalier blanc est un individu, proche d’une personne dans une situation difficile (financière, morale, physique, mentale etc.) qui va chercher à l’aider mais peut causer bien plus de dégâts. Pour les personnes qu’ils « aident », il est extrêmement difficile de se sortir de ces relations qui peuvent les pousser au pire.

Je vais d’abord expliquer la différence fondamentale entre aider une personne et faire le chevalier blanc, car une personne bien intentionnée peut parfaitement se transformer en chevalier blanc sans le faire exprès, infligeant des dégâts et augmentant la culpabilité et le mal-être de la personne « aidée ». Je continuerai en parlant de la seconde catégorie de chevalier blanc, celle qui peut non seulement faire des dégâts, mais en sus, empêcher littéralement la personne de se remettre. Il faut bien garder à l’esprit que si la première catégorie peut être une déviance d’une personne bien intentionnée, la seconde est purement et simplement le fait de personnes malsaines, mal intentionnées, dont il faut s’éloigner au plus vite. Je les distinguerai donc en parlant de chevalier blanc bien intentionné et de chevalier blanc mal intentionné.

Par « situation difficile » ici, j’entends quelque chose de sérieux, qui affecte la vie de la personne sur une durée plus ou moins longue, voire est définitive. Je parle de maladie mentale ou physique longue, de handicap physique ou mental, pas d’un simple coup de mou. C’est important, car si les chevaliers blancs bien intentionnés peuvent être présents pour de simple coup de mou, ou situation temporaire pourrave, ils ne feront en général aucun dégât. Les mal-intentionnés ne seront, en général, absolument pas intéressés.



On peut régulièrement voir des personnes, sur internet ou ailleurs, partager le fait qu’à la découverte du maladie de longue durée, elles ont vu petit à petit leur entourage s’évaporer. Bien souvent, on attribue ça à de la lâcheté, mais à mon sens, les raisons sont diverses, mais l’une d’entre elle est souvent mésestimé : aider quelqu’un est difficile.

Être handicapé, c’est difficile à vivre. Avoir une maladie mentale, c’est difficile à vivre. Être dans la misère, c’est difficile à vivre. Avoir une maladie physique longue, c’est difficile à vivre. Aider l’est également. Oh, quand on entend une personne proche se plaindre de sa situation, on a souvent envie de lui rappeler qu’elle aide, et que la décence implique de ne pas monopoliser l’espace par rapport à la personne aidée. C’est d’ailleurs, dans les milieux militant, une rhétorique extrêmement courante, qui, à mon sens, si elle est pertinente d’un point de vue idéologique, est particulièrement dangereuse dans la pratique, puisqu’elle contribue à la création de chevalier blanc bien intentionné.


Mais je digresse encore, qu’est-ce que c’est donc qu’un chevalier blanc bien intentionné ? C’est une personne qui va chercher à en aider une autre, et va dépasser ses propres limites. Elle va mettre de côté d’autres choses nécessaires à son propre épanouissement personnel, à son bonheur en somme, refuser de prendre du recul, s’épuiser en somme. Lorsque cela arrive, la personne va souvent s’enfuir. Parfois en claquant la porte, parfois de façon subreptice. Ce sont ces personnes « lâches » que l’on pointe souvent du doigt, celles qui, au final, n’ont pas réussi à rester. En vérité, si ces personnes peuvent en effet faire mal, leur réaction est, à mon sens, assez saine.

En effet, celles & ceux qui restent après avoir dépassé leur limites sont autrement plus dangereux. A cet instant, la recherche du bonheur qui se trouvait dans d’autre domaine se trouve transférée sur la personne aidée. Un morceau d’égo s’attache à la recherche d’améliorer la situation de l’autre. Ce qui peut fonctionner dans le cas d’une situation temporaire… mais est catastrophique lorsque l’on est face à une situation qui ne s’améliore pas. En effet, petit à petit, le chevalier blanc se trouve écrasé par l’échec de son aide, donc par l’échec de sa recherche de bonheur. Il s’enfonce, s’acharne de plus en plus à aider l’autre, et lui fait petit à petit ressentir le fait qu’elle est la cause de son mal-être.

Lorsque, finalement, le chevalier blanc finit par partir, il risque de faire des dégâts phénoménaux, puisque la personne aidée se sent « redevable » de toute l’aide qu’il lui a apporté, et de ce fait, coupable de ne pas avoir « changé », de n’avoir rien pu « rendre ». Elle subit donc, en sus de sa propre situation, une honte vis-à-vis de celle-ci d’avoir fait du mal à quelqu’un d’autre. De plus, le chevalier blanc risque de s’attacher à une autre personne dans cette même situation pour recommencer encore le même schéma.



Éviter d’être un chevalier blanc est complexe. En effet, il est difficile de dire à quelqu’un qu’on a besoin d’une pause, alors qu’objectivement, c’est la personne aidée qui en aurait le plus besoin. Cela peut sembler lâche (et c’est le message le plus souvent envoyé, y compris, encore une fois, dans le milieu militant) injuste, et peut-être, tout simplement, douloureux de s’éloigner de quelqu’un que l’on apprécie. Ne pas dépasser ses limites est complexe, car il est difficile de savoir où elles se situent, et dans quel mesure on s’implique « trop » dans l’aide que l’on apporte à quelqu’un est extrêmement difficile à cerner.

Pour autant, il est nécessaire de faire ce travail sur soi régulièrement pour ne pas risquer de faire des dégâts à l’autre. Il faut savoir prendre ces pauses, car elles sont aussi un respect, en vérité, vis-à-vis de l’autre. En tant que personne qui aide, vous avez le privilège de pouvoir prendre des pauses. La personne aidée ne le peut pas. Et c’est épuisant de ne pas pouvoir se reposer. Vous pouvez le faire, et le faire n’est pas trahir l’autre, bien au contraire, c’est justement pouvoir l’aider plus encore, après, une fois reposé. C’est plus facile à dire qu’à faire, mais il m’a semblé important de rappeler que rationnellement parlant, se reposer est une bonne idée. Se protéger est extrêmement important. Une fois que les bases rationnelles sont admises, le travail sur l’émotionnel, la culpabilité ou l’égo, peuvent être commencés. Sans ces bases, il me semble impossible de pouvoir travailler à ne pas finir en chevalier blanc. Souvenez-vous : dépasser ses limites est dangereux, autant pour vous que pour la personne que vous souhaitez aider.




Passons maintenant à la seconde catégorie, les chevaliers blanc mal-intentionnés. Cette fois-ci, je ne m’adresserai pas à eux, puisque j’estime précisément que ce ne sont pas des personnes qui veulent du bien à la personne « aidée ». Je parlerai plutôt aux personnes en situation difficile de longue durée, ou à leurs proches bien intentionnés.

Les chevaliers blancs mal-intentionnés sont prêt à aider des personnes de façon massive, et parfois on pourrait facilement les confondre avec des chevaliers blanc bien intentionné, voire même avec une personne aidant saine et respectueuse de ses propres limites. Mais en réalité, les chevaliers blancs mal-intentionnés ne souhaitent pas que la personne aille mieux. Ils peuvent, selon leur intelligence et leur propre système égotique, aider véritablement la personne ou au contraire faire de l’aide de surface qui ne résout que des problèmes de fond, car en vérité, ils utilisent les personnes en situation difficile comme moyen de remonter leur estime. Ils deviennent « la bonne personne qui aide quelqu’un ».

Ils vont travailler à faire en sorte que la personne reste sous leur coupe, parfois utilisant la situation même dans laquelle elles sont pour justifier des mesures qui tiennent purement et simplement de la prise de contrôle. Exigence sur le poids, les horaires, la tenue, la nourriture, les activités etc. De plus, si la personne commence à aller mieux, ils vont chercher soit à saboter ce qui les aide, soit à créer une autre source de souffrance (souvent mentale/psychologique) pour conserver leur main-mise sur la personne.

La clef pour repérer les chevaliers blanc mal-intentionnés est de proposer des alternatives à des propositions qu’ils font. Si, par exemple, ils proposent de changer de praticien médical parce que « celle-ci se trouve plus près de mon taff, ça me prendra moins de temps » (ce qui peut passer pour une volonté de respecter ses limites, de ne pas chercher à s’épuiser et qui serait bien), la personne « aidée » peut proposer d’aller chez l’ancien praticien avec quelqu’un d’autre ou d’une autre manière. Un chevalier blanc mal-intentionné (un manipulateur, rappelons le), cherchera très probablement une autre raison de ne pas faire ainsi pour garder un contrôle maximal sur sa victime. Une personne bien intentionnée n’y verra aucun soucis.

Les chevaliers blanc mal-intentionnés cachent en réalité la recherche d’emprise et leur manipulation grâce à la situation difficile de la personne qu’ils disent « aider ». C’est une forme de violence psychique particulièrement perverse. Ils ressemblent aux chevaliers blanc bien intentionnés par bien des points, mais vont bien au-delà. Le chevalier blanc bien intentionné finira par craquer, ou, dans le cas où la situation s’améliore, ira mieux. Le chevalier blanc mal intentionné ne craquera pas, hormis dans le cas où la situation s’améliore.

De plus, un chevalier blanc bien intentionnés, ayant mis sa recherche de bonheur dans l’aide à l’autre, peut, petit à petit, devenir un chevalier blanc mal intentionné. La frontière entre ces deux types de personne est ténue, et tient principalement de leur égo, et, notamment, d’à quel point le bien intentionné a dépassé ses limites.




Dans tous les cas, les personnes qui aide quelqu’un dans une situation difficile doivent également être scrutés pour vérifier qu’elles ne font pas plus de dégâts qu’autre chose. Si vous aidez quelqu’un, vérifier que vous ne lui faites pas peser votre propre situation, que vous ne vous êtes pas trop investis égotiquement dans l’aide que vous lui apportez, que vous n’avez pas mis de côté d’autre choses qui vous font du bien, est quelque chose de vital. Précisons que je parle ici bien des situations dont on ne sait pas si elle s’amélioreront. Il est évident que parfois, on va mettre sa vie en pause pour aider une personne dans une situation de crise. Ce n’est pas forcément une mauvaise chose. Parfois on ne peut pas faire autrement. Mais mettre en parenthèse sa vie pour aider dans une situation de crise, c’est une chose, s’épuiser en est une autre. Là est toute la différence entre les deux. Connaître ses limites. Comprendre quand on les dépasse. Se protéger. Se reposer. Ne pas faire plus de dégâts à ceux que l’on aime.



Prenez soin de vous.

mardi 29 mai 2018

Je ne sais pas [écriture automatique]

Le milieu militant et moi. Curieux, j’ai failli écrire « est ». Je ne sais même pas si ça a un sens à l’heure où j’écris ces lignes.
Combien de fois je m’en suis éloigné, combien de fois je me suis dit qu’une pause était nécessaire, que ça avait un mauvais impact sur moi.


Le milieu militant et son culte de la colère. Le milieu militant qui valide la rage, la fait passer pour une libération. Est-ce que c’est le problème ? Hm.Non, je ne sais pas. Peut-être plus la puissance. Une rivière qui m’emporte. Je m’y noie. Où est-ce que je suis ? Ça n’est pas moi ? Est-ce que moi existe ? Moi est-il ou moi est-il ce que j’ai envie qu’il soit ?
Je ne sais pas si j’ai envie d’être ce que le milieu militant fait de moi.

J’ai tendance à me perdre dans les autres quand ils sont trop puissants. Les milieux aussi. Le milieu militant m’engloutit dans une rage phénoménale.

Je vois des personnes dire qu’ensuite on devient blasé puis on se relève et on met un peu de distance sans s’enfuir.

Pas sur que ce soit mon cas. Le milieu militant m’a sauvé quelque part. Ça lui confère trop de puissance. Dans ce monde absurde, insupportable de violence, une logique se mettait en place, quelque chose qui avait du sens, tout s’organisait.
La rage pouvait être libérée. Alors allons-y. Libérons-la. En plus, c’est du bon côté. Bullshit. La rage n’est jamais du bon côté. La libération de la rage, c’est la glorification de l’ego et des beau-parleurs. Et je suis un beau-parleur. Je joue avec les mots. Je sais blesser avec. Je sais écraser avec. Je me baigne dedans depuis toujours. Bordel, c’est moche ma gueule.

Ça juge, ça individualise parce que l’individualisme, c’est une méthode pour se hisser au-dessus et écraser les autres. Tout est politique. C’est beau ça. Ça permet bien de démolir tout ce qui passe, et donc, de se hisser au-dessus. Qui détruit quelque chose devient un héros. Tellement plus simple de faire ça. De s’enfoncer dans ce tourbillon qui détruit, vide, crache, méprise, rejette.
Dis moi qui tu rejettes, je te dirais qui tu es.
Alors rejetons tout ce qui a une imperfection, on en sera parfait.


Dis moi ce que tu veux faire, je te dirais pourquoi ce n’est pas une bonne chose. Les mots, jonglons avec, modifions les. Les mots sont importants. Comme ça, on peut donner encore plus de force aux grandes théories de la rage. Comme ça, on peut tricher, trancher, déchirer, on peut oublier les individus, et se pencher sur son nombril.


Est-ce que c’est le milieu militant ça ? C’est ce qu’il est quand il me rentre dedans. C’est mon côté caméléon qui ressort. Ou adaptateur.
Ça pue.


La libération de la rage sur internet, c’est aussi trois femmes qui vivent dans la peur parce que Naomi Musenga est morte et que leurs identités ont été envoyées sur le net.
Est-ce qu’on peut vraiment se dire qu’on n’a rien à voir avec ça, juste parce qu’on n’a pas partagé leurs adresses, ou parce qu’on refuse le dox ? Est-ce qu’on peut dire qu’on n’a rien à voir avec ça alors qu’on s’enrage les uns les autres, qu’on érige la violence et la colère comme des qualités, qu’on fait des murs de mots et de concepts ?
Et y a trois femmes qui vivent dans la peur, et ont possiblement dû arrêter leur métier.
Et y a un mec qui s’est buté je ne sais plus quand.


Des individus. C’est pas grave. Regardez la grande image. Et puis, on n’a rien à voir avec ça de toute manière. Nous on ne s’énerve pas de cette façon là. On ne doxe pas. On n’appelle pas au meurtre.

Mais le cynisme, le sarcasme, le commentaire blessant, c’est courant. Faut bien rappeler aux blancs, hommes, hétéros, mince, riches, valides, NT qu’ils sont ceux qui nous font mal, qui nous tuent, donc bon, qu’on se moque d’eux, au final, c’est rien. C’est libérateur. On renverse le jeu.

Mais est-ce qu’on continue pas le monopole du virilisme, de la rage, de la violence verbale.

Est-ce que chez moi, c’est pas précisément mon côté le plus puant, le plus immonde, cette capacité à déverser du fiel sur des personnes parce que je sais le faire, que je suis doué avec les mots, et que ça me fait me sentir bien.


J’ai la rage de ce monde.
Mais je sais pas si je peux continuer à la laisser comme ça.
Je me reconnais pas par moments.
Régulièrement.

C’est pas supportable en fait.



Il est un temps où les démons
ont fait un château de pensées
Des règles d’or et de goudron
d’innombrables chemins d’été.

Les roses sans épines
ont le venin rugissant
des regards et des sourires
aux dents de vampires.

Des chemins mordus de pensées et d’idéaux
de regard fier et insupportable
de monstruosité qui se délite.

Caméléon dans l’incendie, ne te brûle pas
Comme un goéland tombé dans une mer goudronnée
Comme une glissade qui n’en finit pas

Des rêves de logique, de sens, de schémas et de pertinence
Tout ça pour retomber au pied du donjon.
Don’t keep me down
I’m not an angel
Not a king
Just a basic waste of earth.

Où suis-je ?
Qui suis-je ?

Une bulle d’irréalité qui se démembre dans ses propres incapacités à penser.

Un bout de soi qui dit « voilà ce que je veux »

Je regarde ce monde
Et je ne dis rien.

Je ne sais pas ce que je veux.

Je sais
que ce n’est pas ça.



Est-ce que je peux faire une pause ?
Est-ce que je peux partir ?

La rage est comme une drogue.
Elle m’emporte, me dépossède de ce que je suis
Plutôt de ce que je veux être. Je ne suis pas. Je suis. D'autres.
est-ce que j’existe encore quand je m’y perds ? Est-ce que je peux réellement m’en aller ?
Etait-ce un choix ou une illusion ? Je ne sais pas. Drogué à la rage, au dégoût, à l’horreur et à l’indignation.
Faut regarder le monde en face.
Faut-il ? Hein ?
C’est mieux. Regarde ton ego. Tu auras plus de valeur. N’oublie pas que tu n’en as pas. Donne-t-en. Tu iras loin. Tu feras beaucoup.
Et même trop.

Non, c’est une drogue.
Est-ce qu’on peut juste baisser la drogue ?
J’en doute.

L’arrêter ?
Est-ce que je suis trop loin déjà ?

Je sais même pas.
J’espère que non.

vendredi 11 mai 2018

La mort de Naomi Musenga et les critiques blanches sur le sujet

À mes camarades et ami-e-s blanc-he-s qui parlent du traitement médiatique de la mort de Naomi Musenga.


Ça fait quelques fois que je vois des camarades blanc-he-s et même des amies blanches qui parlent du cas de Naomi Musenga, d’une façon qui me met extrêmement mal à l’aise. L’argument le plus récurrent est le suivant : « ça semble plus du sexisme que du racisme ».

Plusieurs choses me gênent dans cet argument.

Le cas est celui d’une femme noire. Le cas a été portée à l’attention du public par des femmes noires. Sa mort aurait été silencieuse sans les femmes noires.
On peut débattre autant qu’on le souhaite sur le sujet, faire des analyses, des réflexions, chercher à décortiquer l’appel téléphonique, juger de la différence de mépris ou pas etc. Mais est-ce pertinent ?

Plusieurs points en vrac
1- est-ce véritablement le bon moment ?
Il ne me semble pas pertinent de savoir si cela provient du sexisme ou du racisme. Une femme est morte. Il incombe de lutter ensemble. Au vu du nombre de fois où des femmes noires ont dû lutter seules, j’ai l’impression que c’était le bon moment pour lutter ensemble, pour rappeler que nous, blancs, pouvons faire preuve d’empathie sans absolument, au moment de la lutte, dilapider l’énergie dans des débats internes qui n’auront pas de conséquences sur le monde extérieur, mais au contraire, contribueront à rappeler aux racisé-e-s qu’iels seront toujours miné-e-s par nous.

2- Est-ce important ?
Si la lutte amène des sanctions, une avancée afin que ce genre de mépris ne se reproduisent pas, cela sera autant le fait pour les blanc-he-s que pour les noir-e-s. Est-ce véritablement nécessaire de connaître les détails précis des mécanismes psychiques qui ont amené la mort de Naomi Musenga ? Je ne pense pas.

3- « si on n’en parles pas maintenant on ne pourra pas plus tard »
J’ai vu cet argument ça et là. Il me perturbe. En effet, dans des schémas où des personnes subissant plusieurs oppressions ont été mises de côté par des personnes en subissant moins, c’est une réalité. Mais est-ce le cas dans l’autre sens ? Une femme noire luttant contre le racisme pourra-t-elle véritablement faire l’impasse sur la lutte contre le sexisme ensuite ? Ça ne me semble pas pertinent.

4- « il y a une autre explication donc pourquoi chercher le racisme ? »
Considérer que le racisme n’est une explication qu’en cas de dernier recours est… une posture raciste, fondamentalement. L’immense majorité des situations peuvent être expliquées de cette façon. On peut toujours trouver des individualités différentes, des cas spécifiques. A mon sens, on devrait, sauf preuve explicite, considérer de base qu’une violence envers une personne non-blanche implique le racisme, et non considérer de base que le racisme n’est pas impliqué, sauf si on n’a trouvé aucune autre explication.

5- « j’ai connu quelqu’un qui a aussi vécu insérer ici situation alors qu’iel est blanc-he. »
Oui et ? Si on joue à l’individualité, je suis sur que je peux trouver un mec cishet blanc riche valide qui a été mal pris en charge par le SAMU. Cela permet-il de dire que ce n’est pas un problème d’oppression ? Rappelons que le cas individuel n’est pas pertinent. Systémiquement parlant, les douleurs des femmes sont moins prises aux sérieuses. Systémiquement parlant, les douleurs des racisé-e-s sont moins prises aux sérieuses. Que l’on puisse trouver des cas individuels qui se rapprochent ne permet pas d’invalider un propos militant.

Ça fait un bail qu’on voit que les militant-e-s racisé-e-s sont ou se sont éloigné-e-s des militant-e-s blanc-he-s. Que ce soit dans le milieu LGBTQI, dans les milieux sur la psychophobie où cela se développe également, ou au niveau du féminisme. Peut-être est-ce précisément pour ce point : elleux ont fait bloc avec nous. Mais nous chipotons et arguons continuellement pour faire bloc avec elleux.

J’avoue que mon principal problème reste le premier. Est-ce le bon moment ? Une femme est morte. Quel importance que ce soit du racisme, du sexisme ou autre chose encore? Il y a nécessité de lutter ensemble. Celles qui ont porté ce combat sont des femmes noires. Ne pas leur faire faux-bond – une fois de plus – me semble bien plus important que de produire une analyse complète des tenants et aboutissants de la situation.

mardi 8 mai 2018

The princess & the monster

There’s a monster on my bed
He cry every night
There’s a princess in my shed
She laugh every time.


And all along
they burn my dream
They light my room
I cannot see.


Everyone say they’re not here
That the cry and the laugh
are just ideas
in my mind.


There’s a monster on my bed
he cry every night
There’s a princess in my shed
She laugh every time.


My friends try to keep me away
From my bedroom.
But every bed
has its monster
Every shed
has its princess.


There’s a monster on my bed
He cry every night
There’s a princess in my shed
She laugh every time.


The doctors try to kill them
The doctors almost killed me.
Take that pill, they’ll go away
Take that pill, they are not here
I saw the cry fading away
I saw the laugh burning down.


There’s no monster on my bed
There’s no cry in my eyes
There’s no princess in my shed
There’s no laugh, there’s no smile.


I tore apart
my bed
I crushed
my shed


There was no monster
in my bed
There was no princess
in my shed.


I got silence
I became silence
I got that pill
I became ill.


I try to talk
I try to walk
I try to be
I cannot see.


Now my friends
are far away
Now my doctors
are far away.


There’s a monster on my bed
He cry every night
There’s a princess in my shed
She laugh every time.


I found again
my tears
I found again
my smile


And all three of us
keep going
during the night


He cry
every nightv She laugh
every time
I see
everywhere
I’m cured
Out of nowhere.

vendredi 6 avril 2018

Des dents brûlées

Une balle dans les yeux
qui joue à chat avec les larmes
Un goût amer d'incendie
Dans la mâchoire et les idées.


Fallait-il que le marais s'étende
des poumons jusqu'à la vessie
Est-on fait pour abriter un monde
Quand les erreurs nous pourchassent sans merci.


Une bulle dans les oreilles
Un instant, le vertige de l'imaginaire
Une explosion d'éclairs
dans le nez
Et des frétillements
Qui cassent les idées vendues.


Passer d'un trait à un carré
Au milieu de la joue, dans les doigts
Des ongles de chairs désincarnés
Qui grêlent la peau de tranchées noires.


Danser et chanter
Hurler en boule de ses yeux
Et se contorsionner
De plaisir
Au son
D'un regard.


Le prix
Valait le coup
Des dents brûlées
Contre un soleil au creux de l'âme.

jeudi 22 février 2018

Les milieux safe, anomalie du milieu militant ?

Le mouvement du safe… J’en avais déjà parlé à plusieurs reprises. Comment le mot « safe » qui signifie qu’une personne n’est plus en danger a été détourné pour parler de son entourage, qui serait donc protégé, sans oppression. (voir ici, début de l’article )
J’avais également, dans un tout autre sujet, parler de la survalorisation de la colère dans les milieux militants dans « prendre soin de soi » ( Lien ) avec le fait que la valorisation de la colère induisait un système viriliste où la souffrance d’une personne était reconnue en fonction de sa colère.


Globalement, je ne reviendrai pas sur le fait que la portion militante qui glorifie le safe soit malsaine, que ce soit parce qu’elle vole un concept important des milieux de l’entraide ou parce qu’il est ultra violent. Mais plus le temps passe, plus il me semble n’avoir jamais vu d’analyse ou de réflexion sur ce qui a fait que ce mouvement est né. C’est plus vu comme une anomalie, une erreur. Et aujourd’hui, je pense plutôt que c’est une évolution logique dont les racines sont visibles dans le militantisme twitter/facebook de façon globale.


I] l’exigence de pureté militante et l’hypocrisie à ce sujet.

Si l’on peut régulièrement lire que l’on n’exige pas d’une personne de tout savoir sur tout, qu’on a le droit de dire des conneries et que l’important c’est de se remettre en question, on remarque rarement que ce « et », signifie en vérité « mais », et que, comme le dit une célèbre série, un « mais » signifie que tout ce qui a été dit avant est sans importance. Ça n’a jamais été plus vrai.
En effet, on attend « juste » la remise en question. Mais dans les faits celle-ci doit être immédiate, totale et parfaite. On ne prend jamais en compte le fait qu’une personne puisse avoir besoin de temps pour cela. On scrute ses excuses pour vérifier qu’elles sont inconditionnelles, et surtout, tant que ces excuses n’ont pas été faites, on continue de les exiger, et ce, avec violence.
Il y a une hypocrisie complète dans le fait qu’on dise que chacun peut faire des erreurs, alors même qu’on punit socialement ses erreurs tout en valorisant la colère des opprimé-e-s comme quelque chose de sain.

Or, dans le milieu du safe, la seule différence est que si la personne a EU ces propos « problématiques », elle est ensuite marquée du « pas safe » et définitivement considérée comme inacceptable, et l'on peut lui rappeler des mois ou années plus tard.
En définitif, ici, la seule chose que le mouvement du safe a ajouté, c’est le fait qu’une personne subit sur un temps plus long la violence du mouvement militant. Il y a amplification d’un fonctionnement général, mais pas quelque chose de neuf.


II] La colère comme méthode glorifiée.

La colère dans le milieu militant, j’en avais déjà parlé comme dit plus haut, mais je voudrais aller plus loin. Le lien souffrance ↔ colère s’ajoute au fait que la colère est légitimisante. Combien de personnes ont remarqué qu’elles ont eu une vague de followers supplémentaires ou de RT/fav/réactions, que ce soit sur twitter ou sur facebook, du fait d’une réaction colérique brutale, que n’offre que beaucoup moins (voire pas du tout) de longs sujets d’analyses plus posés.
Le lien souffrance ↔ colère a de nombreux effets pervers. D’une part, il exclue du milieu militant l’intégralité des discours venant de personnes ne supportant pas la colère ou l’agressivité. D’autres parts, ce sont, encore une fois, les personnes les plus privilégiées qui auront le plus de facilité à encaisser la violence de la colère (plus de soutien) ou à la lancer (plus d’habitude à le faire).
La colère, dans la manière dont on exige qu’une personne se remette en question, peut aller jusqu’à ne même pas lui donner les informations nécessaires à celle-ci, ce qui fait qu’au final, la remise en question n’est plus une posture personnelle de réflexion, mais un chemin de piste à suivre, codifié et préparé. On voit ça avec les fameux « supprime » qui, autrefois utilisés uniquement contre des personnalités politiques, est maintenant même utilisé directement dans le milieu militant.
Dans les milieux qui se revendiquent safe, le niveau est placé souvent un cran au-dessus. La colère d’une personne envers une personne qui a eu des propos « problématiques » peut-être, à elle seule, justification de labelliser et rejeter définitivement la personne hors du groupe, et ce, que la personne soit concernée ou pas. Le rapport de force est, à mon sens, juste amplifié. Là où le fait d’être concerné est vu comme justification à calmer la colère dans le milieu militant, ce n’est pas le cas dans les milieux safes où le rapport de force est plus brutal et plus liés aux canons de pensées en cours. Mais on est pour autant dans un même continuum. Simplement une mise en place plus simple & plus extrême du rapport à la colère.


III] La glorification des concerné-e-s

Revenons d’ailleurs sur la notion de concerné-e-s. Ça fait bien longtemps maintenant que des personnes ont signalé que cette exigence de prouver que l’on était concerné-e forçait l’outing sans volonté de la personne.A ceci, la réponse principale a été « dans le milieu militant, si tu t’outes pas, t’étonnes pas de pas être considéré comme concerné-e ». Ce qui, en soit, n’est pas totalement aberrant… si on n’avait pas glorifié le fait d’être concerné-e au-delà de toute logique.
Le premier problème que je vois est la notion même de concerné-e qui suppose que seule la personne qui VIT une chose est concerné-e par cela. Cette notion pose des soucis, car la vie des autres influe sur la notre. Une malade mentale et un malade mental sont concerné-e-s par la maladie mentale. Mais pour autant, la masculinité de celui-ci a une influence sur la violence qu’il subit, de même que la féminité de celle-ci l’a sur la violence qu’elle subit. Pour prendre un exemple de la pensée qui m’habite : les suffragettes étaient, aux états-unis, des suprémacistes blanches. Peut-on véritablement considérer que les hommes noirs n’auraient pas eu leur mot à dire sur le sujet ? Ils étaient concernés également à mon sens. Aujourd’hui, pour prendre un exemple (extrêmement) récent, qu’une femme cis se pose des questions sur la condition masculine et la relation avec les genres non-binaires et la toxicité qui peut en résulter fait-il d’elle véritablement une non-concernée par le sujet ? Les oppressions sont souvent analysés une à une, voire croisées les unes avec les autres, mais j’ai l’impression qu’on reste dans une optique binaire, qui pose problème.
Le problème, c’est que les concerné-e-s n’ont pas tou-te-s le même avis. Et si, encore une fois, on l’accepte et même on le revendique, il y a une véritable hypocrisie sur le sujet puisque, précisément, quand une personne parle d’un sujet qui ne la concerne pas, on peut lui rentrer dans le lard sur sa condition de non-concernée… sans même prendre le temps de vérifier que si des concerné-e-s pensent de la même manière.

Dans les milieux safe, on va au-delà puisque le fait d’être concerné-e est souvent lié au discours que l’on a. Si celui-ci n’est pas celui dominant, on est rejeté côté « oppresseu-r-se ». C’est ainsi que, dans une même discussion sur la gifle = enfant battu, j’ai, dans le milieu militant, eu un exemple de dissonance, avec tout d’abord une exigence que je me considère comme victime d’abus, puis un rejet et être taxé « d’abuseurs » là où, dans un groupe safe d’alors, on m’a purement et simplement nié le fait d’avoir reçu des gifles car « jamais tu ne dirais ça si c’était vrai ». On va également au-delà, puisque, dans ces milieux, les oppressions sont parfois même utilisées quasiment comme des CVs.
Là encore, le milieu safe va, certes, au-delà du milieu militant, mais il n’a rien de vraiment différent, il évite juste des dissonnances.

IV] Des codes.
Les codes dans le milieu militant sont extrêmement nombreux. Transsexuel/transgenre/trans/trans*, malade mentale/trouble psys/neuroatypique/neurodivergent. Les mots, tout d’abord, sont extrêmement importants. On doit connaître les bons, savoir comment les utiliser. Il faut savoir se remettre en question, vite, et surtout, bien, comme je le disais, avec les bonnes méthodes d’excuses.
La colère donnant de la légitimité, on voit régulièrement des personnes en colères s’énerver de plus en plus jusqu’au jour où elles font un faux pas, où leurs colères n’a pas été dirigé selon les codes, ou dans les bonnes formes, et c’est la shitstorm brutale et violente.
Le nombre de code dans les milieux militants est tellement impressionnant et les punitions pour non respect des codes peuvent être si brutale, qu’au finale, les personnes qui parlent sont de plus en plus les mêmes, les discours se polissent, et la contradiction se perd. Certes, il y a des moments où l’on n’est pas d’accord, mais cela reste bien souvent sur des détails et surtout, il y a toute une portion de la population qui ne peut littéralement pas parler, par manque de connaissance, de temps, ou pour des problèmes de handicaps ou autres.

Dans les milieux safe, c’est la même considération, à ceci prêt que les codes sont figés. Ils ne se modulent pas plus ou moins au gré des shitstorms, ce sont les personnes qui ne rentrent pas dans ces canons de pensées qui sont éjectées.
Est-ce vraiment une anomalie ? J’y vois juste un extrême, une évolution, une simplification des codes. Il est plus simple de suivre un univers dans lequel les codes sont fixes qu’un dans lequel les codes varient.





En vérité, je pense que le monde du safe n’est pas une anomalie du milieu militant, mais une simplification & extrêmisation de celui-ci. On simplifie les codes en les figeant, on simplifie les discours en les limitant à un unique, on simplifie tout le chemin de piste des excuses en les refusant purement et simplement. Le milieu militant est extrêmement hypocrite entre ce qu’il prétend faire et ses actes, le milieu safe est juste plus radical et plus clair.
Pour moi, tout ça me fait penser que tout ce qu’on a vu dans les milieux safes vient avant tout de nous. C’est pire. Mais ça n’est pas apparu comme une distorsion de ce que nos milieux sont, juste une évolution.


Je ne sais pas où je veux en venir. Je me rappelle simplement ces mots d’une femme, grosse, pauvre, bi, victime d’abus et avec des problèmes psys long comme le bras : « le milieu militant est trop violent pour moi. », et je me dis que quand même, y a un truc qui pue quelque part. J’ai pas de solution. Je vois juste le problème. Désolé si vous espériez plus.

jeudi 21 décembre 2017

La veganophobie bouffe les pissenlits par la racine

Je sais pas pourquoi j'ai fait ce titre, mais je l'aime bien alors il va rester.
J'ai récemment lu un énième article expliquant en quoi la veganophobie existait, et je ne sais pourquoi, c'est cet article qui m'a fait poser le mot sur le concept qui pose problème à un paquet de personnes quant aux oppressions, à savoir une confusion entre oppression et pression sociale. Je n'ai aucune idée de si ça a été abordé ailleurs, et à vrai dire peu m'importe, c'est mon blog, et je l'utilise autant pour partager des pensées que pour me souvenir de celles-ci, ayant une mémoire... aléatoire.
Cette confusion amène régulièrement les personnes à supposer que les hommes subissent aussi du sexisme, que la veganophobie existe ou que la minçophobie/maigropphobie est une réalité. Faisons donc un point sur la pression sociale. Celle-ci n'est pas nécessairement un marqueur d'oppression. Il y a des pressions sociales qui en font parti (les femmes doivent se faire belle, prendre soin de leur corps etc. par exemple), il y en a qui sont hors de tout système d'oppression. Un exemple ? Allons-y.
Envoyer ses enfants à l'école. Rappelons qu'en France, AUCUNE loi ne vous oblige à envoyer vos enfants à l'école. La seule chose obligatoire est l'enseignement, pas l'école en elle-même. Pour autant, il y a une pression à le faire. Cette pression pourra être renforcée, parfois de façon très importante, en fonction des oppressions, mais elle existe en dehors d'elles. De la même manière, il y a une pression sociale à ne pas parler à voix haute dans une bibliothèque. Vous me direz que là, c'est le règlement/la loi, mais le règlement/la loi peut aller dans le sens de la pression sociale, contre elle, ou en être exclu. Ici, il n'y a pas que les bibliothécaires qui pourraient réagir, mais bien l'intégralité des personnes présentes. Un autre ?Allons-y.
Boire de l'alcool. Il y a pression sociale à boire de l'alcool. Toutes les personnes n'en buvant pas pourront vous en parler, et cette pression peut être plus ou moins forte, allant parfois jusqu'à faire boire une personne sans son consentement. Et malgré ces violences, ce n'est pas une oppression.

La pression sociale est une constante à toute forme de groupement. Dès l'instant où des individus se regroupent, des codes sociaux se mettent en place, et une pression, plus ou moins forte, plus ou moins agressive, se met en place. Dans le milieu militant, il y a une pression à connaître le b.a.-ba du militantisme, une pression à la remise en question immédiate, et une pression à la colère par exemple. Ces pressions sont parfois visibles par les violences (sur les personnes ne présentant pas une remise en question immédiate par exemple) ou au contraire par le nombre de Followeur/les applaudissement et autre (la pression à la colère, être en colère dans les milieux militants est une bonne chose, ça rapporte du follow. les sujets de rage sur X/Y sont bien plus Retweetés/partagés que les sujets d'analyses).

L'oppression, elle, créé deux groupes au sein de la population, l'un bénéficiant de celle-ci, l'autre la subissant, et les deux groupes étant liés par un lien hiérarchisant. Les hommes, peu importe à quel point on peut être en accord avec les luttes féministes, bénéficient du sexisme. Celui-ci nous permet une meilleure qualité de vie (facilité à trouver un emploi), ou des avantages du fait d'être la personne pouvant violer/tuer, avantages qui ne s'en iront pas du fait qu'on ne le fait pas, de même que refuser de se servir de l'épée que l'on a ne la fait pas disparaître. Les hommes, pour autant, subissent des pressions sociales, mais pour autant, le groupe homme bénéfice de ce système et de ce lien d'exploitation (travail émotionnel, etc.).
Vegan, c'est le fait de refuser d'exploiter des animaux. Les Vegan subissent une pression sociale à manger de la viande, c'est un fait. On peut voir jusqu'au fait de leur refuser des soins à cause du régime alimentaire. Pour autant, les Vegan bénéficient quand même de l'exploitation animale. Les Vegans sont comme les hommes allié à la cause du féminisme de l'exemple ci-dessus: des membres du groupes dominants, portant l'arme qui peut exploiter/violenter le groupe dominé (les animaux), mais refusant de s'en servir. Qu'ils se le refusent par principe ou parce que ça leur serait émotionnellement insupportable ne change rien aux bénéfices qu'ils en retirent. L'humanité toute entière s'est construite sur l'exploitation animale. Notre technologie en est issu. Même dans le cas d'une personne ayant été Vegane toute sa vie durant, le bénéfice demeure. Parce que la médecine qu'elle utilise, quand bien même elle n'utilise que celle qui n'exploite plus d'animaux... est née de celle qui en exploitait. Ce bénéfice ne peut pas être retiré.

Les Vegans sont des alliés dans une lutte pour la libération animale de l'exploitation humaine. Cela ne les rend pas opprimé pour autant. Les violences qu'iels subissent sont similaires à celles que subiront les autres types d'alliés. Les hommes alliés du féminisme en subiront également. Certes, si on se contente de clamer son féminisme partout et de partager des réflexions abstraites, on sera applaudi. Mais dès l'instant où on dénonce nommément une personne de son entourage, de son milieu, les insultes peuvent pleuvoir, et aller même jusqu'à l'agression. ça ne nous rend pas opprimé dans le cadre du sexisme. Les dominant-e-s qui refusent l'ordre de l'oppression subissent une pression sociale pour les faire rentrer dans le rang. Mais iels ne sont pas opprimés pour autant, car peu importe leur degré d'implication, iels bénéficieront TOUJOURS du système en place.

jeudi 14 décembre 2017

Volée musicale #11

Je suis passé un peu par les arcanes mondiales de The Voice ces derniers temps.

Et OH MON DIEU CES PEPITES.

Je vais commencer par me noter Will Barber et sa prestation de "an other brick in the Wall" parce que je suis sur qu'elle me fera plaisir dans le futur.
Je reste un instant dans le dernier The Voice France avec Agathe et sa reprise de Aime qui me fout toujours autant des frissons.
On part pour The Voice Amerique avec Christina Grimmie et son audition sur "Wrecking ball". Et... euh. Comment dire... CETTE VOIX. CE SOURIRE. CETTE PUISSANCE.
v Je ne sais pas si j'avais déjà parlé de Nargiz Zakirova et sa reprise de still loving you qui me fout toujours des frissons. La concernant, j'ai aussi Show must go on que j'ai beaucoup aimé et... Я НЕ ТВОЯ (bah oui c'est du russe)
v Je sors de The voice avec Dimash Kudaibergenov et sa reprise d'abord de Sos d'un terrien en détresse et aussi de Show must go onv Y a aussi Hexvessel et I am the Ritual ainsi que tout le reste à mon avis.
Retour à The voice avec Jordan Smith et sa reprise de Chandelier de Sia. Juste... magnifique
Y a aussi Simon Morin et sa reprise de "Come with me now"
Philippe Berghella et wicked game
Ou encore Madmoiselle et "surrender" à la fois mystique et puissant.

Et j'ai gardé pour la fin la splendeur de The voice que j'ai trouvé Daria Stavrovich dit Nookie qui a choisi Zombie de The Cranberries pour son audition à l'aveugle de The voice. Elle a aussi chanté cette autre chanson en Russe qui me fout des frissons. Une splendeur qui m'a fait partir en transe.

vendredi 3 novembre 2017

Masculinisme bienveillant

On va parler un peu de ces deux textes, et .

Je me rappelle avoir lu des articles parlant du sexisme bienveillant, et du sexisme hostile, de la manière dont ils s’imbriquent. Ici, nous pouvons voir un pendant de la toxicité masculine qui fonctionne sur un principe similaire : Le masculinisme bienveillant, celui qui donne l’illusion de s’inquiéter pour les hommes mais est avant tout une marque de haine envers les femmes, le pendant bienveillant du masculinisme que l’on voit plus souvent sur internet, et qui est très lié à celui-ci.

Prenons donc cette histoire. A première vue, ce que l’on voit, c’est Florian, l’homme timide, l’homme fragile, celui qui essaie de surmonter sa timidité et se fait écraser par Eva, femme charmante mais cruelle. Elle est cruelle, elle lui balance le numéro anti-relou parce qu’il était moche et que c’était un boloss. Elle lui file et elle en rit avec ses copines. Elle est l’archétype de la femme tromperesse, celle qui cherche à ridiculiser les hommes, celle qui s’amuse tandis que l’homme subit ses méchancetés, jusqu’à se suicider.

Quand on y regarde de plus près, jamais on ne se demande pourquoi Florian se suicide. On ne questionne pas un seul instant le fait que la masculinité établit comme valeur d’un individu sa capacité à être « haut placé » sur le marché de la drague. Florian veut se suicider car il a compris qu’il « ne doit plus jamais parler à une femme ». Nulle part le narrateur ne questionne le fait que Florian ait fait de la réussite ou de l’échec de sa drague une raison de vivre ou de se suicider. Ça n’est pas pertinent. Florian a su « dépasser » sa timidité, et en échange, on s’est moqué de lui.

Pourtant, en réalité, Florian ne sait pas qu’on s’est moqué de lui. Il ne reçoit que le sms du numéro anti-relou. « Bonjour! Si vous recevez ce message, c’est que vous avez mis une femme mal à l’aise. Avec vous, elle ne s’est pas sentie en sécurité. Ce n’est pas très compliqué : Si une femme vous dit « non », inutile d’insister. Apprenez à respecter la liberté des femmes et leurs décisions. Merci. »
Florian ne sait pas qu’Eva l’a rejeté car « moche et boloss ». Il ne sait pas qu’elle en rit avec ses copines. Ça, c’est le narrateur qui l’indique. Lui n’a que ce message. Et ce message lui fait considérer qu’il doit se tuer. Il considère qu’une femme se sentant mal à l’aise aurait dû se taire plutôt que de lui dire. Il ne considère pas un seul instant qu’il ait fait une erreur, non, il prévoit de se tuer.

Les personnes qui lisent, eux, savent. Le message est clair. Eva est une ordure. Elle est l’archétype de la femme trompeuse, celle qui fait semblant, qui joue avec les sentiments des personnes. En effet, rien dans ses propos n’indiquent un danger qu’elle ait ressenti. Le numéro anti-relou est clairement mis en avant comme un moyen pour les femmes d’humilier les hommes.

Nulle part dans le texte n’est mis en avant la moindre question sur la raison d’être du numéro. Florian est courageux, courtois, gentil, timide, inquiet, il est l’archétype de l’homme fragile qu’une femme doit donc protéger en faisant attention à lui. Quant à elle, elle n’existe pas. Elle n’est pas là en tant qu’individu, elle est là uniquement parce que lui l’intéresse, la façon qu’on exige d’elle qu’elle réagisse est entièrement liée aux intentions de Florian. Elle est son faire-valoir. Vu qu’il a surmonté sa timidité, vu qu’il l’a approché gentiment, elle doit être gentille avec lui. On présente même une femme qui n’a pas été inquiétée, parce que l’idée reste qu’elle n’avait aucune raison de l’être, Florian étant un mec « bien ».

Passons au second texte. Cette fois-ci, on se place du point de vue d’Eva. Mais cette fois-ci, on admet le danger réel. On créé un homme dont on n’a pas un seul instant supposé qu’il était timide, ou gentil. On fait l’agresseur parfait. Mis en déroute… par un homme.
Ce texte qui s’ajoute au premier vient de la même personne et c’est important car il y a deux choses à noter.

D’une part, il pointe un problème qui a été mis en avant par des féministes depuis l’origine du numéro anti-relou, à savoir le danger d’agression par des mecs vérifiant le numéro. Mais surtout, il met en avant qu’un homme vient sauver la femme. Cette fois-ci, il y a la figure du sauveur, et le sauveur, c’est… un homme. On s’attendrait presque à ce qu’il ait été nommé Florian, mais en réalité, c’est plus subtile que ça.
La jeune femme s’appelle Eva. Le même prénom que dans le premier texte. Le même endroit également : à l’attente du train. On a cette fois-ci un jeu double entre les deux textes. Le premier met en scène une femme cruelle, et un homme gentil, le second une femme du même nom, sur un même endroit, un homme cruel qui l’agresse et un homme gentil qui la sauve. Les deux histoires se suivent très bien et font un double jeu vis-à-vis des femmes.

Le numéro anti-relou est une forme d’humiliation du mec bien, et face au mec pas bien, il vous met en danger et seul le mec bien pourra vous sauver. La question implicite, en filigrane, étant « si vous humiliez le mec bien, viendra-t-il vous sauver ? »

Bien évidemment, il n’y a aucun moyen pour quelque femme de distinguer le mec bien du mec méchant. Mais c’est le principe du masculinisme que de ne pas considérer le point de vue de la femme, mais uniquement celui du mec, et, de fait, du mec bien. Qui sait qu’il est un mec bien. Et qui ne doit donc pas subir X ou Y.

La personne qui a fait ces textes aura, dans ses réponses sur twitter, des messages comme « S’il est moche et riche, ça passe » quand on parlera harcèlement. Il parlera « détresse affective », plutôt que de chercher ce qui fait dans la masculinité qu’un homme peut se juger en valeur du fait de l’intérêt que lui portent les femmes. Notez bien : le masculiniste ne questionne JAMAIS la masculinité en elle-même. Florian décide de se tuer, non pas à cause de la masculinité, mais bien à cause de la femme (forcément cruelle). Aux hommes qui l’envoient chier, il n’hésitera pas à répondre « énorme Cuck » ou encore, à la question « C’est bien eux qui font genre de ne rien voir quand une meuf se fait harceler ? » un immédiat « si la meuf est moche faut pas déconner » (on notera d’ailleurs que, dans les deux textes, Eva est caractérisée par sa beauté en premier lieu)


La masculinité exige que les femmes s’occupent des hommes qui souffrent, ne soit pas dure avec eux, voire sortent avec parce qu’ils sont « gentils ». Le mythe du Nice Guy, du friendzoné, c’est avant tout, non pas l’idée qu’une femme ne peut pas dire non, mais bien au-delà de ça, l’idée qu’un homme qui fait certaine chose DOIT recevoir un oui. La femme n’est même pas considérée en tant qu’individu, c’est l’homme. Celui qui surmonte sa timidité. Celui qui est courageux d’oser parler à une femme dans la rue.
Si on replace ça de façon neutre : « un homme surmonte sa timidité et fait peur à une femme dans la rue » subitement, ça paraît beaucoup moins sympathique pour l’homme en fait. Mais ça impliquerait de considérer le sentiment des femmes.

Alors oui, effectivement, des hommes sont en détresse affective. Des hommes sont timides. Des hommes galèrent à trouver le moyen de parler à des femmes. Mais tout cela, ce n’est pas la faute des femmes. C’est avant tout la faute à la masculinité qui considère que parler à une femme, la draguer, est un acte performatif jugeant l’homme, sans prendre en compte le moins du monde la femme en face.

samedi 14 octobre 2017

La manipulation; une définition trop floue, des dégâts trop concrets.

Manipulation (mentale) : pratique visant à agir sur la volonté ou le libre-arbitre d’autrui.
Manipulation : « action d’agir sur quelqu’un de façon suspecte pour l’amener à faire ou penser ce que l’on souhaite »

Voici certaines définitions que l’on peut trouver sur Internet. Le problème avec ces définitions est qu’elles sont assez floues. Est-ce que le fait de tousser pour signaler sa présence est une méthode de manipulation ? Est-ce que le fait de soupirer pour indiquer qu’un sujet nous gonfle et qu’on voudrait le voir changer est de la manipulation ? Le fait d’être aux petits oignons avec quelqu’un pour lui dire ensuite la connerie qu’on a faite est-il de la manipulation ? Où se situe véritablement la limite entre la communication non-explicite et la manipulation ?
Pour ma part, j’aurais tendance à dire que l’on doit considérer manipulation quand celle-ci créé du dégât. En effet, soupirer pour indiquer ne pas vouloir parler de quelque chose peut être un moyen d’éviter un sujet douloureux, mais peut être aussi un moyen de manipulation, particulièrement si c’est adjoint à des colères et des violences si la personne ne fait pas ce que le soupir impliquait (changer de conversation). Dans les deux cas, le soupir a donc une valeur différente. Mais dans un cas, il ne créé aucun dégât, il est une méthode qui protège, qui cherche à éviter le conflit, là où dans le deuxième, il s’inscrit dans un système qui blesse, non pas dans la fuite de conflit, mais dans la menace de conflit.
De plus, ces deux définitions impliquent que la personne qui manipule SAIT qu’elle manipule. « visant » dans la première « pour l’amener à faire ce que l’on souhaite », sont clairement des marqueurs indiquant que les personnes qui manipulent en ont conscience. Or, cette notion créé une diabolisation de la personne qui manipule (on a même le terme « suspecte » dans la deuxième définition), diabolisation qui conduit irrémédiablement à empêcher les victimes de reconnaître la manipulation. Lorsque l’on voit les bons côtés d’une personne, on a d’autant plus de mal à accepter l’idée qu’elle manipule, et, du fait que l’on imagine que cette manipulation ne peut être que volontaire, on bloque un grand nombre de victimes dans la compréhension de ce qu’elles subissent. « Non c’est pas de la manipulation, iel fait ça parce qu’iel a vécu ça, c’est pas pareil, iel fait pas exprès ». Combien de fois avons-nous entendu/pensé ça ? (à tort ou à raison, car la limite entre les deux est parfois savamment entretenu). Parallèlement, lorsque des victimes utilisent des stratégies de manipulation pour se protéger, elles se retrouvent à se ranger, inconsciemment, dans la catégorie des manipulat-eur-rice-s ; alors même que la distinction entre la manipulation qui inflige des dégâts à l’autre, et celle qui permet de subir moins de dégâts soi-même, est fondamentale.

__/!\ précision importante /!__ Je ne nie absolument pas qu’il existe des personnes manipulant volontairement d’autres personnes. J’entends inclure également, par ce biais, les personnes qui n’en ont pas conscience. Le but ici n’est nullement de dédouaner l’un ou l’autre de ces cas, mais bien d’aider les victimes plus efficacement. En effet c’est cette distinction entre « conscient » et « inconscient », « traumatisme/souffrance » et « violence/agression » sur laquelle joue nombre de manipulat-eur-rice-s pour se défendre. En centrant la réflexion sur les dégâts subis par la victime et non sur la conscience de ses actes de l’agresseur-e, on se focalise sur ce qui importe : la victime.
Cela peut également permettre à des personnes sombrant petit à petit dans la manipulation d’apprendre à s’arrêter. La frontière entre la protection face à des traumatismes et la violence envers autrui pouvant devenir flou petit à petit, mais ce sera l’objet d’un autre article. (si j’y arrive)

Je rapprocherai cette analyse des réflexions sur la pédophilie où l’on sait que de nombreuses prédat-eur-rice-s ont été victimes dans leur enfance. Il y a un point où ces victimes sont devenus des prédat-eur-rice-s. L’admettre ne pardonne pas l’acte criminel, mais peut permettre de protéger des victimes.


Je dirais donc qu’une meilleure définition de la manipulation devrait être « pratique qui casse la volonté ou le libre-arbitre d’autrui sur un ou plusieurs sujet ». Le verbe casser induisant bien une violence/des dégâts. Et en supprimant le visant, on admet également la possibilité que la manipulation puisse être inconsciente.


Pour aller plus loin, parlons Gaslighting. Comme l’indique très bien cet article que je vous conseille sur le sujet : le gaslighting est une technique visant à faire douter la victime de la réalité, c’est une méthode extrêmement violente ; l’un des axes principaux étant la négation d’une chose qui est arrivé. Comme dans le film Gas light, où Gregory va faire douter Paula de ses sens mêmes, en lui assurant qu’elle se trompe. On notera ici que l’on est dans une méthode qui ne peut pas se faire inconsciemment, par ailleurs, l’action étant particulièrement complexe, elle nécessite une véritable volonté de nuire à l’autre.
Le fait est, pour autant, que mentir en niant la réalité, n’est pas forcément une technique de Gaslighting. Combien d’enfants vont mentir alors même que ce qu’ils ont fait, ils l’ont fait devant plusieurs témoins et que ce sont ces témoins qui leur en parlent ? Pour autant, on n’accuserait pas l’enfant de Gaslighting pour la simple et bonne raison que dans la quasi-totalité des cas, il y a un rapport de force entre les adultes et les enfants. De même qu’il y a un rapport de force entre Gregory et Paula. C’est ce rapport de force qui la fait douter de la réalité. C’est le fait de l’avoir isolée, de l’avoir séduite, d’avoir pris le contrôle, puis de jouer avec les lumières, alors même que la confiance a été intimement lié à lui, qui fait que le doute naît et grandit.
On pourrait être tenté de considérer qu’un rapport de pouvoir est simplement lié à une oppression systémique, ce qui simplifierait le problème. C’est un facteur bien évidemment, qui peut l’indiquer, mais dans une relation entre deux personnes, il y a plus que des oppressions, et même ces oppressions peuvent ne pas être en sens unique, mais s’entrelacer sur plusieurs axes.
La question est donc : comment reconnaître un rapport de pouvoir entre deux individus au sein d’une relation ?


Ici, on peut parler de la charge mentale et de la charge émotionnelle. Ces deux données à elles seules peuvent très largement permettre d’indiquer un rapport de pouvoir. Mais encore une fois, cela peut fonctionner dans les deux sens. La personne qui contrôle peut soit assumer la majorité/totalité de la charge mentale et/ou émotionnelle, allant jusqu’à empêcher l’autre d’en assumer la moindre portion sous peine de violence, ou, à l’inverse, n’en assumer que très peu, mais exiger qu’elle soit faite d’une certaine manière, sous peine de violence également. Dans les deux cas, la personne n’a pas la possibilité d’assumer cette charge à sa manière, soit parce qu’elle ne peut pas le faire, soit parce qu’elle doit le faire à la manière de l’autre, et subis des violences si elle s’écarte de la case dans laquelle l’autre l’a installé.


On peut, bien évidemment, regarder les différentes oppressions qui distinguent les deux personnes et chercher lesquelles sont les moins prises en comptes ou lesquelles ont le plus de poids dans la relation.


On peut également regarder les modifications qui sont advenues au fur et à mesure du temps. Qui a changé quoi ? (tenue, manière de parler, goûts, activités, hobbies etc.)


Dans chacun de ces cas, l’analyse peut se faire soi-même, en particulier par écrit, afin de garder des données sur le vif, et,précisément, empêcher le gaslighting,mais également, et surtout je dirais, avec une autre personnes, « hors champ » de l’autre, qui peut donc avoir une meilleure vision des changements. Un des points majeurs est également de concevoir précisément la notion de manipulation telle que je l’ai développée plus haut, à savoir le fait qu’il y a dégâts sur l’autre. Dans le cas des changements qui ont eu lieu dans une vie ou dans ses activités, cela peut permettre de distinguer les inévitables compromis qui accompagnent une relation ou le simple fait d’évoluer au contact d’une autre personne, d’une relation de pouvoir. C’est dans la compréhension de cette perte de quelque chose, dans cette « cassure » que l’on peut repérer la relation de pouvoir, et, de fait, la manipulation.


Que la manipulation soit volontaire ou involontaire de la part de l’autre personne fera l’objet d’un autre article, parce que sur ce point, c’est comme concernant les relations toxiques, il y aurait trop de choses à dire. Cependant, il convient de garder une chose à l’esprit : que ce soit volontaire ou involontaire ne change rien au fait que vous avez le droit de vous protéger. Le droit de refuser que cela continue. La définition s’axe sur les dégâts que VOUS subissez, et vous avez toujours le droit de chercher à éviter ces dégâts.


Prenez soin de vous-même avant toute chose.

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