samedi 13 octobre 2018

Les chevaliers blancs

On dit souvent que les amis sont ceux qui sont là dans les meilleurs moments et dans les pires. « If you don’t handle me at my worst, you don’t deserve me at my best » (si tu ne me supportes pas dans le pire, tu ne me mérites pas dans le meilleur) Le fait est que dans les meilleurs moments, beaucoup de personnes sont présentes, dans les pires moins, voire beaucoup moins. Mais on oublie que l’inverse peut aussi arriver, et est bien plus pernicieux.

Le chevalier blanc est un individu, proche d’une personne dans une situation difficile (financière, morale, physique, mentale etc.) qui va chercher à l’aider mais peut causer bien plus de dégâts. Pour les personnes qu’ils « aident », il est extrêmement difficile de se sortir de ces relations qui peuvent les pousser au pire.

Je vais d’abord expliquer la différence fondamentale entre aider une personne et faire le chevalier blanc, car une personne bien intentionnée peut parfaitement se transformer en chevalier blanc sans le faire exprès, infligeant des dégâts et augmentant la culpabilité et le mal-être de la personne « aidée ». Je continuerai en parlant de la seconde catégorie de chevalier blanc, celle qui peut non seulement faire des dégâts, mais en sus, empêcher littéralement la personne de se remettre. Il faut bien garder à l’esprit que si la première catégorie peut être une déviance d’une personne bien intentionnée, la seconde est purement et simplement le fait de personnes malsaines, mal intentionnées, dont il faut s’éloigner au plus vite. Je les distinguerai donc en parlant de chevalier blanc bien intentionné et de chevalier blanc mal intentionné.

Par « situation difficile » ici, j’entends quelque chose de sérieux, qui affecte la vie de la personne sur une durée plus ou moins longue, voire est définitive. Je parle de maladie mentale ou physique longue, de handicap physique ou mental, pas d’un simple coup de mou. C’est important, car si les chevaliers blancs bien intentionnés peuvent être présents pour de simple coup de mou, ou situation temporaire pourrave, ils ne feront en général aucun dégât. Les mal-intentionnés ne seront, en général, absolument pas intéressés.



On peut régulièrement voir des personnes, sur internet ou ailleurs, partager le fait qu’à la découverte du maladie de longue durée, elles ont vu petit à petit leur entourage s’évaporer. Bien souvent, on attribue ça à de la lâcheté, mais à mon sens, les raisons sont diverses, mais l’une d’entre elle est souvent mésestimé : aider quelqu’un est difficile.

Être handicapé, c’est difficile à vivre. Avoir une maladie mentale, c’est difficile à vivre. Être dans la misère, c’est difficile à vivre. Avoir une maladie physique longue, c’est difficile à vivre. Aider l’est également. Oh, quand on entend une personne proche se plaindre de sa situation, on a souvent envie de lui rappeler qu’elle aide, et que la décence implique de ne pas monopoliser l’espace par rapport à la personne aidée. C’est d’ailleurs, dans les milieux militant, une rhétorique extrêmement courante, qui, à mon sens, si elle est pertinente d’un point de vue idéologique, est particulièrement dangereuse dans la pratique, puisqu’elle contribue à la création de chevalier blanc bien intentionné.


Mais je digresse encore, qu’est-ce que c’est donc qu’un chevalier blanc bien intentionné ? C’est une personne qui va chercher à en aider une autre, et va dépasser ses propres limites. Elle va mettre de côté d’autres choses nécessaires à son propre épanouissement personnel, à son bonheur en somme, refuser de prendre du recul, s’épuiser en somme. Lorsque cela arrive, la personne va souvent s’enfuir. Parfois en claquant la porte, parfois de façon subreptice. Ce sont ces personnes « lâches » que l’on pointe souvent du doigt, celles qui, au final, n’ont pas réussi à rester. En vérité, si ces personnes peuvent en effet faire mal, leur réaction est, à mon sens, assez saine.

En effet, celles & ceux qui restent après avoir dépassé leur limites sont autrement plus dangereux. A cet instant, la recherche du bonheur qui se trouvait dans d’autre domaine se trouve transférée sur la personne aidée. Un morceau d’égo s’attache à la recherche d’améliorer la situation de l’autre. Ce qui peut fonctionner dans le cas d’une situation temporaire… mais est catastrophique lorsque l’on est face à une situation qui ne s’améliore pas. En effet, petit à petit, le chevalier blanc se trouve écrasé par l’échec de son aide, donc par l’échec de sa recherche de bonheur. Il s’enfonce, s’acharne de plus en plus à aider l’autre, et lui fait petit à petit ressentir le fait qu’elle est la cause de son mal-être.

Lorsque, finalement, le chevalier blanc finit par partir, il risque de faire des dégâts phénoménaux, puisque la personne aidée se sent « redevable » de toute l’aide qu’il lui a apporté, et de ce fait, coupable de ne pas avoir « changé », de n’avoir rien pu « rendre ». Elle subit donc, en sus de sa propre situation, une honte vis-à-vis de celle-ci d’avoir fait du mal à quelqu’un d’autre. De plus, le chevalier blanc risque de s’attacher à une autre personne dans cette même situation pour recommencer encore le même schéma.



Éviter d’être un chevalier blanc est complexe. En effet, il est difficile de dire à quelqu’un qu’on a besoin d’une pause, alors qu’objectivement, c’est la personne aidée qui en aurait le plus besoin. Cela peut sembler lâche (et c’est le message le plus souvent envoyé, y compris, encore une fois, dans le milieu militant) injuste, et peut-être, tout simplement, douloureux de s’éloigner de quelqu’un que l’on apprécie. Ne pas dépasser ses limites est complexe, car il est difficile de savoir où elles se situent, et dans quel mesure on s’implique « trop » dans l’aide que l’on apporte à quelqu’un est extrêmement difficile à cerner.

Pour autant, il est nécessaire de faire ce travail sur soi régulièrement pour ne pas risquer de faire des dégâts à l’autre. Il faut savoir prendre ces pauses, car elles sont aussi un respect, en vérité, vis-à-vis de l’autre. En tant que personne qui aide, vous avez le privilège de pouvoir prendre des pauses. La personne aidée ne le peut pas. Et c’est épuisant de ne pas pouvoir se reposer. Vous pouvez le faire, et le faire n’est pas trahir l’autre, bien au contraire, c’est justement pouvoir l’aider plus encore, après, une fois reposé. C’est plus facile à dire qu’à faire, mais il m’a semblé important de rappeler que rationnellement parlant, se reposer est une bonne idée. Se protéger est extrêmement important. Une fois que les bases rationnelles sont admises, le travail sur l’émotionnel, la culpabilité ou l’égo, peuvent être commencés. Sans ces bases, il me semble impossible de pouvoir travailler à ne pas finir en chevalier blanc. Souvenez-vous : dépasser ses limites est dangereux, autant pour vous que pour la personne que vous souhaitez aider.




Passons maintenant à la seconde catégorie, les chevaliers blanc mal-intentionnés. Cette fois-ci, je ne m’adresserai pas à eux, puisque j’estime précisément que ce ne sont pas des personnes qui veulent du bien à la personne « aidée ». Je parlerai plutôt aux personnes en situation difficile de longue durée, ou à leurs proches bien intentionnés.

Les chevaliers blancs mal-intentionnés sont prêt à aider des personnes de façon massive, et parfois on pourrait facilement les confondre avec des chevaliers blanc bien intentionné, voire même avec une personne aidant saine et respectueuse de ses propres limites. Mais en réalité, les chevaliers blancs mal-intentionnés ne souhaitent pas que la personne aille mieux. Ils peuvent, selon leur intelligence et leur propre système égotique, aider véritablement la personne ou au contraire faire de l’aide de surface qui ne résout que des problèmes de fond, car en vérité, ils utilisent les personnes en situation difficile comme moyen de remonter leur estime. Ils deviennent « la bonne personne qui aide quelqu’un ».

Ils vont travailler à faire en sorte que la personne reste sous leur coupe, parfois utilisant la situation même dans laquelle elles sont pour justifier des mesures qui tiennent purement et simplement de la prise de contrôle. Exigence sur le poids, les horaires, la tenue, la nourriture, les activités etc. De plus, si la personne commence à aller mieux, ils vont chercher soit à saboter ce qui les aide, soit à créer une autre source de souffrance (souvent mentale/psychologique) pour conserver leur main-mise sur la personne.

La clef pour repérer les chevaliers blanc mal-intentionnés est de proposer des alternatives à des propositions qu’ils font. Si, par exemple, ils proposent de changer de praticien médical parce que « celle-ci se trouve plus près de mon taff, ça me prendra moins de temps » (ce qui peut passer pour une volonté de respecter ses limites, de ne pas chercher à s’épuiser et qui serait bien), la personne « aidée » peut proposer d’aller chez l’ancien praticien avec quelqu’un d’autre ou d’une autre manière. Un chevalier blanc mal-intentionné (un manipulateur, rappelons le), cherchera très probablement une autre raison de ne pas faire ainsi pour garder un contrôle maximal sur sa victime. Une personne bien intentionnée n’y verra aucun soucis.

Les chevaliers blanc mal-intentionnés cachent en réalité la recherche d’emprise et leur manipulation grâce à la situation difficile de la personne qu’ils disent « aider ». C’est une forme de violence psychique particulièrement perverse. Ils ressemblent aux chevaliers blanc bien intentionnés par bien des points, mais vont bien au-delà. Le chevalier blanc bien intentionné finira par craquer, ou, dans le cas où la situation s’améliore, ira mieux. Le chevalier blanc mal intentionné ne craquera pas, hormis dans le cas où la situation s’améliore.

De plus, un chevalier blanc bien intentionnés, ayant mis sa recherche de bonheur dans l’aide à l’autre, peut, petit à petit, devenir un chevalier blanc mal intentionné. La frontière entre ces deux types de personne est ténue, et tient principalement de leur égo, et, notamment, d’à quel point le bien intentionné a dépassé ses limites.




Dans tous les cas, les personnes qui aide quelqu’un dans une situation difficile doivent également être scrutés pour vérifier qu’elles ne font pas plus de dégâts qu’autre chose. Si vous aidez quelqu’un, vérifier que vous ne lui faites pas peser votre propre situation, que vous ne vous êtes pas trop investis égotiquement dans l’aide que vous lui apportez, que vous n’avez pas mis de côté d’autre choses qui vous font du bien, est quelque chose de vital. Précisons que je parle ici bien des situations dont on ne sait pas si elle s’amélioreront. Il est évident que parfois, on va mettre sa vie en pause pour aider une personne dans une situation de crise. Ce n’est pas forcément une mauvaise chose. Parfois on ne peut pas faire autrement. Mais mettre en parenthèse sa vie pour aider dans une situation de crise, c’est une chose, s’épuiser en est une autre. Là est toute la différence entre les deux. Connaître ses limites. Comprendre quand on les dépasse. Se protéger. Se reposer. Ne pas faire plus de dégâts à ceux que l’on aime.



Prenez soin de vous.

mardi 29 mai 2018

Je ne sais pas [écriture automatique]

Le milieu militant et moi. Curieux, j’ai failli écrire « est ». Je ne sais même pas si ça a un sens à l’heure où j’écris ces lignes.
Combien de fois je m’en suis éloigné, combien de fois je me suis dit qu’une pause était nécessaire, que ça avait un mauvais impact sur moi.


Le milieu militant et son culte de la colère. Le milieu militant qui valide la rage, la fait passer pour une libération. Est-ce que c’est le problème ? Hm.Non, je ne sais pas. Peut-être plus la puissance. Une rivière qui m’emporte. Je m’y noie. Où est-ce que je suis ? Ça n’est pas moi ? Est-ce que moi existe ? Moi est-il ou moi est-il ce que j’ai envie qu’il soit ?
Je ne sais pas si j’ai envie d’être ce que le milieu militant fait de moi.

J’ai tendance à me perdre dans les autres quand ils sont trop puissants. Les milieux aussi. Le milieu militant m’engloutit dans une rage phénoménale.

Je vois des personnes dire qu’ensuite on devient blasé puis on se relève et on met un peu de distance sans s’enfuir.

Pas sur que ce soit mon cas. Le milieu militant m’a sauvé quelque part. Ça lui confère trop de puissance. Dans ce monde absurde, insupportable de violence, une logique se mettait en place, quelque chose qui avait du sens, tout s’organisait.
La rage pouvait être libérée. Alors allons-y. Libérons-la. En plus, c’est du bon côté. Bullshit. La rage n’est jamais du bon côté. La libération de la rage, c’est la glorification de l’ego et des beau-parleurs. Et je suis un beau-parleur. Je joue avec les mots. Je sais blesser avec. Je sais écraser avec. Je me baigne dedans depuis toujours. Bordel, c’est moche ma gueule.

Ça juge, ça individualise parce que l’individualisme, c’est une méthode pour se hisser au-dessus et écraser les autres. Tout est politique. C’est beau ça. Ça permet bien de démolir tout ce qui passe, et donc, de se hisser au-dessus. Qui détruit quelque chose devient un héros. Tellement plus simple de faire ça. De s’enfoncer dans ce tourbillon qui détruit, vide, crache, méprise, rejette.
Dis moi qui tu rejettes, je te dirais qui tu es.
Alors rejetons tout ce qui a une imperfection, on en sera parfait.


Dis moi ce que tu veux faire, je te dirais pourquoi ce n’est pas une bonne chose. Les mots, jonglons avec, modifions les. Les mots sont importants. Comme ça, on peut donner encore plus de force aux grandes théories de la rage. Comme ça, on peut tricher, trancher, déchirer, on peut oublier les individus, et se pencher sur son nombril.


Est-ce que c’est le milieu militant ça ? C’est ce qu’il est quand il me rentre dedans. C’est mon côté caméléon qui ressort. Ou adaptateur.
Ça pue.


La libération de la rage sur internet, c’est aussi trois femmes qui vivent dans la peur parce que Naomi Musenga est morte et que leurs identités ont été envoyées sur le net.
Est-ce qu’on peut vraiment se dire qu’on n’a rien à voir avec ça, juste parce qu’on n’a pas partagé leurs adresses, ou parce qu’on refuse le dox ? Est-ce qu’on peut dire qu’on n’a rien à voir avec ça alors qu’on s’enrage les uns les autres, qu’on érige la violence et la colère comme des qualités, qu’on fait des murs de mots et de concepts ?
Et y a trois femmes qui vivent dans la peur, et ont possiblement dû arrêter leur métier.
Et y a un mec qui s’est buté je ne sais plus quand.


Des individus. C’est pas grave. Regardez la grande image. Et puis, on n’a rien à voir avec ça de toute manière. Nous on ne s’énerve pas de cette façon là. On ne doxe pas. On n’appelle pas au meurtre.

Mais le cynisme, le sarcasme, le commentaire blessant, c’est courant. Faut bien rappeler aux blancs, hommes, hétéros, mince, riches, valides, NT qu’ils sont ceux qui nous font mal, qui nous tuent, donc bon, qu’on se moque d’eux, au final, c’est rien. C’est libérateur. On renverse le jeu.

Mais est-ce qu’on continue pas le monopole du virilisme, de la rage, de la violence verbale.

Est-ce que chez moi, c’est pas précisément mon côté le plus puant, le plus immonde, cette capacité à déverser du fiel sur des personnes parce que je sais le faire, que je suis doué avec les mots, et que ça me fait me sentir bien.


J’ai la rage de ce monde.
Mais je sais pas si je peux continuer à la laisser comme ça.
Je me reconnais pas par moments.
Régulièrement.

C’est pas supportable en fait.



Il est un temps où les démons
ont fait un château de pensées
Des règles d’or et de goudron
d’innombrables chemins d’été.

Les roses sans épines
ont le venin rugissant
des regards et des sourires
aux dents de vampires.

Des chemins mordus de pensées et d’idéaux
de regard fier et insupportable
de monstruosité qui se délite.

Caméléon dans l’incendie, ne te brûle pas
Comme un goéland tombé dans une mer goudronnée
Comme une glissade qui n’en finit pas

Des rêves de logique, de sens, de schémas et de pertinence
Tout ça pour retomber au pied du donjon.
Don’t keep me down
I’m not an angel
Not a king
Just a basic waste of earth.

Où suis-je ?
Qui suis-je ?

Une bulle d’irréalité qui se démembre dans ses propres incapacités à penser.

Un bout de soi qui dit « voilà ce que je veux »

Je regarde ce monde
Et je ne dis rien.

Je ne sais pas ce que je veux.

Je sais
que ce n’est pas ça.



Est-ce que je peux faire une pause ?
Est-ce que je peux partir ?

La rage est comme une drogue.
Elle m’emporte, me dépossède de ce que je suis
Plutôt de ce que je veux être. Je ne suis pas. Je suis. D'autres.
est-ce que j’existe encore quand je m’y perds ? Est-ce que je peux réellement m’en aller ?
Etait-ce un choix ou une illusion ? Je ne sais pas. Drogué à la rage, au dégoût, à l’horreur et à l’indignation.
Faut regarder le monde en face.
Faut-il ? Hein ?
C’est mieux. Regarde ton ego. Tu auras plus de valeur. N’oublie pas que tu n’en as pas. Donne-t-en. Tu iras loin. Tu feras beaucoup.
Et même trop.

Non, c’est une drogue.
Est-ce qu’on peut juste baisser la drogue ?
J’en doute.

L’arrêter ?
Est-ce que je suis trop loin déjà ?

Je sais même pas.
J’espère que non.

vendredi 11 mai 2018

La mort de Naomi Musenga et les critiques blanches sur le sujet

À mes camarades et ami-e-s blanc-he-s qui parlent du traitement médiatique de la mort de Naomi Musenga.


Ça fait quelques fois que je vois des camarades blanc-he-s et même des amies blanches qui parlent du cas de Naomi Musenga, d’une façon qui me met extrêmement mal à l’aise. L’argument le plus récurrent est le suivant : « ça semble plus du sexisme que du racisme ».

Plusieurs choses me gênent dans cet argument.

Le cas est celui d’une femme noire. Le cas a été portée à l’attention du public par des femmes noires. Sa mort aurait été silencieuse sans les femmes noires.
On peut débattre autant qu’on le souhaite sur le sujet, faire des analyses, des réflexions, chercher à décortiquer l’appel téléphonique, juger de la différence de mépris ou pas etc. Mais est-ce pertinent ?

Plusieurs points en vrac
1- est-ce véritablement le bon moment ?
Il ne me semble pas pertinent de savoir si cela provient du sexisme ou du racisme. Une femme est morte. Il incombe de lutter ensemble. Au vu du nombre de fois où des femmes noires ont dû lutter seules, j’ai l’impression que c’était le bon moment pour lutter ensemble, pour rappeler que nous, blancs, pouvons faire preuve d’empathie sans absolument, au moment de la lutte, dilapider l’énergie dans des débats internes qui n’auront pas de conséquences sur le monde extérieur, mais au contraire, contribueront à rappeler aux racisé-e-s qu’iels seront toujours miné-e-s par nous.

2- Est-ce important ?
Si la lutte amène des sanctions, une avancée afin que ce genre de mépris ne se reproduisent pas, cela sera autant le fait pour les blanc-he-s que pour les noir-e-s. Est-ce véritablement nécessaire de connaître les détails précis des mécanismes psychiques qui ont amené la mort de Naomi Musenga ? Je ne pense pas.

3- « si on n’en parles pas maintenant on ne pourra pas plus tard »
J’ai vu cet argument ça et là. Il me perturbe. En effet, dans des schémas où des personnes subissant plusieurs oppressions ont été mises de côté par des personnes en subissant moins, c’est une réalité. Mais est-ce le cas dans l’autre sens ? Une femme noire luttant contre le racisme pourra-t-elle véritablement faire l’impasse sur la lutte contre le sexisme ensuite ? Ça ne me semble pas pertinent.

4- « il y a une autre explication donc pourquoi chercher le racisme ? »
Considérer que le racisme n’est une explication qu’en cas de dernier recours est… une posture raciste, fondamentalement. L’immense majorité des situations peuvent être expliquées de cette façon. On peut toujours trouver des individualités différentes, des cas spécifiques. A mon sens, on devrait, sauf preuve explicite, considérer de base qu’une violence envers une personne non-blanche implique le racisme, et non considérer de base que le racisme n’est pas impliqué, sauf si on n’a trouvé aucune autre explication.

5- « j’ai connu quelqu’un qui a aussi vécu insérer ici situation alors qu’iel est blanc-he. »
Oui et ? Si on joue à l’individualité, je suis sur que je peux trouver un mec cishet blanc riche valide qui a été mal pris en charge par le SAMU. Cela permet-il de dire que ce n’est pas un problème d’oppression ? Rappelons que le cas individuel n’est pas pertinent. Systémiquement parlant, les douleurs des femmes sont moins prises aux sérieuses. Systémiquement parlant, les douleurs des racisé-e-s sont moins prises aux sérieuses. Que l’on puisse trouver des cas individuels qui se rapprochent ne permet pas d’invalider un propos militant.

Ça fait un bail qu’on voit que les militant-e-s racisé-e-s sont ou se sont éloigné-e-s des militant-e-s blanc-he-s. Que ce soit dans le milieu LGBTQI, dans les milieux sur la psychophobie où cela se développe également, ou au niveau du féminisme. Peut-être est-ce précisément pour ce point : elleux ont fait bloc avec nous. Mais nous chipotons et arguons continuellement pour faire bloc avec elleux.

J’avoue que mon principal problème reste le premier. Est-ce le bon moment ? Une femme est morte. Quel importance que ce soit du racisme, du sexisme ou autre chose encore? Il y a nécessité de lutter ensemble. Celles qui ont porté ce combat sont des femmes noires. Ne pas leur faire faux-bond – une fois de plus – me semble bien plus important que de produire une analyse complète des tenants et aboutissants de la situation.

mardi 8 mai 2018

The princess & the monster

There’s a monster on my bed
He cry every night
There’s a princess in my shed
She laugh every time.


And all along
they burn my dream
They light my room
I cannot see.


Everyone say they’re not here
That the cry and the laugh
are just ideas
in my mind.


There’s a monster on my bed
he cry every night
There’s a princess in my shed
She laugh every time.


My friends try to keep me away
From my bedroom.
But every bed
has its monster
Every shed
has its princess.


There’s a monster on my bed
He cry every night
There’s a princess in my shed
She laugh every time.


The doctors try to kill them
The doctors almost killed me.
Take that pill, they’ll go away
Take that pill, they are not here
I saw the cry fading away
I saw the laugh burning down.


There’s no monster on my bed
There’s no cry in my eyes
There’s no princess in my shed
There’s no laugh, there’s no smile.


I tore apart
my bed
I crushed
my shed


There was no monster
in my bed
There was no princess
in my shed.


I got silence
I became silence
I got that pill
I became ill.


I try to talk
I try to walk
I try to be
I cannot see.


Now my friends
are far away
Now my doctors
are far away.


There’s a monster on my bed
He cry every night
There’s a princess in my shed
She laugh every time.


I found again
my tears
I found again
my smile


And all three of us
keep going
during the night


He cry
every nightv She laugh
every time
I see
everywhere
I’m cured
Out of nowhere.

vendredi 6 avril 2018

Des dents brûlées

Une balle dans les yeux
qui joue à chat avec les larmes
Un goût amer d'incendie
Dans la mâchoire et les idées.


Fallait-il que le marais s'étende
des poumons jusqu'à la vessie
Est-on fait pour abriter un monde
Quand les erreurs nous pourchassent sans merci.


Une bulle dans les oreilles
Un instant, le vertige de l'imaginaire
Une explosion d'éclairs
dans le nez
Et des frétillements
Qui cassent les idées vendues.


Passer d'un trait à un carré
Au milieu de la joue, dans les doigts
Des ongles de chairs désincarnés
Qui grêlent la peau de tranchées noires.


Danser et chanter
Hurler en boule de ses yeux
Et se contorsionner
De plaisir
Au son
D'un regard.


Le prix
Valait le coup
Des dents brûlées
Contre un soleil au creux de l'âme.

jeudi 22 février 2018

Les milieux safe, anomalie du milieu militant ?

Le mouvement du safe… J’en avais déjà parlé à plusieurs reprises. Comment le mot « safe » qui signifie qu’une personne n’est plus en danger a été détourné pour parler de son entourage, qui serait donc protégé, sans oppression. (voir ici, début de l’article )
J’avais également, dans un tout autre sujet, parler de la survalorisation de la colère dans les milieux militants dans « prendre soin de soi » ( Lien ) avec le fait que la valorisation de la colère induisait un système viriliste où la souffrance d’une personne était reconnue en fonction de sa colère.


Globalement, je ne reviendrai pas sur le fait que la portion militante qui glorifie le safe soit malsaine, que ce soit parce qu’elle vole un concept important des milieux de l’entraide ou parce qu’il est ultra violent. Mais plus le temps passe, plus il me semble n’avoir jamais vu d’analyse ou de réflexion sur ce qui a fait que ce mouvement est né. C’est plus vu comme une anomalie, une erreur. Et aujourd’hui, je pense plutôt que c’est une évolution logique dont les racines sont visibles dans le militantisme twitter/facebook de façon globale.


I] l’exigence de pureté militante et l’hypocrisie à ce sujet.

Si l’on peut régulièrement lire que l’on n’exige pas d’une personne de tout savoir sur tout, qu’on a le droit de dire des conneries et que l’important c’est de se remettre en question, on remarque rarement que ce « et », signifie en vérité « mais », et que, comme le dit une célèbre série, un « mais » signifie que tout ce qui a été dit avant est sans importance. Ça n’a jamais été plus vrai.
En effet, on attend « juste » la remise en question. Mais dans les faits celle-ci doit être immédiate, totale et parfaite. On ne prend jamais en compte le fait qu’une personne puisse avoir besoin de temps pour cela. On scrute ses excuses pour vérifier qu’elles sont inconditionnelles, et surtout, tant que ces excuses n’ont pas été faites, on continue de les exiger, et ce, avec violence.
Il y a une hypocrisie complète dans le fait qu’on dise que chacun peut faire des erreurs, alors même qu’on punit socialement ses erreurs tout en valorisant la colère des opprimé-e-s comme quelque chose de sain.

Or, dans le milieu du safe, la seule différence est que si la personne a EU ces propos « problématiques », elle est ensuite marquée du « pas safe » et définitivement considérée comme inacceptable, et l'on peut lui rappeler des mois ou années plus tard.
En définitif, ici, la seule chose que le mouvement du safe a ajouté, c’est le fait qu’une personne subit sur un temps plus long la violence du mouvement militant. Il y a amplification d’un fonctionnement général, mais pas quelque chose de neuf.


II] La colère comme méthode glorifiée.

La colère dans le milieu militant, j’en avais déjà parlé comme dit plus haut, mais je voudrais aller plus loin. Le lien souffrance ↔ colère s’ajoute au fait que la colère est légitimisante. Combien de personnes ont remarqué qu’elles ont eu une vague de followers supplémentaires ou de RT/fav/réactions, que ce soit sur twitter ou sur facebook, du fait d’une réaction colérique brutale, que n’offre que beaucoup moins (voire pas du tout) de longs sujets d’analyses plus posés.
Le lien souffrance ↔ colère a de nombreux effets pervers. D’une part, il exclue du milieu militant l’intégralité des discours venant de personnes ne supportant pas la colère ou l’agressivité. D’autres parts, ce sont, encore une fois, les personnes les plus privilégiées qui auront le plus de facilité à encaisser la violence de la colère (plus de soutien) ou à la lancer (plus d’habitude à le faire).
La colère, dans la manière dont on exige qu’une personne se remette en question, peut aller jusqu’à ne même pas lui donner les informations nécessaires à celle-ci, ce qui fait qu’au final, la remise en question n’est plus une posture personnelle de réflexion, mais un chemin de piste à suivre, codifié et préparé. On voit ça avec les fameux « supprime » qui, autrefois utilisés uniquement contre des personnalités politiques, est maintenant même utilisé directement dans le milieu militant.
Dans les milieux qui se revendiquent safe, le niveau est placé souvent un cran au-dessus. La colère d’une personne envers une personne qui a eu des propos « problématiques » peut-être, à elle seule, justification de labelliser et rejeter définitivement la personne hors du groupe, et ce, que la personne soit concernée ou pas. Le rapport de force est, à mon sens, juste amplifié. Là où le fait d’être concerné est vu comme justification à calmer la colère dans le milieu militant, ce n’est pas le cas dans les milieux safes où le rapport de force est plus brutal et plus liés aux canons de pensées en cours. Mais on est pour autant dans un même continuum. Simplement une mise en place plus simple & plus extrême du rapport à la colère.


III] La glorification des concerné-e-s

Revenons d’ailleurs sur la notion de concerné-e-s. Ça fait bien longtemps maintenant que des personnes ont signalé que cette exigence de prouver que l’on était concerné-e forçait l’outing sans volonté de la personne.A ceci, la réponse principale a été « dans le milieu militant, si tu t’outes pas, t’étonnes pas de pas être considéré comme concerné-e ». Ce qui, en soit, n’est pas totalement aberrant… si on n’avait pas glorifié le fait d’être concerné-e au-delà de toute logique.
Le premier problème que je vois est la notion même de concerné-e qui suppose que seule la personne qui VIT une chose est concerné-e par cela. Cette notion pose des soucis, car la vie des autres influe sur la notre. Une malade mentale et un malade mental sont concerné-e-s par la maladie mentale. Mais pour autant, la masculinité de celui-ci a une influence sur la violence qu’il subit, de même que la féminité de celle-ci l’a sur la violence qu’elle subit. Pour prendre un exemple de la pensée qui m’habite : les suffragettes étaient, aux états-unis, des suprémacistes blanches. Peut-on véritablement considérer que les hommes noirs n’auraient pas eu leur mot à dire sur le sujet ? Ils étaient concernés également à mon sens. Aujourd’hui, pour prendre un exemple (extrêmement) récent, qu’une femme cis se pose des questions sur la condition masculine et la relation avec les genres non-binaires et la toxicité qui peut en résulter fait-il d’elle véritablement une non-concernée par le sujet ? Les oppressions sont souvent analysés une à une, voire croisées les unes avec les autres, mais j’ai l’impression qu’on reste dans une optique binaire, qui pose problème.
Le problème, c’est que les concerné-e-s n’ont pas tou-te-s le même avis. Et si, encore une fois, on l’accepte et même on le revendique, il y a une véritable hypocrisie sur le sujet puisque, précisément, quand une personne parle d’un sujet qui ne la concerne pas, on peut lui rentrer dans le lard sur sa condition de non-concernée… sans même prendre le temps de vérifier que si des concerné-e-s pensent de la même manière.

Dans les milieux safe, on va au-delà puisque le fait d’être concerné-e est souvent lié au discours que l’on a. Si celui-ci n’est pas celui dominant, on est rejeté côté « oppresseu-r-se ». C’est ainsi que, dans une même discussion sur la gifle = enfant battu, j’ai, dans le milieu militant, eu un exemple de dissonance, avec tout d’abord une exigence que je me considère comme victime d’abus, puis un rejet et être taxé « d’abuseurs » là où, dans un groupe safe d’alors, on m’a purement et simplement nié le fait d’avoir reçu des gifles car « jamais tu ne dirais ça si c’était vrai ». On va également au-delà, puisque, dans ces milieux, les oppressions sont parfois même utilisées quasiment comme des CVs.
Là encore, le milieu safe va, certes, au-delà du milieu militant, mais il n’a rien de vraiment différent, il évite juste des dissonnances.

IV] Des codes.
Les codes dans le milieu militant sont extrêmement nombreux. Transsexuel/transgenre/trans/trans*, malade mentale/trouble psys/neuroatypique/neurodivergent. Les mots, tout d’abord, sont extrêmement importants. On doit connaître les bons, savoir comment les utiliser. Il faut savoir se remettre en question, vite, et surtout, bien, comme je le disais, avec les bonnes méthodes d’excuses.
La colère donnant de la légitimité, on voit régulièrement des personnes en colères s’énerver de plus en plus jusqu’au jour où elles font un faux pas, où leurs colères n’a pas été dirigé selon les codes, ou dans les bonnes formes, et c’est la shitstorm brutale et violente.
Le nombre de code dans les milieux militants est tellement impressionnant et les punitions pour non respect des codes peuvent être si brutale, qu’au finale, les personnes qui parlent sont de plus en plus les mêmes, les discours se polissent, et la contradiction se perd. Certes, il y a des moments où l’on n’est pas d’accord, mais cela reste bien souvent sur des détails et surtout, il y a toute une portion de la population qui ne peut littéralement pas parler, par manque de connaissance, de temps, ou pour des problèmes de handicaps ou autres.

Dans les milieux safe, c’est la même considération, à ceci prêt que les codes sont figés. Ils ne se modulent pas plus ou moins au gré des shitstorms, ce sont les personnes qui ne rentrent pas dans ces canons de pensées qui sont éjectées.
Est-ce vraiment une anomalie ? J’y vois juste un extrême, une évolution, une simplification des codes. Il est plus simple de suivre un univers dans lequel les codes sont fixes qu’un dans lequel les codes varient.





En vérité, je pense que le monde du safe n’est pas une anomalie du milieu militant, mais une simplification & extrêmisation de celui-ci. On simplifie les codes en les figeant, on simplifie les discours en les limitant à un unique, on simplifie tout le chemin de piste des excuses en les refusant purement et simplement. Le milieu militant est extrêmement hypocrite entre ce qu’il prétend faire et ses actes, le milieu safe est juste plus radical et plus clair.
Pour moi, tout ça me fait penser que tout ce qu’on a vu dans les milieux safes vient avant tout de nous. C’est pire. Mais ça n’est pas apparu comme une distorsion de ce que nos milieux sont, juste une évolution.


Je ne sais pas où je veux en venir. Je me rappelle simplement ces mots d’une femme, grosse, pauvre, bi, victime d’abus et avec des problèmes psys long comme le bras : « le milieu militant est trop violent pour moi. », et je me dis que quand même, y a un truc qui pue quelque part. J’ai pas de solution. Je vois juste le problème. Désolé si vous espériez plus.

jeudi 21 décembre 2017

La veganophobie bouffe les pissenlits par la racine

Je sais pas pourquoi j'ai fait ce titre, mais je l'aime bien alors il va rester.
J'ai récemment lu un énième article expliquant en quoi la veganophobie existait, et je ne sais pourquoi, c'est cet article qui m'a fait poser le mot sur le concept qui pose problème à un paquet de personnes quant aux oppressions, à savoir une confusion entre oppression et pression sociale. Je n'ai aucune idée de si ça a été abordé ailleurs, et à vrai dire peu m'importe, c'est mon blog, et je l'utilise autant pour partager des pensées que pour me souvenir de celles-ci, ayant une mémoire... aléatoire.
Cette confusion amène régulièrement les personnes à supposer que les hommes subissent aussi du sexisme, que la veganophobie existe ou que la minçophobie/maigropphobie est une réalité. Faisons donc un point sur la pression sociale. Celle-ci n'est pas nécessairement un marqueur d'oppression. Il y a des pressions sociales qui en font parti (les femmes doivent se faire belle, prendre soin de leur corps etc. par exemple), il y en a qui sont hors de tout système d'oppression. Un exemple ? Allons-y.
Envoyer ses enfants à l'école. Rappelons qu'en France, AUCUNE loi ne vous oblige à envoyer vos enfants à l'école. La seule chose obligatoire est l'enseignement, pas l'école en elle-même. Pour autant, il y a une pression à le faire. Cette pression pourra être renforcée, parfois de façon très importante, en fonction des oppressions, mais elle existe en dehors d'elles. De la même manière, il y a une pression sociale à ne pas parler à voix haute dans une bibliothèque. Vous me direz que là, c'est le règlement/la loi, mais le règlement/la loi peut aller dans le sens de la pression sociale, contre elle, ou en être exclu. Ici, il n'y a pas que les bibliothécaires qui pourraient réagir, mais bien l'intégralité des personnes présentes. Un autre ?Allons-y.
Boire de l'alcool. Il y a pression sociale à boire de l'alcool. Toutes les personnes n'en buvant pas pourront vous en parler, et cette pression peut être plus ou moins forte, allant parfois jusqu'à faire boire une personne sans son consentement. Et malgré ces violences, ce n'est pas une oppression.

La pression sociale est une constante à toute forme de groupement. Dès l'instant où des individus se regroupent, des codes sociaux se mettent en place, et une pression, plus ou moins forte, plus ou moins agressive, se met en place. Dans le milieu militant, il y a une pression à connaître le b.a.-ba du militantisme, une pression à la remise en question immédiate, et une pression à la colère par exemple. Ces pressions sont parfois visibles par les violences (sur les personnes ne présentant pas une remise en question immédiate par exemple) ou au contraire par le nombre de Followeur/les applaudissement et autre (la pression à la colère, être en colère dans les milieux militants est une bonne chose, ça rapporte du follow. les sujets de rage sur X/Y sont bien plus Retweetés/partagés que les sujets d'analyses).

L'oppression, elle, créé deux groupes au sein de la population, l'un bénéficiant de celle-ci, l'autre la subissant, et les deux groupes étant liés par un lien hiérarchisant. Les hommes, peu importe à quel point on peut être en accord avec les luttes féministes, bénéficient du sexisme. Celui-ci nous permet une meilleure qualité de vie (facilité à trouver un emploi), ou des avantages du fait d'être la personne pouvant violer/tuer, avantages qui ne s'en iront pas du fait qu'on ne le fait pas, de même que refuser de se servir de l'épée que l'on a ne la fait pas disparaître. Les hommes, pour autant, subissent des pressions sociales, mais pour autant, le groupe homme bénéfice de ce système et de ce lien d'exploitation (travail émotionnel, etc.).
Vegan, c'est le fait de refuser d'exploiter des animaux. Les Vegan subissent une pression sociale à manger de la viande, c'est un fait. On peut voir jusqu'au fait de leur refuser des soins à cause du régime alimentaire. Pour autant, les Vegan bénéficient quand même de l'exploitation animale. Les Vegans sont comme les hommes allié à la cause du féminisme de l'exemple ci-dessus: des membres du groupes dominants, portant l'arme qui peut exploiter/violenter le groupe dominé (les animaux), mais refusant de s'en servir. Qu'ils se le refusent par principe ou parce que ça leur serait émotionnellement insupportable ne change rien aux bénéfices qu'ils en retirent. L'humanité toute entière s'est construite sur l'exploitation animale. Notre technologie en est issu. Même dans le cas d'une personne ayant été Vegane toute sa vie durant, le bénéfice demeure. Parce que la médecine qu'elle utilise, quand bien même elle n'utilise que celle qui n'exploite plus d'animaux... est née de celle qui en exploitait. Ce bénéfice ne peut pas être retiré.

Les Vegans sont des alliés dans une lutte pour la libération animale de l'exploitation humaine. Cela ne les rend pas opprimé pour autant. Les violences qu'iels subissent sont similaires à celles que subiront les autres types d'alliés. Les hommes alliés du féminisme en subiront également. Certes, si on se contente de clamer son féminisme partout et de partager des réflexions abstraites, on sera applaudi. Mais dès l'instant où on dénonce nommément une personne de son entourage, de son milieu, les insultes peuvent pleuvoir, et aller même jusqu'à l'agression. ça ne nous rend pas opprimé dans le cadre du sexisme. Les dominant-e-s qui refusent l'ordre de l'oppression subissent une pression sociale pour les faire rentrer dans le rang. Mais iels ne sont pas opprimés pour autant, car peu importe leur degré d'implication, iels bénéficieront TOUJOURS du système en place.

jeudi 14 décembre 2017

Volée musicale #11

Je suis passé un peu par les arcanes mondiales de The Voice ces derniers temps.

Et OH MON DIEU CES PEPITES.

Je vais commencer par me noter Will Barber et sa prestation de "an other brick in the Wall" parce que je suis sur qu'elle me fera plaisir dans le futur.
Je reste un instant dans le dernier The Voice France avec Agathe et sa reprise de Aime qui me fout toujours autant des frissons.
On part pour The Voice Amerique avec Christina Grimmie et son audition sur "Wrecking ball". Et... euh. Comment dire... CETTE VOIX. CE SOURIRE. CETTE PUISSANCE.
v Je ne sais pas si j'avais déjà parlé de Nargiz Zakirova et sa reprise de still loving you qui me fout toujours des frissons. La concernant, j'ai aussi Show must go on que j'ai beaucoup aimé et... Я НЕ ТВОЯ (bah oui c'est du russe)
v Je sors de The voice avec Dimash Kudaibergenov et sa reprise d'abord de Sos d'un terrien en détresse et aussi de Show must go onv Y a aussi Hexvessel et I am the Ritual ainsi que tout le reste à mon avis.
Retour à The voice avec Jordan Smith et sa reprise de Chandelier de Sia. Juste... magnifique
Y a aussi Simon Morin et sa reprise de "Come with me now"
Philippe Berghella et wicked game
Ou encore Madmoiselle et "surrender" à la fois mystique et puissant.

Et j'ai gardé pour la fin la splendeur de The voice que j'ai trouvé Daria Stavrovich dit Nookie qui a choisi Zombie de The Cranberries pour son audition à l'aveugle de The voice. Elle a aussi chanté cette autre chanson en Russe qui me fout des frissons. Une splendeur qui m'a fait partir en transe.

vendredi 3 novembre 2017

Masculinisme bienveillant

On va parler un peu de ces deux textes, et .

Je me rappelle avoir lu des articles parlant du sexisme bienveillant, et du sexisme hostile, de la manière dont ils s’imbriquent. Ici, nous pouvons voir un pendant de la toxicité masculine qui fonctionne sur un principe similaire : Le masculinisme bienveillant, celui qui donne l’illusion de s’inquiéter pour les hommes mais est avant tout une marque de haine envers les femmes, le pendant bienveillant du masculinisme que l’on voit plus souvent sur internet, et qui est très lié à celui-ci.

Prenons donc cette histoire. A première vue, ce que l’on voit, c’est Florian, l’homme timide, l’homme fragile, celui qui essaie de surmonter sa timidité et se fait écraser par Eva, femme charmante mais cruelle. Elle est cruelle, elle lui balance le numéro anti-relou parce qu’il était moche et que c’était un boloss. Elle lui file et elle en rit avec ses copines. Elle est l’archétype de la femme tromperesse, celle qui cherche à ridiculiser les hommes, celle qui s’amuse tandis que l’homme subit ses méchancetés, jusqu’à se suicider.

Quand on y regarde de plus près, jamais on ne se demande pourquoi Florian se suicide. On ne questionne pas un seul instant le fait que la masculinité établit comme valeur d’un individu sa capacité à être « haut placé » sur le marché de la drague. Florian veut se suicider car il a compris qu’il « ne doit plus jamais parler à une femme ». Nulle part le narrateur ne questionne le fait que Florian ait fait de la réussite ou de l’échec de sa drague une raison de vivre ou de se suicider. Ça n’est pas pertinent. Florian a su « dépasser » sa timidité, et en échange, on s’est moqué de lui.

Pourtant, en réalité, Florian ne sait pas qu’on s’est moqué de lui. Il ne reçoit que le sms du numéro anti-relou. « Bonjour! Si vous recevez ce message, c’est que vous avez mis une femme mal à l’aise. Avec vous, elle ne s’est pas sentie en sécurité. Ce n’est pas très compliqué : Si une femme vous dit « non », inutile d’insister. Apprenez à respecter la liberté des femmes et leurs décisions. Merci. »
Florian ne sait pas qu’Eva l’a rejeté car « moche et boloss ». Il ne sait pas qu’elle en rit avec ses copines. Ça, c’est le narrateur qui l’indique. Lui n’a que ce message. Et ce message lui fait considérer qu’il doit se tuer. Il considère qu’une femme se sentant mal à l’aise aurait dû se taire plutôt que de lui dire. Il ne considère pas un seul instant qu’il ait fait une erreur, non, il prévoit de se tuer.

Les personnes qui lisent, eux, savent. Le message est clair. Eva est une ordure. Elle est l’archétype de la femme trompeuse, celle qui fait semblant, qui joue avec les sentiments des personnes. En effet, rien dans ses propos n’indiquent un danger qu’elle ait ressenti. Le numéro anti-relou est clairement mis en avant comme un moyen pour les femmes d’humilier les hommes.

Nulle part dans le texte n’est mis en avant la moindre question sur la raison d’être du numéro. Florian est courageux, courtois, gentil, timide, inquiet, il est l’archétype de l’homme fragile qu’une femme doit donc protéger en faisant attention à lui. Quant à elle, elle n’existe pas. Elle n’est pas là en tant qu’individu, elle est là uniquement parce que lui l’intéresse, la façon qu’on exige d’elle qu’elle réagisse est entièrement liée aux intentions de Florian. Elle est son faire-valoir. Vu qu’il a surmonté sa timidité, vu qu’il l’a approché gentiment, elle doit être gentille avec lui. On présente même une femme qui n’a pas été inquiétée, parce que l’idée reste qu’elle n’avait aucune raison de l’être, Florian étant un mec « bien ».

Passons au second texte. Cette fois-ci, on se place du point de vue d’Eva. Mais cette fois-ci, on admet le danger réel. On créé un homme dont on n’a pas un seul instant supposé qu’il était timide, ou gentil. On fait l’agresseur parfait. Mis en déroute… par un homme.
Ce texte qui s’ajoute au premier vient de la même personne et c’est important car il y a deux choses à noter.

D’une part, il pointe un problème qui a été mis en avant par des féministes depuis l’origine du numéro anti-relou, à savoir le danger d’agression par des mecs vérifiant le numéro. Mais surtout, il met en avant qu’un homme vient sauver la femme. Cette fois-ci, il y a la figure du sauveur, et le sauveur, c’est… un homme. On s’attendrait presque à ce qu’il ait été nommé Florian, mais en réalité, c’est plus subtile que ça.
La jeune femme s’appelle Eva. Le même prénom que dans le premier texte. Le même endroit également : à l’attente du train. On a cette fois-ci un jeu double entre les deux textes. Le premier met en scène une femme cruelle, et un homme gentil, le second une femme du même nom, sur un même endroit, un homme cruel qui l’agresse et un homme gentil qui la sauve. Les deux histoires se suivent très bien et font un double jeu vis-à-vis des femmes.

Le numéro anti-relou est une forme d’humiliation du mec bien, et face au mec pas bien, il vous met en danger et seul le mec bien pourra vous sauver. La question implicite, en filigrane, étant « si vous humiliez le mec bien, viendra-t-il vous sauver ? »

Bien évidemment, il n’y a aucun moyen pour quelque femme de distinguer le mec bien du mec méchant. Mais c’est le principe du masculinisme que de ne pas considérer le point de vue de la femme, mais uniquement celui du mec, et, de fait, du mec bien. Qui sait qu’il est un mec bien. Et qui ne doit donc pas subir X ou Y.

La personne qui a fait ces textes aura, dans ses réponses sur twitter, des messages comme « S’il est moche et riche, ça passe » quand on parlera harcèlement. Il parlera « détresse affective », plutôt que de chercher ce qui fait dans la masculinité qu’un homme peut se juger en valeur du fait de l’intérêt que lui portent les femmes. Notez bien : le masculiniste ne questionne JAMAIS la masculinité en elle-même. Florian décide de se tuer, non pas à cause de la masculinité, mais bien à cause de la femme (forcément cruelle). Aux hommes qui l’envoient chier, il n’hésitera pas à répondre « énorme Cuck » ou encore, à la question « C’est bien eux qui font genre de ne rien voir quand une meuf se fait harceler ? » un immédiat « si la meuf est moche faut pas déconner » (on notera d’ailleurs que, dans les deux textes, Eva est caractérisée par sa beauté en premier lieu)


La masculinité exige que les femmes s’occupent des hommes qui souffrent, ne soit pas dure avec eux, voire sortent avec parce qu’ils sont « gentils ». Le mythe du Nice Guy, du friendzoné, c’est avant tout, non pas l’idée qu’une femme ne peut pas dire non, mais bien au-delà de ça, l’idée qu’un homme qui fait certaine chose DOIT recevoir un oui. La femme n’est même pas considérée en tant qu’individu, c’est l’homme. Celui qui surmonte sa timidité. Celui qui est courageux d’oser parler à une femme dans la rue.
Si on replace ça de façon neutre : « un homme surmonte sa timidité et fait peur à une femme dans la rue » subitement, ça paraît beaucoup moins sympathique pour l’homme en fait. Mais ça impliquerait de considérer le sentiment des femmes.

Alors oui, effectivement, des hommes sont en détresse affective. Des hommes sont timides. Des hommes galèrent à trouver le moyen de parler à des femmes. Mais tout cela, ce n’est pas la faute des femmes. C’est avant tout la faute à la masculinité qui considère que parler à une femme, la draguer, est un acte performatif jugeant l’homme, sans prendre en compte le moins du monde la femme en face.

samedi 14 octobre 2017

La manipulation; une définition trop floue, des dégâts trop concrets.

Manipulation (mentale) : pratique visant à agir sur la volonté ou le libre-arbitre d’autrui.
Manipulation : « action d’agir sur quelqu’un de façon suspecte pour l’amener à faire ou penser ce que l’on souhaite »

Voici certaines définitions que l’on peut trouver sur Internet. Le problème avec ces définitions est qu’elles sont assez floues. Est-ce que le fait de tousser pour signaler sa présence est une méthode de manipulation ? Est-ce que le fait de soupirer pour indiquer qu’un sujet nous gonfle et qu’on voudrait le voir changer est de la manipulation ? Le fait d’être aux petits oignons avec quelqu’un pour lui dire ensuite la connerie qu’on a faite est-il de la manipulation ? Où se situe véritablement la limite entre la communication non-explicite et la manipulation ?
Pour ma part, j’aurais tendance à dire que l’on doit considérer manipulation quand celle-ci créé du dégât. En effet, soupirer pour indiquer ne pas vouloir parler de quelque chose peut être un moyen d’éviter un sujet douloureux, mais peut être aussi un moyen de manipulation, particulièrement si c’est adjoint à des colères et des violences si la personne ne fait pas ce que le soupir impliquait (changer de conversation). Dans les deux cas, le soupir a donc une valeur différente. Mais dans un cas, il ne créé aucun dégât, il est une méthode qui protège, qui cherche à éviter le conflit, là où dans le deuxième, il s’inscrit dans un système qui blesse, non pas dans la fuite de conflit, mais dans la menace de conflit.
De plus, ces deux définitions impliquent que la personne qui manipule SAIT qu’elle manipule. « visant » dans la première « pour l’amener à faire ce que l’on souhaite », sont clairement des marqueurs indiquant que les personnes qui manipulent en ont conscience. Or, cette notion créé une diabolisation de la personne qui manipule (on a même le terme « suspecte » dans la deuxième définition), diabolisation qui conduit irrémédiablement à empêcher les victimes de reconnaître la manipulation. Lorsque l’on voit les bons côtés d’une personne, on a d’autant plus de mal à accepter l’idée qu’elle manipule, et, du fait que l’on imagine que cette manipulation ne peut être que volontaire, on bloque un grand nombre de victimes dans la compréhension de ce qu’elles subissent. « Non c’est pas de la manipulation, iel fait ça parce qu’iel a vécu ça, c’est pas pareil, iel fait pas exprès ». Combien de fois avons-nous entendu/pensé ça ? (à tort ou à raison, car la limite entre les deux est parfois savamment entretenu). Parallèlement, lorsque des victimes utilisent des stratégies de manipulation pour se protéger, elles se retrouvent à se ranger, inconsciemment, dans la catégorie des manipulat-eur-rice-s ; alors même que la distinction entre la manipulation qui inflige des dégâts à l’autre, et celle qui permet de subir moins de dégâts soi-même, est fondamentale.

__/!\ précision importante /!__ Je ne nie absolument pas qu’il existe des personnes manipulant volontairement d’autres personnes. J’entends inclure également, par ce biais, les personnes qui n’en ont pas conscience. Le but ici n’est nullement de dédouaner l’un ou l’autre de ces cas, mais bien d’aider les victimes plus efficacement. En effet c’est cette distinction entre « conscient » et « inconscient », « traumatisme/souffrance » et « violence/agression » sur laquelle joue nombre de manipulat-eur-rice-s pour se défendre. En centrant la réflexion sur les dégâts subis par la victime et non sur la conscience de ses actes de l’agresseur-e, on se focalise sur ce qui importe : la victime.
Cela peut également permettre à des personnes sombrant petit à petit dans la manipulation d’apprendre à s’arrêter. La frontière entre la protection face à des traumatismes et la violence envers autrui pouvant devenir flou petit à petit, mais ce sera l’objet d’un autre article. (si j’y arrive)

Je rapprocherai cette analyse des réflexions sur la pédophilie où l’on sait que de nombreuses prédat-eur-rice-s ont été victimes dans leur enfance. Il y a un point où ces victimes sont devenus des prédat-eur-rice-s. L’admettre ne pardonne pas l’acte criminel, mais peut permettre de protéger des victimes.


Je dirais donc qu’une meilleure définition de la manipulation devrait être « pratique qui casse la volonté ou le libre-arbitre d’autrui sur un ou plusieurs sujet ». Le verbe casser induisant bien une violence/des dégâts. Et en supprimant le visant, on admet également la possibilité que la manipulation puisse être inconsciente.


Pour aller plus loin, parlons Gaslighting. Comme l’indique très bien cet article que je vous conseille sur le sujet : le gaslighting est une technique visant à faire douter la victime de la réalité, c’est une méthode extrêmement violente ; l’un des axes principaux étant la négation d’une chose qui est arrivé. Comme dans le film Gas light, où Gregory va faire douter Paula de ses sens mêmes, en lui assurant qu’elle se trompe. On notera ici que l’on est dans une méthode qui ne peut pas se faire inconsciemment, par ailleurs, l’action étant particulièrement complexe, elle nécessite une véritable volonté de nuire à l’autre.
Le fait est, pour autant, que mentir en niant la réalité, n’est pas forcément une technique de Gaslighting. Combien d’enfants vont mentir alors même que ce qu’ils ont fait, ils l’ont fait devant plusieurs témoins et que ce sont ces témoins qui leur en parlent ? Pour autant, on n’accuserait pas l’enfant de Gaslighting pour la simple et bonne raison que dans la quasi-totalité des cas, il y a un rapport de force entre les adultes et les enfants. De même qu’il y a un rapport de force entre Gregory et Paula. C’est ce rapport de force qui la fait douter de la réalité. C’est le fait de l’avoir isolée, de l’avoir séduite, d’avoir pris le contrôle, puis de jouer avec les lumières, alors même que la confiance a été intimement lié à lui, qui fait que le doute naît et grandit.
On pourrait être tenté de considérer qu’un rapport de pouvoir est simplement lié à une oppression systémique, ce qui simplifierait le problème. C’est un facteur bien évidemment, qui peut l’indiquer, mais dans une relation entre deux personnes, il y a plus que des oppressions, et même ces oppressions peuvent ne pas être en sens unique, mais s’entrelacer sur plusieurs axes.
La question est donc : comment reconnaître un rapport de pouvoir entre deux individus au sein d’une relation ?


Ici, on peut parler de la charge mentale et de la charge émotionnelle. Ces deux données à elles seules peuvent très largement permettre d’indiquer un rapport de pouvoir. Mais encore une fois, cela peut fonctionner dans les deux sens. La personne qui contrôle peut soit assumer la majorité/totalité de la charge mentale et/ou émotionnelle, allant jusqu’à empêcher l’autre d’en assumer la moindre portion sous peine de violence, ou, à l’inverse, n’en assumer que très peu, mais exiger qu’elle soit faite d’une certaine manière, sous peine de violence également. Dans les deux cas, la personne n’a pas la possibilité d’assumer cette charge à sa manière, soit parce qu’elle ne peut pas le faire, soit parce qu’elle doit le faire à la manière de l’autre, et subis des violences si elle s’écarte de la case dans laquelle l’autre l’a installé.


On peut, bien évidemment, regarder les différentes oppressions qui distinguent les deux personnes et chercher lesquelles sont les moins prises en comptes ou lesquelles ont le plus de poids dans la relation.


On peut également regarder les modifications qui sont advenues au fur et à mesure du temps. Qui a changé quoi ? (tenue, manière de parler, goûts, activités, hobbies etc.)


Dans chacun de ces cas, l’analyse peut se faire soi-même, en particulier par écrit, afin de garder des données sur le vif, et,précisément, empêcher le gaslighting,mais également, et surtout je dirais, avec une autre personnes, « hors champ » de l’autre, qui peut donc avoir une meilleure vision des changements. Un des points majeurs est également de concevoir précisément la notion de manipulation telle que je l’ai développée plus haut, à savoir le fait qu’il y a dégâts sur l’autre. Dans le cas des changements qui ont eu lieu dans une vie ou dans ses activités, cela peut permettre de distinguer les inévitables compromis qui accompagnent une relation ou le simple fait d’évoluer au contact d’une autre personne, d’une relation de pouvoir. C’est dans la compréhension de cette perte de quelque chose, dans cette « cassure » que l’on peut repérer la relation de pouvoir, et, de fait, la manipulation.


Que la manipulation soit volontaire ou involontaire de la part de l’autre personne fera l’objet d’un autre article, parce que sur ce point, c’est comme concernant les relations toxiques, il y aurait trop de choses à dire. Cependant, il convient de garder une chose à l’esprit : que ce soit volontaire ou involontaire ne change rien au fait que vous avez le droit de vous protéger. Le droit de refuser que cela continue. La définition s’axe sur les dégâts que VOUS subissez, et vous avez toujours le droit de chercher à éviter ces dégâts.


Prenez soin de vous-même avant toute chose.

samedi 30 septembre 2017

Des analogies #1

Fait quelques temps que j'ai remarqué certaines analogies que je trouve assez claire pour expliquer un point de vue. Alors allons-y pour la première: le stylo.

Capitalisme & humanisme: comment expliquer que le capitalisme est un système inhumain intrinsèquement.
Imaginons que le but soit d'écrire. Vous avez pour cela besoin d'un stylo. Il y a deux types de stylo: 1e ou 50cts. Les premiers durent une semaine, les seconds 4jours.
à partir d'ici, il y a deux cas. Cas 1: on ne peut acheter qu'un seul stylo. Cas 2: on peut acheter autant de stylo qu'on souhaite.
Cas 1: on achète le stylo à 1e qui permettra donc de produire pendant 1semaine. (+3jours que le stylo à 50cts)
Cas 2: on achète deux stylo à 50cts qui permettront donc de produire pendant 8jours (+1 jour que le stylo à 1e)

Ici, le stylo représente le/la travailleu-r-se, l'écriture la production du/de la travailleu-r-se, le prix représente les conditions de travail, à savoir le fait que l'on investisse ou pas dans le bien-être du/de la travailleur-se (salaire, difficulté, horaire etc.), que celle-ci "arrête de fonctionner" plus ou moins vite (maladie, mort, accidents etc.)
Comme on le voit, il n'y a que dans le premier cas, cas du plein-emploi, où l'on a un choix très limité du nombre de travailleur-ses embauchables, que la rentabilité va dans le même sens que le bien-être du/de la travailleu-r-se. Dès lors que l'on n'est plus dans le plein-emploi, le bien-être du salarié est un facteur qui pondère la rentabilité, et doit donc, certes, être pris en compte (si l'on avait un stylo à 25cts qui durait 1jour, on ne le prendrait quand même pas, car moins rentable), mais n'est pas une limite absolue, simplement une donnée comme une autre. Si l'on se fout qu'un objet se casse plus ou moins vite, il est inadmissible qu'on se fiche qu'un humain se casse plus ou moins vite

Cette analogie est simple à mon sens, car elle montre rapidement le soucis de la recherche de rentabilité comme but ultime. Cependant, il faut concevoir qu'il y a une différence entre un stylo et un humain qui pourrait être soulevé. Problème 1: un stylo n'a pas d'émotion. En effet, un humain travaille mieux s'il est heureux. C'est une des reproches souvent faits à cette analogie. Cependant, ça ne change strictement rien au problème. Cela implique juste une pondération supplémentaire, un poids plus important au bien-être du salarié, mais cela ne change pas le fait que ce bien-être n'est qu'un facteur limitant de la production et non un but en soi, donc qu'on recherche toujours une balance et non le mieux-être possible.
Problème 2: si on arrive au plein emploi, les deux seront rejoints, le but est donc de l'atteindre. Là encore la notion n'est pas pertinente. Le fait est que dans le cas d'un plein-emploi assuré, la recherche de la rentabilité semble rejoindre la recherche du mieux-être du/de la travailleu-r-se . Mais attention, cela ne signifie pas que l'on va rechercher le bien-être du /de la travailleu-r-se, simplement rechercher le maximum de bien-être pour le maximum de durée. Le fait est que, du fait du plein-emploi, le/la travailleu-r-se pourra refuser un travail, forçant petit à petit les employeur-se-s à proposer le maximum de bien-être. Mais ce n'est qu'une coïncidence, et non une réalité. En d'autres termes, cela ne fonctionnera que dans une théorie utopique, et disparaîtra dès la fin du plein-emploi.

samedi 23 septembre 2017

C'est maintenant que ça se joue et toi tu méprises les autres ?

Pas envie de faire d’introduction fun ou quoi ou qu’est-ce. On va parler de cet article

Parce que mon dieu que ce genre de texte m’insupporte. Allons-y donc pour une petite analyse de texte.

Le titre tout d’abord créé une opposition directe entre d’un côté le caractère majeur de la situation, et de l’autre côté, le caractère mineur, voir ridicule, de la raison de ne pas venir.
Cette distinction est encore présente ensuite, avec trois paragraphes (« ça fait des années véritable casse du travail »), opposé à des « excuses ». Le champ lexical de l’excuse est d’ailleurs utilisé à foison. On « invoque » quelque chose « POUR » ne pas venir. On « se justifie de ne pas se mobiliser », on doit dépasser la « peur » (de la grève, des manifestations, de faire des blocages).
Au milieu de tout cela, une idée profondément méprisante émerge : « l’immobilisme » des individus est la raison de leur absence. Ils sont juste lâche. Ou peureux. Il n’y a, sur ce point, aucune volonté d’en rechercher les causes, non, ce sont juste des caractéristiques intrinsèques à celleux ne se mobilisant pas, lesquelles doivent juste être dépassées, comme ça, pouf.


Quand on en arrive à un petit en-car pour parler des personnes ne pouvant pas se mobiliser, le tout tient en une seule et unique phrase : « Et si tu n’as vraiment pas les moyens financiers de te mettre en grève, des milliers de camarades seront prêts à t’aider afin de t’avoir à leur côté dans la lutte. ».
On notera le mépris immonde envoyé dans le « vraiment », qui renvoie également à la même notion d’excuse déjà présente plus haut. Le tout étant, par ailleurs, complètement balayé d’une simple phrase. « des milliers de camarades seront prêts à t’aider ». Qui ? Où ? Quand ? Non, c’est juste une formule, hein, on va pas non plus donner des solutions concrètes aux personnes dans cette situation, situation qu’on n’a même pas véritablement présenté, on va juste se contenter de leur dire qu’elles existent, et basta, le tout en une seule petite phrase, perdue au milieu des 1500mots de l’article.


Après ce petit interlude, on retourne vers le ton de l’article. Il convient de « dépasser notre petit confort et notre paisibilité immédiate ». Parce que soyons sérieux, la véritable raison, c’est quand même que les gens sont des faignants, et l’on termine en miroir sur le début, avec à nouveau une emphase sur l’importance de la mobilisation.



Parlons plus en profondeur de cet en-car. D’une part, comme d’habitude, la seule raison considérée valable de ne pas manifester est celle d’un manque d’argent. Les femmes inquiètes d’un service d’ordre qui pourrait les agresser ? Pas même l’indication que « des milliers de camarades sont prêts à t’aider ». Les parents avec de nombreux enfants, et en particulier les mères célibataires & précaires ? Non rien. Les personnes en situation de handicaps ? Les diverses personnes en situation de précarité, en plus grand danger de violence policière, ou psychologiquement fragile ? Non, non. La seule raison valable dont on parle c’est celle de l’argent, et encore faut-il que ce soit « vraiment » le cas, et même dans ce cas ultime, on dit qu’il y a une solution, indiquant que quand même, y a toujours moyen, laissant en sous-entendu la même réflexion sur la fainéantise.


Le problème de cet article, c’est que là où le « on » se mobilise, agit, entre dans une dynamique sociale, le « tu » est celui qui invoque des excuses, se justifie, reste dans l’immobilisme et son « petit confort ». Il n’y a, dans cet article, aucune volonté de réfléchir à ce qui se trouve derrière ces « excuses », aucune analyse. La raison est simple : la fainéantise, le confort. La « paisibilité ». C’est curieux, quand je creuse les raisons pour lesquelles des gens ne viennent pas en manif, derrière les « excuses » apparaissent souvent d’autres raisons. Manque de foi dans les mouvements sociaux après des années où les manifs et les grèves ont lamentablement échoué, agoraphobie, terreur face aux violences, manque d’argent, manque de TEMPS, manque d’énergie, et j’en passe et des meilleurs. Mais tout cela, l’article le réduit à une simple et unique phrase, le tout noyé dans une abondance de mépris. Ce qui n’a rien d’étonnant, car cet article n’a pas, en vérité, pour but de convaincre des personnes de venir en manifestation, mais de faire de la congratulation mutuelle entre manifestants.


Soyons honnête, la culpabilisation massive d’un groupe d’individus ne permet pas le ralliement de ceux-ci. On ne va pas se mobiliser parce qu’on se fait traiter de faignants, même enrobé dans de jolies phrases, de même que je n’ai jamais vu de personnes abandonner la manifestation parce que Macron les a traité de fainéants. La culpabilisation ne fait que renforcer le statut quo.
Non, cet article recréé de l’unité. D’ailleurs, il y a tout un passage où le « on » parle du/de la militant.e, et des remparts qu’il reçoit, non pas du « tu » mais bien des « autres ». Ce paragraphe est symptomatique de tout l’article : il est avant tout tourné vers celles & ceux qui se bougent. C’est à elleux que cet article s’adresse. Pour se congratuler de ne pas « rester dans leur petit confort », pour s’applaudir de ne pas « invoquer » des excuses, et on ajoute même une petite phrase caution pour bien montrer qu’on pense à celles et ceux qui ne peuvent pas venir pour cause d’argent. Comme ça, on s’applaudit entre militant de bien penser à tout le monde.
N’oublions pas qui lira l’article, par ailleurs : des militants, des proches de militants, quasiment personne d’autre. La cible soit-disant de l’article ne le verra probablement jamais, et si tant est qu’elle le voit, n’en retirera qu’un rejet pur et simple. On ne cherche pas à la comprendre. On ne cherche pas à l’aider. On est à des années-lumières de proposer des solutions concrètes. On lui crache à la gueule et on la méprise.


Des mots, des mots et toujours des mots, sans solution concrète, sans volonté de réfléchir à ce qui se passe en face. Juste une recherche d’unification supplémentaire, laquelle fonctionne parfaitement par le dénigrement d’un autre groupe.

La culpabilisation n’a jamais pour but de faire bouger le groupe victime, mais de renforcer l’union du groupe agresseur, ici, les personnes qui vont en manif’.



Même pas envie de faire une conclusion, juste que sérieusement, ce genre d’article : c’est non.

lundi 24 juillet 2017

Les relations bancales

Je voudrais étoffer un peu mon article sur sain-e/malsain-e gentil-le/méchant-e, en parlant précisément des couples, et des relations bancales.

Le problème dont je veux parler n’a pas pour but de défendre les abus, mais bien de relever les cas où une relation peut devenir malsaine, sans qu’aucune des deux personnes n’ait été, à l’origine, malsaine. Je parlerai donc ici de contrôle-freak et des éponges-apathiques.
Le terme éponge-apathique est un pur néologisme, mais il résume deux cas que j’ai vu. Éponge ici, fait référence aux personnes ayant une intégrité psychique limitée, donc ayant tendance à copier les personnes avec qui elles relationnent, apathique fait référence à celles ayant des difficultés à agir sans le soutien d’une autre personnes. Ce ne sont pas des jugements de valeur. Si vous avez de meilleurs termes, proposez, moi je n’ai pas trouvé mieux. J’utiliserai donc ces termes dans cet article.
Contrôle-freak, quant à lui, fait référence aux personnes ayant besoin de contrôler leur environnement, et je parle en particulier ici des personnes qui ont eu ce besoin de contrôle comme manière de gérer leur passé, et dont le but n’est pas d’être abusives.
Enfin, je précise que cet article n’a pas pour but d’offrir des clefs pour analyser des relations autre que les votre ou pour analyser quelqu’un d’autres que vous. Ce n’est pas un article pour distinguer relations abusive de relations bancales, c’est un article pour donner des clefs aux personnes qui se sont retrouvées dans ces situations, que ce soit en relations amicales, familiales ou amoureuses, pour limiter les risques dans le futur ou comprendre où et comment un truc a foiré dans une relation.


Passons rapidement sur le danger lorsque ces deux profils se rencontrent. A première vue, ça peut paraître un bon match, mais en réalité, les contrôle-freak comme les éponges-apathiques créent un cercle vicieux extrêmement violent où l’une des personnes finit par avoir un contrôle total sur l’autre. Du côté controle-freak, ça se traduit par une trop lourde responsabilité, l’impossibilité d’aller mal ou de se reposer ne serait-ce qu’un tant soit peu sur l’autre. Côté éponge-apathique, ça se traduit par une incapacité à exister, un enfermement complet et une dépendance absolue.
Le cas le plus extrême étant la destruction de la personnalité, cas pouvant intervenir chez les deux, éponge-apathique perdant sa capacité à exister parce qu’étant tout le temps en attente de l’autre, la personne contrôle-freak perdant la capacité à exister parce qu’obligée de tout faire pour l’autre, mais en rapport à l’autre, forcée non pas seulement à prendre toutes les décisions,mais à prendre les décisions que l’autre voudrait voir prises.
Ajoutons également que des personnes vont passer de l’un à l’autre, parfois précisément à cause de ces relations destructrices. Les murs entre ces deux types de fonctionnement sont assez poreux.

Certains penseront également que la personne malsaine sera fatalement celle qui prendra le rôle controle-freak. Ce n’est pas le cas. Le contrôle-freak peut prendre le contrôle et détruire la personnalité de l’autre, l’enfermant dans son idée de ce qu’elle doit être et l’empêchant, au final, d’exister autrement qu’en tant que « ce que l’autre décide ». La personne apathique peut, quant à elle, « forcer » la personne contrôle-freak à prendre non pas les décisions, mais les décisions qu’ELLE (la personne éponge-apathique) voudrait prendre (en rejetant continuellement la responsabilité des erreurs sur elle par exemple). La personne contrôle-freak se retrouve du coup bloquée, à la fois obligée d’assumer la responsabilité de tout, sans pouvoir prendre réellement les décisions (puisqu’elle doit trouver la décision que l’autre veut). Cela peut amener à une brisure complète.

Ces deux cas évoqués de brisure de la personnalité sont des extrêmes, bien souvent, les deux personnes prennent assez cher, la relation agonise quelques mois, et finit par se terminer assez douloureusement, sans aller jusqu’à une telle souffrance. Ça n’empêche pas que savoir jusqu’où ça peut mener, qu’on soit contrôle-freak ou éponge-apathique est important.



Mais s’il semble assez évident que ces deux profils extrêmes se rencontrant mènent à des relations malsaines, ce qui l’est moins c’est le risque de relations malsaines qui émanent des relations avec l’un ou l’autre de ces types de personnalités.
Les relations avec l’une ou l’autre de ces personnes amènent souvent la deuxième à prendre, précisément, le rôle, plus ou moins volontaire, de l’autre pendant. Et peu importe à quel point la personne a de bonnes intentions, si le couple n’a pas conscience du danger, les rôles finissent très souvent par se reproduire. Ce n’est pas une fatalité, mais malheureusement, c’est une situation qui peut facilement arriver.

Que faire ? D’une part, il faut avoir conscience du danger pour soi et l’autre et prévenir l’autre. Parce que personne ne s’imagine jamais devenir malsain. On ne s’imagine pas pouvoir faire quelque chose contre une relation malsaine. On imagine la relation malsaine comme venant
a) d’une personne malsaine (ce que l’on ne s’imagine pas être, donc ce serait l’autre)
b) de deux caractères incompatibles (ce qui fait que c’est une fatalité, une sorte de pas de bol)
On imagine rarement que l’on puisse du fait de la relation, petit à petit, devenir malsain-e.

C’est aussi un travail à faire sur soi. Prendre conscience que l’on peut devenir malsain-e. Ça rejoint mon article sur la diabolisation, mais globalement, il y a un énorme danger à ne pas prendre en compte le fait qu’une relation, amicale, familiale ou amoureuse encore une fois, ne puisse pas vous rendre malsain-e. Savoir poser des limites au préalable, et surtout, en parler. Si vous vous savez contrôle-freak, il faut parler du risque que l’autre aurait à trop se reposer sur vous. Si vous vous savez éponge-apathique, il faut parler du risque que l’autre aurait à trop prendre le contrôle. Il faut AUSSI parler du risque à trop prendre le contrôle SOI-MÊME, et du risque à trop donner à l’autre les responsabilités.

Communiquer est la clef, c’est tout ce que cet article dit ? Oui et non. Communiquer est effectivement central, mais ici, c’est la nécessité de conscience mutuelle du danger malsain d’une relation entre deux personnes saines qui est nécessaire. Par conscience mutuelle, j’entends donc que chacun en ait conscience, mais que le duo en lui-même en ait conscience également, c’est à dire que ce soit une notion qui soit explicite au sein de la relation. Sans cette conscience mutuelle, qui se confirme par la communication, la communication sur le reste est inutile. C’est par le fait que la relation se construit sur la conscience du danger que ce danger peut être combattu.


Cet article n’est pas suffisant en soi. Il resterait à évoquer les problèmes liés aux oppressions qui déséquilibrent encore plus les relations, mais également, à parler des relations sans aucune personnalité contrôle-freak/apathique-éponge, mais avec des oppressions incitant à cette bancalité. J’espère pouvoir le traiter dans un second article, pour les personnes ayant des troubles psys, ça ne devrait pas poser de soucis particuliers, pour les autres cas, si vous en faites un sur votre blogs je ferai tourner ou le poster ici, ce sera avec plaisir. C’est un sujet que je n’ai pas encore vu beaucoup développé, mais qui me semble plus qu’important.
Il resterait également à évoquer les moyens pour sortir d’une relation qui a commencé à devenir malsaine, et non pas simplement de poser, comme dans cet article, des méthodes pour les relations futures. Sur ce point, je n’ai pas encore d’idées des méthodes. J’y réfléchis pourtant depuis maintenant plusieurs mois.

mercredi 22 mars 2017

Tutoriel

Comme au sortir d’une cinématique
le jeu vidéo reprend
le soleil se lève
midi seulement,


voilà que je reviens
accablé d’histoire
au milieu des mémoires
d’un autre qui fut mien.


Voilà les souvenirs
qui s’épanchent à mes oreilles
Et mon esprit déboussolé
cherchant les contrôles usuels.


Voilà le z qui avance
Et le d qui recule
Les mains entre dans la danse
un soupçon de ridicule
à ne pas comprendre


tout ce temps passé
à exister
pour ne plus savoir
rentrer dans son histoire.


Voilà les réveils
qui pleuvent et qui se brisent
Des silences coutumiers
à se re chercher.


Et l’on parle et l’on rit
Et l’on passe le tutorial
Encore et encore
les années s’envolent.


Avec ce soupir
Qui brûle les idéaux
Qui brouille le reflet
Et brise les désirs.


Voilà, réinventé
Un jour chêne
qui s’enfuit vers son gland
replanté
réincarné
sans mouvement.

samedi 25 février 2017

(Ré)apprendre à aller mal

(tw; idées suicidaires, incluant possiblement, j'ai pas encore écrit, alcool, automutilation, et description des envies)

"C'était plus simple quand j'étais suicidaire"
C'est une pensée qui me vient de temps à autre. Aller mal quand j'étais suicidaire était plus facile, aujourd'hui que je ne le suis plus, je ne sais plus vraiment gérer ça. Être suicidaire avait très nettement ses avantages. Déjà, j'étais suicidaire continuellement, donc les moments où j'allais mal n'étaient que des moments où j'allais "plus mal" que le reste du temps, mais l'impulsion de sauter devant un bus, de monter sur le toit de mon immeuble pour sauter, de partir vers le canal pour m'y plonger pouvant arriver à n'importe quel moment, même quand j'allais très bien, ça n'avait pas tant de puissance quand je sombrais.
Pour rendre ça plus clair, métaphore mathématique: Je passais de -10 de moral à -15. Aujourd'hui, je passe de 2-3 à -6. L'image est foireuse pour divers raisons (mes -6 ne ressemblent pas à mes bons jours, quand j'étais suicidaire, mes envies suicidaires étaient plus une sorte de refrain qui restait continuellement qu'un véritable changement de mon moral) mais elle représente bien l'idée que je veux faire passer: je tombe moins bas, mais de plus haut, et la chute est limite plus rude aujourd'hui. Être suicidaire offre une habitude, et une échappatoire. On prépare les idées, on s'imagine, on s'offre un truc qui dit "si ça devient insupportable, j'ai qu'à sauter. Ou alors, je peux me tuer avec ça, ça, ça, ça"et on fait l'inventaire de tout ce qui peut tuer dans l'appartement. Et finalement, de savoir qu'il y a un moyen de s'en sortir, ça offre des armes phénoménales face à ces moments.
Sauf que voilà, on décide pas d'être suicidaire parce que "c'est plus simple". Faire l'inventaire de ces trucs, je pourrais essayer de le faire encore aujourd'hui, mais ça n'aurait pas la même portée, parce que je sais que je n'en ai plus envie, parce que je sais, qu'au fond, je vais fondamentalement mieux qu'à l'époque.

"Ce qui ne vous tue pas vous rend plus fort". Je hais cette phrase. Mon adolescence et mon collège en particulier ne m'ont pas tué, mais ils m'ont profondément affaibli. J'ai tenu en m'accrochant avec les dents et je me suis fracturé la mâchoire. J'ai hypothéqué mon futur parce que de toute façon, quand on est suicidaire, c'est sans grande importance. Aujourd'hui, j'ai moins d'énergie qu'à l'époque, parce que non seulement j'ai dû l'utiliser massivement alors, mais parce que maintenant, je suis moins enclin à démolir mon futur. Du moins pas autant qu'à l'époque.
Je me rappelle d'une amie qui disait "je ne suis pas suicidaire, donc tout le monde s'en fout que j'aille mal. Pas comme si j'allais me buter bientôt". Faut avouer que dans nos communautés d'entraide, on paraît assez facilement au "plus urgent", à la personne "qui risque de se buter, là, de suite". Et on oubliait un peu celles qui n'allaient pas se buter, mais allaient fondamentalement mal. On allait même jusqu'à supposer que c'était un mal-être pas moins grave.... mais en fait si. Juste qu'on le disait pas comme ça. On préférait le terme "urgent". Encore aujourd'hui, j'entends encore souvent "mais ça va aller, hein, je vais pas me buter". Parce qu'on a vécu si longtemps dans cette situation qu'on relativise même le présent. Parce que, au final, à force de vivre dans l'urgence et le suicidaire, on en a oublié comment on fait pour demander de l'aide pour un truc moins violent. On a même oublié comment on fait pour simplement dire que... aujourd'hui, ça va pas.

On en parle entre nous, à demi-mots, du fait qu'être suicidaire, c'était quand même plus simple. Ou qu'être dans l'autodestruction la plus totale, c'était plus intéressant, parce que maintenant, quand on va mal, on est là, face à notre douleur, et on ne sait pas quoi en faire. Je ne sais pas quoi en faire. Faut réapprendre. Comme après une saleté de maladie, y a la convalescence. Et ça risque de durer longtemps. Parce que j'ai passé des années suicidaires, que j'ai fait mon pacte avec moi-même à l'âge de 16ans, pour me donner une année de plus avant de me buter. Pacte où je me suis dit "si dans un an, je vois que j'aurais mieux fait de me tuer aujourd'hui, si rien n'est arrivé qui me fasse me dire "ok, ça aurait vraiment été stupide de manquer ça", je me tue". Pacte qui est passé de 6mois en 6mois petit à petit. 28 février. 28 août. Jusqu'à il y a quoi ? Deux ans ? Trois ans ? Non. 2ans je dirais. Pas plus. Encore que je peux me tromper. Vu mon rapport temporel pourrave, je peux me tromper. Une décennie au bas mot dans cette situation. Avec des hauts. Avec des bas. Mais avec l'idée suicidaire qui demeure. Et c'est qu'aujourd'hui, des années après, que je me rends compte qu'en effet, va falloir réapprendre à aller mal. Sortir du suicidaire pour réapprendre à aller mal. ça a l'air ironique. Mais en fait, c'est logique.

Prenez soin de vous. Suicidaire ou pas.

dimanche 1 janvier 2017

Bipolarité et toxicité par Jaythenerdkid (traduction #4)

Cet article est la traduction de celui de Jay the Nerd Kid (@jaythenerdkid sur twitter, itsjaythenerdkid sur facebook) dont la version originale (en anglais) est disponible ici: https://www.facebook.com/itsjaythenerdkid/posts/946273982141145 Gardez en tête que si j'ai un bon anglais, la traduction n'est pas forcément parfaite.



Ok, il se trouve qu'en effet, j'ai une chose à vous demander à tous en 2017, et c'est que vous arrêtiez d'amalgamer les comportements malsains d'hommes toxiques avec la maladie mentale.

Je suis bipolaire. Je suis également de temps à autre, selon à qui vous posez la question, une ordure complète. Je pense que tout ceux qui m'ont connu entre 2002 et 2010 peuvent attester que je suis souvent une vraie connasse sans aucune autre raison que parce que je le veux. (Hé, si je pensais que je n'avais *aucun* défaut, ce serait inquiétant, n'est-ce pas ?) J'ai fait des choses au cours de ma vie dont je ne suis pas extrêmement fière. Certaines de ces choses, je les ai faites alors que j'étais maniaque.

Mais voilà: je n'ai pas fait ces choses parce que j'étais maniaque. J'étais maniaque, et j'ai fait ces choses. La corrélation ne signifie pas nécessairement la causalité. Vous auriez dû suivre un peu plus vos cours de statistiques.

Ce que j'ai découvert au cours de ma vie avec une maladie mentale qui baisse mes inhibitions est que la personne que je suis quand je suis maniaque (ou psychotique, ou dépressive, ou que mon TPL/borderline me fait passer une très mauvaise journée) n'est pas une personne différente. C'est toujours moi. J'ai toujours plus ou moins la même personnalité, et (et c'est là le point important) je veux toujours plus ou moins les mêmes choses. Bien sur, les phases maniaques me rendent plus encline à faire des choses que je me serais empêchée de faire autrement, mais cela ne m'a jamais fait faire quelque chose que je ne voulais pas faire, au moins un peu. Cela ne créé pas de nouvelles pulsions, cela rend juste plus facile de réaliser celle qui existent déjà.

Si vous n'avez pas de désir, par exemple, d'abuser d'une femme inconnue sur le net, aucune phase maniaque ne vous fera le faire, parce que vous n'avez jamais voulu le faire à l'origine. Si vous n'avez pas, par exemple, abrité un désir secret d'harceler une serveuse de Starbuck car vous pensez qu'elle vous doit du sexe, alors la phase maniaque ne vous transformera pas subitement en la pire parodie de Casanova. La phase maniaque ne vous transforme pas en une différente personne - elle fait juste émerger des portions de vous qui existaient déjà. Du coup, si vous n'avez jamais été un agresseur ou si vous n'avez jamais été violent, ou si vous n'avez jamais voulu vous jeter du haut d'un pont juste pour savoir ce que ça fait, vous ne ferez probablement aucune de ces choses durant une phase maniaque puisque vous n'avez jamais voulu faire ces choses tout court.

Et c'est là le problème de blâmer le fait d'être bipolaire pour les mauvaises pulsions: cela rend la vie vraiment, vraiment difficile pour ceux d'entre nous qui vivent avec cette condition, et ne sont pas violent ou nocif, de vivre nos vies quotidienne sans faire face à un stigma extrêmement fort. Je n'oublierais jamais ce jour où un de mes collègues - quelqu'un que j'aime beaucoup, aujourd'hui encore, quelqu'un dont je pense qu'elle est vraiment chouette et une bonne personne - m'a dit "tu es bipolaire ? Mais tu sembles si... normale."Quand vous blâmez la bipolarité pour les mauvais comportements, vous aidez à perpétuer l'idée que les personnes bipolaire sont intrinsèquement dangereuses pour elles et les autres, que nous sommes violent-e-s, ingérables, toxiques, que nous sommes des personnes que vous ne voudriez pas autour de vous. Et étant une personne qui a passé des années et des années à me battre contre mes pires pulsions afin d'être une meilleure humaine pour les personnes autour de moi, je ne peux que vous dire ceci: c'est injuste.

La plupart des personnes vivant une phase dépressive bipolaire ne courent pas dans tous les sens pour harceler des femmes ou commettre des crimes violents. La plupart d'entre nous sont juste des personnes qui ont le même genre de désirs ou de pulsions que vous avez parfois. (achète des choses brillantes. Baise un max. Bois tous les verres. Va dans un nouvel endroit. Tente le destin) qui ont juste un petit peu plus (ou beaucoup plus) de mal à ne pas s'y abandonner. Nous ne sommes pas intrinsèquement mauvais, juste intrinsèquement impulsif. Et oui, parfois, nos pulsions sont les mauvaises, parce que les pulsions humaines sont parfois de mauvaises, et malheureusement, nous avons du mal à ne pas nous laisser aller à celles-là également, parce que la phase maniaque ne fait pas de différence entre les trucs funs et les trucs flippants: cela rend juste plus dur d'ignorer la voix qui nous dit "non" et beaucoup plus simple de s'abandonner à la voix qui dit "oui".

Je vais donc vous demander une faveur, mes chéris, juste une résolution pour la nouvelle année, une chose que vous pouvez faire pour moi en 2017. Quand quelqu'un fait quelque chose de mal et qu'il se trouve qu'elle a également une maladie mentale, ne sautez pas automatique sur l'occasion de blâmer le mauvais sur leur maladie. Les gens font de mauvaises choses parce qu'ils veulent faire de mauvaises choses. Ils n'ont pas besoin d'être malade pour le faire, et ils n'ont pas besoin d'être en bonne santé mentale pour ne pas le faire.

Abuseurs, harceleurs, tireur dans les écoles, ils ne font pas ça parce qu'ils sont malades. Ils font ça parce qu'ils ont été élevés dans une société qui les a mené à croire que tout le monde leur doit ce qu'ils veulent, et lorsqu'ils ne le reçoivent pas, ils font un caprice ultra violent. Ce n'est pas de la maladie mentale, c'est du conditionnement, arrêtez d'amalgamer les deux, car lorsque vous le faites, vous sous-entendez que toutes les personnes malades mentales que vous connaissez - et je vous promets que vous en connaissez certaines, même si elles ne vous l'ont jamais dit, puisque beaucoup d'entre nous sont excellents à le cacher - sont, on ne sait comment, pire, on ne sait comment, capable du mal, on ne sait comment inférieur, juste parce qu'ils sont malades, et ce n'est pas juste.

Répondez aux personnes disant de la merde. Ne laissez pas les mauvaises personnes faire de mauvaises choses et se cacher derrière de mauvaises excuses. En l'année 2017, commencez à croire à la responsabilité personnelle. Être bipolaire n'a jamais rendu quelqu'un mauvais, mais le croire fait de vous une ordure.

Bonne année, restez en sécurité. Soyez meilleur-e-s pour vous et meilleur-e-s pour les autres. Soyez meilleur-e-s que ça.

dimanche 4 décembre 2016

Apparté, psychophobie, classe101

j'ai eu beau chercher, je n'ai pas trouvé d'articles basique expliquant pourquoi supposer ou indiquer qu'une personne a une maladie mentale est psychophobe. Je vais donc m'y atteler rapidement. (si ça existe, envoyez, je mettrais celui-ci hors-ligne). Je vais employer indistinctement folie, maladie mentale et trouble psy dans cet article, parce que je commence à douter sérieusement de l'intérêt de les distinguer ou de rejeter l'un d'entre eux.

ça paraît évident que chercher à dénigrer quelqu'un en l'associant à un trouble psy est psychophobe, mais cela dit, il existe un deuxième cas, plus sournois, où l'on effectue cette comparaison: pour expliquer. On retrouve par exemple ce cas dans les articles de journaux concernant Andreas Lubitz, l'homme qui a fait se crasher un avion se suicidant et tuant 149 personnes. On parle de sa dépression. Qu'on souhaite excuser ou expliquer (et ce sont deux choses différentes), on augmente la stigmatisation du groupe, donc on fait de la psychophobie. Parce que cette explication a fait apparaître un grand débat sur le fait d'interdire aux personnes dépressives de travailler dans certains métiers. Et c'est une évidence. Si on excuse ou qu'on explique un comportement par un trouble psy, alors on justifie le fait, si l'on veut éviter ce comportement, de rejeter les personnes avec ce trouble psy.

Le même schéma arrive lorsqu'on se pose la question de si une personne n'a pas une maladie mentale, vu qu'elle fait X ou Y. Les personnes qui font ce genre d'amalgame (au moment où j'écris cet article il y a eu un cas assez visible sur le twitter militant de ce genre de réflexion) n'ont pas volonté de pointer du doigt les personnes avec une maladie mentale, simplement de chercher une explication à un comportement qui leur paraît totalement aberrant. Et c'est bien le problème. L'idée que la folie serait l'explication de dernier recours, lorsque la raison elle-même semble ne plus permettre d'en donner, est profondément psychophobe. Le fait d'avoir opposé raison et folie est une connerie sans nom. (enfin si, psychophobie) La maladie mentale ne retire pas sa raison à un individu, mais surtout, il est inadmissible et particulièrement stupide de se tourner vers la maladie mentale dans le but d'expliquer une action que l'on réprouve et que l'on ne comprend pas parce que... ça n'a aucun sens.

La folie n'a pas à être opposée à la raison. Ce sont deux données totalement différentes, de même qu'on n'oppose pas sentiments et équilibre. Un trouble psy peut apparaître de plusieurs façons. Ce peut être une violence sociale (on notera par exemple le plus grand nombre de femmes souffrant de TCA), ce peut être la réaction d'un esprit face à une situation insupportable (c'est le cas des PTSD qui apparaissent en général quand notre cerveau ne parvient plus à s'adapter à ce qu'il a vécu). Ce peut être encore un problème physiologique, et l'on voit parfois des terrains génétiques propices, j'en passe et des meilleures, le conditionnement peut jouer, etc... Bref, il existe de nombreuses causes, et bien souvent plusieurs se rejoignent. Mais comme vous le voyez, aucune ici n'a de lien avec la raison. La raison peut être opposée à l'irrationnel. Mais la folie se trouve sur le plan de la maladie, du trouble. Personne n'aurait l'idée de supposer le caractère "déraisonnable" d'un corps parce qu'il est tombé malade. Il fait ce qu'il peut avec ce qu'il a. C'est la même chose pour l'esprit. On fait ce qu'on peut avec ce qu'on a.

La folie n'est pas un manque de raison. Et on en a marre d'être les bonnes excuses d'une société insupportablement cruelle et violente. Foutez nous la paix.

mardi 1 novembre 2016

Entraide & militantisme "safe & trigger warning" #2

On continue le petit tour entre monde militant et monde de l'entraide avec "safe" et "trigger warning".

"Safe" a vu son sens drastiquement changer ces derniers temps. A l'origine, le terme était utilisé pour indiquer qu'une personne suicidaire étant en sécurité, donc pas en danger immédiat de se suicider. "Be safe plz". "She's safe" etc. Aujourd'hui, le terme est utilisé pour indiquer qu'une personne ou un lieu reconnaît les violences oppressives et s'efforce de ne pas les soutenir.

Ce glissement s'est fait de manière assez simple. Tout d'abord, Safe s'est vu appliqué à d'autres types de situations que la simple crise suicidaire, et, en particulier, les violences oppressives. De là, une personne safe s'est trouvé être une personne se trouvant dans une situation où l'on reconnaît les violences oppressives et où les personnes s'efforcent de ne pas les soutenir. Puis, petit à petit sont arrivés les lieux cherchant à rendre les gens safe, puis à devenir eux-mêmes safe. Pourtant, ce glissement est on ne peut plus malsain. En effet, là où safe était à l'origine fait pour indiquer l'état de la personne concernée, ce mot est devenu un marqueur pour l'environnement, un adjectif mélioratif pour une personne ou un lieu.

Safe n'est donc plus centré sur la situation d'une personne, mais centré sur ce qu'elle fait pour ceux autour d'elle. Safe devient un marqueur de "je suis quelqu'un de bien", et non plus une appréciation de la situation d'une personne en souffrance. Ce n'est plus un terme objectif, c'est une qualité, un label que les groupes et les personnes s'efforcent d'obtenir. Pourquoi est-ce gênant ? Parce qu'une personne safe au sens originel du mot, c'est à dire n'étant plus en situation de danger immédiat, n'est nullement une personne safe au sens dérivé du terme pour les personnes autour d'elle. Au contraire, la crise suicidaire peut être extrêmement agressive pour les autres. On en arrive donc au point où aucun lieu/personne "safe" au sens dérivé du terme ne met une personne en situation "safe". Safe devient un adjectif coercitif, qui indique qu'en cette zone un individu n'a pas le droit au faux-pas, puisque pour garder le caractère safe du lieu, la personne en sera expulsé ou violemment remise en question (selon le principe d'autoriser la colère des concerné-e-s qui dérive en une survalorisation de la colère, j'en parle ici).

Un milieu safe n'est donc pas safe pour qui que ce soit. Ce n'est pas une notion qu'il envoie à ceux qui en font partie, mais une exigence qu'il leur impose. Ce glissement fait de safe un mot qui est devenu creux, sans réalité autre qu'un avertissement. Et pour cause: les deux définitions du mot ne peuvent pas coexister. Il est impossible qu'une personne soit en sécurité dans un lieu safe puisque TOUT LE MONDE est, d'une façon ou d'une autre, bourré de préjugé et de conditionnement oppressifs. Si l'on rajoute à ça le virilisme se situant derrière l'abus de la colère, on arrive à un mot qui n'a plus de sens, alors même que ce mot est une nécessité.

Pour autant, il ne faut pas considérer que le mot safe ne puisse pas du tout être utilisé dans le milieu militant. Mais il doit être modifié. On n'est pas "safe" sur toutes les oppressions. Une personne en subissant un certains nombres peut se retrouver safe quelque part, mais uniquement si le lieu se préoccupe des siennes, et traite ses réactions oppressives en prenant en compte celles qu'elle subit. Une femme victime de violence qui porte des propos psychophobes dans un témoignage n'a pas à être pourrie parce qu'elle n'a pas utilisé les bons termes, en particulier lorsqu'elle est en état de choc. Une personne ne connaissant pas les codes militants a autant le droit qu'une autre à un soutien. Safe ne peut pas en milieu militant, être un adjectif de toutes les oppressions. Safe nécessite d'être centré sur un domaine précis. Safe nécessite la bienveillance et le refus pur et simple des codes élitistes et virilistes de nos milieux et doit resté centré sur les situations "de crises", même si cette définition peut être élargie aux violences oppressives, le concept de crise, de dégâts subie par une personne doit être au centre de l'idée.

J'ai inclus également Trigger warning dans cet article car ce mot est fortement lié à "safe" dans son acceptation dérivé. Le but étant de ne pas mettre en danger psychique d'autres personnes. Je ne reviendrai pas sur la nécessité du trigger warning (déjà fait ici et même là) mais bien sur la complexité du concept.
Le Trigger Warning est, à l'origine, prévu pour les personnes souffrant de traumatisme, dans le but de leur éviter des reviviscences, à savoir le fait de littéralement revivre une expérience traumatisantes qu'elles ont vécue. De ce fait, les trigger warning ont très rapidement été utilisé dans les milieux de l'entraide, notamment pour indiquer la présence de photos ou de détails décrits. En France, on trouvait d'ailleurs plus facilement la marque attention que TW plutôt visible sur les forums anglophones, le concept restant le même.
Le terme s'est écarté assez rapidement du trauma pour s'élargir à d'autres situations, par exemple les messages difficiles à lire pour les personnes ayant une addiction (par exemple comportant pro-ana, mais aussi simplement des descriptions de l'addiction).

Le danger se trouve, à l'heure actuelle, à plusieurs niveaux. D'une part, à un niveau qui vient de la dépolitisation des questions militantes. En effet, c'est par le fait de rendre si "témoignagesques" les questions d'oppressions que l'on arrive à des notions comme le kink-shaming ou la veganophobie. Or, si un TW racisme a tout son sens (Même au sens premier du concept de Trigger Warning puisque des études indiquent que le racisme cause des problèmes psy) un TW nourriture non vegan comme j'en ai déjà vu, n'en a strictement aucun. Mais ceci, à la rigueur, sera réglé par une "simple" remise en perspective de la réalité des oppressions. C'est une simple conséquence dommageable, mais pas un problème de l'utilisation du TW en milieu militant.

En revanche, le TW en milieu militant pose plusieurs soucis. Déjà on peut voir parfois que le simple fait de mentionner un sujet fait apparaître un TW. Là, on a bien une déviation de sens. La mention simple d'un sujet ne nécessite pas de TW. En effet, le TW mentionne le sujet. Si la simple mention d'un sujet est trigger, alors le TW l'est aussi, et il est inutile. Comme pour "safe", trigger warning est devenu un label, là où c'était un concept qui avait un but: éviter de faire du dégâts psychiques aux personnes tombant sur le texte. C'est plus devenu "je vais parler de ce sujet".
Il y a une raison à ça: dans un monde militant twitterien, notamment, où l'on commence un sujet sans trop savoir forcément jusqu'où l'on va aller, il est difficile d'indiquer un TW dès le début. Et le faire en plein milieu de tweet peut revenir à les cacher du fait du système qui ne fait apparaître que le premier et les quelques dernières réponses. Mais cela pose un soucis: la dilution du TW dans un océan qui font que les personnes concernées peinent à savoir si un sujet va simplement mentionner un sujet ou s'il va y être décrit.

Tout comme "safe", le concept du TriggerWarning n'est pas mauvais du tout pour un milieu militant où il faut apprendre à prendre soin de soi. Mais précisément, le trigger warning doit être retravaillé, modifié. Il doit être précis, ciblé, et surtout pesé. Avant le Trigger Warning, on peut très largement indiquer les sujets abordés par un résumé rapide ou par des mentions entre crochets. Le Trigger Warning doit reprendre sa place de message d'avertissement aux personnes en situation de fragilité psychique.

Safe et Trigger warning, pour conclure, sont révélateurs, à mon sens, d'un milieu militant qui récupère des concepts (intersectionnalité, safe, trigger warning, gaslighting, dogpiling, pervers narcissique) et les utilise de façon automatique, avec un effet de mode, sans les expliquer suffisamment, ce qui conduit à leur dilution petit à petit jusqu'à ce qu'ils n'aient plus de sens et que celleux qui en sont à l'origine soient obligés de monter au créneau pour gueuler un bon coup. Leur trajectoire sont révélateurs d'un milieu militant qui se remet peu en question, et utilise des concepts avant même d'avoir réussi à comprendre leur utilité, par effet de mode.

lundi 31 octobre 2016

Entraide & militantisme "Nos identités sont politiques" #1

J'ai hésité à balancer un bon gros titre en mode troll "votre identité est politique foutez-nous la paix", ou un truc du genre, mais d'une part, j'ai rien trouvé qui me plaisait, d'autre part, le débat est déjà largement assez clivé pour ne pas commencer dans le brutal. (croyez-moi, c'est pas facile, le troll étant ma méthode pour désamorcer toute angoisse face à des réponses agressives, je me sens très nu en écrivant ce texte sérieusement). Ce billet est le premier d'une série de 3-4 qui vont traiter de la rencontre entre les milieux militants et les milieux de l'entraide sur Internet. A l'heure actuelle, j'ai prévu "nos identités sont politiques",; "espace safe & trigger warning", "concerné vs non-concerné", avec un doute sur un quatrième. Bref, ce billet est plus une introduction à la suite, plus des questions et des pensées que je pose

Nos identités sont politiques. Cette phrase, je l'ai lu ça et là depuis un bail dans le milieu militant, sans bien savoir d'où elle venait. Le dernier mot est celui qui est important. Politique. Soit on le prend dans son sens "pratique du pouvoir" soit on le prend dans le sens de cadre général d'une société. En général, c'est la deuxième idée qui est considérée, c'est à dire qu'être femme indique une organisation sociale qui agit sur un individu. Au final, une oppression.

Récemment, cette phrase a été beaucoup utilisé pour parler des identités de genre et des orientations sexuelles, et principalement pour critiquer les divers termes apparaissant ces dernières années. Un mot avait retenu mon attention: caedsexuel, les personnes ayant eu une attirance sexuel et n'en ayant plus suite à un trauma. Se scindent deux camps en général. "Nos identités sont politiques" vs "Mon ressenti est pertinent" pour faire dans le grossier. Pour les premiers, ces mots sont malsain car divisent la lutte, voire découlent d'une idée libérale qui finit par noyer la lutte social dans une recherche individuelle. Pour les autres, le ressenti d'un individu est quelque chose qui a trop été mis de côté et nécessite d'être pris au sérieux. Je caricature, les arguments sont divers et variés et je rejoint régulièrement les camps d'un point de vue ou de l'autre. Pour moi, le problème, vous vous en doutez après avoir lu l'intro, vient du fait que le milieu militant a rencontré un autre milieu, celui de l'entraide.

Quand cette rencontre a-t-elle eu lieu ? Je sais que c'était dans les 6-8dernières années. Il y a dix ans, je naviguais sur les réseaux d'entraide, et le militantisme en était complètement absent. Ce n'était pas formellement interdit dans aucune charte, simplement ça ne s'y trouvait pas. Petit à petit, j'ai pu voir les premières incursions. Aujourd'hui, dans le milieu militant, je retrouve régulièrement des personnes issus des réseaux d'entraide, que ce soit sur les réseaux anglophones comme francophones. Or, ces deux milieux, bien que complémentaire ce qui a conduit à cette rencontre, étaient singulièrement différents. Cela a contribué à causer des soucis sur les forums d'entraide qui ont encore du mal, à l'heure actuelle, à se définir clairement une ligne de conduite politique (certains refusent toute analyse politique, d'autres au contraire ont intégré ces données à leur règlement, d'autres font un peu moit-moit etc.), de même que les milieux militant ont été scindés entre des analyses de classes et des réflexions individuelles.

Revenons à Caedsexuel. Ce mot a-t-il une utilité politique ? Permet-il de distinguer deux classes d'individus avec un rapport de pouvoir entre l'un et l'autre ? Non, en effet. C'est d'ailleurs une sous-catégorie d'asexuel, (je ne l'ai pas pris pour rien) donc, socialement parlant, ne permet pas une réflexion ou un appui à une lutte. Mais individuellement, ce mot est extrêmement important. Il permet à une personne de se construire, de supprimer l'étiquette "monstre" que la société lui colle. Elle peut permettre à une personne de se supporter un jour de plus au moment où elle en serait incapable. Celles & ceux qui considèrent que le fait que ça n'ait pas d'utilité politique rend le terme aberrant sont de nouveau dans ce syndrome du martyr que j'ai déjà évoqué. Depuis quand une identité doit-elle avoir un intérêt politique pour exister ? Parce que "nos identités sont politiques" ? C'est une aberration, un serpent qui se mord la queue. Le monde de l'entraide n'a pas attendu le monde du militantisme pour créer des mots, donner des étiquettes qui permettent bien souvent de nous sauver, de nous dire "tu as le droit d'exister", à nous, qui en doutons depuis un bail. Pour autant, supposer que ce terme a un intérêt politique est, là aussi, dangereux. Parce que justement, ces étiquettes ne sont pas politiques, et une lutte de classe nécessite une délimitation claire de la classe. Ce qui nous amène au véritable problème: comment distingue-t-on une identité politique d'une qui ne l'est pas ?

Je n'ai pas de réponse à cette question. Mais il faut se la poser. Si je m'identifie comme agenre, je suis cis pour autant. J'ai utilisé un terme "cis" (a contrario de "trans") pour une notion politique (deux mots, s'excluant l'un l'autre, définissant l'un en zone de pouvoir, l'autre en zone d'oppression point à la ligne), et un autre (agenre, homme, femme et tout un tas d'autres possibles) pour une notion individuelle. C'est une méthode qui peut marcher. Mais elle n'existe pas, par exemple, pour l'orientation sexuelle (à ce que je sache). Le danger de vouloir refuser les termes sous prétexte qu'ils ne sont pas politique est justement de s'enfermer dans la position du martyr, d'empêcher toute entraide, et du coup, de perdre ses forces (voire de mettre en danger les autres). Cracher à la gueule des personnes qui se définissent comme caedsexuel c'est meurtrier. Le danger de ne pas distinguer l'individuel du politique est justement, de transformer une lutte en une entraide individuelle. Non, aider une personne en pleine crise psychotique, ce n'est pas être un-e "allié-e". Ce n'est pas militant, c'est individuel. C'est important, sans aucun doute, et ça peut se porter à votre crédit si vous voulez savoir si vous êtres quelqu'un de bien. Mais c'est pas un acte militant. Cet acte peut découler de votre militantisme, mais il n'est pas militant en soi.

L'une des différences avec une identité au sens militant du terme, une identité politique est que l'on n'a pas le moindre choix. C'est une dichotomie avec d'un côté les individus en position de pouvoir et de l'autre celleux en position d'opprimé. A l'inverse, on peut parfaitement ne pas avoir envie de chercher un mot pour une donnée de son identité, lorsqu'on parle de l'individuel. C'est au choix de chacun, c'est d'ailleurs bien son but. Là où le but du militantisme est de donner une vision claire d'un système politique, de canaliser le plus possible les capacités dans le vue d'une lutte sociale, donc de prendre plein d'individus et d'en faire un tout, le but de l'entraide est d'offrir une case "je suis légitime" au maximum d'individu, de combattre le concept de la monstruosité de façon pragmatique. (oui, pragmatique, idéalement on pourrait dire "pas besoin d'étiquette pour avoir le droit d'exister" mais dans les faits, ces étiquettes sont très souvent nécessaires)

On voit donc que d'un côté, la ligne politique est à la fois très pragmatique (lutte de classe, réduction des identités à un schéma le plus large possible pour une action sociale) et idéaliste (non prise en compte des individualités, supposition qu'on peut se passer de sous-catégorie au nom de l'idée d'une société meilleure), là où l'autre camp, sur le ressenti est également pragmatique (prise en compte des individualités, recherche d'aide à tout un chacun en se basant sur la réalité) et idéaliste (manque de notion politique, idée trop centrée sur l'individu, non-prise en compte du contexte social). Ces deux mondes pour autant, sont complémentaires, nous n'avons simplement pas encore trouvé la bonne balance. Le monde du militantisme a besoin de l'entraide, pour permettre aux individus de ne pas se sacrifier. Saviez-vous que la durée moyenne de militantisme est de 5ans ? C'est Sophie Labelle qui avait parlé de cette durée, d'où sa volonté de créer une bande dessiné pour la "génération suivante". 5ans, c'est court. Je crois également que d'autres militant-e-s de longue date avait dit que le sacrifice avait été lourd, et qu'iels ne s'étaient pas assez protégés. L'entraide permettra sans aucun doute de renforcer les individus, de limiter leur épuisement. Parce que oui, ça épuise. De l'autre côté, le monde de l'entraide a besoin du militantisme. Parce qu'on ne peut pas nier les violences systémiques qui touchent des individus. On ne peut pas agir comme si les traumatismes n'étaient que des données individuelles. La dimension politique est nécessaire pour justement comprendre et apporter un soutien.

On n'est pas ennemi. On a juste du mal à comprendre qu'on regarde la même merde de deux côtés différents.

jeudi 28 juillet 2016

Volée musicale #10

Tellement de choses à rajouter...

Take me to Church, principalement pour la performance de Sergei polunin Secret par The pierces (j'aime assez également le mix de Nightcore) You're so creepy, la reprise de Nightcore. (je la préfère à l'original de Ghost town) Genesis de Grimes Fade de Alan Walker Racaille de Kerry James. Oui je sais, je change complètement de registre, mais je n'avais pas encore parlé de Kerry James je crois. Y a aussi vivre ou mourir ensemble, le plus connu lettre à la république Et puis je vais terminer par Astrix. Je vais choisir Beyond the senses vu que je l'écoute en ce moment. Beaucoup à découvrir.

faudra que je me penche sur le prochain pour mieux le faire qu'une simple liste sans âme. J'aime bien parler des artistes, écouter plusieurs chansons au moins, en recommander 2-3 mais là ça faisait trop longtemps que je ne l'avais pas fait, je risquais d'attendre et d'en oublier.

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